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Full text of "Le Naturaliste : journal des échanges et des nouvelles."

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PARAISSANT LE I e ' ET LE 15 DE CHAQUE MOIS 



Emile DEYROLLE, Directeur-Gérant. — Paul GROULT, Secrétaire de la Rédaction 

16 Année 

S' Année de la 2" Série 

ABONNEMENT ANNUEL 

PAYABLE EN DU -MANDAT A L'ORDRE DU «NATURALISTE» 

France 1 f r. » 

Algérie ••■• 10 » 

Pays compris dans l'Union postale 11 » 

Tous les autres pays 12 » 

PARIS 
BUREAUX DU JOU RN AL 

46, RUE DU BAC, 46 

18 94 



16° ANNÉE 



-2 e Série — TK" 1 «>S 



1" JANVŒR 1894 



LE NATURALISTE 



REVUE ILLUSTRÉE 



DES SCIENCES NATURELLES 



L'OXYLOPHE-GEAI 

(Corcystes glandarius). 



Parmi les oiseaux dont la capture est le rêve de l'Or- 
nithologiste français il faut citer l'Oxylophe-Geai, une 
des espèces les plus rares que l'on rencontre en France. 

Cet oiseau, 
qui appartient 
à la famille des 
Cuculidés, a re- 
çu les dénomi- 
nations les 
plus variées : 
Temminck le 
nomma Cou- 
cou-geai ou ta- 
cheté, Buffon le 
désigna sous le 
nom de Grand 
Coucou tacheté, 
Vieillot sous 
celui de Cou- 
licou noir et 
blanc; ses noms 
scientifiques 
sont aussi nom- 
breux : 

Cuculusglan- 
darius (Lin.). 

Cuculus An- 
dalusiœ (Bris- 
son). 

Coccyzus Pi- 
sanus (Vieil.). 

Oxylophus 
glandarius (B.). 

Coccystes 
gland a ri u s 
(Gloger). 

Presque toutes ces dénominations indiquent suffisam- 
ment les rapports que les Oxylophes ont avec les Geais 
et les Coucous. 

L'Oxylophe-Geai a la partie supérieure du corps, les 
ailes et la queue d'un cendré noirâtre à reflets verdàtres. 
parsemé de quelques taches blanches sur le dos et le 
croupion, plus nombreuses sur les couvertures supé- 
rieures des ailes; la gorge, les côtés du cou et la poi- 
trine sont d'un jaune pâle légèrement rougeàlre; le ven- 
tre est blanc; les rémiges secondaires et les couvertures 

Le Naturaliste, 46, rue du Bac. Paris. 




L'OXYLOPHE-GEAI 




des ailes sont marquées à l'extrémité d'une large tache 
blanche triangulaire ; la tête est surmontée d'une sorte 
de huppe formée par le prolongement des plumes occi- 
pitales ; le bec, qui est couleur de corne, est large, épais 
à la base, fortement comprimé latéralement et recourbé; 
les pattes sont bleuâtres, fortes et relativement longues. 
Cet oiseau a 38 à 40 centimètres de longueur. La femelle 

est d'un brun 
obscur en des- 
sus, avec des 
taches blan - 
ches ; la nuque 
et les côtés du 
cou sont noirs, 
la gorge rous- 
sàlre. 

On a long- 
temps ignoré 
les mœurs de 
cette espèce et 
les ornitholo- 
gistes moder- 
nes eux -mê- 
mes étaient di- 
visés sur cer- 
taines particu- 
larités de sa 
nidification. 
L'Oxylophe- 
Geai habite l'A- 
frique ; il est 
commun dans 
certaines par- 
ties de l'Egyp- 
te et de la Nu- 
bie;onle trouve 
en Algérie, en 
Espagne, enlta- 
lie et en Grè- 
ec. On d oit à 
Brehin l'indicalionjdes premiers individus observés en 
Allemagne: «Au commencement du siècle un négociant 
de Lubben, dans la vallée delaSprée, du nom de Mûller, 
fut prévenu que deux oiseaux fort singuliers s'étaient 
abattus non loin de sa demeure, dans un bois maréca- 
geux. Sur cette indication il s'y rendit et vit effective- 
ment deux oiseaux fort défiants et craintifs qui res- 
semblaient au Coucou, volaient d'arbre en arbre et 
criaient avec force. Leur cri n'avait aucune ressemblance 
avec celui du Coucou gris, il rappelait davantage celui du 



LE NATURALISTE 



Pic. Il parvint à en tuer un; l'antre, effrayé parla déto- 
nation qui avait accompagné la mort de son conjoint, 
devint encore plus craintif et ne put être pris. L'oiseau 
qui avait été abattu fut donné plus tard à mon père qui 
le décrivit et le nomma Coucou à longue queue. Plus tard 
on découvrit que cet oiseau avait été décrit par Linné 
sous le nom de ('malus glandarius. .Mon père, dans tous 
les cas, fut le premier à signaler cet oiseau en Allemagne 
et il m'était réservé de l'aire connaître son mode de re- 
production.» 

L'Oxylophe-Geai aie vol rapide ; il se pose rarement 
à terre et saisit au vol les insectes dont il fait sa nourri- 
ture; il a trois cris d'appel : le premier qui ressemble à 
celui du Coucou, un cri d'alarme qui offre une certaine 
ressemblance avec celui du Geai ou du Rollier et un troi- 
sième cri que l'on peut traduire par le mot Kerk, Kerk. 

La question relative à son mode de reproduction est 
restée longtemps indécise : Latham affirmait qu'un cou- 
ple de ces oiseaux avait niche' aux environs de Pise en 
1739; c'est à Urehm que l'on doit d'intéressants détails 
sur les observations personnelles faites par ce naturaliste 
en Egypte : 

« L'Oxylophe-Geai niche-t-il ou pond-il ses œufs dans 
des nids d'autres espèces ? Cette question était importante 
à résoudre, car elle décidait si cet oiseau était ou n'était 
pas un Cuculidé. Je résolus de l'étudier. Pendant long- 
temps mes recherches furent vaines, enfin le S mars 1850 
je recueillis un premier indice. Je tuai, dans un bois de 
mimosas, aux environs de Siout, sept Oxylophes, parmi 
lesquels une femelle ayant un œuf formé dans l'oviducte. 
Malheureusement le plomb ayant brisé cet œuf, je n'en 
trouvai plus que des débris, mais ils suffisaient pour 
m'apprendre que l'œuf de l'Oxylophe-Geai différait 
beaucoup de celui du Coucou gris. De plus, et c'était là 
le point important, je connaissais la saison de la ponte, 
saison qui varie beaucoup en Afrique. Néanmoins deux 
ans s'écoulèrent avant que je susse à quoi m'en tenir. 
Le 2 mars 1852 je poursuivis longtemps un Oxylophe 
dans un jardin des environs de Thèbes, dans la Haute- 
Égypte. Au bout d'une demi-heure je le vis se glisser 
dans un nid placé sur un arbre peu élevé. Je me gardai 
bien de le troubler. Après un quart d'heure environ il 
s'envola et quitta aussitôt les alentours. Je montai sur 
l'arbre et trouvai un nid de Corneille cendrée contenant 
six œufs, mais dont l'un venait d'être brisé. De ces six 
œufs j'en reconnus de suite deux qui ressemblaient 
beaucoup pour la grandeur et la couleur à ceux de la 
Corneille, mais qui étaient un peu plus petits et que 
l'on ne pouvait confondre avec ceux d'aucun autre oi- 
seau. Je les pris et les transportai soigneusement à ma 
barque pour les comparer aux débris de mon premier 
œuf, à ma grande stupéfaction ils y ressemblaient abso- 
lument, ils avaient à peu près la taille d'un œuf de Pie 
et la forme des autres œufs de Coucou. Leur couleur, 
comme le dit Bœdecker, est un vert bleuâtre clair, relevé 
les taches serrées d'un gris cendré et d'un gris bru- 
nâtre, se réunissant vers le gros bout en une couronne 
pluî ou moins complète. Outre ces taches, il y a encore 
quelques points d'un brun foncé. On ne peut guère les 
comparer, encore moins les confondre avec les œufs de 
de Coi neille, car ils en diffèrent par la forme, le 
grain de la coquille, le dessin, la couleur. Cette pre- 
déi ouverte Buffisail déjà â établir le mode de re- 
production de l'Oxylophe. Le 12 mars j'eus occasion de' 
taire a ce sujet une nouvelle observation : dans un jar- 



din planté de bosquets d'arbres, comme dans toute 
l'Egypte, j'entendis retentir le cri discordant de l'Oxylo- 
phe; je me mis en chasse et tuai deux individus adultes ; 
mais j'en remarquai un troisième, un jeune, qui était 
nourri par deux Corneilles cendrées. A partir de ce mo- 
ment je fis fouiller tous les nids de Corneilles et le 19 mars 
je trouvai encore un œuf d'Oxylophe. » 

Aujourd'hui la question est complètement tranchée : 
Tristam, dans son exploration de l'Algérie, a trouvé des 
œufs d'Oxylophe-Geai dans des nids de Pie {Pira Mutaitu- 
nica), Cochrane et Allen ont trouvé ces œufs en Egypte 
dans des nids de Corneille (fiorvus cornix), lord Lilford 
en Espagne les a observés dans des nids de Pie. 

L'Oxylophe-Ceai n'est que de passage très accidentel 
en France et principalement dans le midi. Le Muséum 
d'Arcachon possède un sujet tué dans la région; deux 
autres individus, capturés près d'Hendaye, faisaient par- 
tie des collections du Muséum de Rayonne qui ont été 
détruites par un incendie. Un sujet, qui figure au Mu- 
séum de Marseille, aurait été pris au filet sur la plage 
de Pérols près Montpellier. Enfin dans une note publiée 
par la Société d'étude des sciences naturelles de Béziers 
(année 1885), un amateur passionné d'ornithologie, 
M. Rey de Nissan (Hérault) fait connaître qu'un superbe 
Oxylophe mâle, adulte, lui a été remis par un chasseur 
de la localité qui l'avait tué le 25 juin 1884. M. Rey ajoute 
dans la même note : « Fin mai 1885, j'eus la bonne for- 
tune de recevoir de Pézénas, d'un de mes collègues, bo- 
taniste distingué, M. Triadou Cadet, un jeune oiseau 
échappé du nid : c'était un jeune Goulicou dont un pay- 
san s'était emparé. Plus de doute sur sa nidification dans 
le midi de la France : le faciès de l'oiseau, sa petite 
taille, ses plumes naissantes, sa queue très courte, son 
bec mou et les membranes jaunes de la bouche nous don- 
naient tous les caractères de l'enfance et nous disaient 
d'une façon à ne pouvoir en douter que le sujet était né 
dans le pays et était encore incapable d'effectuer la plus 
petite migration. » 

Le jeune Oxylophe, qui fait l'objet de la note précé- 
dente, est conservé dans la collection ornithologique de 
M. Rey, mais il est regrettable que l'auteur de cette cap- 
ture n'ait pas recherché le nid d'où l'oiseau s'était échap- 
pé et qui n'était probablement qu'un nid de Corneille ou 
de Pie. 

Albert Granger, 



INFLUENCE DES BASSES TEMPÉRATURES 
SUR LES ANIMAUX 



Quand on voit le peu d'ampleur que présentent la 
faune et la flore dans les régions boréales, on est tenté 
de croire que la vie devient impossible à une tempéra- 
ture d'environ — 40° et — 60°. C'est pour vérifier celte 
idée préconçue, que M. Pictet, le savant physicien de Ge- 
nève, s'est livré à une série d'expériences des plus in- 
téressantes (1). Ses recherches ont porté sur des indivi- 
dus représentant la plupart des groupes animaux ou 
végétaux; elles ont été effectuées dans Un puits frigori- 
fique qui se compose d'une enceinte assez spacieuse et 
dont les parois, à double enveloppe, sont maintenues à 
une température basse variant à volonté entre -|- 10° et 

[i) Archives des & iences physiques et naturelles, 1893, 



LE NATURALISTE 



— 200°. On se sert à cet effet des gaz liquéfiés, y com- 
pris l'air atmosphérique. 

Comme type de mammifères, M. Pictetapris un chien 
à poils ras, plongé dans le puits frigorifique entre — 90° 
et — 100°. « Le chien, dit-il, est placé sur un fond de 
bois garni d'un sac de toile. Sa queue et son museau ne 
touchent pas les parois métalliques du puits tendues à 
l'intérieur d'un cylindre de toile formé par les parois 
d'un grand sac relevées tout autour de l'animal. Dans 
cette expérience, un thermomètre est fixé dans Faine 
du chien, dont la patte de derrière est solidement fixée 
contre l'abdomen avec plusieurs doubles de flanelle. La 
peau ayant été rasée, un excellent- contact est établi 
entre le réservoir du thermomètre ayant une forme 
cylindrique et la circulation générale de la bête: la fla- 
nelle et la position du chien font que le réservoir du 
thermomètre occupe à peu près la portion centrale du 
puits frigorifique et qu'il se trouve très protégé contre 
le rayonnement. La tige du thermomètre est assez longue 
pour permettre des lectures continues à 35 centimètres 
au-dessus du chien. » 

Un fait curieux, c'est que, pendant les vingt premières 
minutes, on constate que la température de l'animal 
augmente de un demi-degré ; elle ne revient à son point 
de départ qu'au bout de 25 minutes. En même temps les 
mouvements respiratoires et le pouls deviennent très fré- 
quents, et l'animal mange avec avidité. 

Les choses restent ainsi pendant environ une heure et 
demie. Puis tout d'un coup, la respiration se ralentit, le 
pouls devient fuyant et la température de l'animal s'a- 
baisse avec rapidité. Quand cette dernière atteint 22°, le 
chien meurt. 

Les expériences effectuées sur les poissons d'eau 
douce sont bien plus curieuses. « Si l'on congèle lente- 
ment, dans une atmosphère de — 8° à — 15°, des poissons 
de cette catégorie, en ayant eu la précaution de laisser 
ces poissons quelque vingt-quatre heures dans de l'eau 
à 0°, on peut former un seul bloc compact de cette eau et 
des poissons qu'elle contient. En brisant une partie de 
la glace et mettant à nu un de ces animaux, on constate 
qu'on peut le casser en petit morceaux comme s'il était 
lui-même fait de glace. En laissant lentement fondre la 
glace et les poissons qu'elle renferme, on voit ceux-ci 
nager après comme avant, sans aucun signe de malaise 
apparent. » Il faut faire attention à ce que la tempéra- 
ture ne descende pas au-dessous de — 20°, car les pois- 
sons, et surtout les Tanches et les Cyprins, meurent. 

Les Grenouilles sont plus résistantes ; elles peuvent 
être congelées à — 28° sans mourir. Leurs œufs, refroi- 
dis lentement à — 60°, peuvent revivre et donner nais- 
sance à des têtards. 

Des Scolopendres soumis à un froid de — 50°, ont sub- 
sisté. 

On sait que les Escargots, l'hiver, sécrètent une mem- 
brane calcaire, Vépiphragme, qui bouche hermétique- 
ment l'orifice de leur coquille. La durée de l'hibernage 
dure environ six mois, mais varie beaucoup avec les con- 
ditions climatériques, surtout la température et l'humi- 
dité. Il est rare cependant que les Escargots se réveil- 
lent en février : ce n'est guère qu'en mars ou avril qu'ils 
sortent de leur torpeur. Emile Yung dit que, dans quel- 
ques pays du canton de Vaud, les cultivateurs préten- 
dent que la retraite précoce des Escargots est un signe 
précurseur d'un hiver rigoureux; le fait serait intéres- 
sant à vérifier. On peut artificiellement les réveiller en 



les plaçant dans une salle chauffée et surtout en les im- 
mergeant dans l'eau. Pendant les cinq ou six mois de 
l'hiver, ils ne prennent aucune nourriture; la petite 
quantité d'air qui traverse l'épiphragme suffit à leur 
respiration. Leur cœur qui, en temps ordinaire, bat 
34 on 36 pulsation- par minute descend, d'après Yung, à 
une pulsation et demie dans le même temps et quelque- 
fois moins encore. Il est facile de prolonger le sommeil 
hibernal en maintenant l'animal dans un endroit froid et 
sec : on en a vu qui restaient ainsi sans bouger pendant 
plus de vingt mois. La résistance au froid est extrême- 
ment grande et ne peut être comparée qu'à celle des 
microbes ; mais elle ne se manifeste que chez les indi- 
vidus endormis. C'est ainsi que MM. Pictet et Yung ont 
montré qu'un Escargot endormi pouvait supporter pen- 
dant quatre heures au froid de — 100°, produit par 
l'évaporation d'un mélange d'acide sulfureux et de pro- 
toxyde d'azote liquides, tandis qu'un Escargot éveillé 
périssait rapidement. Un autre a résisté 20 heures à 
— 70°, 80 heures à — 76 et 20 heures à — 130°. 

Les œufs d'oiseaux meurent à — • 2° et — 3°. Ils ne sur- 
vivent que si le froid n'a pas dépassé — l 1 . 

Les expériences effectuées sur les œufs de ver à soie 
ont donné un résultat pratique tout à fait inattendu. 
« Lorsque les œufs pondus sont placés immédiatement 
dans la chambre froide, on peut les refroidir à — 40° 
sans compromettre leur développement. Il se passe 
même dans ce cas un phénomène intéressant : les œufs 
refroidis, puis soumis aux conditions de température 
normale pour leur éclosion dès que le printemps a garni 
les mûriers de leurs feuilles, ne présentent presque 
jamais les maladies si fréquentes aux œufs de ver à soie 
abandonnés à eux-mêmes et subissant plusieurs mois 
durant les fluctuations des températures ambiantes. Les 
parasites de toutes espèces, vrais microbes des œufs de 
ver, ne trouvent pas dans ces conditions un terrain favo- 
rable à leur culture, et la chenille sort indemne de tous 
ces accidents si redoutables pour elle et si redoutables 
pour l'industrie de la soie. Le refroidissement artificiel 
des œufs de ver-à-soie est entré dans la grande indus- 
trie, vu ces avantages bien positifs. » 

Les infusoires résistent à — 60°. Quant aux autres pro- 
tozoaires, aux microbes, aux diatomées, aux graines, ils 
ont résisté aux froids les plus considérables, c'est-à-dire 
jusqu'à la température de — 200° produit par l'air li- 
quéfié ! 

On voit en résumé que les organismes inférieurs et 
les êtres vivants pris au début de leur développement 
résistent beaucoup plus aux grands froids que les orga- 
nismes élevés en organisation et les êtres vivants adultes. 
L'échelle des êtres est analogue à celle des tempéra- 
tures minima que ces êtres peuvent supporter. 

Henri Coupin. 



NOTES SUR LA LARVE DE L'ABPHIZOA 

Par M. G. Hurhard. 
L'intérêt tout particulier qui s'attache à la connaissance de 
cet Insecte remarquable, découvert comme on le sait, pour la 
première fois il y a quarante ans, dans la vallée du Sacramento, 
m'engage à reproduire ici, pour les lecteurs du Naturaliste. 
l'article que M. G. Hubbard a consacré à l'étude de sa larve 
dans YInsect Life du 27 septembre 1892 (i). 

(1) Insec.t Life, edited by C. V. Riley, entomologist, and 
L. Howard, flrst Assistant." Washington", 1892. Vol. ">, u" 1, 
p. 19. 



LE NATURALISTE 



Voici la traduction de cette curieuse Noie à laquelle j'ai 
laissé autant que possible, toute sa saveur e1 toute son origi- 
nalité : 

Aumois de juin 1891, dans une excursion entomologique au 
Grand Lac Saléel dans les montages de l'Utah, M, E. A.Schwarz 
el rauteur de la présente Noie (1) rencontrèrent VAmphizoa 
Leconlei avec sa larve, vivant en nombre considérable dans un 
ruisseau de montagne, clair et froid, qui alimente d'eau po- 
table la Cité de Lac Salé (fig. 1). 




Fig. I. 



. I mph izoa Leçon tei, grandi . 



D'autres ruisseaux des montages de Wasatch, dont les eaux 
s'écoulent aussi dans le bassin du Grand Lac donnèrent l'in- 
secte parfait et un seul exemplaire de 'la larve de Fork Canyon, 
présentant des différences qui peuvent n'être qu'accidentelles. 

En mai de l'année présente (2) une seule larve qu'il est im- 
possible de distinguer de celle de VAmphizoa Leconlei fut 
trouvée aux sources du Gleenwood (Colo), à la jonction du 
Roaring Fork avec le Grand River. Quelques semaines plus 
lard, M. Schwarz découvrit aussi la larve de VAmphizoa inso- 
lens, en compagnie de l'insecte parfait, à Norlh Bend, dans 
les eaux glaciales d'un torrent des montagnes de British Co- 
lumbia. 

Une comparaison attentive de la larve de British Columbia 
avec celles de l'Utah et du Colorado, ne révèle pas de diffé- 
rences en dehors des limites de la variation individuelle : par 
exemple une plus grande intensité de coloration, et une netteté 
plus parfaite des impressions dans les types du Nord. Il est 
probable qu'il n'existe pas de distinction, autre que cette va- 
riation climatérique très fréquente entre les deux espèces 
VAmphizoa qui sont présentement dans notre catalogue ; et, en 
effet, la. forme Josephi a été depuis longtemps reconnue 
comme n'ayant aucune valeur spécifique. 

La larve de VAmphizoa est un insecte ovale, àpattes courtes, 
h donl la longueur est d'environ 3/4 de pouce. Sa couleur est 
d'un brun terre d'ombre qui peut aller jusqu'au noir. La face 
supérieure est convexe et fortement chilinisée; (die présente 
des mouchetures vaporeuses qui s'arrangent elles-mêmes en 
ligues longitudinales, et qui paraissent, dans les spécimens 
foncés, former plusieurs rangées de points et de traits plus ou 
moins nettemenl définis. 

La surface inférieure est, plate et complètement nue. La ca- 
rapace dorsale couvre entièrement la surface supérieure et s'é- 
tend en dehors, sur les cotés, en formant dos lobes extérieurs 
(fig. 2). Ces lobes, arrondis également autour du prothorax, 
nient de plus en plus étroits vers la partie postérieure de 
L'abdomen, de sorte que leur ensemble donne au corps la 
forme d'un fuseau régulier, finissant par une double pointe al- 
. La tête est grande et proéminente, avec un groupe de 
six ocelles de chaque oôté, près des angles antérieurs. Les an- 
i urtes, triartieulées ol placées juste en arrière 
onl i >' " ées par un canal intérieur 
'■i armi elu,re très fine sur le bord inférieur. 

La cavité buccal'' est grandi el adaptée à la mastication des 
alimen plaques molaires formées par des 

épaississements de la surface interne du clypeus en dessus el 



I) M. •>. Henrj Hubqard. 
[2)— 1892. 



du menton en dessous. Los mâchoires sont fortes, et leurs 
pièces basales sont surmontées par des palpes de quatre, ar- 
ticles. 

La lèvre inférieure est transversc et proéminente, mais sans 
languette, el porte des palpes très courts, biarticulés. 

L'abdomen possède huit segments et se termine par une 
paire d'épines dorsales courtes et mobiles ; celles-ci paraissent 
dépendre du 8° segment en dessous, mais en réalité ce sont 
les seules parties visibles du 9° segment rudimentaire. 

L'ouverture anale est une fente étroite entre les bases des 
deux épines terminales. L'animal respire au moyen de deux 
grandes trachées valvulaires, placées à l'extrémité du 8 e seg- 




Fig. 2. — Amphizoa Leconlei. 

Larve grossie, a, face supérieure ; 6, tète fortement grossie 
c, face inférieure. 

ment; cependant des stigmates fermés ou rudimentaires se 
trouvent sur le mésothorax et sur les segments abdominaux. 

Les habitudes de la larve ne diffèrent pas de celles do l'in- 
secte parfait. Tous les deux vivent dans les eaux peu pro- 
fondes, ou sous les pierres partiellement submergées du bord 
des rivières. Dans le City Canyon et l'Utah, la larve et l'insecte 
parfait furent trouvés ensemble, cramponnés à des morceaux 
de bois flottants et à des chatons de saule amoncelés dans les 
remous ; ils se nourrissent probablement des insectes noyés et 
apportés par les eaux dans ces débris. Lorsqu'on les dérange, 
ils lâchent les fragments flottants, et se laissent couler, les 
pattes étendues, jusqu'au fond, où ils se trouvent pris et em- 
portés par le courant. Quoique un peu paresseux, ils peuvent 
se traîner eàct là, assez activement sous l'eau, et ils regagnent 
facilement la terre, si par hasard ils se trouvent emportés au 
large. 

La larve de VAmphizoa présente des affinités qui éloignent 
certainement cet insecte des Coléoptères de la série des Adé- 
phages. Leur bouclier dorsal, aplati et lobi sur ses bords, 
l'apparence largement f usiforme de leur corps, rappellent l'aspect 
général de la larve du Cychrus. Le nombre des stigmates, la 
structure des mandibules et la forme de la cavité buccale. 
jointes aux habitudes de l'animal, qui sont celles d'un insecte 
marcheur, sont des caractères qui tendent à le rapprocher des 
Carabides; mais l'abdomen à huit segments empécho de le 
ranger daus cette famille. 

D'un autre côté, les mâchoires non suceuses séparent nette- 
ment VAmphizoa des Dytiscides, bien qu'il ait certaines ailinités 
de structure avec les Coléoptères aquatiques, notamment avec 
les Colymbôlides par la position et la structure des antennes, 
par la forme des mâchoires et de la lèvre inférieure, enfin par 
la trachée terminale du 8 e segment et les cerques du 9 e qui 
est également rudimentaire. En résumé, de même que le genre 
européen Pelobius, l'Amphizoa possède presque tous les carac- 
tères distinctifs des Dytiscides. La larve du Pelobius est en- 
tièrement aquatique et respire par des branchies, les stigmates, 
devenus inutiles, sont seulement indiqués comme dans VAm- 
phizoa ; il est toutefois à remarquer que ceux delà dernière 
paire, qui forment une trachée ouverte dans VAmphizoa, sont 
supprimés chez le Pelobius, le huitième segment terminal étant 
prolongé en un appendice natatoire (1). 

Les mâchoires ne sont pas disposées pour sucer chez les 



(1) La description complète de la larve de VAmphizoa a été 
présentée à la Société Entomologique de Washington dans sa 
Béance du i mai 1892, et publiée dans le vol. II, n° 3, de ses 
Proceedings. 



LE NATURALISTE 



larves dans les deux genres; d'un autre côté la figure donnée 
par Schiœdte d'une larve nouvellement née du Pelobius sug- 
gère l'opinion que YAmphizoa pourrait bien avoir aussi un 
stade « Nauplius ». 

Que cette hypothèse soit juste ou fausse, l'étude de ces larves 
conduit indubitablement à cette conclusion que YAmphizoa et 
le Pelobius appartiennent à d'anciens types ; isolés maintenant 
par l'extinction des formes environnantes, ils ne conservent que 
des rapports synthétiques avec certaines familles. 

Les affinités de VAmphioza le rapprochent autant des Cara- 
bides, que celles du Pelobius rapprochent celui-ci des Dytis- 
cides. Les caractères de la larve viennent donc complètement 
à l'appui de l'opinion du D r Horn qui maintient YAmphizoa 
comme type d'une famille distincte. 

Traduit de l'anglais par 

C. HOULBERT, 

Docteur es sciences naturelles. 

Bien que l'entomologie soit en grand honneur, l'élude des 
larves des Insectes ne semble pas avoir acquis jusqu'à ce jour, 
en France, l'importance qu'elle a depuis longtemps dans les 
autres pays. En dehors de la Sorbonne, où l'enseignement de 
M. Giard occupe une place à part par sa hardiesse et par son 
étendue, il serait évidemment difficile de trouver un centre 
scientifique où l'étude systématique des soit Insectes aussi dé- 
veloppée que dans les Universités des .Etats-Unis. 

Je dois reconnaître toutefois que, parmi les publications fran- 
çaises, le Naturaliste n'est pas le plus mal partagé; bien sou- 
vent, en effet, j'ai eu le plaisir de lire ici des descriptions de 
larves qui rompent un peu avec la monotonie des études pure- 
me'nt descriptives. 

Je ne veux pas terminer cet article sans adresser mes plus 
vifs remerciements à M. le professeur Riley, qui dirige avec 
tant de talent la publication de YInsect Life. La bienveillance 
que ce savant naturaliste m'a témoignée m'est très sensible, et 
je suis heureux qu'il ait bien voulu me fournir les moyens d'ap- 
précier directement ses intéressants travaux ainsi que ceux de 
ses distingués collaborateurs. 

C. H. 



Recherche et préparation des Oiseaux 

(Suite.) 

Il s'agit maintenant de refouler le crâne à l'intérieur 
pour remettre la tète dans sa position normale; c'est là 
une opération délicate qui exige chez le débutant de la 
patience jointe aune certaine habileté ; on prend le crâne 
tivec la main gauche, tandis que la droite ramène peu à 
peu la peau au long des parois osseuses en la faisant re- 
monter graduellement. Quand le bec commence à dépas- 
ser, on le saisit par les mandibules, on l'amène douce- 
ment à soi avec une des mains, tandis que l'autre agit 
en sens inverse sur la peau et, de cette manière, on ar- 
rive progressivement à remettre toutes les parties exté- 
rieures en position. 

Mais dans ces manipulations les plumes des différentes 
parties du corps ont été dérangées, froissées, ou bien ont 
pris une position mauvaise, il faut y remédier au plus 
tôt : on saisit l'oiseau par le bec, on imprime des se- 
cousses à sa dépouille, on souflle fortement sur les 
plumes, principalement du front, du gosier et de la 
queue; avec les brucelles on remet en place celles qui 
n'auraient pas encore repris leur position naturelle, on 
arrache au besoin les récalcitrantes et onles met de côté; 
avec les mêmes pinces on fait bouffer le coton qui rem- 
plit les orbites et l'on garnit les joues de la même ma- 
nière. 

Lorsqu'on veut conserver un oiseau en peau pour l'ex- 
pédier plus facilement ou qu'on n'a pas le temps de 
monter, il faut s'occuper de rendre au corps sa grosseur 
naturelle : on place l'oiseau devant soi la tête à gauche 



et la queue à droite comme au moment du dépouillement : 
on pose sur la queue une plaque de plomb pour mainte- 
nir le sujet, on écarte les lèvres de l'incision sterno-ab- 
dominale en relevant les plumes avec soin tout autour; 
on trempe un pinceau dans le préservatif, on l'introduit 
dans le cou pour enduire la peau dans toute sa longueur, 
depuis la base du crâne jusqu'à la poitrine ; avec une 
brucelle à pointes fines on saisit de l'étoupe hachée 
dont on introduit d'abord un tampon qu'on fait pénétrer 
jusqu'à la région occipitale; en distendant les branches 
des brucelles on étale cette première bourre, on laisse 
les pinces en place pour maintenir le cou libre, on pré- 
pare une seconde bourre qu'on place et qu'on étale de 
la même manière, et l'on continue jusqu'à ce que le cou 
soit entièrement garni dans toute sa longueur, en ayant 
soin que le bourrage ne soit jamais trop serré, ce qui 
présenterait le double inconvénient de distendre le cou 
qu'il serait difficile de faire revenir plus tard à sa posi- 
tion naturelle et d'empêcher le passage des fils de fer 
dans cette partie. 

On passe ensuite aux ailes dont on fait saillir les os 
restés dans la peau afin de passer un fil entre le radius 
et le cubitus; dont on noue les extrémités de manière à 
laisser entre les deux membres un espace plus ou moins 
large basé sur la dimension des sujets et la position de 
l'humérus de chacun. 

Lorsque les ailes sont liées l'une à l'autre, on enduit 
la peau en tous sens d'une forte couche de préservatif 
qu'on] fait pénétrer jusqu'au coccyx, on en passe sur 
les os des ailes qu'on remet en position ; on place un 
tampon d'étoupe hachée au milieu de la peau, on re- 
tend avec les pinces à bourrer de manière qu'il se 
réunisse au remplissage du cou ; on pose un autre tam- 
pon de bourre qu'on étend dans la direction du coccyx, 
enfin un troisième que l'on élargit vers les côtés ; on 
place un tampon d'étoupe entre les humérus pour les 
empêcher de se déplacer ; enfin, par des additions suc- 
cessives d'étoupe hachée, on achève de garnir la poi- 
trine et l'abdomen en s'efforçant de refaire un corps fac- 
tice analogue en grosseur à celui de l'oiseau qu'on a 
dépouillé, tout en évitant de forcer et de distendre la 
peau. On rapproche ensuite les bords de l'incision et on 
les maintient en les fixant avec une épingle ou par quel- 
ques points faits à l'aiguille. On arrange les plumes qui 
se sont froissées pendant le bourrage ; on place les ailes 
en position normale; on attache les pattes l'une à l'au- 
tre en passant un fil dans les talons, et le travail de la 
mise en peau est terminé. Il ne reste plus qu'à rouler le 
sujet dans une feuille de papier qu'on plie aux extré- 
mités, et on peut le conserver ainsi dans un endroit aéré 
et exempt d'humidité ; c'est ainsi que l'ornithologiste 
peut préparer le produit de ses chasses en attendant 
qu'il puisse s'occuper du montage ; c'est aussi par ce 
procédé que les oiseaux exotiques nous parviennent en 
bon état de conservation. 

Difficultés accidentelles. — Dans les indications que 
nous venons de donner nous avons supposé la mise en 
peau d'un oiseau de la taille d'un Merle, n'offrant con- 
séquemment aucune difficulté; il n'en est pas toujours 
ainsi et quelques catégories d'oiseaux, présentent des par- 
ticularités qu'il importe de signaler, en raison des mo- 
diffications qu'elles apportent aux procédés habituels de 
mise en peau : 

1°. — Chez les Palmipèdes, tels que Plongeons, Cygnes, 
Grèbes, etc., les parties inférieures sont garnies d'un 



10 



LE NATURALISTE 



plumage épais et soyeux qu'il importe de présenter dans 
tout son lustre au coup d'oeil, et une couture abdominale 
mal réussie suffirait à en dénaturer l'harmonie. Dans ce 
cas il est préférable de pratiquer l'incision sur le dos, 
depuis les omoplates jusqu'à la région lombaire; on 
procède d'ailleurs comme nous l'avons indiqué précé- 
demment. 

2°. — D'autres oiseaux tels que les Pies, Canards, 
Dindons, ont la tête plus grosse que le cou ou ornée de 
caroncules, de houppes ou de crêtes ; on ne pourrait 
dépouiller cette partie en retournant la peau comme 
nous l'avons indique' d'autre part ; on doit, dans ce cas, 
pratiquer une incision depuis la base de la crête ou de 
la houppe et la prolonger verticalement jusqu'au-des- 
sous de l'occiput ou plus bas si cela est nécessaire ; on 
soulève la peau et l'on fait saillir le crâne par l'ouver- 
ture ; on le dissèque par le procédé déjà indiqué ; et, 
quand il a été passé au préservatif et convenablement 
bourré, on le rentre dans la peau, on rapproche les bords 
de l'incision et on les coud à points serrés. 

3°. — Chez les oiseaux de la taille du Corbeau et au- 
dessus il est à remarquer que le dépouillement des ailes 
ayant été tout interne, a laissé subsister extérieurement 
une certaine quantité de chair sous la peau qui recou- 
vre les métacarpes et qu'il est indispensable d'éliminer ; 
car c'est le plus souvent par cette partie des ailes que les 
Dermestes, les Anthrènes et autres insectes ravageurs 
commencent leurs attaques. A cet effet on pratique une 
incision sur la peau recouvrant la face interne des mé- 
tacarpes; on la soulève des deux côtés, et l'on extrait par 
l'ouverture toutes les parties charnues qu'il est possible 
d'atteindre ; on passe du préservatif sur les métacarpes 
et les parties internes de la peau; on ajoute une petite 
quantité d'étoupe hachée pour remplacer les chairs en- 
levées; on recoud l'ouverture, et on remet en place les 
plumes qui pourraient avoir été' déplacées par l'incision. 
4°. — Dans un grand nombre d'oiseaux dont le tarse 
présente une certaine épaisseur, comme les Aigles, 
Vautours, Pélicans, etc., ou une grande longueur, comme 
dans les Hérons, Phœnicoplères, etc., il est fréquent, de 
voir le derme se soulever et tomber par morceaux; il est 
alors fort long et fort difficile de rajuster ces parties. Ce 
soulèvement est dû à la fermentation interne qui se pro- 
duit après la mise en peau, quand ces parties commen- 
cent à sécher. On peut le prévenir de deux manières: 
1° On introduit un fil de fer proportionné par la plante 
des pieds au long de chaque tarse en le faisant pénétrer 
jusqu'au tibia, on le laisse en place deux ou trois heures, 
puis on le retire; par ce moyen l'air circulant dans le 
tarse hâte la prompte dessiccation du derme; en répé- 
tant deux ou trois fois cette opération on peut être assuré 
du succès. 2° Pour les grands oiseaux de proie, les 
Palmipèdes et les Marcheurs, dont les tarses sont épais 
et charnus, il est préférable de fendre le derme par der- 
rière dans toute son étendue, d'enlever par cette ouver- 
ture les gros muscles qui entourent l'os, de passer du 
préservatif sur le tarse et les parois internes du derme, 
de bourrer cette partie avec de l'étoupe, puis de recou- 
dre l'incision à points serrés ; on s'occupe ensuite de la 
plante des pieds qu'on incise, ainsi que le dessous des 
doigts jusqu'à la seconde phalange inclusivement, et 
qu'on traite ensuite comme nous venons de l'indiquer 
pour le tarse. 

Pour compléter l'ensemble des précautions à prendre 
en vin- d'éloigner les insectes, il sera prudent de passer 



une couche légère de préservatif sur les membranes di- 
gitales et toutes les parties externes et nues des peaux 
d'oiseaux : orifice des narines, face, commissures du bec, 
tour des yeux, gosier, crête, caroncules, etc. 

5°. ■ — La plupart des Palmipèdes : Canards, Grèbes, 
Plongeons ont la peau tellement huileuse que le plâtre 
est insuffisant à absorber cette manifestation graisseuse ; 
il est pourtant de la plus grande importance de la suppri- 
mer, car, si on la laissait subsister, elle ne tarderait pas 
à se répandre extérieurement, à gagner le duvet, puis la 
plume, à les imprégner profondément, à leur donner une 
couleur jaune ; elle attirerait les insectes et deviendrait 
extrêmement difficile à faire disparaître par la suite. 

Pour enlever cette graisse on verse dans une terrine 
de l'essence minérale, on retourne la peau fraîchement 
dépouillée, de manière que le derme intérieur trempe 
entièrement dans le liquide, mais sans l'abandonner 
complètement, afin que le plumage ne puisse être con- 
taminé par l'essence devenue graisseuse. Le temps de 
l'immersion dans l'essence doit être subordonné tant à 
la dimension du sujet qu'à l'épaisseur des tissus adi- 
peux; on retire ensuite la peau, on la fait égoutter et on 
la sèche avec du plâtre ; on renouvelle l'essence après 
avoir essuyé soigneusement la terrine et on y plonge de 
nouveau la peau ; enfin on recommence cette opération 
jusqu'à ce que la graisse soit entièrement résorbée, ce 
qui se reconnaîtra facilement à la siccité du plâtre au 
contact de la peau. 

Le plumage aura, malgré toutes les précautions 
prises, reçu quelques taches pendant l'opération : on 
mouille une éponge dans l'essence et on le lave entière- 
ment tant sur le dos que sur le ventre, en le séchant au 
plâtre, puis on procède au bourrage comme nous l'avons 
déjà indiqué. 

6°. — Les jeunes Oiseaux ou Poussins, qui doivent [figu- 
rer dans une collection à côté des sujets adultes, ont la 
peau mince et difficile à préparer ; il est toujours préfé- 
rable de les monter immédiatement plutôt que de les 
remanier une seconde fois. 

(A suivre.) A. Granger. 



PHOTOGRAPHIE 



PEINTURE DES EPREUVES PHOTOGRAPHIQUES 

Je ne sais plus quel botaniste disait un jour : Je pré - 
fère une mauvaise figure à une savante description. Si 
paradoxal que cela puisse paraître scientifiquement, il 
faut reconnaître qu'en bien des cas, un dessin vous per- 
met de saisir d'un coup d'œil la forme et l'aspect général 
d'un objet dont une minutieuse description ne vous 
aurait permis la reconstitution qu'au prix d'un certain 
travail et dont vous n'auriez conservé le souvenir qu'au 
prix d'un effort de mémoire plus grand encore, alors 
que la chose vue vous reste présente à l'esprit. 

Au point de vue documentaire la photographie est cer- 
tainement le plus exact des moyens de représentation; 
mais une épreuve, pour acquérir toute sa valeur, doit ou- 
tre le dessin, donner la couleur de l'objet photographié. 
Dans ma dernière chronique, je vous disais que, peut- 
être, nous pourrions bientôt obtenir directement la pho- 
tographie des couleurs ; mais, en attendant que le procédé 
passe du domaine du laboratoire dans celui de la prati- 



LE NATURALISTE 



H 



tique, il faut nous contenter de peindre les épreuves que 
donnent les divers procédés. 

La qualité de l'épreuve n'est pas sans influence sur le 
résultat définitif; aussi devrons-nous chercher à obtenir 
aussi parfaites que possible les photographies destinées 
à être mises en couleurs. C'est à l'aquarelle que nous 
demanderons la transformation de notre image mono- 
chrome, et nous procéderons presque exclusivement par 
une application de teintes plates, la transparence de la 
plupart des couleurs à l'aquarelle nous permettant de 
conserver tout le travail du modelé photographique. 

Il faut donc que les épreuves se rapprochent le plus 
possible d'un ton gris neutre qui ne viendra pas con- 
trarier les couleurs employées; ces épreuves seront tirées 
plutôt claires et virées, de façon à perdre complètement 
le ton bf un ou rougeàtre quelquefois recherché, et, si 
nous voulons nous rapprocher autant que possible de la 
perfection, c'est dès le début des opérations, dès l'obten- 
tion du cliché, que nous devrons penser au but à atteindre. 

Chacun sait qu'en 
photographie cer- 
taines couleurs, di- 
tes non actiniques, 
sont sans influence 
sur les couches sen- 
sibles : ainsi le rou- 
ge qui vient noir, le 
jaune qui donne des 
gris très foncés a- 
lors que d'autres 
couleurs dites acti- 
niques impression- 
nent la couche au 
point de donner du 
blanc pur sur l'é- 
preuve positive; ain- 
si se comportent le 
bleu, et les violets. 
Nous aurions donc 
un dessous absolu- 
ment faux au mo- 
ment delà peinture 
de nos épreuves, tel rouge éclatant, tel jaune clair ne pou- 
vant être obtenu, le noir de l'épreuve reparaissant sous 
la transparence de notre couleur, quand, au contraire, un 
violet foncé ne sera nullement soutenu, le papier étant 
resté blanc pur aux places où nous avons à .l'appliquer . 

Pour obtenir la reproduction exacte de la valeur rela- 
tive des couleurs, il faut employer les plaques isochro- 
matiques. Ce sont des plaques à l'émulsion desquelles 
on ajoute une substance qui les rend sensibles aussi 
bien aux rayons rouges qu'aux rayons bleus; mais l'effet 
maximum d'isochromatisme n'est obtenu qu'en interpo- 
sant sur le passage des rayons lumineux, dans l'objectif 
même, un écran qui retarde les rayons bleus, les plus 
actiniques, permettant ainsi aux rayons rouges d'exercer 
toute leur action. On ne possède pas encore de substances 
rendant les émulsions ordinaires sensibles à tous les 
rayons ; aussi les plaques isochromatiques se divisent-elles 
en deux catégories : 1° celles sensibles aux rayons rouges 
à employer pour les reproductions où le rouge domine ; 
2° celles sensibles aux rayons jaunes, à employer pour 

(1) Cette photographie dont l'effet d'isochromatisme est com- 
plet a été obtenu sans l'emploi d'écran sur une plaque XL. 
(Merville, dépositaire, 18, rue Poissonnière). 




Bouquet photographié sur une 
plaque ordinaire 



Reproductions directes de photographies 



les paysages, ou les reproductions d'un ton général 
jaune ou vert. 

Voici d'un même bouquet deux épreuves qui montrent 
tout le parti que l'on peut tirer des plaques ainsi pré- 
parées. L'une des épreuves a été obtenue avec plaque 
ordinaire, l'autre avec plaque isochromatique. Le bouquet 
était composé de muguet, de jonquilles et de jacinthe 
violette des bois. Pour le détail des manipulations que 
comporte ce procédé j'indiquerai les deux volumes sui- 
vants : 

La photographie des objets colorés avec leurs valeurs 
réelles, par H. Vogel, traduit par H. Gauthier- Villars; 
Photographie isochromatique, par Roux. 
Lesclichésune fois obtenus, les épreuves seront, comme 
je le disais plus haut, tirées claires par l'un des procédés 
connus. 

Sur platine, papier salé, aucune difficulté; ces papiers 
mats^ recevront facilement les couleurs d'aquarelles 
s'ils ont été manipulés avec soin; quelquefois pourtant, 

certaines parties re- 
pousseront la cou- 
leur, auquel cas il 
suffira de mettre 
quelques gouttes 
d'une solution de 
noix de galle dans 
l'eau qui servira à 
délayer les cou- 
leurs. 

Sur papier albu- 
miné le mode opé- 
ratoire diffère un 
peu. Il est vendu 
des couleurs cà l'al- 
bumine qui seront 
d'une application 
facile sans prépara- 
tion, mais la sur- 
face de l'épreuve se 
refusera complète- 
ment à l'application 
des couleurs ordi- 
naires si elle n'a été disposée à cet effet; c'est peu de 
chose puisqu'il suffit d'y étendre un peu de salive soit 
avec un pinceau soit avec le bout du doigt. 

L'épreuve prête, établissez votre palette ; plus loin nous 
verrons quelle en sera la composition, et, dans un godet, 
au lieu d'eau pour étendre vos couleurs, ayez une des 
préparations suivantes. 

La plus connue est le fiel de bœuf que vous trouverez 
tout épuré chez les marchands de couleurs, mais dont il 
faut surveiller l'emploi ; un excès empêchera l'application 
des teintes plates un peu étendues, et les couleurs avec 
lesquelles il sera mélangé auront assez pénétré le papier 
pour qu'il soit impossible de les atténuer. 

Une liqueur souvent employée est ainsi composée : 

Eau 00« 

Comme arabique 8 gr 

Sucre 4 sr 

Alcool 4« r 

Alun en poudre 1 er 

La quantité d'eau peut être un peu augmentée. 
Mais donnez la préférence à l'albumine dont M. Klary 
inclique ainsi la préparation. 

« Prenez huit blancs d'oeuf, ce qui représente environ 
2S0 C < 1 d'albumine. Ajoutez-y 24 gouttes d'acide acétique 



Bouquet photographié sur plaque 
isochromatique (1) 



12 



LE NATURALISTE 



cristallisable et HO 00 d'eau ordinaire. Remuez le tout avec 
une baguette de verre pendant trois ou quatre minutes, 
sans essayer de faire passer cette préparation à l'état de 
mousse. Laissez reposer pendant deux heures et filtrez 
soigneusement à travers deux épaisseurs de mousseline. 
Ajoutez ensuite 3 ou ^ d'ammoniaque. Conservez dans 
un flacon hermétiquement fermé. 

Tels sont les véhicules qui permettront la peinture à 
l'aquarelle des épreuves sur papier albuminé. 

Restent les épreuves sur papiers gélatines : papier solio, 
papier aristotype, papier au citrate, à la celloïdine, etc. 
.Malgré le durcissement de la couche de gélatine par le 
bain d'alun, la peinture de ces épreuves est chose à peu 
près impossible par les procédés ordinaires. La gélatine 
gonfle aux places où les teintes sont appliquées et rend 
celles-ci fort inégales, l'épreuve présente des surfaces 
mates et brillantes d'un vilain aspect; il faut peindre ce 
genre d'épreuves au revers avec des couleurs pénétrant 
le papier et séchant presque instantanément : ce sont là 
les qualités que possèdent les couleurs spéciales du pro- 
cédé lancé par M. Klary sous le nom de chromopholo- 
phanie. La photographie est collée sur un cadre de bois 
blanc face en dessus, de sorte qu'une fois posée sur la 
glace d'un pupitre à retouche, l'épreuve est vue par trans- 
parence; les couleurs liquides transparentes, enfermées 
dans des flacons stiligoultes, sont allongées au moyen 
d'un médium spécial et étendues en teintes plates; elles 
pénètrent le papier et deviennent ainsi visibles à l'endroit 
sous la couche photographique qui conserve tout son 
éclat, toute sa fraîcheur, jusque dans les demi-teintes les 
plus délicates; c'est là le côté original et vraiment inté- 
ressant de ce procédé. Les teintes livrées dans la boîte 
sont au nombre de douze, mais quantités d'autres sont 
envoyées sur demande ; les douze de la boite peuvent 
être mélangées dans les godets ou au contraire succes- 
sivement appliquées à une même place laissant dominer 
la première posée ; dans certains cas les couleurs peu- 
vent être aussi étendues surl'endroitdela photographie ; il 
résulte, de ces modifications dans l'emploi, des effets de 
relief saisissants, et une pureté de modelé que ne permet 
pas d'obtenir le coloris sur la photographie. 

Ce procédé peut s'employer avec le même succès sur 
papier albuminé et pour positifs sur verres etvues àpro- 
jection ; les couleurs ne s'étendent pas sur la couche, 
se limitant nettement aux places voulues pour les teintes 
plates et permettant également les teintes fondues ; il est 
donc évident que, pour la retouche et l'amélioration des 
clichés, ce procédé offre de précieuses ressources. 

Pour le choix des couleurs dans la chromophotophanie 
la brochure qui accompagne chaque boîte donnera toutes 
les indications voulues. Voici pour les amateurs qui s'en 
tiennent à l'aquarelle la nomenclature des couleurs les 
plus employées et leurs applications; que ces couleurs 
soient dures sous forme de pains et de pastilles, moites 
en godets de verre ou de métal, ou demi-fluides en tubes 
semblables à ceux des couleurs à l'huile, il faut les pren- 
dre de bonne qualité: c'est toujours une économie et c'est 
tout au moins une garantie contre les surprises fort dé- 
sagréables que donnent les couleurs de mauvaise qua- 
lité. Les meilleurs pinceaux sont en martre zibeline de 
moyenne grosseur, accompagnés de quelques pinceaux 
en poil de chameau spécialement utiles pour les teintes 
plates un peu étendues. 

Blanc '/c Chine. — Le plus fixe et le plus solide des 



blancs ; se mélange bien aux autres couleurs mais en 
amenant forcément une certaine opacité. 

Jaune indien. — Couleur puissante; donne avec l'indigo 
et la terre de Sienne brûlée plusieurs très beaux verts. 
Gomme -gutte. — Jaune brillant transparent ; donne les 
verts avec le bleu de Prusse et l'indigo. 
Chrome-citton. — Donne les jaunes-or. 
Asphalte (bitume). — Brun magnifique ; ne jamais mé- 
langer avec du blanc. 

Scpia. — Brun d'un mélange facile avec toutes les au -\ 
très couleurs; donne avec l'indigo et la somme-gutte un 
noir transparent. 

Rose garance. — Très utile dans les tons chairs en mé- 
lange avec le vermillon. 

Laque carminée. — Beau rouge transparent; indispen- 
sable dans la formation des pourpres. 
Vermillon. — Couleur fraîche et solide. 
Bleu de Prusse. — Tourne facilement à une teinte ver- 
dàtre ; donne les pourpres, violets, lilas. 
Indigo. — Bleu sourd. 

Terre de Sienne brûlée. — Utile pour certaines verdures. 
Bleu d'outremer. — Le plus brillant et le plus durable 
des bleus. 

Cobalt. — Couleur [solide mais un peu opaque. Base 
des gris-perle. 
Carmin. — Rouge cramoisi. 
Teinte neutre. — Sorte de bleu noir. 
Cette nomenclature, qui termine les indications à 
grandes lignes que je donnerai sur la peinture des 
épreuves, est extraite d'un ouvrage auquel je renverrai 
mes lecteurs (1), tout en les prévenant qu'il a surtout été 
fait en vue de la peinture de portrait; mais quantités de 
renseignements y sont donnés qui seront utiles en bien 
d'autres cas. 

Un dernier mot: ayez la main légère, il est toujours 
plus facile de revenir sur un coup de pinceau pour le 
renforcer que pour l'atténuer; faites quelques essais et 
vous aurez vite reconnu qu'une épreuve trop chargée 
en couleurs n'est qu'une criarde enluminure, alors, que 
délicatement traitée, la même épreuve fournit, non pas 
une aquarelle, mais une photographie aquarellée du plus 
bel effet. C'est à dessein que j'ai complètement laissé de 
côté la peinture à. l'huile des épreuves; ce n'est plus ici 
le coloris d'une épreuve toujours visible mais une véri- 
table peinture à laquelle la photographie ne sert qu'à 
donner les bases de la mise en place ; aussi ne pourrait- 
on réussir qu'avec une connaissance assez approfondie 
du dessin, des couleurs et de leur emploi. 

Charles Jacou. 



SOCIÉTÉ ZOOLOGIQUE DE FRANCE 



I. - BULLETIN 

Janvier. — M. R. Blanchard, décrit deux Hirudinées rares, 
le Theromyzon palleus et VHirudo brevis; il crée pour cette 
dernière le genre nouveau Mesobdelta, dont il donne la diagnose. 
— M. Oustalet signale deux variétés nouvelles de Lophophores 
de la région hirnalayenne ; il donne ensuite le caractère d'un 
nouveau perroepuet du Thibet, le Palœonis Salvadorii. — 
M. Errera s'applique à déterminer le nombre de zoologistes 

(1) Klary. Toute pratique de la peinture des épreuves photo- 
graphiques avec les couleurs à l'aquarelle et à l'huile, suivie de 
différents procédés de peinture appliqués aux photographies 



LE NATURALISTE 



13 



qui s'occupent de tel ou tel groupe du régne animal; sur un 
total de 9,835 zoologistes, il trouve que 2,012, soit 20 0/0, s'oc- 
cupent d'entomologie, tandis que 5 seulement, soit 0,1 0/0, se 
vouent à l'étude de l'évolution. Ces chiffres laissent beaucoup 
à désirer, car l'auteur n'a pas séparé les anatomistes des 
systématiciens, et il n'a pas tenu compte des nombreux travail- 
leurs qui, .sans faire de l'évolution le but unique de leurs 
recherches, s'occupent néanmoins activement de tout ce qui 
intéresse cette question. 

Février. — M. R. Blanchard étudie la variation dans la 
constitution du somite chez les Hirudinées. — M. Ancey décrit 
quelques espèces du genre B uliminus parmi lesquelles plusieurs 
sont nouvelles. Il donne en outre une liste des Gastéropodes 
pulmonësde l'Afghanistan et du Béloutchistan. — M. Xavier 
Raspail donne quelques détails sur les mœurs d'une Planaire 
d'eau douce d'espèce indéterminée; d'après l'auteur, ce ver serait 
« capable de se jeter avec avidité sur une nourriture toute 
différente de celle qu'il trouve habituellement dans son milieu 
d'origine » et pourrait même s'attaquer aux mouches. — M. de 
Pousargues décrit deux Mammifères nouveaux, rapportés par 
M. Dybowski, de la région de l'Oubangui; l'un d'eux est un 
lémurien, le Galarjo anomarus, dont la queue est moins longue 
que le corps, l'autre est un carnassier assez voisin des Man- 
goustes, le Cronarckus Dybowskii. — M. Léon Vaillant donne 
la liste des Poissons recueillis par M. Chaper à Bornéo, dans 
les eaux douces; celle liste ne comprend pas moins de 92 es- 
pèces, réparties dans 54 genres; les espèces nouvelles sont: 
l'Ambiyrhynchic/ilys altus, le Diastatomycler Chaperi et le 
Callichrovs eugeneiatus. — M. Ernest Olivier présente un Cra- 
paud adulte qui « a non seulement conservé sa queue de larve, 
mais cette dernière a continué à s'accroître et a pris un grand 
développement ; elle atteint une longueur de 51 millimètres » le 
corps de l'animal n'en mesurant pas plus de 67. Le même 
auteur a trouvé en Algérie l'Vromasiix spinifer « connu seu- 
lement en Egypte », et un Ophidien rare, le Cœlopellis produçla. 
Mars. — M. Joisseaume a observé a Obock une mortalité 
si grande des Poissons « que la plage en était couverte » ; il 
attribue ce phénomène à la présence d'une algue, le Tricho- 
desmium erythrseum qui donne fréquemment à la mer, dans ces 
régions, une couleur jaune purin, et qui la couvre, « comme 
une couche d'huile, sur plus d'un mètre d'épaisseur. ». — 
M. Chevreux étudie les Amphipodes recueillis dans l'estomac 
des Germons que captura l'Hirondelle entre les Açores et nos 
côtes. Ces Amphipodes appartiennent à quatre espèces diffé- 
rentes, dont une, le Brachyscelus cruscidum prédomine de beau- 
coup sur toutes les autres . Aux parages où furent péchés les Ger- 
mons, la profondeur « dépasse 4000 mètres. Dès qu'elle vient à 
diminuer, au voisinage des côtes de Bretagne par exemple, les 
Amphipodes mentionnés semblent disparaître.» — M. Cordier 
compare l'estomac desCaméliens à celui des Pécaris et des vrais 
Ruminants; il trouve qu'il a beaucoup de ressemblance avec 
celui des premiers et il conclut que «les Caméliens sont des 
Ruminants à estomac de Pachydermes » ; il montre en outre 
que les prétendues poches à eau des Caméliens n'ont en réalité 
aucune fonction aquifère. — M. Dautzenberg donne une liste 
de Mollusques recueillis aux Seychelles par plusieurs voya- 
geurs. — M. Remy Saint-Loup ne croit pas que les souris, 
« dites Souris du Japon, qui ont la singulière habitude de se 
mouvoir rapidement de la manière désignée en physiologie 
sous le nom de mouvement de manège », soient toujours de 
race japonaise; il a obtenu, en effet, parmi des nichées de 
Souris indigènes, des individus qui se livraient à ce mouvement. 
— M. Schlcmberger observe à ce sujet qu'il « serait intéres- 
sant de savoir si les père et mère sont des Souris ordinaires 
de nos habitations, où si elles proviennent du marchand du 
quai du Louvre. Celui-ci, en effet, a eu des Souris dansantes 
du Japon et a fait des croisements.» — M. Charles Janet décrit 
un thermo-régulateur de construction très simplifiée pour les 
étuves à température constante. — M. Van Kempen signale le 
passage aux environs de Saint-Omer, pendant l'hiver de 1892- 
1893, de nombreux Cygnes sauvages et de plusieurs autres 
oiseaux; il fait savoir en outre qu'un Lagopède blanc a été 
capturé dans la la même région. — M. R. Blanchard décrit 
plusieurs Hirudinées peu connues et forme pour quelques 
espèces nouvelles, le genre Placobdella. 

Avril. — M. L. von Gr.vff décrit une planaire nouvelle des 
Pyrénées, le Bhynchodemus Pyrenaicus. — M. Chevreux si- 
gnale quelque particularités relatives à plusieurs Amphipodes 
(Talitres, Orchesties) de la Méditerranée. —M. R. Blanchard 
présente quelques observations sur quatre Hirudinées précé- 
demment décrites par M. le professeur Emile Blanchard. Il 



appelle en outre l'attention sur la déformation que subit par- 
fois la carapace chez les Cistudes d'Europe, du département de 
l'Indre. — M. Adrien Dollpus décrit un Isopode nouveau, le 
Sphœroma Dugesi, recueilli par M. Dugés dans les eaux douces 
du Mexique. — M. Certes donne la liste des Infusoires qu'il a 
recueillis dans un des bassins du Muséum. — Dans le même 
Bulletin se trouve le règlement relatif aux prix décernés par 
le congrès international do zoologie. 

■ Mai. — M. Lignières donne le signalement des chenilles de 
Bombyx neustria après chacune de leurs mues. — M. R. Blan- 
chard résume l'histoire des « pierres de serpent » qui servent 
d'amulette dans les Indes Orientales ; ces corps calcaires sont 
de nature et d'origine très variables et ne sont parfois qu'un 
simple fragment d'os. — M. Ancey décrit deux nouveaux Pul- 
monés d'Algérie, l'Hélix subaperta et le Pupa Cartennensis. 

Juin. — Sous le nom de Cypris balnearia, M. Moniez dé- 
crit un Ostracode nouveau qui habite les eaux thermales du 
Hammam-Mcskoutine, Algérie ; c'est, avec le C. thermalis, le 
seul Ostracode qui vive dans les eaux chaudes. — M. R. Blan- 
chard émet l'avis que l'entrée dans les Musées de France, et 
spécialement dans les galeries du Muséum de Paris, soit 
payante plusieurs jours par semaine : c'est là, pense-t-il, dans 
l'état actuel du budget, la mesure la plus ellicace pour assurer 
aux Musées un fonds de réserve toujours disponible et grâce 
auquel ils pourraient faire face à toutes les éventualités. » 
Cette motion a été provoquée par la vente à un Anglais, au 
prix de 8,000 francs, de l'importante collection diptérologiquc 
de fou M. Bigot. — M. L. Jockin décrit, dans un Chiroteuthis 
recueilli par l'Hirondelle, des chromatophores modifiés qui 
occupent la face ventrale du manteau et qu'il est porté à con- 
sidérer comme des yeux thermoscopiques; le chromatophore, 
qui a la forme d'une lentille biconvexe, est rempli de pigment 
noir ', comme une lentille pleine d'une solution d'iode, il ne 
laisserait passer que les rayons caloriques, qui, viendraient 
se concentrer en un foyer qui est occupé, dans l'appareil, par 
une terminaison nerveuse largement épanouie. — M. Jules Ri- 
chard donne les caractères deïHeterocliseta Grimaldii, calanide 
nouveau recueilli en 1888 par l'Hirondelle. 

Juillet. — MM. de Guerne et Horst décrivent, sous le nom 
d'AllobobopkoraSavignyi, un lombricion nouveau, qu'on trouve 
en abondance sur les bords du lac de Cazeau. — M. de Pou- 
sargues étudie un Rongeur nouveau, le Golunda Dyboivskii , 
et M. Cockerei.l une nouvelle espèce d'Insecte, le Lecunii/m 
Schini, qui provient du Mexique. — M. Cn. Janet entretient 
la Société des études qu'il a faites sur les Fourmis, au moyen 
d'un appareil spécial où ces animaux vivent parfaitement en 
sociétés. — M. Topsent étudie les Spongiaires recueillis aux 
Seychelles par M. Alluaud, et dans le golfe de Tadjoura, par 
M. Faurot; il rappelle en outre que les éponges d'eau douce 
européennes sont au nombre de sept, qu'on en connaissait en 
France quatre espèces, mais que M. Chaper venait d'en décou- 
vrir une cinquième, Spongilla fragilis, espèce cosmopolite qu'on 
trouve dans l'Yerre, aux environs de Châteaudun. 

IL MÉMOIRES {Tome VI, parties I à II L 

M. J. Lignières donne une étude zoologique et morphologique 
du Tyroglyphns malus et de sa nymphe hypopiale, qui jusqu'ici 
était inconnue; cet Acarien qui est très rare en Europe, se 
trouve sur les branches de Pommiers couvertes de Kermès con- 
chiformis; il habite les coques vides de ces derniers animaux 
et se nourrit de leurs mues et des sécrétions qu'ils peuvent 
produire. C'est à tort qu'on accuse le Tyroglyphus de sucer le 
suc du pommier. Le même auteur étudie en outre un Acarien 
nouveau, Y Hemisar coptes coccisugus qui vit dans la coque du 
puceron du pommier et de l'aubépine et qui se développe en pa- 
rasite sur le puceron dont il détruit aussi les œufs. C'est donc 
un auxiliaire des plus utiles. — Continuant ses recherches sur 
l'hybridation chez les Oiseaux, M. Suchetet observe que les 
Rapaces ne présentent pas jusqu'ici d'hybrides sauvages net- 
tement caractérisés. Chez les Perroquets le Plalycereus de 
Mas ter serait le résultat du croisement à l'état sauvage du 
PL eximius et du PI. Pennantii; il serait intéressant, observe 
à juste titre M. Suchetet, de comparer cet hybride avec ceux 
qu'on obtient aisément dans la volière par le croisement des 
deux espèces. — M. A. Dolleus donne son travail détaillé sur 
les Isopodes terrestres recueillis aux Canaries par M. Alluaud : 
sur dix-neuf espèces, sept sont nouvelles et spéciales à la 
région, et dix autres appartiennent franchement à la faune 
méditerranéenne ; on sait du reste que les caractères de la 
faune canarienne sont essentiellement méditerranéenne. — 



I '« 



LE NATURALISTE 



M. Schlumbergbr décrit et figure les Miliolidès du golfe do 

Marseille: certaines espèces sont nouvelles, les autres avaient 
été nommées et dessinées par d'Orbigny, mais la description 
e! les planches n'ayant pas été publiées, M. Schlumberger a 
comblé cette lacune, soit d'après ses propres dessins, soit en 
se servant de ceux de d'Orbigny, qui son! au Muséum d'histoire 
naturelle. — M. J.-G. i>e Max publie son cinquième mémoire 
sur les Nématodes libres de la mer du Nord et de la Manche; 
jusqu'ici, les espèces connues clans ces deux régions s'élèvent 
aux nombre de soixante-sept, dont trente-sept ont été décrites 
et observées pour la première l'ois par l'auteur. — M. Xavier 
Raspaii, expose le résultat de ses observations sur les mœurs 
des Hannetons : les adultes peuvent aisément rentrer dans la 
terre pour se soustraire aux froids tardifs du printemps, et les 
jeunes larves, d'autre part, à peine sorties de l'œuf, descendent 
où s'élèvent dans le sol suivant la température. — Le même 
auteur communique quelques documents nouveaux qui ten- 
draient à légitimer l'existence en Europe d'une espèce d'éper- 
vier, YAccipiler major, distincte de l'A. nisiis. — MM. J. de 
Guerre et J. Richard décrivent et figurent deux nouveaux en- 
tomostracés d'eau douce : le Cauthocamptus Grandidieri et 
VA loua cambouei, qui proviennent de Madagascar. — M. Rra- 
sn.siiTsHiK donne d'intéressants détails sur la graphitose et la 
septicémie chez les Insectes; ce mémoire important fera pro- 
chainement le sujet d'un article dans ce journal. — M. E. André 
publie des notes pour servir à la connaissance des Mulillcs 
paléarctiques et décrit quelques espèces nouvelles. — M. Charles 
Girard propose quelques modifications qu'il serait bon d'in- 
troduire dans la nomenclature zoologique. 

E.-L. Bouvier. 



LA COURTILIERE 



Gryllus gryllotalpa, Lin. Gryllotalpa vulgaris Latr.), 

SES MŒURS, MOYENS DE DESTRUCTION. 
Tous les agriculteurs connaissent ce gros Orthoptère 
nommé Courtilière, si nuisible à l'agriculture et à la cul- 
ture maraîchère sous verre; par les de'gâts considérables 
qu'il fait dans les serais de pins, de sapins et autres es- 
pèces d'arbres et de plantes, il est un fléau pour la syl- 
viculture et les horticulteurs pépiniéristes. Cet insecte 
mine le terrain dans toutes les directions, ses galeries 
soulèvent au-dessus du sol les graines qui ont germé, 
et leur exposition à l'air les dessèche et les fait périr. 
Dans certains terrains sablonneux et légers, il s'est tel- 
lement multiplié, qu'il est souvent difficile d'y praliquer 
des semis. 

Gryllotalpa Vulgaris Latr. (fig. 1). Longueur 48 milli- 
mètres, soyeux, de couleur brune, mais plus ocreux en 
dessous qu'en dessus ; tète conique pouvant rentrer dans 
le corselet; yeux proéminents; antennes droites compo- 
sées d'un très grand nombre d'articles ; mâchoires fortes, 
cornées et aiguës; thorax convexe, ovale; élytres courtes, 
d'un blanc jaunâtre extérieurement, se recouvrant l'une 
l'autre dans le repos, avec beaucoup de nervures ; les 
deux ailes sontpliées en long, en forme de lanière, dé- 
passant l'abdomen; celui-ci est deux fois aussi long que 
le thorax, très épais, mou, cylindrique; les six pattes 
sont robustes, particulièrement les deux premières, qui 
sont comprimées et dilatées avec les tibias trigones, pal- 
més, ayant l'extrémité dé-coupée en quatre dents liés 
fortes et tranchantes. 

Depuis Longtemps la Courtilière a attiré l'attention d'un 
grand nombre de savants observateurs : Linné, Fabri- 
cius, Rœsel, Féburier, Bouché, E. Blanchard, Curtis, le 
colonel Coureau, docteur Boisduval, etc. Féburier, au 
commencement du siècle 1), et Curtis, savant entomolo- 

(1) Nouveau Cours d'agriculture, vol.V, page io:i. 



giste anglais (2), en ont particulièrement fait connaître 
les mœurs et tracé chacun une histoire de ses habitudes, 
qui diffère sur plusieurs points essentiels. Pour con- 
naître plus intimement ses mœurs, nous avons élevé 
non sans de grandes difficultés) cet insecte en captivité, 
en caisse d'environ 80 centimètres carrés et 30 centi- 




1. Courtilière adulte. — 2. Larve jeune de l'année 
:i. Œufs. 

mètres de profondeur recouverte d'une toile métallique, 
et suivi ses habitudes depuis la ponte jusqu'à l'insecte 
parfait. En outre, grâce à l'obligeance de M. Précastel, 
habile jardinier-chef au château de Bagatelle i bois de 
Boulogne], nous avons pu étudier et compléter sur place 
toutes nos observations : nous lui adressons nos meil- 
leurs remerciements. 

Mœurs. — Dans nos caisses d'élevage, l'accouplement 
a eu lieu la nuit à partir du lo avril; à la fin d'avril le 
nid contenait 300 œufs environ, de la grosseur d'une 
graine de colza, ovales, brillants, d'un jaune ocreux : 
le 15 mai les larves étaient nées et continuaient 
à vivre en société; ce n'est que vers le 1 er juin, c'est-à- 
dire environcinq semaines après la ponte, que les jeunes 
Courtilières se sont définitivement séparées. 

Pour établir son nid la femelle creuse d'abord une 
galerie verticale s'enfonçant à 25 ou 30 centimètres de 
profondeur, ensuite cette galerie forme un coude d'en- 
viron o centimètres, conduisant au nid proprement dit, 
qui. est creusé en forme de cornue ayant 5 à 7 centi- 
mètres de long et 3 à 3 centimètres de large; un mucus 
abondant expectoré parla Courtilière agglutine la terre 
et la rend imperméable ; l'intérieur du nid est lisse. La 
ponte terminée, la femelle bouche l'entrée du nid et se 
tient en embuscade dans une petite loge perpendiculaire 
à la galerie conduisant à l'extérieur dont elle bouche 
l'entrée avec son corps. 

En naissant les jeunes larves sont privées d'ailes cl. 
ressemblent à leurs parents, elles sontblanches d'abord, 
plus tard elles deviennent gris jaunâtre ; ce n'est qu'à la 
fin de la deuxième année qu'elles seront pourvues 
d'ailes. 

MM. Féburier et Brullé assurent que les femelles pren- 
nent le plus grand soin de leurs petits et vont leur cher- 
cher leur nourriture ; M. M. Curtis et Bouché prétendent 
que les parents dévorent 90 0/0 de leurs enfants. Dans 

(2) Farm insects, Londres 1860. 



LK NATURALISTE 



Uf 



un premier essai en captivité, une grande partie des 
jeunes larves ayant disparu nous supposâmes que les 
pères, et non les mères, pourraient bien être les cou- 
pables. Dans nos autres essais, nous avons retiré de la 
caisse tous les mâles aussitôt après la ponte ; le succès a 
été complet ; bien qu'il ne nous ait pas été donné de 
surprendre lo mère portant la nourriture à sa progéni- 
ture dans le nid, il est présumable qu'elle doit le faire. 
Aussitôt après l'abandon du nid, nous avons surpris, les 
jeunes larves mangeant pendant la nuit, les jeunes 
feuilles de salade plantées dans nos caisses. 

Nourriture. — La Gourtilière, à l'état libre, sort de sa 
galerie pour chasser les insectes pendant la nuit, ou 
pour s'accoupler; elle ne s'attaque guère aux plantes et 
mange relativement peu comparativement à sa taille, ce 
qui expliquerait la lenteur de sa croissance. 

Par des essais successifs en captivité, nous avons 
nourri des Courtilières uniquement : 1° pendant plu- 
sieurs mois de proies vivantes : vers blancs, vers gris, 
lombrics, limaces, grillons, sauterelles, etc.; 2° de jeunes 
plantes : carottes, betteraves, salades, etc. ; 3° pendant 
six mois avec des feuilles de salades : romaines, laitues, 
qu'elles percent de trous sans attaquer les nervures. Dans 
une caisse en dehors de nos élevages, nous avions placé 
25 Courtilières mâles et femelles, de tous âges, depuis 
l'insecte ayant un an jusqu'à celui adulte : toute la nuit, 
on pouvait les surprendre, courant, se querellant, chas- 
sant les insectes déposés par nous, ou mangeant les 
feuilles des plantes; les mâles font entendre, d'avril à 
septembre, un petit chant rappelant assez le cri d'une 
jeune souris, cette stridulation est produite par le frot- 
tement des élytres, qui ont à leur base des nervures 
fortes et écartées. 

A quoi servent les galeries! — En dehors du trou 
vertical conduisant à son nid, la Gourtilière creuse à 
quelques centimètres du sol de nombreuses galeries 
dans toutes les directions, se croisant et aboutissant de 
différents côtés au trou vertical. M. Féburier s'attache 
à démontrer que toutes ces galeries sont construites seu- 
lement pour pouvoir poursuivre les insectes et non pour 
rechercher et détruire les racines des plantes. A notre 
avis ces galeries sont construites par la Courtilière dans 
un but de conservation; si on la poursuit avec le doigt, 
elle avance ou recule à volonté dans sa galerie, puis 
tout à coup, trouvant une bifurcation, elle vous échappe. 
Comme exemple à l'appui de notre manière de voir, nous 
citerons la caisse contenant des courtilières de tous âges 
et nourries avec des feuilles de salades, il n'existait ni 
plantes, ni proies vivantes dans la caisse, cependant la 
surface était sillonnée de galeries semblables aux autres 
caisses. Le plan de ces galeries est toujours à peu près 
le même en captivité ou en liberté; si elle rencontre un 
insecte en minant; elle le dévore, puis elle continue son 
travail . 

Toutes les Courtilièrei d'une même ponte n'arrivent 
pas en même temps à leur entier développement; dans 
nos caisses laissées en tous temps à l'air libre et conve- 
nablement arrosées, elles ont cessé de manger chaque 
année et sont restées engourdies à 30 ou 35 centimètres 
de profondeur, du commencement d'octobre au lo avril. 
Les plus avancées se sont reproduites 2.'» mois après 
leur sortie de l'œuf; les dernières ont mis 28 mois; et 
quelques exemplaires n'ont pondu qu'après 35 mois. 

Les femelles ne meurent pas après la ponte; nous leur 
avions attaché un fil aux pattes postérieures pour les re- 



connaître; ces tils ayant disparu, il ne nous est pas pos- 
sible d'affirmer si elles pondent une seconde fois mais 
cette hypothèse est très admissible. 

Nous avons trouvé dans le parc du château de Baga- 
telle quelques tas de plusieurs mètres cubes de feuilles 
réduites en terreau, que nous avons fait remuer plusieurs 
fois. Les feuilles de la saison précédente contenaient très 
peu de Courtilières et pas un seul nid ; celles de deux 
ans en contenaient des centaines et un grand nombre de 
nids placés à diverses profondeurs, de 30 à 60 centi- 
mètres, nous avons constaté des œufs et de jeunes 
larves, depuis la fin d'avril jusqu'au premier septembre, 
dans les feuilles ayant trois ans, il restait quelques in- 
sectes et fort peu de nids. Ces tas de terreau étant éloi- 
gnés des cultures de plusieurs centaines de mètres, de 
quoi vivaient ces milliers de Courtilières, larves et in- 
sectes ? 

Dans un pot à fleurs rempli de terreau bien arrosé, nous 
avons enfermé six Courtilières de grande taille ; deux 
mois après, elles étaient toutes bien vivantes le terreau 
de feuilles de deux ans avait suffi à leur nourriture. 

Des Courtilières mises dans un pot rempli de sable sec, 
avec des feuilles de salade, ne tardent pas à périr faute 
d'humidité pour leurs téguments ; tandis que cet insecte 
vit plusieurs mois, avec la même nourriture, dans un 
pot dont le sable est saturé d'eau et forme un petit ma- 
rais. 

Conclusion. — En liberté, la Courtilière vit particuliè- 
rement d'insectes qu'elle chasse en sortant la nuit, et ne 
mange les racines et les feuilles des plantes que lors- 
qu'elle manque de proies vivantes. En théorie, elle pour- 
rait passer pour un insecte utile; malheureusement, en 
pratique, les nombreuses galeries qu'elle trace en tous 
sens, avec ses pattes antérieures, coupant et renversant 
les jeunes plantes et les semis, en font un insecte des 
plus nuisibles qu'il faut détruire sans trêve ni merci. 

Moyens de destruction. — Il a été préconisé plu- 
sieurs moyens plus ou moins pratiques pour détruire la 
Courtilière. 

En Allemagne, on enfonce en terre des pots à fieurs 
contenant Un peu d'eau, les Courtilières viennent y tom- 
ber et s'y noyer pendant la nuit. 

En France, on recommande de rechercher les trous 
conduisant aux nids, puis d'y verser de l'huile, de l'eau 
pétrolée ou autres liquides ; on espère détruire ainsi la 
mère et la couvée. 

La suie, la chaux, l'eau bouillante, l'urine, l'eau salée, 
versées sur les places infestées, contribuent à les ex- 
pulser. 

Ces procédés peuvent être employés dans de petits 
jardins, mais ils sont impraticables dans la grande cul- 
ture. 

Nous avons constaté, que le chiffon imprégné de 
10 0/0 de pétrole, enfoui comme engrais et employé à 
raison de 3000 kilos à l'hectare préservait les semis des 
attaques de la Courtilière. Ce procédé, applicable à la 
grande et à la petite culture, est peut-être un peu oné- 
reux, 

Le moyen qui nous parait le plus pratique et qui nous 
a permis depuis 30 ans de détruire un nombre considé- 
rable de Courtilières, consiste à lui tendre des pièges en 
disposant vers le commencement de septembre, des tas 
d'un ou plusieurs mètres cubes de fumier de cheval sor- 
tant de l'écurie, près des terres infestées par cet insecte. 
Les Courtilières viendront se réfugier dans ces pièges 



LE NATURALISTE 



bien chauds, pour y passer J'hiver; de décembre à fé- 
vrier, on retourne ce fumier et l'on détruit les Courli- 
lières qui s'y trouvent à moitié engourdies. 

Le même piège peut s'employer pendant l'été, en creu- 
sant un trou de 50 centimètres de long sur 30 centi- 
mètres de largeur et profondeur, entre les planches cul- 
tivées et infestées ; on remplit ces trous de fumier frais 
bien tassé et arrosé; .deux fois par semaine, on enlève et 
éparpille le fumier avec une fourche ; on y trouve un 
grand nombre de Courtilières qu'on écrase. 

En employaut ces pièges au château de Bagatelle, 
M. Précastel estime avoir détruit4 à 5,000 courtilières en 
1893. 

Nous nous sommes assuré que le Crapaud chassant 
toute la nuit, dévore un grand nombre de Courtilières, 
et autres insectes des plus nuisibles; sa protection et 
son introduction dans les jardins s'impose. Dans une 
précédente étude (Le ver gris, etc., Feuille des jeunes 
naturalistes, n° 275) nous avons indiqué le moyen de le 
propager sans frais, à l'infini, dans lagrande culture. 

Decaux, 



CHASSES LÊPIDOPTÉRIQBES El ALGERIE 

(Suite) 



CHARAXKS 



21. Jasius. L. Au mois de septembre le Jasius apparaît dans 
les jardins et les campagnes des environs de Bône. Il plane 
majestueusement au grand soleil et vient se poser une minute 
sur le tronc ou les feuilles des arbres, mais presque toujours 
hors de la portée du filet. Il est très farouche, et dès qu'on fait 
mine de s'occuper de lui, il repart brusquement, et, avec des 
allures d'oiseau, disparaît en un clin d'œil. Souvent alors, au 
bout de quelques minutes, on le voit repasser par les mêmes 
endroits, et se poser de nouveau à la même place. Il est très 
difficile à prendre, et, pour ma part, je n'y ai jamais réussi. 
J'ai employé inutilement, dans, ce but, un moyen préconisé 
par M. de " Mimont (C. Mill. icon. t. III, p. 439 et 440), et 
qui consiste à suspendre à une branche d'arbre, un petit sac 
contenant du lait caillé. 

Le Charaxes Jasius continue souvent à se montrer fort tard 
dans la saison. Le 1 er décembre 1889, j'en ai vu un très grand 
individu, fort défraîchi, il est vrai, qui tournoyait autour d'un 
mûrier, dans une allée delà Pépinière. Je n'ai point constaté 
l'existence d'une génération du printemps, au moins à Bône, 
car j'en ai vu et poursuivi longtemps 'un sans succès, à Bir- 
mandreïs, près d'Alger, le 29 avril 1881. 

J'ai fouillé en vain les arbousiers du mont Edough pour 
récolter la chenille. Mes recherches ont été infructueuses. A 
propos de cette chenille, je tiens à rapporter un fait assez 
curieux. Je l'avais trouvée en nombre assez respectable (peut- 
être une douzaine) sur les arbousiers des jardins de Tamaris, 
près de Toulon, en novembre 1887. Il m'a été impossible de 
mener à bien ces chenilles qui, après avoir comme à regrel 
ontamé quelques feuilles, ont refusé ensuite absolument de se 
nourrir en captivité el sont toutes mortes en peu de temps. 

Quant au second genre de cette famille, Apatura, et aussi 
pour les genres voisins, Limenitis et Neplis, de la famille des 
Nymphalidae, je n'en ai jamais aperçu un seul représentant. 
Ola ne peut guère étonner, car le sol et le climat de l'Algérie 
ne scmblont point bien favorables à ces papillons, qui se 
plaisent dans les forêts humides, les lien\ frais et ombragés, 
le bord des cuisseaux. Pourtant, il faut se garder des opinions 
a priori. Les parties montagneuses et boisées de notre co- 
lonie, telles que le territoire des Bcni-Salah, par exemple, ont 
été bien peu explorées â <r point de vue et nous ménagent 
irprises. Il est bon d'ajouter que, dans ces loca- 
lité>;. l'entomologiste chasseur pourrait bien avoir, en fail de 
surprise, celle de voir débusquer d'un fourré une panthère plus 
ou moins élégamment mouchetée, ainsi que cela est arrivé â 
un de mes amis, qui, lui, chassait le perdreau et ne se trouvait 
guère mieux armé avec son plomb n° 8 que s'il eût eu à la main 
le classique filet de l'amateur d'insectes. Pour rassurer les 



âmes sensibles, je m'empresse de déclarer que l'ami en ques- 
tion en fut quitte pour un moment d'émotion un peu trop 
vive, et que la panthère jugea à propos de disparaître à. l'an- 
glaise. 



22. Polychloros L. Le type de Bône esl grand et très chau- 
dement coloré ainsi que cela avait déjà été constaté. La cou- 
leur est plus riche même que chez Xanthomelas. Notre poly- 
cldoros algérienne se rapproche aussi de Xanthomelas par la 
tache noire du bord antérieur de l'aile inférieure, plus grande 
que dans Polychloros type et de forme arrondie, par l'accen- 
tuation de la bande noire antémarginale et des lunules margi- 
nales bleues et par la petitesse des éclaircies costales de l'aile 
supérieure. J'ai trouvé sa chenille en société nombreuso sur le 
cerisier. 

23. Atalanta L. 

24. Cardui L. sont deux espèces communes aux environs 
de Bône où on les voit voler à peu près toute l'année. 

Je ne mentionnerai que sous les plus expresses réserves la 
Vanessa Anliopa L. que j'ai cru voir voler sur la colline de 
la Kasba en avril 1889. N'ayant jamais depuis retrouvé cette 
espèce, il est bien probable qu'il y a eu erreur de ma part. 

Je n'ai jamais vu en Algérie nos espèces communes de 
France, C. album, Egea, Urticae, Io, non plus que Prorsa et 
Levaua. 

MEL1T.EA 

23. Didyma 0. C'est la seule Melitsea dont j'aie constaté 
l'existence dans la région. J'en ai pris quelques exemplaires 
sur les pentes du mont Edough, vers l'altitude de 300 mètres. 
Ces individus ne m'ont présenté rien de particulier à signaler 

ARGYNNIS 

26. Pandora Schiff. J'ai vu voler un mâle de cette espèce 
sur le mont Edough, mais je me montrerai moins afûrmatif 
en ce qui concerne Paphia, que pourtant je crois avoir aperçu 
aussi. 

(A suivre.) 



OFFRES ET DEMANDES 

M. Ernest Olivier, aux Bamillons près Moulins (Al- 
lier) offre des individus frais de la variété toute noire 
du Mus rattus et demande en échange Mus alexandrinus, 
Sorex fodiens, Talpa exca, en peaux. 

— Lots de Coléoptères à céder, cbez les fils d'Emile 
Deyrolle, naturalistes, 46, rue du Bac. 

Lot n° 26. Lot de Brachélytres européens, comprenant 
environ 550 exemplaires répartis en un grand 
nombre d'espèces, la plupart déterminées. 
•2 carions 28 » 

Lot >i° 26 Lot de Bracbélytres européens, comprenant 

bis environ 700 exemplaires. Même composition 

que ci-dessus, 2 cartons 32 » 

Lot h" 27. Lot de Byrrliides, Parnides et Ilelevoeerides 
européens, comprenant environ 61 espèces, 
304 exemplaires, contenus dans 2 cartons, 
(lieorissus, Potamophilus, Parnus, Dryops, 
Elmis, Limniuis, Stelnelmis, Macronychus, 
lletcrocerus) 20 » 

Lot n" 28. Collection de Curculionides européens, com- 
prenant environ 252 espèces, 783 exemplaires, 
contenus dans 18 cartons. Espèces bien dé- 
terminées, conservation parfaite 70 <> 

— La maison Emile Deyrolle 46, rue du Bac, Paris, 
vient de publier un nouveau catalogue des Instruments 
pour la recherche et le classement des objets d'histoire 
naturelle. Ce catalogue qui comporte 56 pages et 235 fi 
gures sera envoyé franco sur demande. 

Le Gérant: Emile DEYROLLE. 



Paris. — Imprimerie F. Levé, rue Cassette, 17. 



16 e ANNÉE 



2 e Sérik — N 16S 



15 JANVIER 1894 



SUR DEUX FERS MÉTÉORIQUES 

RÉCEMMENT PARYEIUS AU MUSÉUM 

La collection des météorites du Muséum s'accroît avec 
une très grande rapidité et les riches matériaux qu'elle 
contient se prêtent de plus en plus à une étude fruc- 
tueuse des roches tombe'es du ciel. 

Parmi ces roches, la série des l'ers massifs a dans ces 
derniers temps fixé mon attention d'une manière tout à 
fait particulière et j'ai soumis à une révision très sévère 
tes types lithologiques entre lesquels nos échantillons 
doiventêtre répartis(l). Le tableau synoptique résume ces 
recherches qui représentent un travail considérable : 

FERS MÉTÉORIQUES 

HOMOGÈNES, RENFERMANT : 
























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Ce n'est pas la place de revenir sur les méthodes qui 
permettent d'arriver ainsi à la détermination minéralo- 
gique des fers météoriques. Elles sont maintenant d'une 
très grande sûreté et les types qui viennent d'être indi- 
qués sont nettement différents les uns des autres. 

Parmi eux je signalerai d'une manière tout à fait 
spéciale celui qui figure tout en bas du tableau et qui 
concerne des fers méte'oriques différents de tous les au- 



(1) On trouvera mon travail complet sur ce sujet dans le 
tome VI (1893) du Bulletin de la Société d'histoire naturelle 
d'Àutun. 



Le Naturallilc, 46, rue du Bac. Paris. 




très parleur structure bréchoïde. Comme on le voit par la 
figure ci-jointe c'est une roche métallique formée de 
fragments juxtaposés : elle prend très bien le poli et les 
acides y dessinent des figures très complexes. Les diffé- 
rents fragments métalliques justaposés sont évidemment 
très dissemblables : les uns donnent une figure de Wid- 
mannstœtten assez régulière, les autres ne présentent 
qu'une sorte de moiré. 

De nombreux fragments de matière noire et char- 
bonneuse sont associés à ces éléments métalliques et 
leur composition est analogue à celle d'une substance 
également noire qui s'est insinuée comme un ciment 
entre les éléments de la brèche. 

Cette météorite dont l'étude n'est pas encore complète 
est évidemment très intéressante au point de vue de la 
géologie comparée. 

Malgré sa complication, le tableau synoptiqne qui pré- 
cède ne renferme pas toutes les météorites métalli- 
ques du Muséum. Notre grande collection nationale 
possède en outre un certain nombre d'échantillons qui 
ne présentent pas des caractères de composition ou de 
structure suffisants pour les déterminer complètement. 

Peut-être quelques-uns d'entre eux sont-ils même 
d'origine terrestre et devront-ils être retranchés du ca- 
talogue; mais la plupart sont certainement météoritiques 
et plusieurs ne sont devenus indéterminables qu'à la 
suite d'une altération plus ou moins profonde. La masse 
dont je vais parler en est un exemple. 

L'Institut impérial des mines de Saint-Pétersbourg 
possède depuis un assez long temps un bloc de fer natif 
de 25 pouds environ (406 k.) et qui provient du lœss 
d'Augustinowka, gouvernement d'Ekaterinoslaw. 

Ce spécimen, qui tire de son gisement dans le terrain 
quaternaire un intérêt tout à fait particulier, n'a pas en- 
core été étudié; aussi ai-je été très aise de me trouver 
en possession, à la suite de circonstances spéciales, d'un 
petit lot de la matière oxydée qui l'enveloppe de toutes 
parts. En attendant des notions plus complètes, je crois 
utile de résumer ici en quelques lignes le résultat de 
l'examen auquel je viens de procéder. 

Telle que je l'ai reçue, la matière consiste en écailles 
ocreuses dont les plus grandes mesurent 25 à 28 milli- 
mètres de largeur et 2 à 3 millimètres d'épaisseur; les 
plus nombreuses sont très petites, avec elles est beau- 
coup de poussière. Une de ces écailles, et des plus 
grandes, est formée de petites couches superposées, cour- 
bes et rappelant intimement malgré son état oxydé la struc- 
ture ordinaire des fers météoriques qui donnent par les 
acides de belles figures de Widmannstœtten. 

Les écailles ocracées laissent sur le biscuit de porce- 
laine la trace brunâtre ordinaire de la limonite. On y 
voit à la loupe, et même à l'œil nu en quelques points, 
des paillettes d'un blanc d'argent qui précipitent le cuivre 
rouge de la solution de sulfate. Ces paillettes sont très 
magnétiques et communiquent des propriétés magné- 
tiques intenses aux écailles tout entières. Elles sont in- 
solubles dans l'acide chlorhydrique qui les sépare de 
l'oxyde de fer auquel elles sont mélangées, mais l'eau 
régale les dissout très aisément ; la liqueur ainsi obte- 
nue donne, par le molybdate d'ammoniaque, le préci- 
pitéjaune caractéristique des phosphates. D'autres es- 
sais cancourent avec celui-ci pour montrer que la ma- 
tière métallique consiste en schreiber.site ou phosphure 
triple de fer, de nickel et de magnésium. C'est l'un des 
I- -composés les plus'caractéristiques desmétéorites. 
W 



18 



LE NATURALISTE 



Dans L'écaillé complexe mentionnée tout à l'heure, on 
voit que la schreiberite interposée entre des lames de 
Limonite contribue à donner à l'échantillon sa structure 
si caractéristique. 



En même temps que la matière ocreuse, j'ai reçu un 
tout petit fragment portant cette mention : « Grains verts 
qu'on trouve dans le fer d'Augustinowka. Ces grains sont 
rares ; on ne les a pas examinés : peut-être olivine ou 




Fer météorique découvert en 1887 à Kendal, Texas (États-Uni?). — Echantillon poli et soumis à l'action d'un acide 

(grandeur naturelle). 



La solution chlorhydrique fournie parles écailles laisse 
un résidu comprenant, outre la schreiberite, de très petits 
grains silicates colorés par de l'oxyde de fer. Cette so- 
lution privée de fer parle carbonate de baryte puis de la 
baryte par l'acide sulfurique, donne avec la plus grande 
netteté les réactions caractéristiques du nickel. 

Traitée par l'eau bouillante, les écailles abandonnent 
une quantité sensible de chlorure soluble. 

Une analyse faite sur un gramme de matière a 
donné : 

Sesquioxyde de fer 0.880 

Protoxyde de nickel . l 'J 2 

Schreibersite . 038 

Résidu insoluble et non magnétique.. . . 0.021 

I .071 



oxydrile de fer? » Je me suis assuré qu'ici encore il s'a- 
git d'un produit d'altération du fermétéorique. Les grains 
dont il s'agit, d'un vert assez foncé sont immédiatement 
solubles dans l'eau froide. La solution contient de l'a- 
cide sulfurique et du protoxyde de fer. Us dérivent sans 
doute de pyrites ou d'autres sulfures. 

En résumé, les faits qui précèdent suffisent pour dé- 
montrer l'origine météorique parfaitement authentique 
du fer d'Augustinowka, dont lachute doit remontera une 
haute antiquité et peut-être à la période quaternaire. Us 
feront désirer qu'on puisse étudier les parties non alté- 
rées et encore métalliques de cette masse. 

Stanislas Meunier. 



BOULE DE NAPHTALINE CONCENTRÉE 
pour i^a coursimvATiorc des collections inv^K us 

Nouveau modèle. 



Dans un numéro du Naturaliste de l'année dernière, 
nous avions annoncé l'apparition d'un préservatif nou- 
veau pour les collections d'insectes ; nous disons nouveau, 
il serait plus exact de dire une façon nouvelle et émi- 
nemment pratique d'employer un produit dont l'efficacité 



est reconnue : la naphtaline. La naphtaline était concen- 
trée et employée en boule, laquelle boule, montée sur 
une épingle, permettait d'être fixée à volonté dans les 
cadres et cartons d'insectes. Au point de vue préservatif, 
c'était, et c'est toujours, excellent, mais la forme sphé- 



LE NATURALISTE 



19 



rique de ces boules laissait à désirer, et voici pourquoi. 
Malgré la sphéricité, l'évaporalion de la naphtaline était 
irrégulière, tantôt Févaporation était plus active d'un 
côté, tantôt d'un autre; il en est résulté que certaines 
boules abandonnaient l'épingle avant l'évaporation com- 
plète et tombaient au fond de la boîte, risquant ainsi 
d'occasionner des dégâts. 

Plusieurs cas de ce genre ayant été 
signalés aux fabricants, ceux-ci ont 
cherché la façon d'éviter ces graves in- 
convénients et y ont maintenant plei- 
nement réussi. La forme en a été chan- 
gée. Au lieu d'être sphériques,' ces bou- 
les sont ovoï-coniques, et c'est dans 
cette forme uniquement que consiste le 
progrès réalisé, qui répondra certaine- 
ment à l'attente. Des expériences ont 
été faites, et il en résulte que, avec cette 
nouvelle boule, il n'y a plus lieu de 
craindre les inconvénients qu'on aurait 

Boule do Naphta- reprochés aux anciennes boules sphéri- 
linc c^ncentréô 

(Xouveait modèle) ^V-^- Nous sommes heureux de le si- 
gnaler à nos lecteurs, car la naphtaline 
concentrée est certainement le meilleur des prévervatifs. 
La figure ci-contre représente ces nouvelles boules telles 
qu'elles sont fabriquées maintenant. 




OISEAUX ACRIDOPHAGES 



NOS ALLIES CONTRE LES SAUTERELLES 

La prospérité de notre Afrique du Nord est mise 
cruellement à l'épreuve par un fléau qui semble accli- 
maté et se reproduit régulièrement depuis quelques 
années. Une des plus importantes questions pour 
l'avenir de la colonisation est donc sans conteste aujour- 
d'hui celle qui défend l'agriculture contre son ennemie 
la plus terrible, La Sauterelle. 

On a écrit sur ce débat de nombreux volumes, on a 
compilé des in-quarto, on a discuté chimiquement, 
physiquement, et le résultat malheureusement obtenu a 
été insignifiant, malgré le bon vouloir de chacun et 
malgré les sommes considérables dépensées à cet effet. 

La pratique du procédé chypriote officiellement adopté 
durant ces dernières années, l'emploi des auxiliaires : 
champignons entomophytes, diffusion de crapauds, 
nuages asphyxiants, etc., etc., ont-ils satisfait aux espé- 
rances de leurs inventeurs et aux^besoins du pays??? 

Le Criquet à chaque invasion et à quelque espèce qu'il 
appartienne, fait table rase des récoltes, se joue des em- 
bûches qu'on lui dresse, et des autodafés dont nombre 
des siens sont victimes. 

La recherche des moyens destructifs moins aléatoires 
s'impose par la comparaison du maigre résultat défensif, 
obtenu en égard de l'importance des pertes en nature, 
des dépenses en argent pour appareils, etc. ; du travail 
pénible e excessif, non rétribué généralement, et im- 
posé à l'armée, aux colons et surtout à la population in- 
digène. 

Peut-être avons-nous trouvé, sinon le remède absolu, 
du moins une atténuation dans le moyen que nous al- 
lons exposer. Notre moyen est bien simple : nous vou- 
lons faire notre auxiliaire de cette légion d'oiseaux, 



aides précieux, alliés fidèles, instruments indispen- 
sables pour combattre utilement les Sauterelles et en 
débarrasser le sol de l'Afrique du Nord. 

A quels oiseaux d'Afrique faut-il de préférence donner 
cette mission purificatrice ? Li'est ce que nous allons étu- 
dier en décrivant les oiseaux plus particulièrement des- 
tructeurs de Sauterelles dans la colonie du Cap de Bonne- 
Espérance, contrée qui, sous bien des rapports, offre une 
grande analogie avec notre Afrique septentrionale, 
comme climat et productions naturelles ; nous citerons 
quelques espèces rendant les mêmes services dans les 
savanes de l'Amérique et dans les déserts de l'Australie; 
toutefois nous observerons que les oiseaux africains ont 
été l'objet principal de nos recherches. 

Nous allons brièvement présenter divers oiseaux acri- 
dophages en évitant l'amplification de descriptions qu'on 
trouvera dans les traités spéciaux d'histoire naturelle. 



ACCIPITRES, RAPACES. 

L'ordre des Rapaces nous fournit nombre d'auxiliaires 
précieux. Leur importance comme destruction de ver- 
mine est indiscutable ; leurs facultés extraordinaires de 
locomotion sont servies par une puissance visuelle 
qui leur permet de découvrir leur proie, quelles que 
soient les distances et les dimensions, et à toute époque 
de l'année. Comme éliminateurs d'êtres nuisibles la con- 
servation des espèces que nous décrirons nous paraît 
nécessaire. 

Parmi les Rapaces africains, nous remarquons : Ery- 
thropus vesperlinus, Falco Tinnunculus, F. Subbuteo, 
F. Rupicolis, Milvus migrans, dont l'apparitiou pendant 
la saison des pluies, époque du printemps africain, est 
presque simultanée; tous sont des auxiliaires précieux, 
détruisant toutes sortes de vermine : petits rongeurs, 
reptiles, coléoptères, sauterelles, etc. 

Une série de documents publiés en 1889 par le minis- 
tère de l'agriculture des États-Unis, contient un rappor 
du D r Fischer, ornithologiste, assistant auprès de ce mi- 
nistère, relatif à l'examen de 1,072 estomacs de Faucons 
et de Hiboux. 

Sur 311 estomacs de Faucons à queue rouge, 25 con- 
tenaient des débris de volailles, 4 de Cailles, 5 de Cor- 
neilles, 35 de Moineaux et autres Passereaux, 55 diffé- 
rents petits mammifères, 24 des insectes, et dans les 
20 autres on trouva 270 Souris. 

Sur 102 estomacs de Faucons à épaules rouges, 1 seul 
contenait de la volaille, 20 de petits mammifères, 40 des 
insectes et 61 des Souris. 

Le tribut que les Faucons prélèvent sur les basses- 
cours serait donc largement compensé par les services 
qu'ils rendent comme insectivores et comme destruc- 
teurs des Souris. 

I. Rapaces diurnes. Milvus segyptius, niger, parasiticus, 
ater. — Cet oiseau, de passage dans le nord de L'Europe, 
se trouve assez commun l'hiver dans l'Europe méridio- 
nale et dans le nord de l'Afrique. 

Le Milan parasite représente en Afrique notre Milan 
noir; il joue dans ces contrées un rôle plus important 
pour l'homme que celui de ses congénères européens. Il 
a les habitudes de notre Buse. Lorsque les nègres mettent 
le feu aux herbes des savanes ou des marais, les Milans 
accourent en troupes et dévorent les Sauterelles, qui, 



-21) 



LE NATURALISTE 



ainsi que les libellules et les petits rongeurs fort nom- 
breux, réussissent, à s'échapper à travers les flammes et 
la fumée. 

Jadis le Milan royal remplissait, dans quelques villes 
d'Europe, le rôle que remplissent le Milan parasite et le 
dovinda en Afrique et dans l'Inde, les Cathartes et les 
Urubus dans l'Amérique méridionale. Du temps du roi 
Henri VIII, dit Pennant, un grand nombre de Milans se 




Milan. 

voyaient dans les rues de Londres; ils étaient attirés par 
les débris de toute nature qu'on jetait sur la voie pu- 
blique et ils étaient si peu craintifs qu'ils venaient 
prendre leur proie au milieu de la foule la plus grande. 
Il était défendu de les tuer. 

Malgré son nom, ce Milan n'est rien moins qu'un oiseau 
royal. Il est paresseux, assez lourd et passablement lâche. 
Malgré tous ses défauts, c'est un des oiseaux les plus 
utiles dans les contrées où il se trouve, par les chasses 
continuelles qu'il fait aux Campagnols ; chaque jour il en 
détruit des quantités considérables pour sa nourriture et 
celle de ses petits. « Lorsqu'on tient compte du nombre 
d'insectes et de rongeurs nuisibles qu'il dévore, on est 
porté à lui pardonner le rapt d'un gibier ou d'une volaille 
s'il ne forçait les Faucons à enlever plus qu'ils n'ont 
besoin pour eux-mêmes à leur profit, il mériterait une 
place d'honneur parmi les alliés de l'agriculteur (Brehm). 

Heuglin à son retour du lac Tana (Abyssinie), obligé de 
fuir un incendie de steppes, remarqua une multitude de 
Milans, Faucons, Crécerelles et de Cigognes Abdimii, 
lesquels, avec une ardeur extraordinaire, happaient les 
Sauterelles en volant au milieu des flammes et dans la 
plus épaisse fumée : les Cigognes les récoltaient à terre 
sur le chaume carbonisé. Celte observation concorde avec 
celles de Holub qui déclare que les services rendus par 
le> Rapaces africains sont de beaucoup supérieurs aux 
dégâts dont ils se rendent coupables. 

II. Les Mélierax. — Celte famille d'autours particu- 
liers à l'Afrique comprend deux espèces : 1° M. Cabar-po- 
lygonus; 2° M. MuaicuB-niger. Les descriptions sont, assez 
confuses. Levaillant qui a découvert une de ces espèces 



lui a donné le nom de Faucon chanteur ; c'est principa- 
lement dans le temps des amours qu'il chante, suivant 
les habitudes de notre Rossignol. Brehm nous dit : « Le 
Mélierax mange surtout des insectes, des reptiles et des 
petits mammifères. D'après ce que j'ai vu, il se nourrit 
principalement, sinon exclusivement, de Sauterelles. » 
Holub l'a toujours vu à la suite des passages de Saute- 
relles, les attrapant au vol en société avec d'autres oi- 
seaux qui d'habitude se gardent de sa compagnie. Les 
Mélierax se trouvent plus ou moins communs dans toute 
l'Afrique méridionale. 

III. La petite Crécerelle crécerine. Tinnunculus cen- 
chris. — Cet oiseau est assez répandu dans l'Afrique sep- 
tentrionale, dans les oasis du Sahara, sur les hauts pla- 
teaux et sur le littoral près des habitations et des centres 
de population. J'en ai vu des quantités importantes du- 
rant mon séjour à Mazagan, Maroc (mars 1891). Je n'avais 
pas observé ces charmants rapaces dans les autres ports 
du littoral de l'Atlantique marocain. Cet oiseau est séden- 
taire à Mazagan. 

IV. Le Kobez vespéral. Erythropus Vespertinus. Falco 
vespertinus. — Dans les steppes de la Russie et de l'Asie 
centrale, la Crécerelle est remplacée parle Kobez qui s'y 
trouve en grandes bandes. Taezanowski nous dit qu'en 
mai, quelquefois de nombreuses troupes de ces oiseaux 
viennent dans le gouvernement de Lublin (Pologne) et 
s'arrêtent pendant quelques jours dans des lieux favo- 
rables, où ils sont en mouvement continuel, occupés de 
la chasse aux Hannetons dans les champs de froment. 
Le Kobez est très commun et se reproduit en Roumanie. 
On voit en automne tous les Kobez d'un canton se réunir 
sur les poteaux télégraphiques en se serrant toujours 
jusqu'au moment où le signal de l'émigration est donné. 
Au passage du printemps, on voit des bandes de Kobez 
tourbillonner dans l'air comme les Hirondelles pour saisir 
les Moucherons qui grouillent par les temps calmes. 
(Alleon. Les oiseaux de la Bulgarie et de la Dobroja.) 
C'est un destructeur de Sauterelles, supérieur à la petite 
Crécerelle. Cet oiseau est migrateur; l'été en Europe, 
l'hiver aux Indes. 11 serait facile d'en faire l'importation 
en Algérie en profitant des relations régulières de Mar- 
seille avec les ports de la mer Noire : un autre petit Ra- 
pace : 

V. L'Élanion mélanoptère rend les mêmes services 
en Syrie et en Egypte où il est assez abondant. 

(A suivre.) Forest. 



PLASTICITÉ DES CHAMPIGNONS CHARNUS 



La forme individuelle des champignons charnus, au 
moins dans leur partie apparente, c'est-à-dire, dans leurs 
hyménophores, n'est jamais l'œuvre exclusive des apti- 
tudes spécifiques qui sont en jeu dans l'évolution de 
leurs caractères. Ces caractères dépendent toujours pour 
une bonne part, non pas évidemment dans leur na- 
ture, qui est invariable ou du moins ne se modifie qu'à 
la longue et par des acquisitions héréditaires, mais dans 
leur degré de réalisation, dans leur plus ou moins grande 
valeur relative, des influences mésologiques qui entou- 
rent le développement du jeune organisme dont ils doi- 
vent constituer la forme. 



LE NATURALISTE 



21 



Il est certain que les champignons charnus peuvent 
être classés rationnellement, que leurs différents types 
sont suffisamment différenciés pour que l'observateur 
puisse les distinguer, et que, par suite, la notion de 
l'espèce a, à tous les degrés de la progression morpho- 
logique qui conduit de leur forme initiale à son plus 
extrême dérivé, une importance objective. Mais, par con- 
tre, et bien qu'elle soit très réelle, l'espèce mycologique 
ne jouit, dans les détails extérieurs qui la déterminent, 
que d'une faible stabilité, et les limites en deçà des- 
quelles elle peut varier sans devenir méconnaissable 
sont très étendues. 

En d'autres termes, cette disposition naturelle qui dif- 
férencie, ne fût-ce que par une nuance insensible, les 
divers représentants d'un même type, et qui se retrouve 
en tous les points de la série ontologique, est réalisée 
chez les champignons charnus avec une fréquence re- 
marquable ; de plus, elle présente chez eux cette parti- 
cularité que, au lieu d'avoir pour moyen principal l'héré- 
dité, elle fait surtout intervenir les forces actives du mi- 
lieu actuel. Les animaux, les plantes à phyllochlore 
héritent, de leurs parents immédiats, leurs aptitudes 
ou leurs infériorités particulières, d'où dérive, pour cha- 
que individu, sa physionomie propre ; les champignons 
charnus, eux, n'héritent guère que de l'essence spéci- 
fique et de la tendance à s'accroître : les influences 
ambiantes font le reste en façonnant cette essence et en 
dirigeant cette tendance. 

Le résultat de cette plasticité spéciale, de cette facile 
adaptation de la forme individuelle aux circonstances 
extérieures, est de créer, pour chacune des réalisations 
spécifiques, un grand nombre de variations dans les- 
quelles le type se retrouve toujours plus ou moins facile- 
ment, mais sensiblement altéré. La genèse de ces va- 
riations est si intimement liée à la nature du milieu, à 
l'obstacle qu'il oppose ou à l'impulsion plus grande qu'il 
imprime aux manifestations de la vitalité, que bien cer- 
tainement, dans la plupart des cas, il serait possible de 
faire prendre à un jeune hyme'nophore en évolution une 
forme donnée, en le forçant à se développer dans un 
moule qui représenterait cette forme. 

Les espèces résupinées s'appliquent si étroitement sur 
leur substratum qu'elles en reproduisent fidèlement 
toutes les inégalités et toutes les aspérités ; la forme in- 
dividuelle de chacun de leurs représentants est donc 
très évidemment dépendante des accidents du support. 

Pour les autres espèces, qui n'ont avec leur substra- 
tum, dans lequel rampent leurs fibres mycéliennes, 
qu'un seul point de contact, la base du stipe ou la 
tranche latérale du pileus dimidié, la forme individuelle 
est presque entièrement affranchie de cette cause de 
modification. Point tout à fait cependant; car ici inter- 
viennent, en dehors des accidents superficiels et pure- 
ment physiques, la composition chimique et l'agréga- 
tion plus ou moins étroite des éléments qui composent 
le substratum ou qui le recouvrent. La nature chimique 
n'a qu'une importance assez effacée, et cela, pour la rai- 
son que les diverses espèces de champignons s'accommo- 
dent presque indifféremment de toutes les substances 
capables d'alimenter leur saprophytisme ; cette impor- 
tance n'est point nulle, cependant, et elle se manifeste 
surtout dans les variations de coloration que subissent 
les individus suivant leur habitat. Il est clair, en outre, 
que l'hyménophore s'accroîtra d'autant plus que son 
substratum sera moins compact, plus facile à désagré- 



ger, et, par suite, à assimiler ; en un mot, que la vitalité 
sera d'autant plus active que les aliments seront fournis 
avec plus d'abondance, absorbés avec plus de rapidité. 
Si le substratum est recouvert d'une couche de matières 
étrangères, si, par exemple, c'est un morceau de bois 
enterré à une certaine profondeur, cette condition par- 
ticulière suffira pour modifier les caractères spécifiques 
en provoquant une plus grande élongation du stipe qui, 
par compensation, sera souvent, dans ce cas, plus grêle. 
Si les formes stipitées ou munies d'un pileus distinct 
ne sont point sensiblement modifiées par les accidents 
superficiels de leur substratum, il ne faut pas croire que 
leur évolution ne soit pas souvent dépendante d'obsta- 
cles physiques qui la font dévier, et avec elle son ré- 
sultat matériel, dans une direction ou dans une autre, de 




Thelephora englobant dans sa substance une tige de Thyidium 
et une tige de Mnium. — Les mousses, d'une texture 
délicate, n'ont certainement pas pu pénétrer dans la subs- 
tance coriace du champignon; donc, l'accroissement de 
celui-ci s'est fait autour des deux obstacles qu'il a ren- 
contrés. 

manière à ajouter ou à retrancher au produit que don- 
nerait la manifestation normale des tendances spécifi- 
ques. Si le pileus, dans sa période d'expansion, se heurte 
à un corps solide, flexible ou non, à une petite branche 
rigide, par exemple, à une tige de mousse, à une feuille 
de graminée, sa marge, naturellement divisée par l'obsta- 
cle, réunit ordinairement du côté opposé les deux lèvres 
de son échancrure par une suture spontanée. Les thélé- 
phores, les polypores subéreux montrent souvent, en- 
globés dans leur substance, des tiges sèches d'herbes, des 
fragments de bois et même des petits cailloux, et il 
n'est pas rare de rencontrer des individus appartenant 
à des espèces très charnues, des lactaires, des tricho- 
lomes, traversés par quelque menue branche; l'adhérence 
entre l'obstacle et la chair du champignon est d'ailleurs 
très complète, ce qui démontre que l'introduction du 
corps étranger n'est point postérieure au développement. 
Si l'obstacle est trop considérable pour être englobé, 
le champignon ne divise point sa marge ; il arrête le plus 
souvent de ce côté son accroissement, l'effort de la vita- 
lité se portant presque en entier vers l'autre partie de la 



99 



LE NATURALISTE 



périphérie, où il peut se manifester librement ; de cette 
manière, le pileus, normalement central, devient excen- 
trique et même quelquefois pleurope. Cette modification 
de la forme spécifique se rencontre fréquemment dans 
les types qui habitent les troncs d'arbres, et, parmi les 
espèces humigènes, chez celles qui ont un stipe très 
court, ne s'allongeant point même accidentellement, et 
ne pouvant par suite éloigner, à la faveur d'un accrois- 
sement oblique, le pileus du corps qui le gêne. 

La greffe spontanée de deux ou même de plusieurs 
hyménophores voisins est un phénomène assez fréquent 
dans les formes cespiteuses ; elle a lieu ordinairement 
par les pileus, mais quelquefois aussi par les stipes et 
même entre un stipe et un pileus, ce qui démontre bien 
l'homogénéité absolue du tissu fungique, malgré les mo- 
difications locales de l'aspect subies par les diverses par- 
ties sous l'inlluence des tendances physiologiques. 

Tous les hyménophores subissent l'attraction, non point 
précisément de la lumière et de l'air, puisque ces élé- 
ments n'interviennent que pour une faible part dans leur 
développement, mais de l'espace, c'est-à-dire, tendent à 
se développer en liberté, de manière à être le moins 
possible gênés dans leur évolution. Ceux qui naissent, 
par exemple, dans les cavités des troncs, se dirigent de 
préférence vers l'issue de ces cavite's, mais, très évidem- 
ment, grâce à des modifications accidentelles dans la 
direction normale et les proportions relatives des or- 
ganes : ainsi, le stipe, d'ordinaire droit, prend dans ce 
cas une courbure ascendante, et très souvent s'allonge 
considérablement ; il peut se faire alors que la force vi : 
taie soit en quelque sorte épuisée par le développement 
inusité de cet organe et que le pileus reste atrophié, ren- 
dant inutile la déviation que la nature avait cependant 
autorisée à son profit. 

Un individu ainsi modifié devient un monstre physio- 
logique, et, au point de vue morphologique, non plus 
une variation, mais une anomalie. Le groupe en produit 
bien d'autres. Sous l'inlluence de diverses causes, au 
premier rang desquelles il faut placer le manque d'es- 
pace joint à une intense activité vitale, la déviation se 
crée, et elle devient facilement bizarre, monstrueuse : 
les tubes, les lames, les feuillets se contournent, le stipe 
s'allonge, se renfle, se courbe, disparaît; le pileus se di- 
vise en lobes convolutés, convexes, ayant leur centre 
particulier et devenant, par la disposition de la portion 
d'hymenium qui les tapisse, autant de chapeaux secon- 
daire^. 

Aux influences mate'rielles représentées par des obs- 
tacles physiques, par le manque de place, parla nature 
chimique du support, par les diverses circonstances du 
milieu, il faut ajouter, comme causes déterminantes des 
variations de la forme chez les champignons, des in- 
lluences immatérielles, que nous ne pouvons ni con- 
naître, ni apprécier, ni juger, et qui sont le fruit des 
aptitudes transmises, non point comme une propriété 
spécifique, mais comme une propriété individuelle : 
ainsi, par exemple, il est difficile d'expliquer autrement 
que par la réalisation d'une tendance intime et spéciale 
& chaque individu, les formes diverses des clavaires ra- 
meuses, qui varient à la fois dans les dimensions, dans 
le nombre, dans la direction des digitations, ou, du 
moins, on ne voit pas bien le rapport qui peut exister 
entre la création de ces variations et les conditions mé- 
sologiques qui les entourent. 

Au point de vue physiologique, la facile adaptation 



de la forme individuelle des champignons charnus n'a 
qu'une importance assez secondaire, en raison de la va- 
leur très faible des causes actives dont elle dépend ; au 
point de vue morphologique, elle doit être sérieusement 
étudiée dans ses manifestations, étant donné qu'elle peut 
devenir l'origine déformes aberrantes assez bien carac- 
térisées pour qu'on les considère, en ignorant leur ge- 
nèse, comme des espèces distinctes, d'autant plus que le 
résultat est rarement proportionné à la cause, et qu'une 
minime influence peut donner lieu à une très impor- 
tante variation. 

Cette plasticité toute spéciale reconnaît, selon nous, 
pour causes la faible action, dans la réalisation des carac- 
tères de la forme, de l'essence spécifique, et l'absence 
presque absolue d'une direction évolutive déterminée. 
L'organisation est très simple, exclusivement hyphique, 
c'est-à-dire cellulaire, peu différenciée et par consé- 
quent apte en tous les points à remplir, le cas échéant, 
le même rôle physiologique ; de plus cette organisation 
homogène est influencée seulement par des tendances 
très vagues n'ayant pour but que l'accroissement. Or, la 
formule morphologique de l'espèce n'imprimant à cet 
accroissement qu'un sens général, il devient facile de 
comprendre l'action que petft exercer le milieu sur l'é- 
volution de l'individu, et, par suite, sur la forme maté- 
rielle qui en est le résultat. 

A. Acloque. 



CONSIDERATIONS SUR LA FAUNE DU 

NYANZ A - OUKÉRÉ WÉ 

et des autres lacs de l'Afrique Centrale 



La faune malacologiquc du grand lac Nyanza-Oukéréwé, 
grâce aux recherches de Spckè, dont tes résultats ont été 
donnés en 1860, par le D r H. Dohrn, à celles du Rév. Har- 
rington, évéque Anglais, massacré par les indigènes dans le 
courant de l'une do ces dernières années, et enfin grâce aux 
découvertes plus nombreuses des missionnaires de la Société 
des Missions d'Afrique, s'est enrichie d'un certain nombre 
d'espèces qui permettent d'affirmer que la faune est entière- 
ment Nilotique dans son ensemble, à l'exception des coquilles 
terrestres récoltées sur les rives de cette vaste mer intérieure. 
11 m'a paru intéressant de consigner ici les résultats acquis; 
de l'étude des matériaux recueillis par les différents voyageurs, 
il ressort que la population malacologiquc de POukéréwé 
ditlèrc profondément de celle du Tanganika et à ceux qui 
contestent l'utilité des études malacologiques on peut hardi- 
ment répondre que, si les premiers voyageurs s'étaient donné 
la peine de ramasser des coquilles en nombre suffisant, et si, 
par la suite, ils les avaient confiées à d'habiles spécialistes, on 
aurait d'ores et déjà pu affirmer sans crainte que les deux lacs 
n'avaient aucune communication entre eux et appartenaient 
à deux bassins différents ; en effet, à l'exclusion de la Melania 
tuberculula, espèce cosmopolite, il n'existe aucune coquille 
commune à l'Oukéréwé et au Tanganika. En outre, il n'est pas 
sans intérêt de noter que ce dernier lac renferme une quantité 
considérable de types spéciaux et de genres qui y sont entière- 
ment localisés maintenant : je ne parle ici que pour mémoire 
de l'analogie vraiment frappante qui existe entre certaines 
formes fossiles et des mollusques connus comme habitant ce 
lac ; je citerai comme exemple la ressemblance entre les 
Pyrgulifera, fossiles du bassin central des Etats-Unis et 
les Paramelania du lac Tanganika ; on a même voulu réunir 
ces deux groupes, mais cette question me semble prématurée 
dans l'état actuel de nos connaissances. Il n'y a peut-être là 
qu'une ressemblance extérieure duo à l'influence des milieux, 
comme celle que l'on observe entre certains Unio du lac Nica- 
ragua (U. Gabbianus, Lea) et les Grandidieria. 

Une coïncidence assez curieuse également consiste dans 



LE NATURALISTE 



c 23 



l'analogie que l'on observe entre certains genres des eaux du 
Cambodge et de la Cochinchine et diverses espèces du lac Tan- 
ganika. Ainsi les Lacunopsis et Jullienia correspondent aux 
Spekia, qui en sont néanmoins fort différentes ; le genre Brolia 
aux Hilacantha (Ane, = Tiphobia, Smith olim, nec Pascœ), 
les Pseudodon du groupe du P. exilis aux Moncetia ; je pour- 
rais multiplier les exemples, mais je ne cherche pas à justifier 
et à expliquer ces ressemblances extérieures qui sont cepen- 
dant, sans doute, dues à l'influence des milieux, les espèces 
en question dérivant, dans chacune de ces régions, de types 

essentiellement différents. 

* 

Si les coquilles du Tanganika et du Nianza Oukéréwé ont 
entre elles peu ou pas d'analogies, il n'en est pas de même en 
ce qui regarde celles de ce dernier lac comparées à celles que 
l'on connaît maintenant comme originaires du lac Mwoutan 
ou Albert. 



Dans cette grando mer intérieure, plusieurs espèces ont été 
découvertes par le célèbre voyageur Samuel White Baker et 
par le D r Emin-Pacha. 

Les deux espèces du Mwoutan rapportées par le premier 
sont les Unio acuminatus et Bakeri (H. Adams, 1860), très 
voisins des Unio du Nyanza Oukéréwé (U. Monceti, Ruellani). 

Quant aux coquilles récoltées par le second dans le lac 
Albert-Nianza, elles ont été tout récemment publiées par 
M. E.-A. Smith, dans les Proceedings de la Société Zoologi- 
que de Londres et je n'y reviendrai pas. La faune de ce lac 
paraît être Nilotique, comme celle de l'Oukéréwé et ne pas 
renfermer de ces types si remarquables constatés dans le Tan- 
ganika. — On ne connaît rien du Louta-Nzigi. 



C. F. Ancey. 



(A suivre.) 



La Terre avant l'apparition de l'Homme 



c) 



Tout le monde a intérêt à connaître la'géologie car ses 
applications sont multiples et journalières. Elle s'adresse 
d'abord au géographe auquel elle fournit le secret de 
l'orographie de la Terre, à l'historien dont les données 



Si la géologie est tributaire des sciences physiques et 
chimiques, celles-ci lui doivent les matières qui servent 
à leur développement. La géologie est également utile à 
l'agriculture, à l'industrie, aux travaux publics, etc., et, 




Essai de restauration des Triceratops. 



sont reculées jusqu'à l'apparition de l'homme ; au zoo- 
logiste et au botaniste, qui ajoutent à la connais- 
sance du monde vivant celle du monde fossile leur 
permettant de compléter la série évolutive du monde 
organique, incompréhensible si on ne s'attache qu'aux 
espèces actuellement vivantes. 



(1) La Terre avant l'apparition de l'homme, ouvrage faisant 
partie des « Merveilles de la Nature de Brehm », par Fernand 
Priem, 1 gr. vol. in-4° avec 856 figures dans le texte, prix 12 fr. 
franco 12.85. 



en général, atout ce qui rattache au travail du sol, aux 
fouilles et aux explorations. 

En dehors de l'attrait puissant qu'elle présente, elle 
offre un concours précieux aux progrès de la science et 
au bien-être de l'homme sur cette terre. Il y a donc un 
grand intérêt à la faire connaître, à la propager en la 
mettant le plus possible à la portée de tous ceux qui 
aiment à lire et à observer. 

C'est dans cet esprit qu'a été écrit le livre que vient 
de faire paraître M. Priem : La Terre avant l'apparition de 
l'homme. 



m 



LE NATURALISTE 



Gel ouvrage, qui fait partie Je la série des Merveilles 
de la Nature de Brehni, est divisé en deux parties. Après 
une courte introduction sur les méthodes employées en 
géologie, l'auteur entreprend l'histoire des diverses pé- 



Cependant l'œuvre n'est pas complètement à l'abri de 
toute critique. Parmi les illustrations il en est de fran- 
chement mauvaises, notamment les photogravures des- 
tinées à représenter les paysages géologiques. 




Stegosaurus ungulatus, Marsh. Jurassique supérieur des monlagnes Rocheuses. 



riodes géologiques à chacune desquelles il consacre un 
chapitre spécial. La taune, la flore et les de'pôts formés 
durant ces périodes sont successivement étudiés. 
La géologie régionale de la France, celle qui est le 



Cela tient surtout à ce que le papier employé' est de 
qualité inférieure et rend difficilement les finesses des 
clichés. Nous nous associons aux critiques que le Gcolo- 
gical Magazine a adressées à l'éditeur de M. Priem sur 




Tète de Rhinocéros Marckii, avec la peau el 

moins généralement traitée, est exposée dans la seconde 
partie du livre. 

On ne peut que féliciter M. Priem de faire connaître, 
d'après les travaux les plus récents, l'histoire complète 
des régions françaises telles que le Plateau Central, le 
Bassin de Paris, le Jura, les Alpes, etc. Il avait bien paru, 
il y a quelques années, un autre ouvrage sur ce sujet, 
mais il était si peu au courant des découvertes de la 
science, qu'on n'en pouvait conseiller la lecture. 

La Terre avant Vapparition de V homme comblera 
donc une lacune importante dans la littérature de vul- 
garisation géologique et tiendra une bonne place parmi 
les autres ouvrages de la collection de Brehm. 



iwpitaif (£<£&%•» 



les poils, provenant du sol glacé de la Sibérie. 

son précédent ouvrage, La Terre, les Mers et lesContinents, 
imprimé sur du mauvais papier et dont les feuillets 
faisaient aux coins des oreilles de chien, « dogs-eared ». 

Les travaux des paléontologistes du monde entier ont 
été largement mis à contribution pour le choix des 
figures. Le lecteur peut ainsi faire connaissance avec les 
formes étranges des anciens vertébrés de l'Europe, de 
l'Afrique australe et de l'Amérique. 

Signalons aussi comme particulièrement intéressantes 
les planches du travail de M. Renault sur les végétaux 
de l'époque houillère, les Insectes de la houille et ceux 
de l'ambre gris de la Baltique. 

Plusieurs cartes géologiques et des mers anciennes, 



LE NATURALISTE 



25 



des coupes nombreuses sont e'galement intercalées dans 
le texte et en facilitent beaucoup la compréhension. 

Quant à l'œuvre géologique proprement dite, elle est 
excellemment exposée. Quelques lacunes doivent ce- 
pendant être signalées. 

L'auteur ne fait pas suffisamment ressortir l'allure 
ge'nérale des dépôts qu'il étudie, il parle trop peu de 
l'architectonique des régions. Si la constitution pétro- 
graphique et paléontologique des assises sédimenlaires 
est importante à connaître, leur disposition ne doit pas 
être négligée. C'est d'ailleurs là un des côtés attrayants 
de tout travail géologique. 

En parcourant, par exemple, les divers chapitres qui 
se rapportent à l'Angleterre, nous ne voyons exposée 
nulle part l'allure pourtant si curieuse des dépôts ; il 




Protophasma de Coinmcntry. 

ne nous est fait aucune mention de la structure des 
montagnes d'Ecosse. Et, pour ne pas quitter l'Angleterre, 
pourquoi l'auteur n'a-t-il pas signalé l'analogie pro- 
fonde des rocbes volcaniques (basaltes, labrado- 
rites, etc.) des périodes primaires avec les roches ter- 
tiaires ? Dans le même ordre d'idées, nous aurions été 
content de voir figurer la coupe du Menez-Hom de 
M. Barrois avec ses Volcans Devoniens restaurés. D'autres 
coupes classiques et d'intérêt général eussent été aussi 
utilement intercalées dans le texte ; telles sont les 
coupes schématiques de M. Marcel Bertrand relatives 
aux changements de faciès du Jurassique et du Crétacé 
du bassin du Rhône ; celle du Lac supérieur d'Amérique, 
si intéressante à cause de la double discordance huro- 
nienne et cambrienne qu'elle présente, etc. 

Dans la seconde partie du livre, nous croyons que 
M. Priem eût été beaucoup mieux inspiré en ne morce- 
lant pas l'histoire de régions aussi naturelles que le 
Plateau Central, l'Armorique. L'histoire du Plateau Cen- 
tral en douze morceaux n'est plus l'histoire du 
Plateau Central, car on ne voit pas comment le massif 
cristallin s'est comporté dans son ensemble aux divers 
âges géologiques. L'esprit est obligé de faire un effort 
trop grand pour relier tous les phénomènes dont cette 
région, la plus curieuse de France, a été le théâtre. 
Combien plus simple et plus rationnel eût été l'exposé 
des faits en suivant un ordre chronologique. On aurait 



pu de la sorte envisager tout le carbonifère et les érup- 
tions de cette période qui ont tant de liens de parenté 
dans le Morvan, le Beaujolais, etc.; on aurait pu iden- 
tifier les séries éruptives du Cantal, du Mont-Dore et du 
Velay, au lieu d'en faire trois chapitres dans lesquels 
les rapports ne sont pas exprimés. En admettant la 
division faite par l'auteur, il est impossible de com- 
prendre pourquoi l'étude de la chaîne des Puys a été 
traitée avant celle du Mont-Dore, les monts d'Auvergne 
étant considérés comme les cônes adventifs du grand 
volcan mont-Dorien. Et, pour en finir, une carte géolo- 
gique, si schématique qu'elle fût, aurait été bien utile. 

Malgré ces imperfections de méthode l'ouvrage de 
M. Priem n'en est pas moins précieux par les renseigne- 
ments multiples qu'y peuvent trouver ceux surtout qui 
n'ont pas le loisir de recourir aux travaux originaux. 

R est au courant de tout ce qui est connu en géologie , 
les idées qui régnent dans cette science y sont exposées, 
nous le recommandons à tous ceux que l'histoire de la 
Terre intéresse. 

Nous reproduisons ci-contre quelques figures extraites 
de cet ouvrage. 

Ph. Glangeaud. 



PHOTOGRAPHIE 



ÉMULSION POUR PROJECTIONS 

Voici comment le Bristish journal indique le moyen 
d'utiliser les glaces manquées et d'en préparer de neu- 
ves. Les glaces nettoyées sont recouvertes de l'émulsion 
suivante : 

Bromure de potassium S6 grammes 

Gélatine d'Heinrich 80 — 

Eau distillée 1500 — 

On chauffe au bain-marie de 50° à 55°, et lorsque la 
solution est complète, on verse lentement et en remuant 
continuellement avec un agiteur en verre une solution 
de 60 grammes d'azotate d'argent dans 500 grammes 
d'eau ; on laisse faire prise, et l'on passe l'émulsion à 
travers un canevas semblable à ceux qu'on emploie 
pour la tapisserie. On lave à quatre ou cinq eaux, on 
égoutte, on fait refondre, on filtre à travers une flanelle 
et l'onrecouvre les plaques avec quatre centimètres cube 
environ pour chacune. 

On prépare le révélateur suivant à chaud, ce qui 
donne de meilleurs résultats qu'à basse température. 

Hydroquinone. 10 grammes 

Sulfate de soude 60 — 

Carbonate de potasse 40 — 

Bromure de potassium 1 — 

Eau chaude 1000 — 

Le bain fixateur a plus d'importance qu'on ne croit gé- 
néralement; on recommande le suivant : 

Hyposulfite de soude 453 grammes 

Sulfate de soude acide 93,3 — 

Eau chaude 2270 — 

Ce bain fixe très rapidement, donne des lumières très 
pures et ne fait jamais de taches. 

(Revue scientifique.) 

EXPOSITION DE PHOTOGRAPHIE 

En 180 V, de mai à octobre, la ville de Milan aura une 



20 



LE NATURALISTE 



Exposition de photographie. Cette exposition sera inter- 
nationale el se composera de trois grandes sections dis- 
tinctes: 1° Photographie professionnelle ; 2° Photogra- 
phie d'amateurs, et 3° Applications de la photographie 
aux diverses branches de l'Industrie. 

E. Santini de Riols. 



Recherche et préparation des Oiseaux 



(Suite.) 



Montage des oiseaux, — On appelle monter un animal 
lui rendre l'attitude naturelle et l'apparence de la vie. 
On monte un oiseau en chair ou en peaa, c'est-à-dire 
que dans le premier cas on fait l'opération aussitôt 
après avoir de'pouillé le sujet; dans le second cas il 
faut ramollir la peau déjà préparée et la mettre en état 
de recevoir toutes les formes que le préparateur voudra 
lui donner. 

Nous indiquons d'abord les procédés pour monter les 
oiseaux en chair : 

Le choix des fils de fer destinés à former la char- 
pente est très important; on doit se servir de fils de fer 
vernissés ; dans tous les cas les fils doivent être recuits 
c'est-à-dire rougis au feu avant qu'on en fasse usage. 
Quand un fil est trop faible et qu'on n'a pas sous la main 
un numéro plus fort, on peut le doubler par l'adjonction 
d'une tringle supplémentaire du même numéro. Quand 
on s'adresse aux quincailliers pour se procurer du fil 
de fer, c'est par l'indication des numéros qu'on obtient 
la grosseur désirée ; nous donnons ici im tableau destiné 
à renseigner les débutants sur la grosseur des fils de fer 
qu'ils doivent employer : 

Nos 

Noms des espèces des fils 

DE FER 

Roitelet, Troglydyte, Pouillot, Grimpcreau familier, 

Mésange â longue queue 1 

Chardonneret, Friquet, Linotte, Mésange bleue, Se- 
rin, Fauvette 2 

Vcrdier, Bruant, Rouge-gorge, Rossignol, Moineau, 
Bergeronnettes, Mésange Charbonnière, Sittelle... 3 

Alouettes Pinson, Torcol, Martinet noir 4 

Pic-grièche à tête rousse, Martin-pécheur, Bruant 

proyer, Gros-bec, Jaseur de Bohême 5 

Pie-grièche grise, Pic épeiche, Pic-mar, Martin rose- 
lin. Martinet Alpin 6 

Loriot, Merles (noir et à plastron), Huppe, Caille, En- 
goulevent, Bécassine sourde 7 

Grive, Bécassine, Coucou, Chevéchctte, Petit duc, 

Râles d'eau et de genêts, Sterne minule 8 

Tourterelle, Pic-vert, Epervicr mâle, Hobereau et 

Emérillon (mâles), Castagneux 9 

Vanneau, Pic, Geai, Pluvier doré, Epcrvier (femelle) 
Combattant, Barge rousse, Sterne Pierre-garin, Ho- 
bereau et Emérillon (femelles) 10 

Choucas, Barge mélanure, Avoccttc, Pigeon biset 11 

Mouette à capuchon 12 

Iluîtrier, Poule d'eau, Perdrix grise et rouge, Lago- 
pède, Gelinotte, Busard, Effraie, Ramier 13 

Faucon pèlerin, Moyen duc, Hulotte, Faisan doré, Cor- 
lieu, G^dienéme, Freux, Corneille noire, Macareux. . 14 

Faisan argenté, Foulque, grand Corbeau 15 

Faisan ordinaire, Pintade, Autour, Courlis cendré, 

Plongeon catmarin, Buse 16 

Canard sauvage, Tadorne, Cravant, Bernache, Oie 
hyperborée, Goéland à manteau noir, Butor, Héron 

pourpré, Aigrette 17 

Eîider, Canard à tôte grise, Plongeon imbrin 18 

Héron cendré, Tétras à queue fourchue, Grand duc, 

( ' i irmoran 19 

Oie sauvage, Cigognes (blanche et noire) 20 

Aigle, '_ r r.-ind Coq de bruyère • • • 21 

Cygne, Pélican, .Outarde, Grue 22 

Casoar, Emeu, Nandou 23 

Autruche 24 



Lorsqu'on vient de dépouiller un oiseau et qu'on veut 
le monter, on coupe un fil de fer proportionné à sa gros- 
seur, en calculant la longueur du sujet augmentée d'un 
tiers en sus, la (longueur est mesurée du bec à l'extré- 
mité de la queue). On aiguise le fil de fer en pointe 
aux deux extrémités, puis au moyen d'une pince ronde 
on le tourne deux ou troi: fois sur lui-même aux deux 
tiers de sa longueur de manière à former un cercle ou 
anneau; puis, le prenant par le bout le plus court, on lui 
fait traverser le cou dans toute sa longueur en le rou- 
lant entre les doigts; on parvient à l'introduire ainsi 
dans le crâne et, lorsqu'on a atteint la paroi interne, on 
maintient la tête de l'oiseau de la main gauche, tandis 
que de la droite on continue à rouler le fil de fer, dont 
l'extrémité aiguisée perce comme une vrille le crâne 
entre les yeux, mais près du front). 




L'anneau qui supportera la tète aura trois attaches avec 
li-squellcs on fixera les autres anneaux. 

Ayant ainsi disposé la traverse de fil de fer, on lui 
fait prendre une position telle que l'anneau qu'on vient 
d'y pratiquer, se trouve provisoirement placé vers le 
haut du sternum. On coupe ensuite deux fils de fer d'une 
longeur suffisante, pour dépasser de moitié celle des 
jambes, on les aiguise à leurs extrémités, mais de façon 
que l'une d'elles présente une pointe mousse plutôt 
qu'effilée. Onprendune patte de l'oiseau, on troue la peau 
au bas du tarse avec une alêne, et par cette ouverture on 




Au centre du corps de l'oiseau tous les anneaux se trouveront 
superposés. 



LE NATURALISTE 



27 



introduit le fil de fer ; on le pousse en le faisant glisser au 
long du tarse, et on le conduit jusqu'au delà du tibia au- 
quel on le lie, de manière qu'il vienne croiser sur la 
traverse ; on fait la même opération à l'autre patte. On 
replie en crochet l'extrémité de chaque fer croisant la 
traverse, on introduit ces crochets dans l'anneau; on 
tord ensemble leurs extrémités, puis on recourbe en 
dedans de l'anneau la partie inférieure de la traverse, 
on la redresse et on la fait sortir par le croupion, de 
manière qu'elle dépasse l'extrémité des pennes caudales. 




Carcasse proparée en haut. Au centre la tige pour la tète, 
à droite et à gauche les fils de fer destines aux ailes, en bas 
la fourche pour la queue et de chaque côté les fils de fer 
pour les pattes. 

Si l'on devait monter l'oiseau la queue écartée, il fau- 
drait doubler le fil de fer du croupion, au moyen d'un 
autre que l'on tordrait sur la traverse, et qui formerait 
avec elle une sorte de fourche à deux branches, se prê- 
tant mieux qu'un fil unique à soutenir les pennes cau- 
dales. 



Bourroir. 

Mais avant de lier les fers des jambes à la traverse, il 
faut d'abord bourrer l'oiseau : on répartira de l'étoupe 
hachée entre toutes les parties du corps, on la pressera 
au moyen du bourroir, et on en mettra surtout au long 
des parois dorsales et au croupion; on fixera ensuite 
les fers comme nous l'avons indiqué. 

Ensuite on imprime à la traverse, en appuyant forte- 
ment, la position qu'elle doit désormais garder; on re- 
dresse les jambes et, en les soutenant dessous, on plie 
les fers de manière qu'ils simulent la position de la 
cuisse, comme elle devait être placée chez l'oiseau vi- 
vant. On trouve encore à loger beaucoup d'étoupe entre 
la traverse et le dos, ainsi que sur les côtés et on ter- 
mine le remplissage du ventre et de la poitrine, sans 
garnir les cavités du corps, qui répondent aux muscles 
pectoraux dans lesquels reposent les ailes qui ne pour- 
raient être replacées sans cette précaution. On éloigne 
les jambes du milieu du corps, *en les repliant sur les 
côtés et il ne reste plus qu'à fermer l'ouverture de la 
peau. 

(A suivre.) A. oranger. 



DESCRIPTIONS DE COLÉOPTÈRES I0UTEÀUX 



ment d'un noir bleuâtre. Tète rouge, pattes en majeure partie 
rouges : une bande blanchâtre vers le milieu des élytres. Cette 
intéressante modification, propre seulement, je crois, à la 
Sicile et à l'Italie méridionale, me semble devoir mériter un 
nom (ce qui à ma connaissance n'a pas été fait encore), je 
proposerai celui de var. rubrofasciatus pour la distinguer du 
type. J'ai vu plusieurs exemplaires de la variété (coll. Abeille 
de Perrin, Fairmaire, Pic), qui correspond à la V. B. de la 
Monographie de Spinola, vol. I, p. 91, venant tous de Sicile, 
moins un. Le type se trouve dans la France méridionale et en 
Algérie où je l'ai capturé à ïhaya dans les branches mortes 
de Lentisque. 

Ptinus (Eiitaphi'us) Algériens. Entièrement d'un brun 
brillant avec les élytres marqués de taches blanches écail- 
leuses peu nettes à l'état frais. Antennes pas très longues, 
pubescentes de jaune à deuxième art. égalant presque troi- 
sième prothorax relevé en bosse dans son milieu avec la 
partie médiane brillante, nettement impressionnée en arrière- 
devant la fossette médiane qui est large et garnie de duvet 
jaune ; oreilles peu marquées ni poilues chez o*> assez proé- 
minentes chez $, impressions latérales de la base revêtues de 
duvet jaune épais. Elytres allongés, parallèles o*! un peu 
ovalaires Q, fortement ponctués et faiblement striés avec la 
suture lisse. Quelques longs poils dressés en dessus. Dessous 
du corps et pattes très pubescents de duvet jaunâtre, ces 
dernières ayant chez o* les tibias postérieurs assez courts, un 
peu épaissis au sommet avec le premier des tarses long. Long. 
2 1/2, 3 mil). 

De mes chasses en Algérie, à Bouira ou Maison-Carrée. Très 
voisin de fossulatus Luc : il en diffère nettement par la forme 
plus étroite avec une coloration uniformément brune chez les 
deux sexes. 

M. Pic. 



LIVRES ïOuTEATTX 



Deuops Albofasciatns Charp. Une race dî Denops sem- 
blable de forme au type en est différente par les épaules 
ornées d'une large bande rougeâtre au lieu d'être uniforme - 



Aviculture industrielle, incubation, nutrition, reproduction, 
par Paul Devaux (1 vol. in-8° de 290 p., prix : 4 francs, 
franco 4 fr. 45. Les Fils d'Emile Deyrolle, libraires-éditeurs, 
46, rue du Bac, Paris). 

M. Paul Devaux, l'écrivain bien connu de tous les aviculteurs, 
vient de réunir en volume ses études sur la multiplication des 
oiseaux, études qui ont fait sensation dans le monde de l'éle- 
vage, à l'époque de leur première apparition. 

Tous les grands problèmes de l'incubation, de la nutrition 
et de la reproduction y sont traités de main de maître, par un 
observateur et un praticien. En écrivant cet ouvrage éminem- 
ment utile, M. Paul Devaux a inscrit son nom à côté de celui 
de Réaumur, et tous les amateurs de volailles et d'oiseaux 
feront à cet excellent livre l'accueil qui lui est dû. 

Vocabulaire ornitholot/ique, explication de tous les termes 
employés en aviculture, plumasscrie, fauconnerie, colombo- 
philie, chasse, blason, etc., par F. de Schaeck (1 vol. de 67 p., 
prix : 2 francs, franco 2 fr. 10. Les Fils d'Emile Deyrolle, li- 
braires-éditeurs, 46, rue du Bac, Paris.) 

M. de Schaeck vient de réunir en un petit livre de 67 pages 
les divers articles qui ont été publiés sur ce sujet dans Le Natu- 
raliste sous son nom. Ce vocabulaire explique tous les termes 
admis dans la science ornithologique pure et appliquée et ceux 
qui en dérivent dans l'aviculture, la plumasserie, la fauconnerie, 
la colombophilie, la chasse et l'aviceptologie, enfin dans le bla- 
son. La liste de ces termes est assez longue pour ne pas rester 
toujours gravée dans la meilleure des mémoires; en outre, elle 
comprend de nombreux synonymes qui embarrassent quelque- 
fois le naturaliste, voire même le spécialiste. M. de Schaeck vient 
de combler une lacune souvent déplorée. 

Nos Alliés, Nos Ennemis, par un amateur, o FsopYO? (1 vol. 
in-8° avec fig. dans le texte, prix : 5 francs, franco S fr. 60. Les 
Fils d'Emile Deyrolle, libraires-éditeurs, 46, rue du Bac, Paris). 

L'auteur de ce nouvel ouvrage se cache sous un pseudonyme; 
ce n'est pas amateur qu'il aurait dû prendre, mais observateur. 
Cet ouvrage est, en effet, observé d'un bout à l'autre ; tout ce 
qui y est dit a été vu et étudié. Ce n'est pas de ces ouvrages 
où l'imagination peut se donner libre cours; pour écrire sur ci- 
sujet d'une façon utile, il faut avoir bien vu, et être bien; cer- 
tain de ce qu'on a observé afin de pouvoir en tirer des conclu- 
sions vraies. Nos Alliés, Nos Ennemis, peut être ainsi défini : 
c'est un ouvrage théorique et pratique sur les animaux nuisibles, 



2ti 



LE NATURALISTE 



avec des considérations mathématiques sur les services qu'ils 
rendent ou les dégâts qu'ils causent. Jamais, certainement, 
coite question n'a été traitée sur ce terrain; il est vrai que, 
pour qu'il en soit ainsi, il faut pouvoir présentor des argu- 
ments positifs, et que les résultats ou conclusions tirés puissent 
s'appuyer sur des documents sérieux. L'auteur s'est bien péné- 
tré de cet esprit et rien n'est avancé qui ne puisse être prouvé. 
Nous ferons seulement quelques citations au hasard qui sont, 
dans l'ouvrage, discutées et prouvées : 

Un homme qui tue une guêpe de mars à novembre sauve à 
l'Etat une somme d'environ fr. 25 ; si la guêpe est tuée de fin 
novembre à début de mars, c'est environ 10 francs sauvés. Con- 
sidérant la cécidomio du froment, l'auteur estime que 1 kilo 
de cécidomies représent 1. 200.000 individus et que cette quan- 
tité, énorme quant au chiffre, mais en réalité bLn faible en 
considération de cette espèce si répandue, coûte à l'Etat 
1.000 fr. par an; il y a lieu de remarquer que la femelle est 
beaucoup plus répandue que le mâle et qu'elle est capable de pro- 
duire environ 1.000 œufs. Le rat coùtepar anenmoyenne lOfr. ; 
le campagnol, 3 fr. ; la couleuvre, 300 fr. ; la taupe, 2fr. 50, etc. 

Cet ouvrage est bourré de documents précis et nous no sau- 
rions mieux faire qu'en priant nos lecteurs de s'y reporter. 
Comme le dit l'auteur dans sa préface : « Ceci est un livre de 
bonne foi » C'est certainement vrai. 



CHRONIQUE 



Fossile géant. — On a découvert, dans la craie de Car- 
desse, prés de Pau, un animal géant fossile qui a été nommé 
Leiodon mosasauroïdes à cause de certaine ressemblance avec 
le fameux Mosasaurus Camperi trouvé vers la fin du siècle 
dernier dans les environs de Macstricht. Cette découverte est 
fort intéressante; on n'avait trouvé jusqu'alors en France, 
dans la craie de Michery, près de Sens, qu'une mâchoire d'un 
animal de cette espèce. Le fossile de Cardesse appartient aux 
Pythonomorphes et ne mesure pas moins de 10 mètres de long. 
La tête est très petite en comparaison de la taille du corps. 

Reproduction de Planaria Alpina Dana- — Le mode 
de reproduction de ce ver, considéré fort longtemps comme 
vivipare, a été établi par W. Voigt. Dans un aquarium qui en 
contenait une certaine quantité, il trouva des cocons fraîche- 
ment pondus. Ces cocons, de forme sphérique, mesuraient 
i millimètre et n'étaient point pédicules. Ils n'étaient fixés à 
aucun point d'atl.aehe, mais se trouvaient complètement déga- 
gés; cette particularité, en leur permettant de se perdre dans 
le sable ou la vase, a peut-être été la cause qu'ils n'avaient 
pas été observés jusqu'alors. Ils furent conservés 14 semaines 
dans une pièce froide, ensuite 8 semaines dans un endroit 
chauffé; au bout de ce temps les jeunes sortirent des cocons 
déchirés d'une façon irrégulière. Ils mesuraient de 2 à 4 milli- 
mètres suivant qu'ils se trouvaient en plus ou moins grande 
quantité dans un cocon. 

Kongcur iclitliyophagc. — Le Pérou central possède un 
rongeur, Ichthyornys, qui se nourrit exclusivement de poisson. 
C'est une espèce de hamster ; il ressemble à notre rat d'eau 
qu'il dépasse en taille, Il porte des moustaches longues et très 
fournies, les yeux et les oreilles sont petits. 

A l'exception du rat musqué du Canada, qui mange parfois 
un poisson péché par lui-même, aucun rongeur ne s'est affran- 
chi 'l'une façon aussi complète de la vie végétarienne. 

Deux faits curieux sont à signaler chez ce rongeur : le cœcum, 
qui atteint chez les rats des proportions remarquables, est 
réduit chez l'Ichthyornys à l'état de rudiment; et les incisives, 
par suite d'un développement anormal, se sont transformées 
en pointes longues et effilées qui lui permettent de s'emparer 
facilement du poisson. 

Oiseaux frappés «le cécité par le froid. — A la suite 
de l'hiver rigoureifx de 1892, la plus grande partie des pics fort 
i uses aux environs de Washington furent frappées de 
cécité. Dans les bois de sapins avoisinants la ville, qui leur ser- 
rai) m de refuge, bon nombre gisaient mortes sur le sol tandis 
que d'autres, respirant encore, mais tout à fait épuisées, per- 
i baient sur les branches, picotant la neige ou cherchant à man- 
aiguillcs des sapins. Il était facile de s'en emparer; car, 
en voulant fuir, elles se buttaient contrôles branches et retom- 
i sans forces à terre. La cécité dont elles étaient affligées 
présentait des cas extraordinaires. Chez les unes les yeux 
étaient fermés et fortement tuméfiés; d'autres avaient tantôt 



un œil, tantôt les deux yeux crevés et gelés ; ce qui avait dû se 
produire au contact des pointes aiguës, de branches cassées 
contre lesquelles elles venaient frapper en voltigeant. Quand 
les yeux n'étaient pas fermés et enflammés, la pupille était tou- 
jours d'un blanc laiteux et l'iris bleuâtre. 

Quant aux causes qui ont pu amener cette cécité, on tend 
généralement à supposer que ces oiseaux, en gagnant leur 
refuge par des froids intenses, volaient contre le vent qui 
entraînait dans les airs de microscopiques parcelles de glace 
qui endommagèrent leurs yeux et causèrent ces accidents. 

Les pics seules furent atteintes tandis que les corbeaux, 
nombreux aussi autour de Washington, en restèrent préservés. 

Température sons diverses formes de coiffure. — 

« Dans le numéro du Naturaliste du 1 er novembre, à un arti- 
cle intitulé « Température sous diverses formes de coiffure », 
l'auteur dit que la meilleure coiffure pour les pays chauds est 
sans contredit le casque blanc des colonies ; or, j'ai constaté 
moi-même en Algérie que ce casque, qui est peut-être efficace 
pour éviter les insolations, a le grave défaut d'emmaganisor la 
chaleur sur la tête de telle façon qu'on est obligé à chaque 
instant de soulever le casque pour laisser sortir l'air surchauffé, 
et cela malgré les ouvertures qui sont complètement insuffi- 
santes. La meilleure coiffure, suivant moi, est le casque chinois 
qui ne tient à la tête que par un cercle léger et laisse circuler 
l'air librement tout autour de la tête. J'ai été à l'affût des vau- 
tours avec cette coifïurc en plein midi et en plein soleil par 
une température de 45° à l'ombre sans être le moins du monde 
incommodé par la chaleur. On sent même une fraîcheur 
agréable causée par la vaporisation de la sueur. Il serait à 
souhaiter que cette coiffure se répandit dans nos colonies. » 

Un lecteur du Naturaliste. 



BIBLIOGRAPHIE 



ZOOLOGIE 

1. Anderson, John. On a new Species of Zamenis and 
a new Species of Bufo from Egypt. 

Ann. Mag. Nàt. llist. 1893, pp. 437-440. 

2. Bergh, R. Die gruppe der Dcriduden. PI. VIII. 

Mittheil. Zool. Stat. Neapel. XI, 1893, pp. 107-135. 

3. Bœttger, O. Ein neuer Drache (Draco) aus Siam. 

Zoolog. Anzeiger. 1893, pp. 429-432. 

4. Borgert, A. Uber Doliolum denticulatum und eine 
nene dieser Art nahe verwandte Form aus dem atlan- 
tischen Océan. (Fig.) 

Zeitschr. fur wissensch. Zool. 1893, pp. 402-408. 

5. Carazzi, D. Revisione del génère Polydora Bosc. e 
cenni su due specie che vivono sulle ostriche. PI. II. 

Mittheil. Zool. Stat. Neapel. XI, 1893, pp. 4-45. 

6. Cerfontaine, Paul. Contribution à l'étude de la tri- 
chinose. 

Archives de Biol. 1893, pp. 125-145. 

G. Malloizel. 



OFFRES ET DEMANDES 



M. D. Lafont, répétiteur au collège de La Mure (Isère) 
demande l'ouvrage de Lapparent et Frietel, sur des Fos- 
siles caractéristiques des terrains. 

— M.Alb.Môhlenbruck,à Morat (Suisse), désire échanger 
une petite collection de graines, bois, etc., contre co- 
quilles, animaux, insectes, etc. 

Les boules de naphtaline concentrée, nouveau mo- 
dèle, valent 4 fr. 75 le cent. 

(Les Fils d'Emile Deyrolle, naturalistes, 46, rue du 
Bac, Paris.) 



Le Gérant: Emile DEYROLLE. 



p al .i s . _ Imprimerie F. Levé, rue Cassette, 17. 



l(i e ANNÉE 



2 e Série 



j*1° 166 



1*' FÉVRIER 1894 



I/ANTHONOME DU FRAISIER 

(Anthonomus signatus, Say). 



En rendant compte du travail de M. Charles Whitehead, 
paru re'cemment en Angleterre sur les Insectes et les 
Champignons nuisibles à l'agriculture, M. le D r C.-V. Riley 
appelle l'attention des entomologistes américains sur 
l'Anthonomé du Pommier, dont les mœurs sont abso- 
lument semblables à celles du Charançon du Fraisier 
'Anthonomus signatus), qui cause parfois de grands ra- 
vages dans les cultures industrielles de l'Amérique du 
Nord. 

M. F.-H. Chittenden, assistant de la Division d'entomo- 
mologie au Muséum de Washington, ayant présenté une 



la saison qui va s'ouvrir, amèneront peut-être la décou- 
verte d'espèces encore inconnues ; c'est aussi dans le but 
de provoquer ces observations que je reproduis ici les 
principaux résultats de cette remarquable étude. 

L'Insecte dont il s'agit a été signalé, pour la première 
fois, comme nuisible aux Fraisiers, en 1871, par M. Tow- 
nend Glover; M. le professeur Riley le rencontra lui- 
même, en 1873, aux environs de Saint-Louis, Mo. En 1883, 
M. Cook publia un exposé de ses dégâts à Phénix, Mich. 
En 1884 et 1885. il est encore signalé comme nuisible 
dans l'État d'Island. En 1887, d'après M. James Flechter, 
cet insecte occasionne de sérieux dommages dans la pro- 
vince de Québec; ses habitudes restent d'ailleurs incon- 
nues jusque vers 1890, où M. W.-A. Haie constata qu'il 
attaque de préférence les variétés de fraisiers à étamines 




1 2 

l-'ig. 1. — Antliohôtnus signatus .-branche de Fraisier montrant les anthonomes occupés à piercer les boulons (d'après Riley.; 
Fig. 2. — Anthonomus signatus : montrant une fleur et des bourgeons endommagés. — ■ a, h, branche de Fraisiers. — c, œuf. 

— d, larve. — e, tète grossie de la larve. — f, nymphe. — (/, fleur ouverte dont les pétales ont été perforés par le rostre de 

l'Insecte (d'après J. Chittenden). 



histoire très complète de cet Insecte dans l'Insect-Life du 
'27 janvier 1893, je vais résumer ici brièvement cette note 
dans l'espoir qu'elle intéressera également les lecteurs 
du Naturaliste (1). 

Les dix-huit ou dix-neuf espèces d' Anthonomes qui sont 
actuellement connues en Europe, et qui existent presque 
toutes en France, n'ont guère été étudiées jusqu'ici que' 
sur les arbustes et les arbres, Pommier et Poiriers surtout; 
cependant, nos Rosacées herbacées ne doivent pas en 
être exemptes. Des observations faites à propos, pendant 

(1) F.-H. Chitendcn. The Strawberry Weevil, insect-Life, 
vol. V, n u 3, p. 167. 

Le Naturaliste, iti, rue du Bac. Paris. 



et qu'il dépose son œuf dans le bourgeon non encore 
éclos, où la larve subit toutes ses métamorphoses. 

En 1891, M. Georges Dimmock fait connaître que cet 
Anthonome peut également se développer dans les fleurs 
de la Mûre sauvage, et tout particulièrement sur la va- 
riété Wachuset. 

En 1892, la Division d'entomologie du Muséum de 
Washington fut avisée que cet Insecte faisait de nombreux 
ravages dans quelques localités des environs, notamment 
à Anne Arundel, Caroline, Baltimore, où quelques 
grands cultivateurs avaient beaucoup à souffrir de ses 
dégâts. Une première excursion, faite par M. 1I.-E. Van 



*ksi; 




:u> 



LE NATURALISTE 



Deman, chef de la Division de Pomologie, dans les ré- 
gions dn Maryland et de la Virginie, permit de constater 
que la récolte des fraisiers serait diminuée des deux 
tiers environ. 

A cause de sa petitesse et de ses habitudes, l'Insecte 
échappe presque toujours à l'attention des cultivateurs, 
qui ne s'aperçoivent de ses méfaits qu'au moment de la 
moisson; ils rapportent alors au froid, à la gelée, à la 
grêle, la diminution de la récolte sans en soupçonner la 
véritable cause. 

Rien que les recherches de cette année aient été entre- 
prises un peu tard, elles ont permis de relever un certain 
nombre de faits nouveaux, qui aideront sans doute à 
trouver des remèdes ou des préservatifs contre les at- 
taques futures de cet Insecte. 

Le Charançon du Fraisier fait sa première apparition 
dans les premiers jours de mai ; mais, dès le 17 du même 
mois, au moment des observations de MM. Chittenden et 
Cordley, il était déjà en voie de disparition. Dans les 
cultures où il s'était développé, les trois quarts de la 
récolte étaient perdus, et partout l'on constata que 
c'étaient les variétés à étamines qui souffraient le plus 
de ses méfaits (1). 

A Dixie Landing, à peu de distance de Washington, de 
grands dégâts furent également signalés; mais, quand on 
visita cette place, le 6 juin, tous les Insectes avaient 
disparu ; pas un ne fut trouvé sur les plants qui fleuris- 
saient encore à cette époque. 

Cette année même, 1893, M. Beckwith a publié un 
article sur cet Insecte dans le dix-huitième Bulletin de la 
Station expérimentale de Delaware ; il rappelle aussi les 
dommages causés aux Fraisiers, mais, en outre, il indique 
que l'animal peut également se reproduire dans les jeunes 
bourgeons du Pêcher et des autres Rosacées. Enfin, 
M. le D r John Hamilton a noté, dans le Bulletin cntomolo- 
gique du Canada, vol. XXIV, p. 41, que les individus de 
cette espèce peuvent être trouvés pendant toute la bellr 
saison ; il est vrai qu'après une certaine époque ces 
rencontres sont de plus en plus rares. 

L'aspect des champs infestés par le Charançon du 
Fraisier est tout particulier, surtout quand on les visite 
vers le milieu de mai, au moment où tous les plants sonl 
en fleurs. Sur chaque pied, deux ou trois fleurs seulement 
sont saines et sauves, ainsi qu'un petit nombre de fraises 
déjà mûrissantes. Parmi les bourgeons endommagés, 
environ la moitié sont déjà tombés ; les autres, encore 
al tachés à la tige, sont languissants et à moitié dessé- 
chés, ainsi que le représente la figure ci-contre (fîg .2j. 
Sur d'autres pieds, tous les boutons étaient complètement 
détruits. 

Rien que la manière de procéder de cet Insecte ne soit 
pas encore exactemenent connue, on sait qu'il commet 
ses principaux dégâts en piquant le pédoncule floral à 
une petite distance au-dessous du bouton. L'œuf est 
déposé dans le bouton complètement formé, immédiate- 
ment avant l'antliose; la tige, ainsi détruite au-dessous 
de son point d'attache, amène l'atrophie de la fleur qui 
languit, se dessèche et tombe à terre. Toutefois, les 
bourgeons floraux ne sont pas complètement séparés de 
leur support, comme on peut le voir par la ligure ci- 
jointe ; il- restent sur les branches un temps plus ou 



i La culture rationnelle du Fraisier, telle qu'on la pratique 
on Amérique, semble avoir introduit un dimorphisme prononcé 
dans la fleur, 



moins long avant de tomber. Tous ne contiennent pas des 
larves, et on peut voir, en particulier sur ceux qui s'ou- 
vrent tardivement, qu'ils ont été perforés dans un tout 
autre but que celui de servir à la nourriture de l'insecte 

Les pédoncules sont coupés à des distances variables 
du bourgeon : les enveloppes extérieures de la fleur, res- 
tant pliées, protègent la larve en même temps que le 
pollen lui sert de nourriture. 

L'Insecte se comporte à peu près de la même manière 
sur la Mûre sauvage; un certain nombre de boutons 
flétris montrent une piqûre franche; d'autres, bien que 
séparés de leur tige, ne laissent voir que quelques cica- 
trices sur le calice ou sur la corolle, quand le bouton 
est ouvert. Enfin, dans d'autres, les piqûres ne sont point 
visibles à la partie extérieure de la fleur ; on ne peut 
les voir qu'à l'intérieur de la corolle, ce qui indique 
qu'elles ont dû être faites entre les folioles libres de 
l'involucre. 

Les diverses variétés de Fraisiers ne sont pas attaquées 
de la même manière ; les variétés à étamines, destinées 
à la fécondation, le sont plus fortement que les variétés 
à pistils, et on a remarqué que l'importance des dégâts 
est en raison directe de la quantité de pollen produit, el 
de l'exposition, plus ou moins directe, aux rayons du 
soleil. Il est probable que les variétés qui fournissent la 
plus grande quantité de pollen sont également celles qui 
offrent naturellement les plus grands attraits aux In- 
sectes. 

La variété de Framboise dite « Rlack Cap », pour une 
raison étrange et encore inconnue, paraît exempte des 
attaques de l'Anthonome ; mais on ne sait pas encore si 
la Framboise rouge jouit de la même immunité. Les 
Fraisiers sont maintenant la nourriture favorite de ce 
Charançon, mais il paraît que le Bubas villosus est sa 
véritable plante nourricière. Un grand nombre de bou- 
tons de Bubus canadensis ont été examinés, mais on n'y 
a trouvé que des larves de Diptères ; on ne sait donc 
pas encore si cette espèce est attaquée ou nom par l'An- 
thonome. 

Les bourgeons des Traisiers sauvages et de la Poten- 
tille du Canada peuvent aussi être attaqués par des An- 
thonomes; des larves ont été observées dans les boutons 
floraux de ces diverses espèces par M. Chittenden, le 
3 juin 1892 ; toutefois ces larves sont plus sombres et un 
peu plus petites que celles qui vivent sur les Fraisiers 
cultivés; il semble qu'elles possèdent toutes les appa 
rences d'une espèce distincte. 

Certaines variétés de Vaccinium et de Gaylassacia (G. 
resinosa) sont rongées par quelques insectes, mais la 
nature des dégâts porte à croire qu'il ne s'agit pas ici 
de l'Anthonome, car il est bien probable que cet Insecte 
ne pourrait, pas se reproduire dans ces plantes. Cepen- 
dant il est vrai que les Anthonomes adultes visitent ces 
fleurs en grand nombre, ainsi que celles du Cornus flo- 
rida et du Monarda fistulosa. M. le professeur Riley les a 
trouvés en juin dans le Missouri sur les fleurs du 
Yucca, et le I)' Hamilton les a pris abondamment sur les 
Tilleuls et sur les Sumacs en Pensylvanic. 

Des variations parfois très sensibles ont été observées 
entre les insectes adultes, selon la provenance et selon 
les plantes sur lesquelles ils se sont développés; mais 
comme il n'existe pas de différences appréciables entre 
les jeunes larves, on suppose que ces variations sonl 
d'ordre éthologique, et qu'elles n'ont aucune importance 
spécifique. 



LE NATURALISTE 



31 



L'espèce qui fait l'objet de cet article a été longtemps 
confondues avec une espèce très voisine, 'Anlhonomus 
musculus ; mais les comparaisons très attentives de 
M. Chittenden, faites à l'aide de nombreux échantillons; 
ont montré qu'il s'agit en réalité d'une espèee parfaite- 



étude approfondie de ces formes : ce sont Bracon antho- 
nomi; Catolaccus anthonomi ; et incertus. La ligure ci-des- 
sus (fig. 4) représente le Catolaccus anthonomi fortement 
grossi, d'après M. Ashmead 
A la suite de cette intéressante étude, M. Chittenden, 





Fig. 3. — Anlhonomus signatus (.grossi) Say. — 
Fig. 4. — Catolaccus anthonomi, Astus (grossi) 



Insecte parfait (d'après Chittenden). 
parasite de l'Anthonome du Fraisier. 



ment distincte. V Anthonomus signatus (fig. 3), d'après 
M. le D r Dietz, a le second article du funicule distincte- 
ment plus long que le troisième; au contraire chez A. 
musculus, ce second article est à peine plus long que le 
Iroisième. 

L' Anthonornus musculus est apparemment beaucoup plus 
rare que ses congénères ; le nombre des espèces trouvées 
par les collectionneurs locaux est en effet très petit; 
quant aux habitudes des larves, elles sont complètement 
inconnues. Le D r Hamilton dit que cette espèce n'est pas 
commune à Allegheny (Can. Ent., vol. XXIV, p. 41) ; il l'a 
rencontrée exclusivement sur les fleurs du Gaylussacia 
resinosa depuis le lo mai jusque dans les premiers jours 
de juin. 

L'œuf de V Anthonornus signatus est ovale ; sa couleur 
est jaune pâle; la femelle le dépose dans le bourgeon 
après avoir percé les écailles de celui-ci avec son rostre. 
La larve ressemble à celle de tous les Curculionides ; elle 
se nourrit des parties les plus tendres de la fleur, dans 
laquelle elle se creuse une cavité qui lui sert d'abri 
pour le reste de son développement. Au reste les mœurs 
de cette espèce ne diffèrent en rien de celles de nos 
espèces européennes. 

L'animal subit une véritable hibernation; vers le mois 
d'avril, les adultes sortent de leurs quartiers d'hiver 
ivinter quarters) et commencent à se nourrir. Les boutons 
du Fraisier sont attaqués aussitôt qu'ils sont formés; 
les Mûres sauvages sont envahies plus tard, suivant 
l'ordre de leur floraison; mais le fruit est très rarement 
attaqué. 

L'Anthonome du Fraisier possède plusieurs ennemis 
naturels qui détruisent les larves et sont ainsi d'utiles 
auxiliaires aux cultivateurs; on connaît jusqu'ici deux 
espèces de Braconides et deux Chalcides de la famille 
des Ptéromalines. L'une de ces espèces est bien connue, 
-;'est le Calyptus tibiator Cr. ; les autres sont nouvelles et 
ont été décrites par M. V.-H. Ashmead, qui a fait une 



indique les remèdes et les préservatifs qui ont été em- 
ployés jusqu'ici pour détruire cet Insecte ou pour en- 
traver son développement. 

Constant Houlbert, 
Docteur es sciences naturelles. 



MŒURS DE LA TRUITE DES RIVIÈRES 



La truite commune est un de nos plus élégants et de nos 
plus exquis poissons d'eau douce ; rien de gracieux comme 
son corps svelte aux flancs argentés tout marbrés, dans leur 
partie supérieure, de taches orangées et de taches noires. 
Elle n'habite que les eaux très fraîches, très limpides, les 
torrents, les rivières et les ruisseaux rapides, qu'elle 
remonte, grâce à sa vigueur, avec une très grande faci- 
lité ; elle résiste aisément à leurs efforts, et on la voit se 
maintenir dans les plus forts courants grâce à une im- 
perceptible agitation de ses nageoires. Elle ne les re- 
cherche pas d'ailleurs, à part quelques exceptions indi- 
viduelles, et en général elle n'y demeure qu'autant qu'elle 
s'y trouve abritée par quelque obstacle, tronc d'arbre 
ou touffe de roseaux, qui rompt la violence des eaux. 

Les parties de la rivière que la truite affectionne sont 
surtout les anfractuosités de la rive, les petites anses où 
l'eau tourbillonne lentement, sous les bouissons qui sur- 
plombent, l'extrémité en aval des touffes d'herbes aqua- 
tiques et les canaux que ces touffes laissent entre elles ; 
c'est dans ces endroits tranquilles ou ces étroits pas- 
sages que les pêcheurs opèrent avec le plus de succès; 
aussi les nomment-ils des « coups de filet ». Partout où 
la rivière offre une profondeur moyenne, suffisante pour 
que le poisson qui nage au fond ne soit pas aperçu de la 
rive, pas trop grande pour que son œil perçant ne puisse 
distinguer les insectes entraînés à la surface parle cou- 
rant, un sol couvert de cailloux entre lesquels croissent 



32 



LE NATURALISTE 



des roseaux ou les longues crinières des renoncules, la 
truite se plaît. 

Ce poisson fraye à partir du mois d'octobre jusqu'au 
mois de février, c'est-à-dire, pendant une grande partie 
de l'hiver; les femelles creusent des trous dans le fond, 
et cachent leurs œufs parmi les graviers. L'éclosion a 
lieu au bout de six à neuf semaines; les jeunes indivi- 
dus se réunissent en groupes très peu nombreux et 
gagnent la rive, où ils se cachent sous les touffes 
d'herbes ; ils vivent de très menus insectes qu'ils 
viennent souvent happer à la surface. Ils croissent plus 
ou moins rapidement, selonl'abondance de la nourriture 
qu'ils peuvent se procurer. Pendant la première année 
de leur existence, ils sontmarqués de lignes transversales 
bleuâtres : ils quittent ensuite cette livrée. 

L'étude de la vie des truites offre surtout de l'intérêt 
au point de vue de leur alimentation. Tout est bon à ce 
poisson vorace : vers, insectes, petits poissons, tels que 
roches, vairons, chabots, larves dodues d'éphémères et 
de phryganes; il dévore même les jeunes individus de 
son espèce. Du mois d'octobre au mois de mai. il ne prend 
presque rien à la surface, et, pendant cette période, il 
est plus difficile d'évaluer la quantité de nourriture qu'il 
peut absorber. 

Au mois de mai, il commence à « donner » ; à cette 
époque de l'année, les tièdes caresses du soleil font 
éclore une quantité de mouches et d'hyménoptères sans 
vigueur, qui, après avoir joui pendant toute une journée 
de leur gaie mais fugace existence, retombent vers le 
soir, épuisés par leurs ébats, sur l'eau d'où ils sont sor- 
tis vivants et qui les reçoit morts ; la truite ne laisse pas 
échapper l'occasion, et ces petits cadavres deviennent 
pour elle la base d'un joyeux festin. 

Mais les premiers individus qui donnent sont les plus 
petits, ceux qui, n'ayant pas encore la force d'affronter 
les courants rapides du milieu de la rivière, se tiennent 
prudemment vers les rives. Les autres, les gros mangeurs, 
attendent, avant de venir jeter leur corps robuste hors de 
l'eau en de vigoureux bonds, l'éclosion de la mouche 
jaune, crasse éphémère qui fait son apparition vers la 
seconde quinzaine de mai. 

Quand la nymphe de cet insecte monte sur l'eau pour 
se dépouiller de sa disgracieuse enveloppe et épanouir 
ses blanches ailes, la truite la suit, et elle ne redescend 
plus, se maintenant à trente centimètres de la surface, 
et se précipitant brusquement sur tous les insectes qui 
passent à sa portée. Quand la saison est favorable, les 
mouches jaunes éclosent par milliers, et retombent en 
neige sur la rivière; et pendant quinze jours ce n'est 
qu'un festin ininterrompu, un bouillonnement continu de 
l'eau. La truite se grise positivement avec cette nourri- 
ture qui lui est livrée en si grande abondance, et elle 
perd toute prudence ; c'est ce moment que choisissent 
les pécheurs pour lui offrir leurs mouches artificielles, 
dont les ailes sont des plumes et le corps un hameçon, 
et sur lesquelles elle se jette violemment ; en d'autres 
temps, la truite est un poisson très défiant, difficile à 
tromper, et auquel on peut dire adieu dès qu'on l'a 
manqué une fois. 

Les truites ne donnent pas toutes de lamême manière, 
et manifestent chacune des préférences particulières. 
Les unes ne prennent que les mouches qui viennent 
d'éclore, et dont les ailes sont encore bien dressées; 
h's autres, les mouches mortes ou mourantes dont les 
ailes sont étalées à la surface. Tantôt elles donnent 



au même endroit, c'est-à-dire qu'elles happent tous 
les insectes qui suivent, emportés par le courant, la 
ligne passant au-dessus de l'abri où elles se trou- 
vent, et cela constamment au même point de cette 
ligne. D'autres fois elles se déplacent, poursuivant en 
quelque sorte les mouches, mais seulement dans un 
rayon donné autour du point fixe qui marque l'endroit 
où elles se tiennent de préférence. Enfin, il y a des in- 
dividus qui, selon l'expression des pêcheurs, « Ton- 
dissent », c'est-à-dire qui décrivent une courbe fermée, 
une ellipse plus ou moins allongée, en donnant à des 
endroits variables sur le parcours de cette courbe. 

Il y a un fait digne de remarque , c'est que, dans tous 
les cas, une seule truite donne en une place déterminée, 
et que, quand cette truite vient à périr, sa place est im- 
médiatement prise par un autre individu. Ce fait recon- 
naît selon nous pour cause, toutes les fois qu'il est réa- 
lisé, un de ces conflits partiels dont se compose la 
grande lutte pour la vie que se livrent entre eux les ani- 
maux et plus généralement tous les êtres organisés. 
Supposons, par exemple, qu'en un point donné de la 
rivière, au fond, et surun espace très restreint, habitent 
plusieurs truites. A ce point ne correspond, à la surface 
qu'une place suffisamment abritée pour permettre aux 
poissons de s'y loger, une branche d'arbre, par exemple, 
ou un étroit canal entre deux touffes d'herbes. Le gibier 
qui arrive à cette place ne peut évidemment nourrir 
qu'une seule truite, puisque l'expérience prouve qu'on 
n'en trouve jamais qu'une. Cette truite est évidemment 
l'une de celles qui habitent le point correspondant, au 
fond, et, parmi ces individus, celui qui est monté le pre- 
mier à la surface. Si celui-ci est plus vigoureux que les 
autres, il s'y maintient par le seul droit de sa force. S'il 
est de force égale, les autres n'acceptent pas une lutte 
qui serait inutile et sans fin, et, par une sorte d'accord 
instinctif, ils laissent la place au premier occupant. Quand 
celui-ci vient à disparaître, il est remplacé de la même 
manière. 

Après la disparition de la mouche jaune, les grosses 
truites regagnent le fond de la rivière; les frêles phry- 
ganes, vulgairement mouches-à-bateau, ne sont plus 
pour elles un appât suffisant, et elles aiment mieux 
chercher sous les pierres quelque chabot à la grosse 
tête ou poursuivre quelque roche argentée. Les autres 
continuent de donner jusqu'à la fin de l'été, mais de 
jour en jour pour un temps de moins en moins long, de 
telle manière qu'en juillet et août elles ne donnentplus 
guère que pendant une heure, la dernière du jour. Selon 
nous, à cette époque, tous les individus sont redescendus 
au fond ; ceux qui donnent encore habitent à une profon- 
deur médiocre, ce qui leur permet devoir, sans se tenir, 
comme au mois de mai, à une petite distance de la 
surface, les insectes entraînés par le courant. 

A. Acloquic. 



DESCRIPTIONS DE COLÉOPTÈRES NOUVEAUX 



Foruiicomus obscuras. Espèce d'un noir de pois avec 
ou sans bande posthumérale droite, d'un jaune roussàtrc ayant 
quelquefois la tète et le prothorax plus clairs ou les cuisses 
obscurcies. Tète peu diminuée en arrière, arrondie eu arc, 
presque lisse avec les yeux gris, peu saillants, les antennes 
courtes et assez fortes, un peu épaissies à l'extrémité, bru- 
nâtres. Prothorax long, à ponctuation assez forte, écartée, 
largement dilaté, arrondi en avant avec la base droite. Elytres 



LE NATURALISTE 



33 



anguleusement arrondies, à l'extrémité modérément élargie, à 
ponctuation forte, écartée. Quelques longs poils gris mi- 
dressés en dessus. Pattes assez fortes avec les cuisses ren- 
flées. 

Long. 4, 4 1/2 mill. En nombre à Java (coll. Pic). Les o* 
sont armés (caractère propre à la plupart des espèces du 
genre) d'une forte épine aux cuisses antérieures. Je pense que 
F. obscurus est voisin de F. armatus Boh. qui m'est inconnu. 

Xylophilus Sumatrse. Assez allongé, presque mat, pu- 
bescent de gris, d'un rouge roussâtre, largement obscurci sur 
le milieu des élytres. Tète assez grosse, bombée, tronquée 
droit avec les yeux gris, pas très gros, éloignés. Antennes à 
peu près normales, roussâtrcs, longues, progressivement 
épaissies avec les derniers articles tronqués au sommet, le 
icrminal pas très long, pyriforme. Prothorax à peine plus long 
que large, seulement un peu dilaté et anguleusement arrondi 
un avant, impressionné transversalement sur son milieu avec 
les côtés presque droits sur la base ; ponctuation assez lorte, 
pou serrée. Elytres modérément allongés et assez étroits ayant 
les épaules bien marquées et des gibbosités post-scutellaires 
saillantes avec une large impression transversale un peu avant 
le milieu et l'extrémité arrondie : ponctuation forte, écartée. 
Dessous du corps un peu obscurci. Pattes plus ou moins rous- 
sàtres, en partie obscurcies, grêles avec les tibias postérieurs 
courts un peu dilatés à l'extrémité, le premier article des 
larses peu long. 

Long. 2 mill. Sumatra. 

A classer dans le groupe des Olotelus avec une forme plus 
allongée que les espèces composant ordinairement ce groupe. 

Je dois X. Sumatrae à la générosité de M. A. Grouvelle qui 
l'a recueilli dans des détritus de Tabac venant de Sumatra. 

M. Pic. 



Recherche et préparation des Oiseaux 

(Suite.) 

Quelques préparateurs opèrent différemment en fabri- 
quant un corps factice ou mannequin, qui doit être mo- 
delé sur les dimensions du corps de l'oiseau. Ces corps 
doivent former une pyramide dont la base en général, 
regarde la poitrine, ou bien ils doivent être arrondis, 
comme pour les Canards et autres oiseaux aquatiques. 
Ce mannequin est formé de substances diverses, il est 
assujetti avec le troisième fil de fer, et recouvert d'é- 
toupe dans toute sa longueur ; il est essentiel qu'il pré- 
sente beancoup de solidité. Au lieu du mannequin on 
forme quelquefois une charpente interne compo- 
sée de plusieurs fils de fer, dont deux pour la jambe, 
deux pour la tête, le cou, le corps et la queue; mais 
cette méthode présente de grands inconvénients elle 
dérange les plumes et ne fixe pas assez solidement dif- 
férentes parties du corps. Une des extrémités du troi- 
sième fil de fer recouvert d'étoupe dépasse le corps 
factice d'une longueur proportionnée à celle du cou de 
l'oiseau. Avec l'excédent du fil de fer on entoure le 
mannequin dans toute sa longueur, en commençant par 
la partie qui représente la poitrine, et en prenant par le 
yentre; on passe ensuite, à différentes reprises, autour 
du mannequin, une petite ficelle qui sert à assujettir le 
fil de fer qui l'embrasse et l'entoure dans toute sa lon- 
gueur, et à lui donner la consistance nécessaire. 

Ce procédé, qui réussit bien pour certains oiseaux, 
présente plus de difficultés pour les débutants que celui 
que nous avons indiqué précédemment, et est généra- 
lement peu employé. 

Il ne reste plus qu'à fermer l'incision ventrale avec une 
aiguille et du fil proportionnés à la résistance de la 
peau du sujet : après avoir fait un nœud à l'extrémité 



du fil, on écarte les plumes qui garnissent les bords de 
l'incision, et passant l'aiguille sous la peau d'un des 
bords, on tire le fil en dessus et on attaque l'autre bord 
en dessous; on coud ainsi par un mouvement de lacet 
et on réunit les bords de la peau en assurant leur fer 
meture par un nœud solide. Pendant le cours de ce tra- 
vail, on aura soin, soit avec la pointe de l'aiguille, soit 
avec des brucelles à pointes fines, de retirer et de re- 
mettre en place les plumes qui se trouveraient prises 
sous le fil. 

Si, durant cette opération, l'oiseau s'est déformé sous 
l'influence de la pression qu'on exerce sur lui en le 
manipulant, on y remédie de suite en enfonçant sous la 
peau un carrelet courbe, à l'aide duquel on fait bouffer 
les matières qui ont servi à bourrer de façon à relever 
toutes les parties affaissées; on couche l'oiseau sur le 
dos et on arrange les ailes qu'on place dans les cavités 
pectorales; on peut passer alors à l'aide d'une longue 
aiguille ou carrelet, dans la partie du corps saillante au- 
dessous des ailes, un fil qui les embrasse latéralement 
et les maintient dans leur position naturelle; on noue 
ce fil au-dessus des ailes et du dos, et lorsque l'oiseau 
est sec on le coupe si on le juge à propos. 

On donne ensuite aux jambes leur longueur normale, 
en les tirant ou les repoussant sur leurs fils de fer; il 
est essentiel de leur donner la même longueur, ce qui 
est facile en les rapprochant l'une de l'autre, de manière 
que les talons soient en regard de la naissance de la 
queue. 

Après toutes ces opérations il faut rendre à l'oiseau 
son attitude naturelle : il est utile, dans ce cas de con- 
naître les habitudes des oiseaux, et le tableau que nous 
donnons pourra être fructueusement consulté par les 
débutants. Si un oiseau est percheur, on le place provi- 
soirement sur un juchoir que l'on désigne sous le 
nom de télégraphe où il peut être facilement tourné 




Fig. 1. — Télégraphe. 

en tous sens. Cet instrument se compose d'un bâton 
cylindrique placé horizontalement sur une tige fixée 
elle-même sur un plateau. Avec une vrille on perce deux 
trous correspondant chacun aux fils de fer placés dans 
les pattes de l'oiseau; on y passe ces fils de fer en les 
tirant en dessous, jusqu'à ce que les pattes reposent 
d'une manière naturelle sur la terrasse du juchoir, et 
que les doigts la serrent bien; ensuite pour empêcher 
ces fils de remonter, on les fixe en ramenant en arrière 



3 1 



LE NATURALISTE 



leurs extrémités libres, et en les tordant l'un sur 
l'autre. 

Si on a affaire à un oiseau marcheur, on le pose sur 
une planchette et au moyen de rainures correspondant. 
aux trous pratiqués pour le passage des fers, on couche 
ceux-ci en dessous de la planchette el, courbant leurs 
extrémités en crochet, on les fait pénétrer dans le bois 
à l'aide d'un marteau. 

Arrivé à ce point du travail, il importe que les sujets 
soient posés bien d'aplomb et surtout qu'ils n'aient pas 
l'air de tomber en arrière ou en avant, comme cela ar- 
rive souvent dans les débuts. Lorsque l'oiseau est bien 
placé, on lui donne l'attitude particulière à son espèce. 
Prenant d'une main le fil de fer qui dépasse le front, on 
refoule la tête si le cou est trop long, ou on l'étiré 
s'il est trop court, en tournant un peu le bec à droite 
ou à gauche, suivant l'inspiration du préparateur : on 
ne coupera ce fil qu'au dernier moment et pour donner 
à la pose de la tête, un soutien qui l'empêche de dévier; 
on fera bien de remettre ce fil sur le bec, et de courber 
son extrémité en un crochet dont on l'enveloppera ; en 
agissant ainsi on pourra, sans déranger la tête, poser les 
yeux et relever les paupières à l'entour. 

La queue est soutenue par le fil de fer de la traverse, 
qui fait saillie en dehors du croupion et on la maintient 
en forme, en la serrant entre deux fils de fer minces, 
d'égale grandeur, qu'on tord l'un sur l'autre au bord de 
chacune des rectrices latérales. 

On lustre et on unit le plumage de tous côtés avec un 
blaireau doux, que l'on promène dans le sens du bec à 
la queue, et si des plumes se dérangent ou restent re- 
belles à l'action des brucelles dont on se sert pour les 
replacer, on les arrache et on les met provisoirement 
de côté pour les récolter ultérieurement. Enfin on bande 
l'oiseau, au moyen de bandelettes de linge très 
fin ou même de papier, que l'on place de manière à 
maintenir les plumes et leur conserver une bonne direc- 
tion ; on enveloppe d'une bande le bas du cou, et on ra- 
mène les extrémités sur le dos, où on les croise en les 
fixant au moyen d'une épingle; une seconde bande 
maintient la poitrine, ainsi que le milieu des ailes, et 
se rattache sur le dos de la même manière que la pre- 
mière ; enfin une troisième bande se place au-devant 
des jambes, pour comprimer l'abdomen et maintenir les 
grandes rectrices, on l'arrête au milieu du croupion. 
Ces bandes, ayant pour but de maintenir le plumage 
sans l'affaisser, ne doivent pas être très serrées. 

On laisse sécher l'oiseau et on s'occupe ensuite de 
poser les yeux : dans ce but on retire une partie du 
coton qui garnit les orbites, et on le remplace par un 
petit tampon d'étoupe imprégnée d'eau. Lorsqu'on a 
acquis la certitude que la peau des paupières est suffi- 
samment ramollie, on retire ce tampon, avec une pince 
fine on arrondit le tour des paupières, puis, au moyen 
d'un petit pinceau, on laisse tomber dans l'orbite une 
goutte de gomme arabique diluée dans un peu d'eau 
additionnée de sucre, on place l'œil en position normale 
et, avec la pointe d'une aiguille et le secours de brucelles 
Unes, on ramène les paupières à leur place. Le prépara- 
teur doit s'appliquer à donner aux yeux l'expression 
naturelle, on ne doit pas les placer à fleur de tête, il 
faut surtout chercher à leur rendre l'expression particu- 
lière chez chaque oiseau; ainsi dans l'attitude de la 
colère, les prunelles doivent se rapprocher du bec ; dans 
celle '!'■ l'amour elles s'éloignent l'une de l'autre, enfin 



au repos elles sont au milieu de l'œil. On doit aussi 
consulter ses notes sur la couleur des yeux de l'oiseau 
que l'on monte; le tableau que nous donnons ci-après, 
pourrait renseigner les débutants. 

Quelques manuels indiquent la manière de fabriquer 
soi-même des yeux artificiels; mais ces procédés sont 
beaucoup trop compliqués pour un simple amateur qui 
trouvera toujours, à peu de frais, chez les marchands 
naturalistes, un assortiment de tous les yeux dont il peut 
avoir besoin. 

On emploie généralement deux sortes d'yeux : les uns 
vitrés ou à chambre et les autres émaillés extérieurement; 
les premiers imitant mieux les yeux naturels doivent 
être préférés, quoique étant d'un prix plus élevé. On 
substitue généralement des yeux complètement noirs 
aux iris bruns et brun noir des oiseaux, surtout pour 
ceux de petite taille. 

Lorsque les yeux ont été mis en place, on relève le 
fil de fer qui entourait le bec et on le rabat à angle aigu 
sur le crâne de l'oiseau ; alors, avec la pince à mors tran- 
chant, on le coupe de manière qu'il reste une sorte de 
petit crochet formant une légère saillie, masquée d'ail- 
leurs sous les plumes ; puis on coupe la traverse de la 
queue à quelque distance de la peau, on enlève les ban- 
des qui maintenaient l'oiseau, on le place sur le sup- 
port, on le lustre et unit une dernière fois son plumage 
à l'aide du blaireau ; dès lors l'oiseau peut être placé en 
collection, après avoir passé sur le bec et les pattes une 
très légère couche de vernis transparent. Le choix du 
support doit être proportionné à la grosseur de l'oiseau, 
notre tableau indique les numéros pour chaque espèce; 
la hauteur du perchoir se mesure depuis le bas du pla- 
teau jusqu'au haut du T, comme on peut le voir par la 
figure ci-contre. Le n° a 42 millimètres de haut, le 
n° 20, 245 millimètres. 






Hauteui 


N» 


en ni/ m 





42 


1 


46 


2 


52 


3 


57 


4 


64 


b 


70 


6 


70 


7 


85 


8 


90 


9 


100 


10 


105 


11 


115 


12 


130 


13 


140 


14 


155 


15 


165 


16 


180 


n 


195 


18 


210 


19 


225 


20 


245 



Fig. 2. — Perchoir. 

Le débutant trouvera dans le tableau ci-après tous les 
renseignements sur la nuance des yeux, les numéros des 
perchoirs et l'indication des oiseaux qui sont perchears 
ou marcheurs. Les astérisques désignent les oiseaux qu'on 
peut à volonté dresser sur un perchoir ou sur un pla- 
teau, leur nature étant d'être tour à tour percheurs ou mar- 
cheurs. Quant aux oiseaux nageurs, ils sont désignés 
comme marcheurs, puisque dans la préparation on ne 
saurait les figurer dans l'eau. 



LE NATURALISTE 



s:\ 



TABLEAU ABRÉGÉ DES OISEAUX D'EUROPE 

indiquant, en regard des espèces citées, s'ils sont percheurs 
on marcheurs, ainsi que la nuance de leurs yeux et le 
numéro des perchoirs qui leur conviennent. 



Noms des oiseaux 



y, S Nuance des veux 

c 



Accenteur des Alpes 7 brun clair. 

Agrobate rubigineux 7 id. 

Agrodrome champêtre » id. 

Aguassièrc cincle » gris-perle. 

Aigle Bonelli 2.*i ambre bruni. 

— botté 21) brun roux. 

— fauve 26 id. 

— impérial 25 jaune pâle. 

— Jean-le-Blanc 23 jaune brillant. 

— à tète blanche 25 crème . 

Aigrette blanche » jaune brillant . 

Albatros chlororynque » blanc. 

Alouettes (en général » brun 

Anthropoïde demoiselle » rouge 

Archibuse pattue 2J noisette 

Autour 20 jaune brillant 

Barges » brun 

Bécasse » noir 

Bécasseaux (en général; » brun noir 

Bec-croisé 7 brun 

* Bergeronnettes (cri gênerai . 5 brun 

Bernache nonnette » brun noirâtre 

Bihoreau » _ rouge 

* Blongios nain » jaune vif 

Bondrée 20 jaune 

Bouvreuils 5 à7 brun foncé 

Bruants (en général) 5 brun 

Busard harpaye 20 safrané 

— Saint-Martin 16 jaune verdâtre 

Butor » id. 

Caille » brun-noisette 

Canard sauvage » rouge-c.erise 

Chevaliers (en général » brun foncé 

Chevêche commune 13 jaune vif 

Chipeau bruyant » brun clair 

Chocart 1 b' brun 

Cigognes (blanches ou uoires';.. » brun foncé 

Colombe biset 16 orangé 

— colombin 1" rouge -brique 

— ramier 16 crème 

Corbeau choucas 16 blanc 

— freux 17 brun noir 

— mantelé 17 brun foncé 

* Cormoran ordinaire » vert 

Coucou gris 12 jaune 

Courlis cendré » brun fauve 

Grabier chevelu » jaune -vif 

Cygne domestique » brun l'oncé 

Driopic noir 12 crème 

Duc (Grand-) 22 orange 

Echasse » rouge cramoisi 

Ectopiste migrateur 16 orange 

Effraye 16 brun noir 

Elanion 13 jaune -orange 

Engoulevent 9 brun noir 

Epervier ordinaire 13 jaune-citron 

Etourneau 9 brun 

* Faisan de Colchide » jaune -orange 

Falcinelle éclatant » brun 

Faucon commun 16 brun 

— cresscrelle 13 brun-noisette 

— cresserine 13 jaune brun 

— ■ émérillon 13 brun 

— hobereau 13 noisette 

— kobez 13 brun clair 

Fauvettes (en général) 5 brun noir 

Fou de Bassan '. » crème 

Fuligule nyroca » blanc 

Gallinule ordinaire » rouge 

Garrots ''en général) » jaune 

Geai ordinaire 13 bleuâtre 

Gécine vert 12 blanc 

Gerfaut blanc 20 brun foncé 

Glaréoles » brun clair 

Goéland argenté » jaune clair 

— brun » id. 



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Noms des Oiseaux 



2 £ Nuance des yeux 



0- S 



— cendré > 

— marin » 

— rieur » 

— tridactyle » 

Gravelots (en général) » 

Grèbe castagneux » 

— huppé » 

— oreillard >> 

Grue cendrée >. 

Guillemots (en général] » 

Gypaète barbu 30 

* Gyps fauve 30 

Harle huppé » 

— piette >■ 

* Héron cendré 

Hibou vulgaire 16 

Hirondelles (en général) 5 

Houbaras » 

Huitrier » 

Hulotte 16 

Hypolaïs (en général) 5 

Labbes (en général) » 

Lagopèdes (id.) >■ 

Loriot jaune 9 

Macareux » 

Macreuse à lunettes » 

— brune » 

— ordinaire » 

Martinet alpin 7 

— noir 6 

Merles (en général) 9 

Mésanges (id.) 5 

Milan royal 20 

Moineaux (en général) 5 

Naucler martinet 20 

* Néophron perenoptère 23 

Nonnettes (en général) 5 

Nyctale Tengmalm 13 

Œdicnème criard » 

Oies (en général) » 

Outarde barbue >• 

— canepetière » 

Oxylophe geai 13 

Pélican blanc » 

— frisé » 

Perdrix (en général) » 

Pétrels >> 

Pétrocincles 9 

Phaëton éthééé » 

Phénicoptère rose . » 

Pics (en général) '2 

Picoïde tridactyle. . . 10 

Pie bleue 12 

— ordinaire 13 

Pies-grièches (en générai;. ... 8 

Pingouin brachyptère » 

— macroptère » 

Pinsons 5 

* Pipits 5 

Plongeon catmarin » 

— imbrin >■> 

— lumme » 

Porzanes . » 

Porphyrion bleu » 

Ptynx de l'Oural 16 

Pullins (en général) » 

Râle d'eau » 

Récurvirostre avocetie » 

Rollier 12 

Sarcelles 'en général » 

Scops d'Aldrovande 9 

Sitelles 7 

Sizerins 5 

Souchet commun » 

Spatule blanche » 

Starne grise » 

Sternes (en général » 

Surnie caparaçoeh 20 

— chevêchette 9 

— harfang 22 

Syrrhapte paradoxal » 

Tadorne de Belon » 

* Tétras lyre » 

* — urosralle » 



brun noir 


» 


m 


gris jaunâtre 


» 


m 


brun foncé 


» 


m 


brun noir 


» 


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noir 


» 


ni 


rouge-brique 


» 


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rouge-cerise 


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ponceau 


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brun foncé 


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jaune-paille 


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brun 


P 


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rouge-cerise 


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jaune 


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jaune-orange 


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noir 


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verdâlre clair 


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ponceau 


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brun noir 


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brun 


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brun 


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rouge-cerise 


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blanc 


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rouge 


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brun 


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noir 


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jaune clair 


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brun 


V 


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rouge orangé 


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jaune orange 


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noirâtre 


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jaune brillant 


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jaune-citron 


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brun foncé 


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jaune orange 


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jaune 


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jaune 


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rouge 


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jaune clair 


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m 


brun rougeâtre 


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brun foncé 


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brun clair 


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brun noir 


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brun foncé 


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brun foncé 


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brun 


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rouge brique 


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bi'un-noiscttc 


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brun 




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jaune brillant 


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noisette 


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brun foncé 


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jaune roussàtre 


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rouge-lie de vin 


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brun roussàtre 


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brun foncé 


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jaune brillant 


p 


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jaune vif 


p 


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jaune-soufre 


p 


» 


brun 


» 


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id. 


» 


ni 


id. 


p 


ni 


brun clair 


p 


m 



3li 



LK NATURALISTE 



Tbalassidrome » brun noir » m 

Tourterelle 16 brun orangé p » 

' Traquets (en général 6 brun noirâtre p m 

Troglodyte mignon 4 noirâtre p » 

Turdoïde obscur y id. P " 

Turnix sauvage » brun roux » ni 

Vanneau huppé » noir » m 

' Vautour moine 30 brun clair p m 

Les poses à donner aux oiseaux sont très variables ; 

sous ce mot de pose, nous comptons tous les procédés 






Fig. 5. — Faucon au repos monté sur pied. 
Fig. 6 — Héron cendré monté au repos sur plateau. 




Fig. 3. — Martin-pécheur avec les ailes ouvertes, monté sur 

branche pour accrocher au mur. 

Fig. i. — Chouette montée avec les ailes déployées pour 

accrocher au mur. 



très divers qui sont employés pour le montage des 
oiseaux, tant pour les collections scientifiques, que 
pour les préparations artistiques, qui perpétuent ainsi 
pour le chasseur où l'amateur le souvenir d'un beau 
coup de fusil ou le rappel d'une capture intéressante 
opérée dans des conditions particulières. 

Les oiseaux pour collections scientifiques sont géné- 
ralement montés au repos sur perchoir ou sur plateau, 
suivant que l'animal est percheur ou marcheur. 

Pour les oiseaux préparés au point de vue artistique 
ou décoratif les quelques figures ci-contre donneront 
une idée des préparations qui peuvent être exécutées. 
Les pièces destinées à être montées en écran ou pano- 
plies, subissent une sorte de mutilation, tantôt la tête est 
retournée par rapport au corps, tantôt les ailes sont 
déplacées de leur position naturelle, etc., en un mot ce 
sont des pièces faitaisistes, mais très décoratives. 

.1 suivre.) A. Cranger. 



Fig. 7. — Chouette montée en écran. 



PIC DE MINEUR PRÉHISTORIQUE 



Au milieu d'une série de roches, M. Juhle, avait fait 
figurer à la dernière exposition des Actualités géologiques 
du Muséum d'histoire naturelle de Paris l'objet reproduit 
par la figure ci-jointe. C'est, comme on le reconnaît à 
première vue, un bois de Cervidé taillé en pointe. Il date 
des temps préhistoriques (période néolithique) et a été 
découvert avec beaucoup d'autres à Mur-de-Barrez dans 
l'Aveyron. Ce qui en fait l'intérêt c'est qu'il représente 
un outil qui témoigne, à l'époque antique d'où il date, 
d'une exploitation méthodique et qui peut se comparer 
exactement à nos travaux de mines. 

Il résulte en effet des travaux des anthropologistes que 
dans beaucoup de localités, comme Pienne en Belgique, 
Brandt et Cissbury en Angleterre, quelques points des 
environs de Paris, Mur-de-Barrez, Aveyron, etc , les 
hommes de l'âge de pierre savaient se procurer le silex 
si nécessaire à leurs besoins et l'allaient chercher dans 
l'épaisseur des couches calcaires ou marneuses à l'aide 
de puits et de galeries. 

A Mur-de-Barrez les silex sont contenus en rognons 
plus ou moins alignés dans des calcaires argileux de 
l'époque (tongrienne) qui n' affleurent que sur le flanc des 
montagnes et sont recouvertes par des formations vol- 
caniques. 

Encore aujourd'hui les argiles dont il s'agit sont 
recherchées à cause de la rareté de la chaux dans le 
pays, et ce sont même les extractions actuelles qui ont 
fait découvrir à M. Cartailhac et à M. Boule les anciens 
travaux. Malheureusement elles sont forcément destinées 
en se continuant à en faire disparaître tout vestige. 

Les puits antiques sont très nombreux, ils sont verti- 
caux et vont aboutir, avec des profondeurs variables sur 
tous les points, à une couche épaisse de silex remar- 
quable par son homogénéité et sa transparence : il y a 
de ces puits qui ont plus de mètres de profondeur. Ils 
sont toujours remblayés et sans doute par les anciens 
mineurs fort préoccupes, semble-t-il, d'éviter des acci- 
dents et en particulier les éboulements. C'est dans les 
matériaux de remblais qu'on rencontre les bois de cerf 
analogues à celui que j'ai fait dessiner, de grands éclats 
de silex, et d'autres objets fort anciens. 



LE NATURALISTE 



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En plusieurs points on a constaté que les puits verti- 
caux sont en relation avec des galeries plus ou moins 

horizontales et souvent 
très courbes : malgré le 
remplissage on reconnaît 
facilement le sol de ces 
galeries qui a été durci 
sous les allées et venues 
des exploitants et qui , 
chose curieuse, mais non 
encore tout à fait expli- 
quée, se trouve recouvert 
d'une couche continue de 
charbon de bois. 

« Le creusement de ces 
galeries, ditM. Boule, dans 
une intéressante note, de- 
vait être très pénible. Il 
se faisait avec beaucoup 
de précaution : les mi - 
neurs laissaient, sur des 
points assez rapprochés, 
le silex en place sous for- 
me de piliers servant de 
garantie contre les tas- 
sements. De plus ils é- 
tayaient leurs travaux a- 
vec des blocs plus résis- 
tants et plus durs em- 
' pruntés aux roches supé- 

rieures. Malgré ces pré- 
cautions il se produisait 
parfois des éboulements 
et nous avons vu des ins- 
truments en bois de cerf 
pinces entre deux mas- 
ses, aplatis, et broyés par 
.. _ la chute du toit de la ga- 

lerie. » 

Il n'y a aucun doute que 
les antiques mineurs 
n'aient employé, sur une 
vaste échelle, les outils 
en bois de cerf analogues 
à celui dont nos lecteurs 
ont le portrait sous les 
yeux pour creuser les 
galeries. Le fait est dé- 
montré avant tout par les 
traces de coups visibles, sur toutes les parois des an- 
ciens travaux. Souvent les pics ont leur pointe cassée 
et, comme complément, on a trouvé des pointes de pics 
incrustées dans le calcaire où elles s'étaient brisées. 

Stanislas Meunier. 



Pic en bois de cerf ;iyam 
servi à l'extraction préhis- 
torique du silex. Echantillon 
recueilli à Mur-de-Barrez 
(Aveyron) par M. Julhe et 
donné par lui au Muséum 
1/2 G. N. 



OISEAUX 



ACRIDOPHAGES 

(Suite.) 



VI. La Bondrée apivore (Pernis apivorus). — La Bon- 
drée apivore dans ses migrations du nord de l'Afrique 
en Europe où elle niche au printemps est aussi un oi- 
seau destructeur de Sauterelles, des œufs et des larves 
qu'elle déterre. 



VIL La Buse vulgaire (Buteo vulgaris). — Tout le 
monde connaît cet oiseau, mais son utilité incontestable 
n'est pas généralement reconnue. C'est un destructeur 
de premier ordre d'insectes, de Rats, Souris, Reptiles, etc., 
et ses méfaits à l'égard des Cailles, Perdreaux, sont insU 
gnifiants, relativement aux grands services rendus. Dans 
la Bulgarie son apparition est accidentelle. En 1882. il 
s'en fit un passage considérable qui dura des derniers 




Fig. 1. — Buse vulgaire (Buteo vulgaris). 

jours du mois d'août à la fin de novembre. Leur présence 
si prolongée doit être attribuée à l'abondance de Saute- 
relles qui, cette année-là, avaient envahi les environs de 
Kustendje. (Alleon, loc. cit.) Sa destruction devrait être 
absolument interdite et de fortes amendes puniraient les 
destructeurs; ce système réussit très bien dans les colo- 
nies anglaises. (Chaque Buse détruit environ 6,000 souris 
par an.) (Tschudi, Des animaux nuisibles et des oiseaux.) 
Cette espèce est représentée dans le Soudan et l'inté- 
rieur de l'Afrique par 

VIII. La Buse des Sauterelles (Poliomis rufipennis). 
— Cet oiseau est particulier à l'intérieur de l'Afrique ri 
de passage dans le nord-est de l'Afrique. Il arrive au 
commencement de la saison des pluies dans les steppe- 
du Soudan oriental et y est alors très commun par cetle 
unique raison qu'il y trouve une nourriture abondante. 
Dans ses mœurs, le Poliomis se rapproche de la Buse 
et de la Crécerelle. 11 se nourrit exclusivement de Saute- 
relles. 

IX. Le Serpentaire reptilivore (Gypogeramus reptili- 
vorus) n'existe que dans l'Afrique australe. Il se trouve 
répandu par petits groupes jusqu'au Congo. Heuglin le 
trouva en quantité dans la région de Gondar, il a été fré- 
quemment observé dans toute la région sud de la Séné- 
gambie : Gambie, Casamance, Mellacorée (Rochebrune), 
Abyssinie. Beaucoup de fermiers au Cap le conservent 
apprivoisé ; il rend d'énormes services comme destruc- 
teur de Serpents, de Rats, de Sauterelles. 

On a essayé d'acclimater cet oiseau à la Martinique, 
pour détruire les Serpents à fer de lance, le fléau de 
cette île ; le Serpentaire reptilivore aurait disparu de l'île, 
victime de l'ignorance des chasseurs. Dans les colonies 
du sud africain, le meurtre d'un Serpentaire est puni 
d'une amende de £ 5 (125 fr.). L'éducation des jeunes 
est assez difficultueuse. Lorsque pour une cause quel- 



38 



LE NATURALISTE 



conque, le jeune Serpentaire quitte le nid avant d'avoir 
ses jambes complètement de'veloppées, une maladie de 
l'épiphyse du tibia se déclare par une enflure empêchant 
l'oiseau de se mouvoir, il reste couché sur le liane et tous 
ses efforts pour se soulever ne font qu'abréger sa misé- 
rable existence. Cette maladie est incurable. En domes- 
ticité le Serpentaire garde sa sauvagerie native, il est 
dangereux pour les oiseaux de basse-cour, les chats et les 
chiens de petite taille. Le serpentaire ne fait pas sa nour- 
riture exclusive de reptiles, il est loin de dédaigner la 
charogne et faute de mieux il s'empare des insectes. 

Il 

RAPACES NOCTURNES, ACCIPITRES NOCTURNI 

La famille des Rapaces nocturnes en grande partie 
doit être considérée comme utile par la destruction des 
petits mammifères rongeurs, des sauterelles et des in- 
sectes nocturnes qui forment la base de leur nourriture. 
Nous croyons que les vieux préjugés de nos campa- 
gnards contre ces utiles auxiliaires se modifieront, grâce 
aux bienfaits de la vulgarisation des connaissances qui 
devraient être enseignées dans les écoles de village et 
aider à la propagation des espèces dont l'utilité aujour- 
d'hui est bien reconnue, quoique contestée par quelques 
auteurs. Pour les Rapaces nocturnes utiles, on devrait 
bien suivre l'exemple de ce qui se fait en Allemagne. 
Partout il serait bon de ménager des endroits où niche- 
raient les Effraies et les Chevêches. Dans l'Allemagne du 
Nord, le pignon des granges présente une ouverture pou- 
vant donner passage à une Effraie. Cette ouverture con- 
duit dans une sorte de caisse présentant à droite et à 
gauche des endroits convenables pour nicher, la lumière 
ne peut y pénétrer; l'oiseau en entrant s'engage dans un 
couloir d'environ un pied de long, puis au delà il est 
obligé de tourner soit à droite, soit à gauche, pour en- 
trer dans son nid. Vers l'intérieur de la maison, la caisse 
est solidement fermée, de façon à ce qu'on ne puisse 
venir troubler les oiseaux. Ce procédé assure la paisible 
reproduction d'auxiliaires importants comme destruc- 
teurs de vermine de toutes sortes. 

I. L'Effraie {Strie flammea). — Les oiseaux de cette 
i >]iêce assez communs en Europe, en Afrique, en Asie et 
dans l'Amérique du Nord se nourrissent de petits ron- 




FiR. ■!■ 



— Hllraye [Slri.r flammea). 

geurs et d'insectes. La coloration varie suivant les pays 
qu'elles habitent : celles de Madagascar et de l'Afrique 



australe sont remarquables par leur couleur vieil or, 
celles de l'Afrique du Nord sont d'un coloris plus pâle. 
Malgré le non-classement de l'Effraie parmi les insecti- 
vores, nous appelons l'attention sur les services que rend 
cet oiseau comme destructeur de rats, souris, etc.. Un 
couple d'Effraies détruit chaque jour au moins cent cin- 
quante petits rongeurs (White). 

Nous avons souvent vu, en France comme en Algérie, 
cet utile oiseau cloué à la porte des granges, victime de 
l'ignorance et des préjugés superstitieux qui ont cours 
même parmi les Nègres de l'Afrique australe, lesquels 
tout en ne le détruisant pas le considèrent comme un oi- 
seau de mauvais augure. Toutefois on accuse l'Effraie de 
tuer sans la manger la musaraigne, animal utile, destruc- 
teur d'insectes. Cette inadvertance nocturne trouve sa jus- 
tification dans le vieux proverbe : « la nuit tous les chats 
sont gris » ; nous ne plaiderons pas d'autres circons- 
tances atténuantes. 

II. Le Hibou du Cap. — Otus asio capensis, Fig Smith 
111. S.afr. Zool. aves. pi. 67. — Habite les parties maréca- 
geuses de l'Afrique (je possède des exemplaires prove- 
nant du Maroc). Cet oiseau vit paisiblement dans les 
roseaux avec de nombreuses espèces d'oiseaux, aqua- 
tiques, Échassiers, Palmipèdes. Poules d'eau : Bergeron- 
nettes, Chera Progne, Platistirapririt, Hirundorustica; il 
se nourrit de rats d'eau et d'insectes. 

III. Strix capensis, Strix punctata. — Fig. Smith 111. 
S. afr. Zool. aves, p. 43. — Cette espèce, très rare, a les 
mœurs de l'Effraie. 

IV. Le petit Hibou terrestre (Pholêoptynx). — Tous 
les steppes des deux Amériques sont habités par de 
petits Strigiens qui sont très voisins des chevêches; leur 
particularité consiste en ce qu'ils nichent dans des ter- 
riers. Leur nourriture est celle des chevêches. 

V. Le Hibou brachyote (Otus brachiotus). — « Quand 
il y a quelque part une invasion de campagnols, allez 
vous promener sur le théâtre de leurs tristes exploits, 
cherchez leurs galeries souterraines, et bientôt vous 
verrez s'élever sous vos pieds, comme une apparition, un 
oiseau étrange, qui était rasé à terre. C'est un Hibou bra- 
chyote, que la nature a pourvu de rémiges amples, à 
harbules égales sans crochet, de sorte qu'il peut voler 
sans faire le même bruit qui attirerait l'attention des 
rongeurs dont il estle destructeur attitré. Partout où les 
compagnies de Campagnols prospèrent, vous trouverez le 
Rrachyote en nombre suffisant pour enrayer la multipli- 
cation de ce petit mammifère, et quand ils disparaîtront, 
l'oiseau disparaîtra à son tour. Ne voilà-t-il pas un oiseau 
très utile. (M. le baron d'Haussonville, Conseil général de 
Meurthe-et-Moselle, séance du 25 août 1892.) 

VI. Scotopelia Peli. Syn. Ketupa Peli. Kaup Contrih. 
Orn. 1852, p. 117. Scotopelia Peli Hartporn West Afrikas, 
p. 18. Sharpe in Layards R.-S. Afr., p. 69. B. du Bocage 
Orn. d'Angola, p. .'i;}. — Cette espèce rare, connue d'abord 
d'après des exemplaires rapportés de différents points 
de l'Afrique occidentale, de la Sénégambie au Gabon, a 
été rencontrée plus tard au Zambèze, mais n'avait 
jamais été observée dans l'Afrique méridionale, ni sur la 
côte occidentale au sud de l'équateur. 

VIL Bubo maculosus, strix maculoso. Bubo fascio - 
latus. — Ce Hibou particulier aux forêts africaines se 
trouve répandu depuis le Cap jusqu'en Abyssinie à l'est 
et jusqu'au Congo à l'ouest, c'est un destructeur d'in- 



LE NATURALISTE 



:j«.i 



sectes très important, il détruit considérablement de 
rats et de Souris. Il niche dans les trous d'arbres. 

VIII. Le petit Duc. Seops. Ephialtes. — Le Scops se 
trouve régulièrement, dans l'Europe méridionale comme 
oiseau de passage. Dès la fin de l'automne, il gagne l'in- 
térieur de l'Afrique. Heuglin croit que le Scops estséden- 




Fie 3. 



taire dans le pays des Bogos; Brehm ne l'a jamais ren- 
contré sur les bords du .Nil par paires, mais bien en 
troupes, qui évidemment accomplissaient leurs migra- 
tions. Ces bandes n'étaient pas aussi nombreuses que 
celles des hirondelles dont le passage se faisait aux 
mêmes époques. Deux espèces sont particulières à 
l'Afrique méridionale, S. leucotib,S.capensis,et se nour- 
rissent d'insectes. 

(A suivre.) Forest, 



LE TÉLÉ-OBJECTIF 



Nous extrayons du journal La Photo-Revue rédigée 
par M. Ch. Mendel, les documents ci-après : 

Il s'agit ici d'un instrument permettant de prendre 
une vue photographique d'objets placés à une grande 
distance de l'opérateur, comme, par exemple, on obtint 
de Saint-Cergues (Jura) une belle photographie du mont 
Blanc, distant cependant de 90 kilomètres. 

Plusieurs tentatives ont été faites dans ce genre à di- 
verses époques. En 18S4 un opérateur, M. Thomas de 
Liverpool, prit, au moyen d'une longue-vue, l'image 
d'un fort situé à une lieue de sa maison ; l'opticien De- 
rogy faisait breveter, en 1858, un objectif spécial; en 
188o, le commandant Fribourg en décrivait un autre 
dans le Journal de Pharmarcie et de Chimie. Le journal 
La Nature (N 05 du 4 septembre et du 13 novembre 1880) 
mentionnait les résultais obtenus séparément par deux 
amateurs, MM. Lacombe et Emile Mathieu, toujours au 
moyen d'une longue-vue placée devant l'objectif. Puis 
enfin se produisirent plusieurs véritables télé-objectifs : 
ceux de MM. Jarret, Dallmeyer, Miethe, etc. 

Celui de ces appareils qui nous parait remplir les 
meilleures conditions est celui de l'opticien français 
M. Jarret; nous le décrivons ici d'après les renseigne- 
ments que nous fournit le journal la Photo-Revue. 

Le principe commun à tous les télé-ob j ectif est celui-ci : 



c'est l'addition à un objectif ordinaire convergent, d'une 
lentille bi-convexe divergente oculaire, qui étale le pin- 
ceau lumineux émis par le système convergent, en don- 
nant aux images des dimensions nouvelles qui peuvent 
varier en raison de la lentille additive par rapport à 
l'objectif. 

La distance de la lentille divergente au système con- 
vergent se trouve limitée, d'une part, parle plan focal de 
l'objectif, et, d'autre part, par sa propre distance fo- 
cale. Entre ces deux limites, elle peut occuper une 
place quelconque, dépendant de la position de la plaque 
sensible, et, par conséquent, du grandissement que l'on 
veut atteindre. 

L'image obtenue est de même sens que celle qu'aurait 
fournie l'objectif employé seul, c'est-à-dire renversée. 
Sa dimension varie avec la position respective de l'ob- 
jectif etde l'oculaire et le tirage du verre dépoli. L'agran- 
dissement maximum est lié intimement avec le rapport 
des distances focales des deux systè- 
mes. 

Il est à peine nécessaire d'ajouter 
que la combinaison satisfait aux con- 
ditions ordinaires d'achromatisme sans 
lesquelles il n'est pas possible d'obtenir 
des images rigoureusement nettes. 

L'instrument de M. Jarret se com- 
pose : 

1° D'un objectif extra-rapide d'un 
foyer de 145 millimètres (cet objectif 
peut être employé séparément pour les 
opérations courantes : à cet effet deux fj 
rondelles sont livrées avec l'instru- 
ment) ; 

2° D'un tube à crémaillère portant la 
rondelle qui se fixe à la chambre noi- 
re, et à l'autre extrémité duquel on 
visse l'objectif; 

3° D'un oculaire achromatique de 
grandissement qui entre à frottement 
doux dans la partie du tube qui s'ap- 
puie sur la chambre. 

Il n'est pas nécessaire d'avoir à sa disposition une 
chambre noire à long tirage, comme on pourrait le 
supposer : toute chambre de construction moderne 
suffit amplement. 

La mise au point ne se fait pas en déplaçant la glace 
dépolie, comme on la pratique d'habitude, mais bien en 
manœuvrant la crémaillère de façon à rapprocher ou 
à éloigner l'objectif de l'oculaire jusqu'à ce que l'image 
soit nette. La position de la glace dépolie aura été fixée 
approximativement selon l'amplification qu'il s'agit de 
faire subir à l'image, telle que la donnerait, l'objectif 
employé seul. 

Une roulette de diaphragmes permet de donner toute 
la netteté désirable; ajoutons que, selon les indications 
de M. Janssen, le constructeur a placé dans l'écrin une 
série de quatre cadrans jaunes de teintes graduées, qui, 
peuvent être fixés dans le parasoleil par une bague. L'u- 
tilité de ces écrans est démontrée pour absorber les ra- 
diations bleu violâtre dont l'atmosphère baigne les 
lointains et, grâce à leur emploi, ceux-ci peuvent être 
rendus dans leurs moindres détails avec toute leur pu- 
reté. 

L'emploi des plaques orthochromatiques est également 
tout indiqué. 




Le Télé-Objectif. 



'lit 



LE NATURALISTE 



Le seul point délicat, dans la pratique de la téléphoto- 
graphie est l'appréciation du temps de pose. Il est su- 
bordonné aux conditions d'éclairage et d'ouverture qui 
concourent à l'obtention d'une image au moyen de 
l'objectif ordinaire. Mais il est un facteur qui varie dans 
chaque cas particulier : c'est le foyer, qui ne doit pas 
être mesuré sur la chambre même, mais qui doit 
être pris égal au produit du foyer de l'objectif (145 milli- 
mètres) par le rapport de l'agrandissement qui donne à 
l'image le tirage plus ou moins allongé du soufflet. 

En supposant que l'image produite soit six fois plus 
grande avec le télé-objectif qu'elle ne seraitavec l'objectif 
ordinaire sur lequel il est monté, il faudra calculer la 
pose comme si l'on opérait avec un objectif d'une lon- 
gueur focale de 14o X 6 =87 centimètres. 

Ce petit calcul ne demande qu'un instant et l'appré- 
ciation du temps de pose se trouve ramenée à la règle 
générale. 

Nous croyons utile d'insister sur les avantages résultant 
d'un emploi judicieux de ce précieux instrument, qui 
permet à l'amateur de fixer sur la plaque une foule de 
détails qui échappent à l'objectif ordinaire, — à l'œil 
même, — et cela, dans des conditions d'éloignement 
qui confondent la pensée. 

On peut se procurer cet excellent télé-objectif, pour 
le prix de 150 francs, chez M. Charles Mendel. 

E. Santini de Riols. 



OFFRES ET DEMANDES 



— M. Théry, Saint-Charles, par Philippeville (Al- 
gérie), offre des Coléoptères d'Abyssinie en échange de 
Coléoptères africains, Histérides, Buprestides, Céramby- 
cides du globe. 

— Les fils d'Emile Deyrolle, naturalistes, 40, rue du 
Bac, Paris, viennent de publier un catalogue de prépa- 
rations microscopiques de Microbes, qu'ils mettent en 
vente. Cette liste comporte 131 préparations différentes 
de Microbes en culture pure ou in vitro; les détermina- 
lions sont garanties exactes. Ce catalogue sera envoyé 
gratis sur demande. 



BIBLIOGRAPHIE 



ZOOLOGIE 



7. Croockewit, Jac. Upber die Kiefer der Hirudincen. 

Zoblog. Anzeiger. 1893, pp. i^7-^29. 

8. Demoor, L. Recherches sur la structure du tissu réti- 
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G. Malloizul. 

Le Gérant: Emile DEYROLLE. 
Paris. — Imprimerie F. Levé, rue Cassette, 17. 



16 e ANNÉE 



2 e SÉRIE 



m° 1 «t 



15 FÉVRIER 1894 



LES RACES DE L'INDE 



BHILUVARS, TAYARS, SANARS ET PALLIS 



Parmi ces castes ou peuplades, les trois premières 
s'adonnent à l'agriculture et tout, particulièrement à la 
culture du Palmier. 
On les rencontre 
dans les districts 
où croissent le Co- 
cotier, le Dattier et 
le Rondier. C'est 
ce dernier qui est, 
au moins pour les 
Sanars, l'objet d'u- 
ne prédilection spé- 
ciale. L'homme et 
l'arbre sont, peut- 
on dire, insépara- 
bles. 

Les Bkillavars 
habitent le pays 
canara dont ils 
forment la caste la 
plus nombreuse. 
Une dynastie de 
leur race régnait 
jadis à Warangal, 
au nord-ouest de 
l'Etat actuel du Ni- 
zam. Ce royaume 
fut détruit au xiv e 
siècle par les mu- 
sulmans et les Bhil- 
lavars fugitifs fon- 
dèrent le royaume 
de Vijayanagar qui 
domina assezlong- 
temps tout le De- 
can. Deux siècles 
plus tard environ, 
les Bhillavars enva- 
hissaient le royau- 
me des Pandyars 
ou du Maduré et 
s'y fixaient défini- 
tivement. 

Les Tayars habi- 
tent le Travancore. 
Comme les Bhilla- 
vars et les Sanars, ils pratiquent la démonolàtrie ou le 
culte du démon. 

Les Sanars, au nombre de plus d'un million et de- 
mi, habitent le pays tamoulel plus spéciulementle district 
de Tinnivelly. Leur occupation est d'extraire le jus du 
Palmier ou Rondier (Borassus flabellifer L.), afin d'en 
faire du sucre ou de le vendre comme boisson. On donne 
à ce jus le nom de toddy ; d'où le nom de toddyman 
donné par les Anglais au Sanar qui extrait ce jus. Ce 
nom est aussi donné par extension à tout homme qui 
extrait le jus d'un palmier. Les Sanars sont regardés, par 
les autres castes, comme étant de caste inférieure. lisse 

Le Naturaliitc, 46, rue du Bac. Paris. 




prétendent pourtant, et avec raison, semble-t-il, les lé- 
gitimes propriétaires du sol qu'ils occupaient autrefois. 
Le Sanar apprend, tout enfant, à grimper sur l'arbre 
qui doit lui fournir dans l'avenir ses moyens d'existence. 
La gravure ci-jointe montrera suffisamment au lecteur 
comment le toddyman parvient à grimper, avec une agi- 
lité surprenante, sur le stipe, pourtant assez lisse et fort 
élevé, despalmiers. 
Les Pallis forment une classe importante de la popula- 
tion du pays ta- 
moul. Ils se sub- 
divisent en castes 
nombreuses dont 
il serait fastidieux 
de donner ici ré- 
numération. Qu'il 
suffise de dire 
que toutes por - 
lent des noms guer- 
riers qui rappel- 
lent l'ancienne 
position sociale de 
leurs membres. 

Ils semblent a- 
voir occupé jadis 
parmi les Dravidas 
le rang que les 
Kshatiryas occu- 
pèrent parmi les 
Aryàs. 

Us furent mê- 
me admis par les 
lîrahmes parmi les 
guerriers aryens ; 
mais leur indoci- 
lité ne tarda pas 
à les faire relé - 
guer parmi les Su- 
dras. 

Beaucoup de 
gros propriétaires 
ou petits princes 
héréditaires du 
pays tamoul, con- 
nus sous le nom 
de zémindars, ap- 
partiennent à la 
classe des Pallis. 



Hector Léveillé. 



LES RACES DE L'INDE. 
Sanars grimpant sur un palmier. 




801 QUELQUES CA8M IABX MIMÉTISME 

Plusieurs fois déjà et, entre autres, dans un article 
publié dans le Naturaliste (1), j'ai rappelé la différence 
entre le Mimétisme proprement dit et la Ressemblance pro- 
tectrice ; avec A. R. Wallace (2) j'appelle Mimétisme le 

(1) La Ressemblance protectrice et le Mimétisme chez les 
Araignées. [Le Naturaliste, 11 e année, 2 e série, n° 63, 15 oc- 
tobre 1889, p. 247.) 

(2) Wallace, La Sélection naturelle, traduction de L. de Can- 
poLLE,p. 74 et 124 à 127. Paris, 1872. 



40 



LE NATURALISTE 



fait d'un animal copiant, par son attitude, par sa forme 
ou par sa coloration, un autre animal et tirant un cer- 
tain avantage offensif ou défensif de cette similitude 
d'aspect; je nomme ressemblance protectrice le fait 
d'un animal plus ou moins bien dissimule' par une ana- 
logie avec des corps ou des êtres immobiles, roches, 
écorces, tiges, feuilles, etc. 

La ressemblance protectrice est tellement répandue 
qu'elle semble l'expression d'une sorte de loi générale ; 
le mimétisme proprement dit est moins fréquent et cons- 
titue, par suite, un sujet d'études plus intéressant. 

Le zoologue qui rencontre un animal reproduisant 
dans son aspect général ou par certains traits caracté- 
ristiques un animal d'un autre groupe est toujours 
tenté, au premier abord, de croire à un cas de mimé- 
tisme vrai ; mais ici une grande prudence est indispen- 
sable, le mimétisme n'existant qu'aux conditions sui- 
vantes : 1° les deux espèces qui se ressemblent doivent 
habiter la même région et se retrouver sur les mêmes 
supports ; 2° leur apparition, s'il s'agit, par exemple, 
d'Insectes, doit avoir lieu à la même saison ; 3° l'une 
des deux espèces, celle qui est imitée, doit posséder des 
moyens efficaces de défense, armes, poisons, odeur ou 
saveur nauséabondes qui manquent à l'espèce imitante. 

En dehors de ces conditions, le mimétisme est faux, 
c'est-à-dire qu'il ne s'agit que d'une ressemblance for- 
tuite résultant de ce que, dans la nature, les combinai- 
sons de couleurs et de formes ne sont pas en nombre 
illimité et doivent fatalement se reproduire quelque- 
fois. 

Voici plusieurs faits qu'il faut probablement inter- 
préter dans ce sens. 

Cari. Bovallius a décrit en 1885 un curieux genre 
d'Amphipodes marins de la famille des Hyperidx pour 
lequel il créa le nom générique de Mimonectes (3). Son 
caractère le plus frappant est d'avoir la tête et une 
grande partie du péréion développés en une sphère ou 
en petit ballon. 

Les Mimonectes, grâce à celte forme et à leur transpa- 
rence, ressemblent, à première vue, à de petites 
Méduses. 

Trois espèces ont été signalées par l'auteur : 

Mimonectes Loweni, diamètre du globe 10 à 17 milli- 
mètres, couleur brun jaunâtre, Atlantique. 

Mimonectes sphaericus, diamètre du globe 12 milli- 
mètres, hyalin avec des taches rouges, Atlantique au 
voisinage des Canaries. 

Mimonectes Sleenstrupii, diamètre du globe 9 milli- 
mètres, couleur blanche avec de petites taches rouges 
éparses. Globe formé ici de la tête et de tous les seg- 
ments du péréion, Atlantique nord, entrée du détroit de 
Davis. 

Je reproduis (fig. 1) la ligure de cette espèce d'après 
Bovallius. 

Est-on ici en présence d'un véritable cas de mimé- 
tisme? Malgré la dénomination de Mimonectes il est 
presque certain que non, car l'imitation d'une petite 
méduse par un crustacé ne peut guère offrir d'avantages 
à ce dernier. Fr. E. Beddard (4) fait effectivement 
remarquer, avec raison, que les animaux marins voraces 



Ci) C. Hovallius, Mimonectes a remariai hic demis o/Amp/ii- 
poda Byperïdse (Nova acla Socictalis regise Upsaliensis, 
Ser. III, 188. - i). 

(4) Beddard, Animal Coloration, p. 221. Lonrlon, 1892. 



avalent indistinctement tous les représentants, méduses 
et autres, de la faune pélagique. 

Beaucoup d'Araignées imitent des Fourmis à s'y 
méprendre; Pietro Pavesi (5) en a cité toute une série 




Fig. 



1 i5/i). 



Mimonectes Steenslrupii, Bov. D'après 
Bovallius. 



et la liste des formes exotiques est déjà longue; cepen- 
dant le genre Formicina Canestrini, de la famille des 
Theridionidœ, représenté dans , toute la France méridio- 
nale et en Italie pour la Formicina mutinensis Can. (fig. 2) 
ne constitue vraisemblablement pas un exemple de 
mimétisme vrai. La ressemblance de ces petites Ara- 
néides avec des Fourmis semble toute'accidentelle. Elles 
ne fréquentent pas le voisinage des fourmilières, ne 
courent pas habituellement sur le sol et habitent même 
des lieux où les Fourmis ne se montrent guère. 

E. Simon nous dit que les Formicines se trouvenl 
dans les prairies un peu humides où elles filent, sur les 
herbes, une grande toile horizontale à la face inférieure 
de laquelle elles se tiennent (6j. 

Deux lépidoptères noctuéliens de la faune européenne. 
Dichonia aprilina L. (fig. 3) et Morna Orion Esp. (fig. 4) ont 
tous deux les ailes antérieures, seules visibles au repos. 





( : 






2 4 

Fig. 2 (5/1). — Formicina mutinensis Can. D'après E. Simon. 

Pie. 3. — Dichonia aprilina L. D'après nature. 

Fig. 4. — Moma Orion Esp. D'après nature 

(5) Panesi, Note arachneolor/iche, V. p. 01. 

(6) E. Simon, Les Arachnides de France, l re édition, t. V, 
part. I, p. 23, pi. XXV. fig. 9. 1881. 



LE NATURALISTE 



41 



d'un vert tendre maculé de noir et de blanc, de sorte 
qu'ils se dissimulent admirablement à la surface des 
lichens revêtant les troncs d'arbres. Ils se ressemblent 
d'une façon extraordinaire que la gravure rend mal à 
cause de l'absence des couleurs. La similitude est telle 
que l'on est obligé d'analyser leurs caractères de près 
pour ne pas se tromper. 

Malgré cela, le mimétisme est faux, car les dates 
d'apparition des deux espèces sont si différentes qu'il 
faudrait de véritables perturbations dans les saisons 
pour les rencontrer à la même époque de l'année. Moma 
Orion vit à l'état de chenille de juillet à septembre, 
passe l'hiver en chrysalide et éclôt en mai ; Dichonia 
aprilina est sous la forme de chenille en mai et éclôt 
en août-septembre (7). 

Tous les lépidoptéristes connaissent Araschnia (Va- 
nessa) Prorsa, L., de France, d'Allemagne et de Belgique, 
volant en juillet-août et sa variété plus pâle Ar. Levana 
apparaissant au printemps et provenant de chrysalides 
qui, ayant hiverné, ont été soumises pendant longtemps 
à une température basse. 

Or, d'après le D r Seitz (8), il existe dans la République 
argentine, un lépidoptère rhopalocère du genre Phyciodes 
offrant la même coloration et la même forme d'ailes que 
Ar. Levana et présentant, de plus, une variété presque 
identique à Ar. Prorsa; de sorte que si ces Insectes s'ob- 
servaient chez nous, personne ne douterait qu'il n'existe 
là un cas remarquable de mimétisme. 

Le mimétisme est naturellement faux, les deux genres 
habitant des aires géographiques absolument distinctes; 
le genre Araschnia appartient exclusivement à l'ancien 
monde, et le genre Phyciodes au nouveau. 

Suivant E. von Martens (9) , l'expédition Stuhlmann 
en Afrique a rapporté une quarantaine de fourreaux hé- 
licoïdaux de la chenille d'un Psychide voisin du Psyché 
Hélix d'Europe; l'espèce porte le nom de Cochlophora 
valvata; les fourreaux ressemblant à une coquille de 
Valvée, mesurent 10 à 11 millimètres de hauteur, 11 à 
12 millim. de large, et offrent trois ou quatre tours de 
spire enroulés tantôt vers la droite, tantôt vers la gauche. 

Tandis qu'on peut, à la rigueur, admettre un cas de 
mimétisme chez notre Psyché Hélix dont le fourreau co- 
pierait de petits gastropodes terrestres, l'hypothèse est 
insoutenable pour la Cochlophora africaine, la larve de 
ce lépidoptère vivant à sec, tandis que les Valvées, du 
reste toutes de dimensions moindres que les fourreaux 
en question, habitent l'eau. 

Von Martens rappelle, dans le même travail, qu'un 
tube de Phryganide a été pris parLamarck pour un Den- 
tale, dont il faisait le Dentalium nigrum; nouveau cas 
évident de faux mimétisme, comme le prouvent les dif- 
férences d'habitat. 

Les exemples qui précèdent suffisent pour démontrer 
que l'étude de ce genre de questions doit être conduite 
avec beaucoup de circonspection. Je crois que si tous les 
cas, même ceux du mimétisme en apparence le plus évi- 
dent, faisaient l'objet d'un nouvel examen critique et 
parfois expérimental, plusieurs d'entre eux devraient 
être rayés. Ce serait peut-être dommage au point de 
vue pittoresque, mais la science y gagnerait en exacti- 
tude. F. Plateau. 

(7) Ernst Hofmann, Die Raupen der Schmetterlin'/e Euro- 
pas. Stuttgart, 1892-93. 

(8) Cité par Bcddard, Animal coloration, p. 47. 

(9) S. B. Gesell. nat. Freunde, Berlin, pp. 79-85, 1891. 



OBSERVATIONS 

SUR LES MŒURS DU COUCOU L'EUROPE (1) 



Le Coucou gris d'Europe (Cuculus canorus, L.) est un 
des parasites les plus intéressants du règne animal. La 
difficulté de l'observer directement dans ses mœurs a 
laissé planer sur son histoire les doutes les plus auto- 
risés ; aussi, toutes les observations se rapportant à cet 
intéressant oiseau méritent d'être signalées. Ce qui est 
acquis, bien acquis, c'est que le Coucou ne couve pas 
ses propres œufs, et laisse à divers oiseaux le soin de 
faire éclore ses œufs et d'élever ses petits. 

Dès 1785, Jenner publiait dans les Transactions philoso- 
phiques ses observations sur le Coucou et, pour résumer 
les faits acquis par ce grand savant et confirmés par 
tous ceux qui ont repris cette étude, nous empruntons 
à la traduction du livre de Romanes des extraits de ce 
travail : 

« Il y a plusieurs espèces de petits oiseaux dont le 
nid plaît au Coucou. Je lui ai vu confier ses œufs à la 
Fauvette d'hiver, à la Bergeronnette, à l'Alouette des prés, 
au Bruant, au Verdier et au Tarin. D'habitude, il préfère 
les trois premiers, mais c'est la Fauvette qu'il estime le 
plus... Quand la Fauvette, après avoir couvé le nombre 
de jours voulu, a fait éclore l'œuf du Coucou (celui-ci 
est généralement le premier à éclore), le nid ne tarde 
pas à être débarrassé du reste de son contenu, œufs et 
oisillons. Le jeune tyran ne tue pas ses frères de lait 
pas plus qu'il ne brise les œufs avant de les expulser ; 
il les laisse périr sur les branches où ils restent accro- 
chés ou à terre, au-dessous du nid. 

« Le 18 juin 1787, j'inspectai le nid d'une Fauvette 
d'hiver qui se trouvait contenir quatre œufs, dont un 
de Coucou. Le jour suivant, je m'aperçus que l'éclosion 
avait eu lieu, mais qu'il n'y avait au nid qu'une seule 
jeune Fauvette et le Coucou. Comme d'ailleurs, la na- 
ture du lieu se prêtait à l'observation, je continuai à 
regarder et, à mon grand étonnement, je vis le jeune 
Coucou, si récemment éclos, se mettre en devoir de 
faire vider la place à sa compagne. 

« Sa manière de s'y prendre était fort curieuse. A 
l'aide de son croupion et de ses ailes, il se mit la Fau- 
vette sur le dos, la maintint en place eu élevant les 
coudes, et gravit à reculons la paroi du nid. Arrivé en 
haut, il prit un temps de repos, puis, rassemblant ses 
forces en un soubresaut, il lança son fardeau de manière 
à le dégager complètement du nid. Puis, après être 
resté quelque temps à tâtonner du bout de ses ailes, 
comme pour s'assurer qu'il s'était bien acquitté de sa 
besogne, il se laissa glisser dans le nid. 

« J'ai souvent eu l'occasion de constater que le bout 
des ailes est pour les jeunes Coucous une sorte de main 
avec laquelle ils examinent un œuf ou un oisillon avant 
de se mettre à l'œuvre, et dont la sensibilité parait sup- 
pléer à la vue qui leur manque encore. J'ai également, 
à plusieurs reprises, mis un œuf dans différents nids 
contenant un jeune Coucou, et, chaque fois, j'ai vu le 
petit animal manœuvrer d'une façon analogue à celle 
qui vient d'être décrite. Souvent, en grimpant sur le 
bord du nid, il lui arrive de laisser retomber son far- 



(1) Voir D r Paul Girod. — Les Sociétés chez les Animaux, 
In Bibl. Se. contemp. Paris, 1890. 



•i2 



LE NATURALISTE 



deau ; mais il ne se laisse pas rebuter et recommence 
jusqu'à réussite complète. Ce qui est curieux, c'est de 
voir la manière dont il se démène lorsqu'on lui adjoint 
un jeune oiseau dont le poids est au-dessus de ses 
forces, c'est l'inquiétude et l'agitation personnifiées. 

« Au bout de deux à trois jours, cette tendance à éli- 
miner ses compagnons commence à diminuer et dispa- 
raît entièrement, à ce qu'il semble, au bout de douze 
jours. Même avant cette époque, il semble tolérer la 
présence d'œufs dans le nid, car j'ai souvent vu un 
jeune Coucou, éclos depuis neuf ou dix jours, rejeter 
un oisillon placé dans son nid, en même temps que 
d'un œuf il ne s'offusquait pas. 

« Sa forme singulière se prête, du reste, à ces ma- 
nœuvres : à rencontre des oiseaux, lorsqu'ils viennent 
d'éclore, il a le dos très large à partir des omoplates, et 
muni vers le milieu d'un creux considérable, qui semble 
destiné à recevoir l'œuf ou l'oiseau qu'il cherche à 
éliminer... 

« 27 juin 1787. — Ce matin, deux Coucous et une Fau- 
vette d'biver vinrent au monde dans le même nid ; il 
restait un œuf encore intact. Quelques heures après, les 
deux Coucous commencèrent à se disputer la possession 
du nid ; la lutte, longtemps indécise, finit par se ter- 
miner en faveur du plus gros, qui mit à la porte l'œuf 
et la jeune Fauvette, aussi bien que son adversaire. 
Kien de curieux comme de voir ces deux oiseaux aux 
prises ; tantôt l'un, tantôt l'autre, réussissait à pousser 
son rival jusque vers le bord du nid, pour fléchir au 
dernier moment sous le poids et retomber ; ce ne fut 
qu'après maints efforts que la victoire resta au plus 
fott^ qui devint, dès lors, l'unique nourrisson des Fau- 
vettes. » 

Ces communications si intéressantes laissaient peu à 
découvrir aux naturalistes qui se sont occupés, depuis, 
des mœurs de cet oiseau indigène. Mais la confirmation 
de cet instinct si spécial est faite, et il nous reste à 
rechercher une explication plausible de cette habi- 
tude qui entraîne chez les jeunes un genre de vie si 
insolite. 

Pour Jenner, ces mœurs singulières sont le résultat 
du peu de temps que l'oiseau a à passer dans la région 
où il doit se propager. 11 a un devoir à remplir, assurer 
la multiplication des individus de l'espèce, et cependant, 
il séjourne à peine trois mois, c'est-à-dire un temps 
insuflisant pour mener à bien une couvée régulière : 
« Son œuf n'est guère prêt à couver que vers le milieu 
de mai, et l'incubation exige une quinzaine de jours. Le 
jeune oiseau séjourne d'habitude trois semaines avant 
de voler, et, après cela ses père et mère nourriciers 
continuent à le nourrir au moins cinq semaines. Par 
conséquent, même dans le cas d'une ponte anticipée, un 
jeune Coucou ne saurait être arrivé à se suffire avant 
que ses parents, poussés par leur instinct, se missent en 
voyage. » L'intervalle de plusieurs jours que le Coucou 
met entre la ponte de chaque œuf ne peut être consi- 
déré comme une cause de la ponte successive du Cou- 
cou dans des nids d'oiseaux différents, depuis que le 
lt r M.trrel adonné sur le Coucou d'Amérique les détails 
que nous avons rapportés ailleurs. 

Adolf Miiller signale que notre Coucou indigène, 
dans la plupart des cas parasite, peut parfois « déposer 
Bea nuls sur le sol, à nu, couver ses œufs et élever ses 
petite ». Ce fait étrange est pour Darwin un retour à 
l'instinct primitif. Pour le grand transformiste, l'ins- 



tinct actuel est acquis, il a pour cause un avan- 
tage réel obtenu tant pour l'adulte qui peut, émigrer 
plus tôt, que pour le jeune qui trouve de meilleurs soins 
et une plus grande vigueur, étant le seul hôte de ses 
parents adoptifs. Les petits ont hérité de l'habitude 
accidentelle de leur mère et « cette habitude longtemps 
continuée a fini par amener l'instinct bizarre du 
Coucou ». 

Plusieurs questions importantes se posent, lorsqu'on 
envisage les mœurs si étranges du Coucou : Comment 
se fait-il que les petits oiseaux ne reconnaissent pas 
l'œuf de leur ennemi? On a répondu que la robe de 
l'œuf variait et que la similitude de couleur en imposait 
facilement aux parents qui, au retour au nid, trouvaient 
à côté de leurs œufs celui du parasite. Nos observations 
personnelles nous ont si souvent montré l'œuf de Coucou 
différent par sa grosseur, son allure et sa couleur, des 
œufs de l'espèce adoptive que nous doutons de la valeur 
de cette explication. 

Comment se fait-il que les parents qui ont vu et élevé 
leurs propres petits, acceptent sans hésitation le para- 
site qui vient d'éclore dans leur nid, avec son aspect 
hideux et rébarbatif et son appétit féroce ? La faim 
dévorante du nouvel hôte, sa forme, sa grosseur, sa 
couleur devraient mettre les parents en garde contre 
une telle méprise. Et la disparition de leur propre 
enfant devrait les prévenir de l'introduction d'un bour- 
reau vorace dans la maison ! Et, cependant, il n'en est 
rien : les parents s'épuisent à la recherche des vivres, 
suffisant à peine à garnir le bec toujours ouvert du pa- 
rasite ; ils le voient grandir, manifester les qualités 
de son espèce, et ils restent parents nourriciers mo- 
dèles. 

On a pensé que la brusque disparition des petits par 
les coups de dos du parasite, rendait la comparaison 
impossible et entraînait les parents à cette inconce- 
vable méprise. On a dit que le nid, demeure commune 
des petits, restait indemne et contribuait à l'erreur des 
parents. Nous nous élevons contre cette double manière 
de voir par les observations suivantes : 

« Nous nous proposions, M. Massénat et moi, en 
juin 1892, d'élever des Fauvettes à tête noire ; nous 
avions chargé un jeune berger de nous procurer deux 
nids de ces oiseaux ; dès le lendemain, il nous fit pré- 
venir que les deux nids étaient découverts et que dans 
l'un d'eux se trouvait un superbe Coucou. Nous nous 
rendîmes le soir même sur les lieux. 

« Le Coucou devait avoir trois ou quatre jours et il 
était en compagnie de deux petites Fauvettes; nous 
vîmes le père et la mère qui apportaient la becquée et 
nous pûmes constater qu'ils donnaient indistinctement 
aux trois nourrissons le produit de leurs chasses. Ici, 
la comparaison était facile entre les petits oiseaux ; le 
petit berger ne s'était pas trompé et nous nous deman- 
dions comment nos Fauvettes ne voyaient pas les diffé- 
rences si grandes qui frappaient au premier abord. Le 
lendemain une des petites Fauvettes était morte, écra- 
sée sous le Coucou qui, ne pouvant la charger, à cause 
de l'exiguïté du nid, la laissait sous ses pattes. Les pa- 
rents ne semblèrent pas constater le crime et continuè- 
rent à nourrir les deux petits oiseaux sans rien modifier 
à leurs allures. Le surlendemain, la seconde petite 
Fauvette avait disparu : elle avait été rejetée hors du 
nid par le Coucou. Or les parents continuèrent à nourrir 
le Coucou, insouciant de ce drame qui, en deux jours, 



LE NATURALISTE 



43 



leur ravissait leurs deux enfants. Nous pûmes, pendant 
douze jours, assister à la sollicitude des Fauvettes pour 
le parasite meurtrier. » 

L'action due à la présence du nid n'est pas plus 
sérieuse. 

« La même année, un Coucou nous était signalé dans 
un nid de Fauvettes par un de nos amis. En attendant 
notre arrivée, le Coucou, déjà gros, fut placé dans une 
cage qui fut installée, sous un genêt, à côté du nid. 
Or, quel ne fut pas notre étonnement, en voyant les 
Fauvettes apporter la becquée à leur nourrisson, dans 
sa prison. » 

Ce dernier fait n'est pas isolé. MM. Pradel et Dupuis 
ont fait une observation identique, le 12 juillet 1888, 
dont ils m'adressent le compte rendu détaillé. Ils ont 
vu « les Fauvettes, tenant à leur bec la nourriture de 
leur pensionnaire, alimenter le Coucou enfermé dans 
une cage ; et ces pauvres petites bêtes étaient constam- 
ment préoccupées de l'alimenter. » 

Il est impossible de faire intervenir ici l'impulsion 
déterminée par la présence du nid. 

Ces observations montrent que l'histoire du Coucou 
est loin d'être complète ; nous nous trouvons ici en 
présence d'une force, le besoin de nourrir les petits, 
qui absorbe toutes les facultés des parents et les rend 
incapables, pendant cette phase d'activité si grande, de 
discerner ceux à qui ils apportent la becquée. Il faut 
que les Fauvettes ne voient ni l'œuf du Coucou, ni le 
jeune qui en sort, il faut qu'elles oublient tout, dans 
la préoccupation de la proie nécessaire aux becs avides 
et entr'ouverts, becs qui représentent pour eux l'avenir 
de leur espèce ; le nombre de ces becs peut diminuer, 
celui qui reste, celui du Coucou dévorant, nécessite 
une activité de plus en plus grande pour la recherche 
de la proie, et, quand le jeune quitte le nid, les parents 
n'ont rien saisi de cette fantasmagorie incompréhen- 
sible et incomprise. 

D r Paul Girod, 
Professeur à la Faculté de Clermont. 



(MDIMENTS A YINAIGRE 



Elle est déjà longue la liste des plantes condimen- 
taires, et elle pourrait être continuellement augmentée. 
Les herbes les plus fades, les substances les plus insipides 
saturées de vinaigre, valent sans peine le cornichon ou 
le petit melon. N'a-t-on pas recommandé les figues non 
mûres — autant des bouchons? — Les Japonais ne con- 
somment-ils pas, préparées au vinaigre, les substances 
les plus nauséabondes et les moins vraisemblables? Ne 
mangent-ils pas, conservés dans la saumure, les fruits 
du Mume (Prunus Munie) et bien d'autres choses encore? 
Que peut-on imaginer de plus détestable que les con- 
combres salés? et pourtant, les Russes de toutes les 
classes ne sauraient s'en passer. 

Amateur déclaré des conserves au vinaigre, nous 
avons eu l'occasion de goûter de nombreux condiments. 
Nous devons d'abord déclarer, — ce qui paraîtra une 
énormité, — que le cornichon, même bien préparé (ce 
qui est fort rare), est loin d'être un des meilleurs. N'est- 
ce pas, la plupart du temps, une éponge à vinaigre? 

La tomate verte, par contre, est de tous points excel- 
lente : sa peau reste dure et n'absorbe le vinaigre que 



dans des conditions suffisantes pour ne pas s'en saturer. 
Les graines de capucine sont délicieuses ; on confectionne 
avec elles des pickles qui peuvent rivaliser avec les meil- 
leurs produits anglais et qui ont plu à tous ceux qui en 
ont goûté. 

Je ne parlerai pas du chou rouge idéalement dur et 
élastique, rappelant le caoutchouc et pourtant si prisé des 
Flamands et des gens du Nord; le chou-fleur par petits 
quartiers, les petites carottes, les haricots verts, sont 
tellement vieux qu'on n'en parle plus : on se contente de 
les consommer, et on les trouve d'autant meilleurs qu'ils 
sont bien présentés dans de jolis petits flacons avec une 
étiquette anglaise et accompagnement de gingembre. 

Ce que nous voulons recommander aujourd'hui à nos 
lecteurs ce ne sont point précisément des nouveautés. Il 
s'en faut de beaucoup, et les gens de nos côtes de l'Océan 
ne se font pas faute de s'en servir depuis de longues 
années. Ce n'est pas autre chose que le Perce-pierre et la 
Salicorne. Il serait facile de se procurer ces deux plantes 
à l'automne, et si la consommation s'en faisait suffisam- 
ment, on les rencontrerait bientôt sur nos marchés pari- 
siens. 

Le Perce-pierre, le Crithmum maritimum L., est une 

v- il; 






ÉÊÊk 




Le Perce-pierre {Crithmum maritimum). 

ombellifère qui croit en abondance sur les rochers mari- 
times des côtes de la Méditerranée et de l'Océan. Il est 
facile à reconnaître à ses feuilles épaisses, charnues, 
très glabres, divisées en segments linéaires aigus et 
étalés. La tige est dressée, llexueuse, épaisse, plus ou 
moins striée, simple ou rameuse. La plante elle-même 



44 



LE NATURALISTE 



peut atteindre deux ou trois décimètres; elle est glauque, 
glabre, et porte de petites fleurs d'un blanc verdàtre. 
insignifiantes; quant aux graines, elles sont ovoïdes, à 
côtes saillantes et assez grosses. 

La culture en est facile, soit qu'on rapporte de jeunes 
plants que l'on repiquera, soit qu'on procède au semis. 

L'autre espèce est la Salicorne herbace'e (Salicornia 
herbacea L.) qui, à l'inverse de la précédente, est une 
plante annuelle. On la reconnaît à sa tige simple, charnue, 
devenant ligneuse à la base en vieillissant, droite, glabre, 
et composée d'une série d'articles. Ces articles ont une 
singulière conformation : ils sont terminés au sommet 
par un bord membraneux, creusés sur deux des faces 
opposées et arrondis sur les deux autres. Les rameaux 
sont formés également d'articles identiques. Quant aux 
feuilles, il n'y en a pas. 

La Salicorne abonde aux bords de la Méditerranée et 
de l'Océan. C'est une plante essentiellement amie du 
sel. Elle croît de préférence dans les vases submergées 
à chaque marée, dans les petit sentiers de marais salants 
et même elle ne dédaigne pas de tremper ses pieds dans 
l'eau saturée des réservoirs. Avec ce besoin de sel pour 
sa végétation, nous ne devons pas être étonnés de 
retrouver cette plante au voisinage des salines et dans 
les prairies salées de l'Est de la France. En Lorraine, à 
Vie, à Dieuze, à Marsale, etc., la Salicorne croît abon- 
damment et dans le pays on la consomme en salade. 

Nous nous contentons aujourd'hui d'indiquer ces deux 
condiments qui se préparent comme tous ceux de même 
genre. Un accompagnement d'estragon est fort utile; il 
communique au vinaigre cette saveur et cet arôme si 
agréables que tout le monde connaît. Il faudrait bien se 
garder de remplacer l'estragon, comme on le conseillait 
encore dernièrement par le Tagetes lucida, une herbe 
puante et écœurante. 

P. Hariot. 



DESCRIPTION D'UNE NOBYELLE ESPECE DE LUCAIIDE 

Le Falcicornis Groulti 



Les collections d'entomologie ont été enrichies depuis peu 
d'un original petit Lucanide originaire de l'Inde que signale 
tout d'abord à l'attention la forme bizarre et caractéristique de 
ses mandibules. 

Cet insecte, Falcicornis Groulti, qui constitue à la fois un 
nouveau genre et une nouvelle espèce, n'a encore été, je crois, 
ni décrit ni figuré. Je donne ci-après le dessin et la description 
du mâle et de la femelle dont je dois la communication à 
l'obligeance de MM. G. Deyrolle et Groult. 

Je n'ai pas eu la prétention d'assigner ici une place défini- 
tive dans le groupe si nombreux des Lucanides, à ce remar- 
quable petit insecte auquel je propose de donner le nom géné- 
rique de Falcicornis en raison de la forme de faucille 
qu'affectent ses mandibules. Cependant je dois remarquer que 
son apparence générale, le nombre d'articles à la massue 
antennaire, la structure des pattes et notamment celle des 
mandibules, le rapprochent sensiblement du Lucanide que 
J.-O. Westwood a décrit et figuré sous le nom d'Eiclepidius 
luridus dans les Trans. Eut. Soc, 1874, pages 357 et 358, 
pi. 111, fig. 1. 

Par contre, il s'écarte de cette espèce par la tète plus large 
et par le corselet, beaucoup plus large et moins haut. 

De plus, notre espèce est entièrement nue tandis que l'Eule- 
pidius, ainsi que l'indique d'ailleurs son nom, est recouvorl 
sur toute sa surface de petites spaniules : « niger, punctatus, 
squamulis minutis luteosericeis undique tectus. » 

Caractères du r/eni-e 
Tète large, labre 1res développé, large et transverse, plus 
bas que le restant de la tête, beaucoup plus étroit chez la 



femelle. Yeux divisés à peu près également en haut et en bas 
par le prolongement des bords de la tête. Prothorax très large, 
très peu long et rebordé tout autour. Mandibules du mâle en 
forme de faux divisées en deux parties, l'une très large et 
triangulaire comprise entre la base et la courbure, l'autre 
subcylindrique comprise entre la courbure et l'extrémité. 
Tibias bifides au côté externe, munis à leur extrémité interne 
d'une forte griffe recourbée sous laquelle se trouve une forte 
touffe de poils. Tarses très développés, triangulaires, avec 
l'extrémité subglobuleuse et ornée de chaque côté de bouquets 
de longs poils. Massue antennaire de trois articles seulement. 

Description du mâle 

Longueur, 22 millimètres et demi, y compris les mandibules 
pour 5 millimètres. 

Ces dernières, d'apparence très originale, ainsi que je le dis 
plus haut, sont sur toute leur longueur dans le prolongement 
du corps et ne sont pas arquées en dessous, comme cela se voit 
chez beaucoup de Lucanides. 

Elles ont la forme d'une lame de faucille dont la partie 
médiane, au lieu d'être simplement courbée en arc de cercle, 
le serait à, angle assez aigu. Les deux portions de cette 
faucille sont d'égale longueur mais tout à fait dissemblables. 
La première, de forme triangulaire, est très large, presque 
plate et munie à son bord interne de deux dents dont la supé- 
rieure est la plus longue et constitue le sommet d'un triangle 
■dont les deux autres angles seraient, l'un la base même de la 
mandibule et l'autre l'endroit où commence la courbure. 

La seconde portion comprise depuis cette courbure jusqu'à 
l'extrémité, est beaucoup plus étroite, subcylindrique et ter- 
minée en pointe aiguë. Cette partie cylindrique n'est p?s 
absolument rectiligne mais un peu ondulée par endroits et 





Coléoptère nouveau de la famille des Lucanides, le Falcicornis 
Groulti, double de grandeur naturelle. 

légèrement renflée avant la pointe terminale, particulièrement à 
sa partie inférieure. 

La tête est sensiblement plus étroite mais plus longue que 
ne l'est le corselet. De forme presque carrée et rappelant 
assez celle des Dorcus, elle so rétrécit un peu en arrière depuis 
les yeux jusqu'au corselet. Les yeux sont coupés comme dans 
le genre Lucane. 

Le labre, un peu en contrebas, est développé et a la forme 
d'un parallélogramme beaucoup plus large que long et dont 
les angles supérieurs seraient plus hauts et plus écartés en 
dehors que les inférieurs. 

La surface de la tête est lisse, d'apparence mate, surtout en 
avant. Vue avec une fortc;loupe, on la voit couverte de points 
très petits et très espacés. 

Les antennes ne présentent que trois articles à la massue, 
laquelle est rendue grisâtre et comme poussiéreuse par suite 
du feutrage court et serré qui la recouvre. Les autres articles 
sont très brillants et presque noirs. Les palpes maxillaires 
sont assez courts, [particulièrement le premier article. Le 
corselet, tout aussilisse mais plus brillant que la tête, sauf 
sur les côtés où il est mat, est plus large que cette dernière et 
rebordé tout autour. Il est légèrement convexe et remarquable 
par son peu de longueur. Sa forme générale, est parallèls. Le 
bord antérieur seul est largement échancré à droite et à 
gauche, sa partie médiane étant à peu près aussi haute que 
les angles antérieurs, lesquels sont arrondis. 



LE NATURALISTE 



45 



Les élytres, plus étroites que le corselet, sont environ trois 
fois et demie plus longues que ce dernier et luisantes comme 
lui. Cependant elles ne sont pas lisses mais munies chacune, 
depuis l'angle humerai jusqu'à la strie suturale, de trois lignes 
géminées de points enfoncés. Ces points, ainsi d'ailleurs que 
ceux de la strie suturale, sont très rapprochés les uns des 
autres et constituent presque des stries. Les intervalles existant 
entre ces Jigncs sont également ponctués mais beaucoup 
plus finement. Les côtés et la base des élytres, sauf l'angle 
humerai, sont couverts d'une forte ponctuation. Toute cette 
ornementation ne dépasse pas les deux tiers des étuis, le der- 
nier tiers étant absolument lisse. 

Les angles latéro-antérieurs sont très développés et le 
paraissent d'autant plus que leur partie interne est fortement 
déprimée. Ils sont un peu plus foncés que le restant des élytres. 
L'écusson est très petit et cordiforme. 

Les pattes antérieures, un peu plus longues que les deux 
autres paires, sont de forme triangulaire, planes en dessous 
et légèrement ponctuées. En dessus elles sont légèrement 
convexes avec une forte strie enfoncée qui court le long du 
rebord externe, ce dernier denticulé. Vue à la loupe, leur 
surface n'est pas absolument lisse, mais garnie de deux 
strioles formés de petits points plus ou moins effacés. 

Leur extrémité est profondément excavée, les rebords de 
cette excavation étant formés, au côté externe par la patte 
elle-même qui forme deux dents à cet endroit et au côté 
interne par une forte grille recourbée. Sous cette griffe un 
bouquet de petits poils roux. C'est dans cette excavation que 
se trouve abrité le premier tarse. 

Tous les tarses des trois paires de pattes sont très développés, 
de forme triangulaire avec leur extrémité très renflée, subglo- 
buleuse et munie de chaque côté d'un fort bouquet de poils 
d'un roux foncé qui leur donnent un aspect très caractéristique. 
Sous les tarses ces poils constituent un feutrage serré, sauf 
sous l'onychium où ils forment une simple raie médiane. 

Réunis, les cinq tarses sont aussi longs que la patte elle- 
même. Leur structure est la même pour les trois paires de 
pattes. 

Les deuxième et troisième paires de pattes sont tout à fait 
droites, nettement triangulaires et terminées à l'extrémité de 
leur bord interne par deux épines dont la supérieure est forte- 
ment recourbée et aussi longue que le premier tarse. Le long 
de ce bord interne, à partir du milieu de la patte, courent des 
poils roux d'autant plus longs qu'ils se rapprochent des tarses. 
D'autres rangées de poils, beaucoup plus courts et que l'on ne 
voit distinctement qu'à la loupe, prennent naissance dans les 
stries ponctuées qui se trouvent à la face inférieure des deux 
dernières paires de pattes. 

Tout le dessous du corps est_, luisant sauf le dessous de la 
tête, lequel est mat. 

La couleur est sur tout le corps d'un rouge brun uniforme 
sauf à l'extrémité des mandibules, aux côtés de la tête, au 
pourtour du corselet, aux épaules et à la suture des élytres 
dont la couleur est un peu plus foncée. 

Les cuisses, sauf à leur jonction avec les pattes, sont un 
peu plus claires que ces dernières. 

La femelle 

Elle est sensiblement plus petite que le mâle (17 à 18 millim.). 
La tête est robuste, armée de pinces très développées présen- 
tant une dent au delà de leur milieu et une élévation sur leur 
partie médiane. La partie comprise entre cette élévation et 
le bord externe qui est assez élevé parait par suite légèrement 
excavée. Le corselet est un peu plus convexe et proportion- 
nellement plus haut que celui du mâle. A l'encontre de ce 
qui arrive chez ce dernier, il est tout à fait accolé aux élytres. 
11 est, ainsi que la tête, recouvert d'une ponctuation très 
serrée et d'autant plus forte qu'elle se rapproche des côtés. 
Les élytres présentent, mais sur toute leur longueur, les 
mêmes stries ponctuées et géminées que chez le mâle; néan- 
moins ces stries s'effacent assez sensiblement à partir du der- 
nier tiers, lequel est, d'ailleurs, ponctué sur toute sa surface. 
Toute la partie des élytres qui avoisine le corselet est égale- 
ment très ponctuée. 

Les pattes antérieures ont leur rebord externe denticulé 
depuis la base jusque vers [le milieu et armée de plusieurs 
dents assez fortes depuis le milieu jusqu'à l'extrémité. Les 
deux autres paires de pattes présentent vers la partie médiane 
de leur bord interne une déviation en forme de dent. Les tarses 
sont, en plus petit, les mêmes que chez le mâle. 

La couleur est la même que chez le mâle mais légèrement 



plus foncée, particulièrement sur l'extrémité des mandibules 
dans le voisinage des yeux et sur les côtés du corselet où elle 
est d'un brun noirâtre très luisant. De chaque côté du cor- 
selet, un peu au-dessous du milieu, se voit une petite tache 
ronde d'un brun noirâtre et plus ou moins apparente. La 
strie suturale n'est pas rectiligne mais arquée en dehors vers 
le milieu. 

Je suis heureux de dédier cet insecte à M. Groult qui me l'a 
obligemment communiqué et auquel j'adresse ici mes remer 
ciments. 

Louis Planet 



Recherche et préparation des Oiseaux 

(Suite.) 

Matières employées pour bourrer les peaux. — Nous avons 
dit que l'étoupe hachée était ordinairement employée 
pour bourrer les Oiseaux; mais lorsqu'il s'agit d'un sujet 
très volumineux ou qu'on n'a pas à sa disposition de 
l'étoupe en quantité suffisante, on peut faire usage de 
plusieurs autres matières faciles à se procurer : 

Le cotonale défautde grossir les parties et de les faire 
paraître trop volumineuses; on doit l'employer le moins 
possible. Le sparte (Lygeum spartum) remplace la paille 
pour faire des corps factices ou mannequins des gros Oi- 
seaux. Le foin de mer (Zoster a marina) et les mousses, prin- 
cipalement différentes espèces du genre Hypnum, sont 
d'une grande utilité pour bourrer, mais avant de s'en 
servir, on doit les bien laver pour les débarrasser de la 
terre et des insectes qui sont presque toujours mêlés 
avec elles ; on ne doit, en outre, les employer que lors- 
qu'elles sont parfaitement sèches. 

L'écorce de différents arbres, tels que l'Orme, le Til- 
leul, le Mûrier àpapier, les copeaux de bois de Saule, de 
Peuplier, de Conifères peuvent également servir à faire 
des mannequins, ainsi que le Liège qui n'est point atta- 
qué par les insectes, mais qui est beaucoup plus diffi- 
cile à manier que les autres substances. 

On emploie aussi le poil ou la laine de différents ani- 
maux, mais ces produits attirent les insectes. La sciure 
de bois, associée au foin, est aussi très commode. 

On a tenté d'employer le mastic, le plâtre et l'argile 
mais non seulement ces matières donnent au corps des 
formes peu élégantes, mais elles se fendent, éclatent en 
séchant et déchirent souvent la peau. 

Difficultés accidentelles. — 1° Quand un oiseau présente 
sur la tête ouïe cou des crêtes ou des caroncules, il 
faut étendre les premières et les soutenir suivant leur 
position entre deux cartes fixées par des épingles ; quand 
ces membranes sont sèches on leur rend leurs couleurs 
primitives en les peignant à l'essence, à l'huile ou à la 
cire. Ce dernier mode est même préférable, parce qu'il 
est appelé à raviver un peu de cette ampleur perdue par 
la dessiccation. On emploie généralement une composi- 
tion faite avec le noir d'ivoire, le blanc de plomb et le ver- 
millon. Ces trois couleurs mélangées en proportions 
différentes, donnent une certaine gamme de rouge dans 
les limites de laquelle on peut ranger presque toutes les 
couleurs rouges que présentent les parties du corps de 
l'oiseau dont on veut rafraîchir la couleur. Avec l'ocre 
jaune, le jaune d'or ou la gomme-gutte on obtient les cou- 
leurs jaunes. On les dissout dans l'essence de térében- 
thine et on ajoute du vernis. Lorsque les couleurs dont 
on a enduit les différentes parties sont sèches, on y 
passe une couche de vernis qui sert à leur donner du 
lustre et à éloigner les insectes. 



4t; 



LE NATURALISTE 



On peul aussi couper les crêtes et les caroncules et les 
remplacer par des imitations en cire ou en mastic coloré. 
Cette préparation produit plus d'effet, mais elle a l'incon- 
convénient d'être d'une extrême fragilité. 

2° Un assez grand nombre d'Oiseaux ont la face, le cou, 
le tour des yeux ornés de membranes colorées qui per- 
dent leurs couleurs pendant la dessiccation : on en ré- 
tablira les nuances en les peignant soit à l'essence, soit 
à la cire et l'on agira de même pour le bec, les tarses et 
les doigts en prenant garde, pour ces dernières parties de 
la jambe, d'empâter les scutelles qui les couvrent. 

3° Lorsqu'on doit monter de grands Oiseaux, tels que: 
Pélican, Cygne, Flammant, les fils de fer qu'on emploie 



bonne couche de préservatif sur la partie des mem- 
branes qui s'applique sur la planche ; ensuite, quand il 




Fig. 1. ■ — Pélican, 
sont déjà d'une telle grosseur qu'il devient fort difficile 
de les manier. Pour remédier à cette difficulté, on 
prend un morceau de bois résistant dont on calcule la 
dimension sur la capacité de l'oiseau, en tenant compte 
de la position qu'il doit occuper à la hauteur du bassin, 
.on y creuse d'un côté une rainure pour recevoir la tra- 
verse et de l'autre un trou pour en fixer le bout ; on 
passe la traverse dans la rainure et on l'y fixe avec des 
clous, on en recourbe l'extrémité eton enfonce à coup de 
marteau l'extrémité pointue dans le trou ménagé à cet 
effet ; on y fixe de même les fers des jambes et celui 
du croupion ; quant à ceux des ailes on les tord sur la 
traverse. 

4* Dans les Oiseaux à cou très long, tels que Héron, 
Grue, etc., le bourrage de cette partie serait difficile et 
rendraitle passage du fer impossible si on procédait pour 
l'introduire selon la manière ordinaire. Voici comment 
on opère : le fil de fer de la traverse étant prêt on l'enve- 
loppe de filasse longue qu'on enroule jusqu'à ce qu'il 
ait acquis le volume du cou, on maintient la filasse en 
l'attacbant avec du fil plat, on l'enduit de préservatif 
dans toute sa longueur eton introduit ce cou artificiel 
dans la peau du cou qui se trouve par ce moyen bourrée 
uniformément dans toute sa longueur. 

5" Les Palmipèdes: Goélands, Canarda, Oies, Cyynes, etc., 
ont fis doigts réunis par une membrane pleine ; d'autres, 
tels que les Grèbes, ont ces membranes incomplètes et 
comme éebancrées ; quand l'oiseau est monté, on devra 
avant de le poser sur le plateau, passer d'abord une 




Fis 2. — Héron. 



sera fixé, on maintiendra les doigts écartés en les fixant 
de distance en distance avec des épingles que l'on reti- 
rera quand les membranes seront sèches. 





Fig. 3. — Patte de Goéland. 
Fig. i. — Patte de Grcbc. 

6° Il arrive fréquemment qu'un Oiseau perd des plu- 
mes dans un endroit apparent, dans ce cas si on ne peut 
dissimuler cette avarie en modifiant la tournure du sujet 
il faut tâcher de le réparer ; quand on n'a pas immédia- 
tement dans le sujet que l'on tient les plumes néces- 
cessaires, on se les procure sur un autre de même espèce 
et l'on procède de la manière suivante à la restauration 
du spécimen endommagé : 

On place l'oiseau sur le télégraphe, on a devant soi 
dans un carton les plumes auxiliaires, des ciseaux, un 
petit pinceau, une grande aiguille, des jbrucelles fines et 
une colle liquide composée de gomme arabique fondue 
avec du sucre candi, un peu d'amidon et additionnée 
d'une petite quantité d'alcool saturé au sublimé. A l'aide 
des brucelles on saisit une plume qu'on coupe au ras des 
barbes avec les ciseaux. De la pointe du pinceau trem- 
pée dans la colle, on touche la base de cette plume, avec 
les brucelles on la place sur celles qui bordent l'endroit 
dénudé, daus la partie inférieure, et on l'y fait adhérer 
en appuyant légèrement dessus avec l'aiguille. On prend 
ensuite une seconde plume et on opère de même en l'a- 



LE NATURALISTE 



M 



justant à côté, de manière à la recouvrir un peu; on fait 
de même pour les autres plumes que l'on colle par ran- 
gées en cherchant à imiter la disposition naturelle jus- 
qu'à ce que l'espace dénudé soit entièrement recou- 
vert. 

On procède de la même manière pour recoller les 
plumes qui, pendant le montage, s'étaient déplacées et, 
étant restées rebelles à l'action des brucelles, avaient dû 
être arrachées. 

7° Nous avons indiqué comment on montait un oiseau 
en chair, c'est-à-dire fraîchement dépouillé, mais lors- 
qu'il s'agit d'un oiseau conservé en peau, cette opération 
présente de grandes difficultés pour les débutants, sou- 
vent l'oiseau est en peau depuis longtemps, surtout ceux 
qui sont expédiées de l'étranger, il est nécessaire alors 
de ramollir la peau ; on se procure une caisse fermant 
à couvercle, dont le fond et les côtés pourront être dou- 
blés de zinc et dont les dimensions ne doivent pas être 
inférieures à 80 centimètres de longueur sur 50 centi- 
mètres de largeur et 20 de profondeur ; on la remplit 
au 3/4 de sable ou de sablon fin mouillé, mais non dé- 
trempé ; on prend la peau qu'on veut ramollir, on coupe 
les points de suture s'il en existe, on écarte les bords de 
l'ouverture en évitant delà forcer et avec des brucelles on 
la vide complètement, de la tête au coccyx, des matières 
dontellea été primitivement bourrée(l),on prenddu sable 
humide, on en remplit avec précaution le corps de l'oi- 
seau en le faisant pénétrer jusqu'au crâne, on enveloppe 
hermétiquement la peau dans un linge sec, à l'exception 
despattes qui ne doivent pas être couvertes; on dispose dans 
le sable de la caisse une place d'une profondeur ratio- 
nelle, on y couche l'oiseau disposé comme nous venons 
de le dire, on le recouvre d'une couche de sable d'une 
épaisseur suffisante, on ferme la caisse et on l'abandonne 
jusqu'à ce qu'on juge que la peau a acquis un degré de 
ramollissement permettant de la monter, douze heures 
suffisent pour les petites espèces, vingt-quatre sont né- 
cessaires pour d'autres, les grosses espèces exigent un 
séjour de trois à quatre jours dans la caisse. 

Quand on a jugé le temps suffisant pour la pénétration 
du derme par l'humidité, on écarte le sable, on retire l'oi- 
seau, on fait tomber le sable dont on l'a rempli, on 
enlève l'étoupe des jambes, on passe sur les tibias et sur 
toute la face interne de la peau une couche de préser- 
vatif, puis on bourre et on passe les fers comme nous 
l'avons déjà dit. 

8° Il arrive fréquemment que, pendant le ramollisse- 
ment, le bec ou les ongles s'altèrent et s'écaillent sous 
l'influence de l'humidité; on pourra dissimuler cet acci- 
dent au moyen d'une couche de peinture, lorsque l'oiseau 
sera monté ; mais il est préférable d'enduire le bec et les 
ongles de graisse avant de mettre le sujet ramollir, on 
empêche ainsi l'humidité de le pénétrer et de le faire 
écailler. 

9° 11 n'est pas rare de voir Tépiderme des tarses tomber 
par place, comme aussi de rencontrer dans les mêmes 
parties des lésions profondes qui exigent une réparation : 
dans le premier cas, on peut essayer de déguiser cette 
altération en taillant de petits morceaux de baudruche 
dans la forme des scutelles détruites et que l'on colle 
ensuite les uns sur les autres dans la disposition qu'elles 



(1) En débourrant la peau il est prudent de prendre quelques 
précautions: la poussière provenant du préservatif et renfer- 
mant de l'arsenic est dangereuse à respirer. 



ont naturellement; dans le second cas on peut bou- 
cher les déchirures au moyen d'un mastic composé de : 

Cire commune 250 grammes 

Saindoux 65 » 

Résine 65 » 

Blanc d'Espagne 40 >> 

On fait chauffer d'abord ensemble la cire et le sain- 
doux, on y ajoute ensuite la résine, puis le blanc d'Es- 
pagne ; on se sert de ce mélange quand il est presque 
refroidi. Si ou le trouve trop gras, on le corrigera de ce 
défaut par l'adjonction d'une plus forte quantité de blanc 
d'Espagne. 

10° On monte généralement les oiseaux dans la position 
du repos, parce qu'ils occupent ainsi moins de place dans 
une collection ; mais, si on veut les disposer avec les ailes 
étendues, voici comment on doit procéder : 

On prend un morceau de fil de fer que l'on courbe en 
demi-cercle, on fait entrer une de ses pointes dans les 
os de l'avant-bras et, pour plus de solidité, on les fait un 
peu ressortir à l'articulation de l'humérus et du cubitus, 
où on les courbe un peu en crochet; on prend de la 
filasse longue et l'on garnit parfaitement les os de l'avant- 
bras et le fil de fer dans toute leur longueur, en tournant la 
filasse autour et en en mettant une bonne quantité que 
l'on serre fortement ; nous n'avons pas besoin de dire qu'il 
faut détacher les cubitus s'ils ont été attachés en mettant 
en peau. Par cette méthode on étend les ailes autant 
qu"il est nécessaire en ouvrant plus ou moins le demi- 
cercle de fil de fer dont les deux côtés remplacent la posi- 
tion de l'humérus qui a été enlevée. Quand l'oiseau est 
placé sur le dos, la traverse de la tête doit passer sur le 
fil de fer des ailes et s'y appuyer, c'est-à-dire que cette 
traverse ne passera pas entre la peau du dos et ce fil de 
fer, mais entre celui-ci et la peau du ventre. 

(A suivre.) A. oranger. 



SUR L'ALIMENTATION DES BÉROE 



Les Cténophores sont des animaux marins de la série 
des Polypes dont la forme est assez variable suivant les 
ordres, mais qui sont remarquables par la présence de 
huit rangées de palettes vibratiles servant à ces êtres 
d'organes locomoteurs ; ils se distinguent aussi par la 
grande transparence de leur corps. Sur les côtes de la 
Manche, on rencontre assez abondamment les genres 
Cydippe et Béroë ; les Cydippes ont une forme ovoïde 
avec une bouche étroite, tandis que les Béroës sont al- 
longés, presque cylindriques, avec une large ouverture 
buccale. 

Les Cydippes servent souvent de proie aux Béroës, quii 
n'hésitent pas à s'attaquer à des individus plus gros- 
qu'eux; j'ai été témoin de ce fait au laboratoire maritime 
du Muséum d'histoire naturelle de Saint-Waastla-Hougue 
(Manche), dirigé par M. le professeur Ed. Perrier: comme 
cette particularité des mœurs du Béroë est, sinon ignorée, 
du moins peu connue, je crois intéressant d'appeler sur 
elle l'attention des naturalistes. 

J'avais réuni dans un grand vase de verre un certain 
nombre d'individus des deux genres que je viens de men- 
tionner, et j'étais occupé à admirer ces élégants ani- 



4* 



LE NATURALISTE 



maux, les magnifiques reflets varies de leurs palettes, ! plus tari, le voraee animal avala un autre Cydippe qui 



lorsqu'un Réroë s'approcha d'un Cydippe plus volumi- 
neux que lui, et se fixa à lui par sa large ouverture 



l'ut digéré tout aussi rapidement. 
Si j'ai cru devoir rapporter tout au long cette observa- 




L'Alimentation des Beroi 



buccale. Peu à peu celle-ci s'agrandit, ses lèvres progres- 
sèrent sur le corps du Cydippe qui finalement fut tout 
entier englouti dans la large poche gastrique de son 
ennemi dont la bouche revint bientôt à sa dimension 
normale ; cette laborieuse opération ne dura pas plus 
d'un quart d'heure. Pendant une demi-heure encore le 
Cydippe resta vivant; on distinguait facilement l'agita- 
tion de ses palettes à travers le Béroë distendu. J'isolai 
le Béroi: dans un petit flacon et je pus constater qu'au 
bout de quatre heures, il avait entièrement digéré sa 
proie, et était revenu à son volume primitif. Deux jours 



lion, c'est pour insister sur la remarquable puissance 
assimilatrice d'êtres dont l'appareil digestif est des plus 
simples, puissance qui leur permet de s'incorporer 
d'énormes proies dans un laps de temps très court. 

A. Goux. 



CHRONIQUE 



MiiHcum «l'histoire naturelle. — M. le profes- 
seur Emile Blanchard fera, le lundi 19 février 1894, à 
une heure, dans les nouvelles galeries de Zoologie du 
Muséum d'histoire naturelle de Paris,une visite publique 
aux collections des Lépidoptères. 



LE NATURALISTE 



V.t 



LIVRES NOUVEAUX 



Les Némer tiens. 

M. Je D r Joubin, professeur à la Faculté des sciences de 
Rennes, vient de faire paraître un livre qui ne peut manquer 
d'intéresser les zoologistes. Cet ouvrage donne la description 
de la plupart des espèces de Némertiens de nos mers et celles 
des eaux douces de France. De très belles planches en couleur 
donnent un véritable portrait des spécimens les plus remar- 
quables et. dans le texte, des figures intercalées font comprendre 
les particularités de structure de ces vers. 

Le livre de M. Joubin établit d'une manière très claire le 
résumé des connaissances précises que nous possédons aujour- 
d'hui au sujet de la répartition géographique, de l'organisation 
et de la classification des Némertes. Il doit prendre place dans 
la bibliothèque de tous les naturalistes qui sont soucieux de se 
tenir au courant des progrès de la zoologie. La collection dont 
l'ait partie cette histoire des Némertiens est publiée sous le titre 
de Faune française, par MM. Raphaël Blanchard et Jules de 
Guernc. 

R. S. L. 
Les Cultures sur le littoral de la Méditerranée (Provence, 

Ligurie, Algérie), par le D r E. Sauvaigo. Introduction par 

M. Naudin (1 vol. in-16 de 316 pages avec 115 figures, cart. 

Prix : 4 fr., franco, 4 fr. 40 (en vente aux bureaux du Journal). 

11 était temps que l'horticulture du Midi trouvât un inter- 
prète capable d'en donner un fidèle tableau et de diriger ceux 
qui, de plus en plus nombreux, viennent de toutes les parties 
de la France et même de l'étranger, simples amateurs ou hor- 
ticulteurs de profession, exercer l'art horticole sous le beau 
climat méditerranéen. 

Ainsi que le dit M. Naudin (de l'Institut), dans son introduc- 
tion, le livre du D r Sauvaigo sera le guide indispensable du 
botaniste, de l'amateur de jardin et de l'horticulteur, dans cette 
région privilégiée du Midi. 

DaDs un premier chapitre, l'auteur décrit les plantes décora- 
tives et commerciales des jardins du littoral méditerranéen, in- 
dique les types les plus répandus, leur emploi et leur mode de 
culture ordinaire et intensive. 

Le deuxième chapitre est consacré à l'étude des plantes à 
fruits exotiques, étude toute nouvelle qui mérite d'appeler l'at- 
tention des acclimateurs et des commerçants. 

Le troisième chapitre traite de la culture des plantes à par- 
fums qui tend à prendre une extension importante en Algérie. 

Les plantes potagères et les arbres fruitiers indigènes font 
l'objet des quatrième et cinquième chapitres. On y passe en 
revue la constitution du sol, les opérations culturales, les meil- 
leures variétés de plantes, les insectes nuisibles, les maladies 
les plus redoutables. 

De nombreuses et belles figures aident à l'intelligence du texte 
clairement écrit par un homme tout à fait compétent. 

Le Microscope et ses applications. 

M. le D r Beauregard vient de publier un petit livre 
intitulé <( le Microscope et ses applications », qui ne peut 
manquer d'intéresser les personnes qui s'occupent d'histoire 
naturelle. En. prenant pour guide cet ouvrage élémentaire, les 
débutants pourront apprendre à se servir du microscope, à faire 
de très bonnes préparations microscopiques et à reconnaître les 
éléments cellulaires ou les organismes inférieurs animaux et vé- 
gétaux; les naturalistes déjà expérimentés y trouveront un aide- 
mémoire très précis et d'une clarté parfaite. M. le D r Beaure- 
gard, professeur à l'Ecole supérieure de Pharmacie et assis- 
tant au Muséum, est d'ailleurs connu par des ouvrages de plus 
grande importance ; sa compétence en pareille matière n'est 
plus à établir, nous pouvons donc à tous égards recommander 
son livre. 

R. S. L. 
L'âge du cheval et des principal/. r animaux domestiques, âne, 

mulet, bœuf, mouton, chèvre, chien, porc, oiseaux de basse- 

cour et de volière, par M. Marcelin Dupont. 

Voici un ouvrage bien fait, bien compris et, qui mieux est, * 
pratique. 11 est très difficile, en effet, de préciser l'âge de nos 
animaux domestiques; pour reconnaître sûrement l'âge de telle 
ou telle bête domestique, acheteurs et amateurs sont souvent ' 
bien embarrassés, et cela peut avoir des conséquences bien 
désagréables. Lorsque le minitsère de la guerre fait procéder à 



l'inspection et au classement des chevaux et mulets suscep- 
tibles d'être requis pour l'armée, les propriétaires sonttenusde 
déclarer, chaque année, le nombre et le signalement des sujets 
qu'ils possèdent : toute fausse déclaration étant sévèrement 
punie. L'étude de l'âge du cheval, du mulet, etc., s'impose 
donc. Ce qu'il manquait, c'est un manuel, avec figures, auquel 
on put se reporter, sans avoir à compulser un nombre 
énorme de gros ouvrages, pour ne pas toujours trouver- un 
renseignement précis. Le volume de M. Marcelin Dupont ré- 
pond à toutes les attentes, et nous ne saurions trop féliciter 
l'auteur du service qu'il rend à tous. Ajoutons que ce volume 
comporte 30 planches en couleurs et 6 planches noires (1) . 

Le Chat, zoologie, origine, historique, mœurs, habitudes, races, 
anatomie, maladies, jurisprudence, par M. A. Lan- 

DRIN (2). 

Le chat est un animal peu aimé généralement, mais il de- 
mande peut-être à être un peu mieux connu. L'ouvrage de 
M. Landrin permettra à tous de se faire une idée juste sur cet 
animal domestique. 

L'auteur étudie successivement les caractères zoologiques 
du chat, les légendes sur son origine, ses habitudes, ses 
mœurs, etc.; ses amis, ses ennemis, son intelligence, etc., &es 
maladies. C'est en un mot un traité complet du chat rédigé en 
un style agréable, où tout se trouve condensé en moins de 
300 pages. 



OFFRES ET DEMANDES 



M. A. 



Mœhlenbruck, à Morat (Suisse), offre en 
échange des fossiles détermine's contre insectes, co- 
quilles, reptiles, etc. 

— Vient de paraître : Catalogue des Lépidoptères de 
France, par le D r Sériziat, prix : 1 fr. 2i> (Les Fils d'Emile 
Deyrolle, libraires-éditeurs). 

— M. G. Rogeron, à l'Arceau, près Angers, offre en 
échange des Lépidoptères; liste sur demande. 

— Les Fils d'Emile Deyrolle, naturalistes, 46, rue du 
Bac, Paris, adressent sur demande des lots à choisir de 
Papillons européens et exotiques, à prix très modérés 
(remises suivant quantité). 



ACADEMIE DES SCIENCES 



Séance du 20 novembre 1893. — M. Ch. Rouget pré- 
sente des planches phototypiques, reproduisant ses préparations 
des plaques terminales des nerfs moteurs des muscles striés, 
chez le Coluber natrix et le Lacerta ocellata. — M. Janet an- 
nonce qu'il a découvert un nouveau Nématode dans les glandes 
pharyngiennes des Fourmis, et donne une figure, montrant le 
mode de parasitisme de ces vers, que M. de Lacaze-Duthiers 
propose de nommer Pelodera Janeli. — M. Pouchet entretient 
l'Académie du polymorphisme du Peridinium acuminatum 
(Ehr.) et joint à sa note une figure schématique représentant 
huit formes différentes de ce Péridinien. — MM. Duparc et 
Mrazec adressent un aperçu de la constitution géologique de 
l'extrémité nord-est du massif du Mont-Blanc, et M. Hans 
Schardt explique l'origine des Alpes du Chablais en Savoie et 
en Suisse. La séance est levée après un exposé de la décou- 
verte, par MM. Girod et Massénat, d'un nouvel atelier préhis- 
torique magdalénien dans la vallée de la Vézère. 

Séance du S? novembre. — M. Dissard étudie los varia- 
tions de la respiration et de la transpiration chez divers 
Batraciens, et conclut qu'elles sont fonctions déterminantes de 
l'habitat, aquatique ou terrestre. — Un nouveau genre de 
Poisson voisin des Fierasfer a été découvert aux Carolinos, 
par M. Marche. M. Vaillant le décrit sous le nom de 
Rhizoiketicus carolinensis. — M. Edm. Perrier présente le 

(1) 1 vol. br., prix 6 francs ; franco 6 fr. 40 (en vente aux 
bureaux du journal). 

(2) 1 vol. in-8°, br., prix 3 fr. 50; franco, 3 fr. 83 (en vente 
aux bureaux du journal): 



50 



LE NATURALISTE 



résumé des observations de M. Bordas sur les parties consti- 
tutives de l'appareil génital maie des Hyménoptères (Abeilles, 
Guêpes) : et M. Milne-Edwards remet une note de M. Peytou- 
rjsau sur l'anatomie et le développement de l'armure génitale 
femelle des Orthoptères (Periplaneta americana.) — M. Gui- 
onard étend ses conclusions sur la localisation des principes 
actifs des Crucifères, des Capparidées et des Tropéolôes, à la 
petite famille des Limmanthées. — M. Braemer poursuit les 
mêmes recherches que M. Guignard dans différentes plantes de 
la famille des Cucurbitacés et fait remarquer que, sous ce 
rapport, ces plantes se rapprochent des Campanulacécs. — 
M. Costantin préconise pour la désinfection des carrières à 
champignon, l'emploi de l'acide sulfureux et du lysol pulvérisé. 

— Finalement, M. Badouueau énumère les preuves et explique 
la cause du mouvement lent ascensionnel de la Scandinavie. 

Séaiice du *iS janvier 1894. — M. L. Ranimer poursui- 
vant ses études sur l'organisation histologique et sur le méca- 
nisme de la sécrétion cellulaire des glandes, entretient l'Aca- 
démie des résultats que lui ont procurés l'étude de la glande 
granuleuse sous-maxillairc du rat (mus decumanus.) — Ces 
glandes au lieu de sécréter de l'eau et du mucus, comme les 
glandes muqueuses, sécrètent de l'eau et de la diastase — 
Les vacuoles contiennent de l'eau dans les cellules muqueuses; 
cette eau, en s'échappant de la cellule, entraîne du mucigène et 
forme du mucus. 11 est probable que l'eau des vacuoles des 
cellules granuleuses sort aussi de la cellule en entraînant de la 
diaslase élaborée par le protoplasma cellulaire. L'auteur, dans 
cette courte note, indique brièvement la techique ingénieuse au 
moyen de laquelle il a, comme il a le secret de le faire, su 
écarter les obstables nombreux qui jusqu'à maintenant avaient 
rendu cette étude impossible . — M . de Lacaze-Duthiers 
annonce à l'Académie que, grâce à la libéralité du prince 
Roland Bonaparte, qui a mis à sa disposition une somme de 
50 000 francs, il lui a été possible de faire construire un bateau 
avec lequel il compte explorer et dresser la carte f aunique de 
la région comprise entre le cap Creux et le cap Béar ; ce travail 
a déjà été entrepris par M. G. Pruvot, qui, dans une note suc- 
cincte, en présentera à l'Académie les premiers résultats. — 
M. F. de Rey-Pailhade, à la suite d'études entreprises sur les 
propriétés chimiques de l'extrait alcoolique de levure de bière, 
démontre que les principes immédiats eux-mêmes produisent 
les phénomènes d'absorption d'oxygène et de formation d'acide 
carbonique, lorsque ces principes ont été extraits par des dis- 
solvants convenables. Ces effets paraissent donc indépendants 
de tout élément figuré. — M. G. Pruvot présente à l'Académie 
une carte de la région maritime qu'il a explorée d'une superficie 
de 1700 kilomètres carrés; cette étude, poursuivie pendant, les 
mois d'août et octobre 1893, comprend la région comprise entre 
les caps Creux et Béar, et peut se diviser en quatre zones 
1" une zone littorale étroite à Posidonies jusqu'à 40 mètres: 
2° une zone de la vase grise côtière de 40 mètres à 90 mètres; 
3° la zone des graviers du large jusqu'à 250 mètres de profon- 
deur ; 4° enfin la zone de la vase profonde à partir de 250 mètres ; 
du côté du plateau espagnol la vase existe seule montrant 
d'emblée les mêmes caractères que ceux de la vase profonde. 

— M. S. Jourdain présente quelques observations à la suite de 
la note de MM. Bertrand et Phisalix, il croit pouvoir généraliser 
les observations par eux faites. En effet, suivant les observations 
faites par M. Jourdain, Tiopidonotus Vipérinus, Elaphis yEscu- 
lapii, Coronella lsevis, Rinachis scalaris, possèdent une sem- 
blable immunité au venin de la vipère ; il semble donc à 
M. Jourdain que ces animaux et probablement tous les Ophi- 
diens, possèdent un appareil venônifique.' — M. L. Vaillant, à la 
suite de l'étude de nombreux spécimens de poissons d'eau douce 
provenant des récoltes de M.Chaper à Bornéo,'peut porter à 322 
le nombre des poissons actuellement connus provenant de 
cette ile. — Sur ces poissons 72 sont des espèces spéciales à la 
grande ile. 126 existent sur d'autres points de l'archipel malais, 
112 sur ces îles et le continent, enfin 12 seulement sont com- 
munes à la grande ile et au continent. — M. Gustave Chau- 
ir, nul signale à l'Académie un moyen d'assurer et de rendre 
très hâtive la germination des vignes. — Ce procédé consiste en 
la décortication de la pointe du bec de la graine qui supprime 
l'obstacle qui s'oppose à la sortie de la plantule. — M. Marcel 
Bertrand, d'après les études qu'il poursuit depuis quatre 
ans en Mauricnne et en Tarentaise, arrive à ces conclusions sur 
la structure des Alpes françaises : 1° les Alpes françaises sont 
construites en éventail, 2° les plis sont amygdaloïdes ou en 
chapelets, 3° enfin, à l'est de la bande houillère, le métamor- 
phisme va en croissant de l'ouest à l'est. — M. Dembré présente 



à l'Académie une note de M. Ziicher sur les lois des plissements 
île l'écorce terrestre. 

Séance du 89 janvier. — M. Pierre Lesage, de l'étude du 
rapport qui existe entre la présence dans les feuilles du tissu 
en palissade avec la transpiration, conclut que, dans tous les cas, 
on se trouve en présence de feuilles menacées de trop trans- 
pirer, qui se modifient : ainsi donc on peut voir dans le tissu 
palissadiquc l'un des appareils qu'emploie la plante pour se pro- 
téger contre une trop grande transpiration. — M. Marcel Ber- 
trand soumet à l'Académie une carte de France sur laquelle se 
trouve tracés les plis synclinaux paléozoïques et tertiaires — 
« Toute l'histoire géologique de la France, dit M. Marcel Ber- 
trand, est dans une dépendance étroite de ces lignes, et comme 
la sédimentation se montre en rapport, direct avec les mouve- 
ments du sol, l'étude seule de la composition des couches, de 
leurs épaisseurs et de leurs faunes, si elles étaient partout 
connues, permettrait, en faisant une complète abstraction de 
leurs allures et de leurs plissements, de retrouver et de tracer 
le même réseau » double orthogonal de parallèles et de méri- 
diens. — M. Paul Girod et P. Gautier fixent l'Age du squelette 
humain découvert dans les formations éruptives de Gravenoir 
(Puy-de-Dôme) comme correspondant à la formation des 
argiles sous-lavique de la route de Beaumont, c'est-à-dire comme 
appartenant à l'époque des dépôts post-glaciaires de l'âge du 
Renne. 

A. Eug. Malard. 



BIBLIOGRAPHIE 



ZOOLOGIE 

39. Wagner, Wold. Etude sur l'activité du cœur chez les 
Araignées. 

Ann. des Sci . Nat. Zool. 1893, pp. 320-324. 

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Zoolog. Anzeiger. 1893, pp. 421-426. 

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Engler, Scropliulariaceœ. PI. III. 

— Gesneriacese. PI. 1V-V. 

— Icacinacese. 

lia Hier, Convolvulacées. 

Gùrke, Flacourliaceœ-Oncobea'. PI. VI- Vil. 

— Verbenacese. 

Botan. Jahrbucher. XVIII. 1893, pp. 65-183. 

G. Malloizel. 

Le Gérant: Emile DEYROLLE. 



Paris. — Imprimerie F. Levé, rue Cassette, 17. 



10 e ANNÉE 



2 e SÉRIE 



IV 168 



1" MARS 1894 



LE PIIA BIBRACTENSIS 



Sous ce nom, MM. C. Eg. Bertrand et Bernard Renault 
désignent une algue permienne dont les débris accumulés 
constituent pour une très notable partie le boghead 
d'Autan et de plusieurs autres localités et qui mérite par 
conséquent une considération très particulière. 

Le Pila est une algue gélatineuse dont le thalle ellip- 
soïde, multicellulaire, est immédiatement reconnaissable 
au microscope et présente en lame mince l'aspect radié 
indiqué par la ligure 1 . 

D'après les savants auteurs auxquels il faut emprunter 
les termes mômes de cette description sommaire : ces 
thalles isolés ou groupés en bancs d'épaisseur variable sont 
empilés en couches horizontales dans le boghead d'Au- 
tun. 

Un fait spécialement digne d'intérêt c'est que, contrai- 
rement à ce qui arrive souvent pour les masses gélosiques 



lation de 1,660 à 1,826 lits de Pilas noyés dans la matière 
fondamentale du dépôt. 

Du reste, lorsqu'on suit horizontalement un banc de 
Pilas on voit qu'en un certain point il présente quatre ou 
cinq rangs de thalles, alors qu'un peuplusloin ilestformé 
de deux rangs seulement ou môme d'un seul rang. Le 
banc peut s'interrompre et au même niveau nous trou- 
vons des Pilas isolés ou seulement la matière fonda- 
mentale du dépôt. 

Là où les Pilas sont abondants leurs thalles peuvent 
former jusqu'aux 755 millièmes de la masse totale. En 
ces points, où la matière fondamentale et l'argile n'inter- 
viennent que pour 245 millièmes, un centimètre cube de 
boghead contient plus de deux cent cinquante mille 
(halles. 

11 faut du reste ajouter que les thalles des Pilas ne 
constituent pas seulement des couches dans les schistes. 
En bien des points des environs de Margenne on trouve 
fréquemment, dans la partie tout à fait supérieure de la 




Fig. 1. — Coupe mince de boghead montrant les thalles multi- 
cellulaires du Pila bibractensis, grossissement de 90 dia- 
mètres. 

et pour les matières gélifiées enfouies dans les mêmes 
conditions, les thalles des Pilas n'ont pas été minéralisés 
par la calcite d'imprégnation. Cette matière commençait 
seulement à pénétrer les surfaces des thalles età s'y loca- 
liser lorsque la compression de la masse s'est opérée, 
et Lesdétailsde lastructure des Pilas, ajoutent les auteurs, 
nous ont été conservés non par le calcite, niais par un 
mode spécial de conservation de la matière gélosique et 
par sa tinction partielle par des corps bruns condensés 
provenant de l'altération de la gelée houillère. Ces corps 
bruns condensés ont d'abord teint la surface des thalles 
et le réseau de lamelles moyennes, puis suivant ces 
lamelles moyennes, ils ont gagné peu à peu de la péri- 
phérie vers le centre. » 

Le nombre des Pilas contenus dans le combustible est 
vraiment énorme. Dans un échantillon type provenant 
du gisement des Thélots on a compté 166 lits d'algues 
dans une épaisseur de 24 millimètres. Parmi ces lits, 
36 avaient de 2 à 9 rangs de thalles, 43 n'avaient qu'un 
seul rang, 67 étaient formés de Pilas isolés. En admettant 
la même richesse pour toute l'épaisseur du dépôt, ce qui 
est justifié par l'examen d'échantillons pris à diverses 
hauteurs, la couche de boghead d'Autun qui mesure en 
moyenne 24 à 25 centimètres représente une accumu- 
Le Naturaliste, 4t>, rue du Bac. Paris. 




Fig. 2. — Boghead de Margenne contenant des concrétions sili- 
ceuses remplies de thalles de Pilas, moitié de la grandeur na- 
turelle. 

couche de boghead, voire même à la surface de celle-ci et 
faisant alors saillie dans les schistesbitumineux, des no- 
dules siliceux ovoïdes de longueur variable (fig. 2). M. Re- 
nault en décrit de 35 à 120 millimètres de longueur avec 
une largeur moyenne de 20 millimètres et une hauteur 
de 30 millimètres. La forme ovoïde très constante et 
spéciale des premiers nodules, ainsi que leur cassure 
presque homogène ont fait penser d'abord à des copro- 
lithes ; mais l'hypothèse ne s'accommode pasdel'orienla- 
lion de ces corps dans la couche, car elle ne correspond 
pas à leur maximum de stabilité. Ce sont évidemment 
des corps formés in silu. On reconnaît au microscope 
que, tout comme le boghead qui les entoure, les con- 
crétions siliceuses de Margenne sont exclusivement 
formées de bancs de Pilas et de grains de pollen noyés 
dans une substance fondamentale, mais ici ces restes 
végétaux sont fortement gonllés et plus ou moins' pro- 
fondément modifiés. Cependantla disposition des bancs 
des Pilas dans les concrétions est intimement liée à 
celle des bancs dans le boghead voisin, et l'étude très 
minutieuse qu'en ont faite MM. llenault et Bertrand les 
conduisent à admettre que ces concrétions sont dues à 
une localisation de la silice en certains points des bancs 
de boghead. 



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LE NATURALISTE 



Suivant eux, les eaux qui ont amené la silice ont 
pénétré dans Le boghead postérieurement à la compres- 
sion îles bancs. Elles ont pénétré parles fissures de retrait 
du combustible complètement solidifié. Sons l'action de 
ces eaux siliceuses le boghead s'est lentement gonflé de 
part et d'autre de la fente de pénétration et en se gon- 
flant les lits de pilas ont pris l'orientation que nous leur 
voyons dans les concrétions. Les thalles et les grains 
de pollen ont aussi pris part à ce gonflement. La silice 
s'est localisée dans les thalles en isolant leurs masses 
protoplasmiques puis en formant des sphérolithes de 
calcédoine dans les plus fortement gonllés. 

Avec les pilas, le boghead d'Autun renferme beaucoup 
de grains de pollen. MM. Renault et Bertrand en comp- 
tent de 25 000 à 80 000 par centimètre cube. Leur mesure 
suffit pour montrer l'importance des pluies de pollen à 
l'époque du dépôt des roches qui les contiennent. L'im- 
mense majorité de ces grains s'est vidée et ne consiste 
plus que dans le membrane extérieure. Pourtant on enren. 
contre où l'intine a subsisté : elle est très brune et très 
altérée et l'identité' des ornementations et des dimensions 
des exines s'ajoutant à ce résultat, les auteurs regardent 
comme tout à fait vraisemblable que le pollen de boghead 
provient de Cordaïte. 

Cette intéressante étude du boghead d'Autun conduit 
à y voir une couche formée dans des eaux brunes peu 
profondes, analogues à celles de certains points des ter- 
ritoires Amazoniens où MM. Marcano et Muntz les ont 
étudiées récemment. Dans leur voisinage devaient exister 
des forêts de Cordaïtes dont l'abondante floraison don- 
nait lieu à de véritables pluies de pollen. Au moment de 
la formation du boghead les eaux ont dû arriver moins 
abondantes, la surface du lac d'Autun a pu être envahie 
par la végétation et ces alternatives paraissent s'être 
renouvelée plusieurs fois sur une surface progressivement 
décroissante. 

En somme le travail de MM. Renault et Bertrand ren- 
ferme une foule de faits du plus haut intérêt et nous 
n'avons pas la prétention d'en avoir donné une idée 
complète à nos lecteurs. Ils le trouveront in extenso avec 
deux planches à l'appui dans le sixième volume du 
Bulletin de la Société d'Histoire naturelle d'Autun. 

Stanislas Meunier. 



EFFETS DE LA CULTURE 

sur une plante Montagnarde Espagnole 



Valeriana longiflora Willk. 

Sert. p. 69 ; non Regel. 

Rhizome épais à rameaux ascendants, dénudés à la 
base, subéreux, portantles cicatrices des feuilles détruites, 
terminés par des tiges plus ou moins raccourcies, très 
feuillées, à feuilles petites, fragiles, un peu charnues, 
assez longuement pétiolées, exactement cordiformes. 
Cymes florales appauvries, obscurément dichotomes ; 
bractées glabres, beaucoup plus courtes que l'acharné 
comprimée portant une côte liliforme sur une face et 
trois rôles très rapprochées sur l'autre. 

Les -raines de cette plante, semées. en serre, ont pro- 
duit la seconde année des touffes cespiteuscs à feuilles 
et liges très nombreuses, différant sensiblementde celles 
de la plante sauvage. Les tiges étaient très feuillées, un 



peu plus longues que les feuilles radicales à inflores- 
cence assez fournie, trichotome. Les feuilles très longue- 
ment pétiolées avaient un limbe elliptique oblong entier 
ou à peine ondulé. Les fleurs d'un rose pâle, d'une odeur 
douce et agréable, ont un tube grêle de 7 à8 millimètres 
et un limbe étalé de 5 millimètres environ. 

Comparée à la forme cultivée à Valleyres que je dois 
à l'obligeance de M. Autran, notre plante diffère totale- 
ment par son inflorescence nullement scapiforme et le 
tube de la corolle beaucoup plus court quoique aussi 
grêle. Elle diffère en outre de tous les autres Valeriana 
par la gracilité etla longueur de ce même tube. Le calice 
reste enroulé et comme charnu après la floraison. 

Ainsi le Valeriana longiflora peut se présenter sous 
trois formes qu'il est presque impossible de rapporter 
à la même espèce si on n'en a pas suivi la genèse : la 
forme sauvage, la forme cultivée en Suisse sur les murs 
de Valleyres et enfinles touffes magnifiques que j'ai ob- 
tenues dans ma serre ; ce qui prouve combien, dans les 
descriptions, il faut se méfier des formes cultivées; il est 
vrai qu'on trouve rarement un pareil polymorphisme. 

Hab. Cette plante croit en Espagne au monastère de 
San-Juan de la Pena près Jaca (Willkomm), — à la Er- 
mita de Anié (Bubanij, d'après un exemplaire du Mu- 
séum. — Enfin je l'ai trouvée dans les fentes des rochers 
de la sierra de Guara près Huescale 20 juin 1892. Le Va- 
leriana longiflora paraît être une plante exclusivement 
aragonnaise. 

Auguste de Coincy. 



Recherche et préparation des Oiseaux 

(Suite.) 

Collection ornithologique. — Les Collections 
d'oiseaux doivent être renfermées dans des vitrines fer- 
mant hermétiquement et placées dans un local bien sec; 
les sujets sont disposés sur des supports peints en blanc, 
comme l'intérieur des armoires. On évite d'employer pour 
supports des brandies naturelles qui tiennent beaucoup 
trop de place; les Grimpeurs font seul exception et se 
placent ordinairement sur des portions de branches 
revêtues de leur écorce et inclinées plus ou moins obli- 
quement sur une rondelle tournée d'une grandeur pro- 
portionnelle ; on peut aussi disposer les grands oiseaux 
de proie sur de grosses branches ou sur une souche 
d'arbre. On doit réunir autant que possible, des sujets 
mâle et femelle, de chaque espèce, le plumage variant 
beaucoup dans chaque sexe. 

Les collections d'oiseaux sont exposées aux ravages 
des insectes, comme les collections entomologiques : les 
moyens de préservation que nous avons indiqués au cha- 
pitre des Coléoptères peuvent être employés également 
pour les oiseaux; on doit surtout visiter fréquemment ses 
vitrines et l'on reconnaîtra le plus souvent qu'un oiseau 
est attaqué aux débris tombés au-dessous de lui ; mais il 
ne faut pas attendre cette preuve évidente de la présence 
de l'ennemi : au commencement de mai et à la fin de 
septembre, il faut visiter les vitrines, en retirer les sujets, 
les frapper doucement avec une baleine ou simplement 
avec la main; ensuite, au moyen d'un compte-gouttes, on 
administre de l'essence minérale rectifiée (huile de 
pétrole distillée) à tous indistinctement, dans les narines, 
aux jointures, à l'anus, au croupion. Si on emploie du 



LE NATURALISTE 



53 



mercure pour la conservation, cette opération n'est pas 
indispensable; mais il faut veiller à ce que le mercure 
soit toujours en certaine quanlité dans le récipient. Si, 
maigre' les précautions prises, un oiseau est attaqué par 
les insectes, on prend une longue aiguille à tricoter, on 
soulève les plumes aux endroits que l'on suppose endom- 
magés et, avec un pinceau trempé dans l'essence miné- 
rale, on touche la peau dans toutes ces parties; on fait 
ensuite retomber les plumes à leur place et on badigeonne 
d'essence tout le corps de l'oiseau ; on laisse cette essence 
s'évaporer à l'air et on replace le sujet en collection lors- 
qu'il est bien sec. 

L'essence de térébenthine, très souvent employée pour 
la préservation des oiseaux, a l'inconvénient de ne pas 
sécher complètement et de laisser sur le plumage une 
couche huileuse qui retient la poussière. 

L'alcool additionné de strichnine ou de sublimé corrosif 
est d'un emploi efficace, mais d'un usage dangereux; la 
benzine, l'alcool saturé d'acide phénique, sont d'un em- 
ploi facile et sans danger: pour s'en servir il suffit d'ar- 
roser le plumage et de faire sécher le sujet à l'air libre; 
mais on doit observer que ces liquides sont d'une 
grande inflammabilité et qu'en raison de leur volatilité 
on ne doit pas s'en servir dans le voisinage d'une lumière. 

Pour la détermination des oiseaux les principaux 
ouvrages à consulter sont : Degland et Gerbe : Ornitho- 
logie Européenne (1), l'ouvrage de E. Deyrolle ; Les 
oiseaux de France, avec 27 pi. en couleur, formant la 
troisième partie de l'histoire naturelle de la France (2). 

Collection de nidsd'oiseaux. — Cette collection 
est très intéressante, mais elle présente certaines diffi- 
cultés et exige beaucoup de soins : il faut, autant que 
possible, se procurer les nids avec leurs supports et 
couper seulement les feuilles et les extrémités trop 
longues des branches; on fixe alors sur un socle l'extré- 
mité inférieure de la branche qui supporte le nid. 

Plusieurs oiseaux ne forment pas de nid proprement 
dit, mais ramassent ensemble des herbes qu'ils arran- 
gent avec plus ou moins de soins ; on peut néanmoins 
conserver ces sortes de coucheltes en creusant la terre 
tout autour avec une bêche; on enlève tout ensemble le 
nid avec la terre sur laquelle il se trouve et on l'entoure 
de plâtre détrempé ; celui-ci se durcissant maintient 
toute la masse; lorsqu'il est sec, on lui donne une teinte 
terreuse et l'on replace les œufs dans le nid. 

Les nids d'hirondelles doivent être détachés avec pré- 
caution à l'aide d'un couteau et plongés dans la colle 
fort claire pour leur donner plus de consistance; on les 
colle ensuite sur des planchettes pour imiter les surfaces 
sur lesquelles ils étaient placés. 

Certains nids sont composés de matières laineuses ou 
garnis de plumes qui attirent les insectes; on les imbibe 
d'essence minérale, de térébenthine ou de toute autre 
substance destinée à les préserver ; si leur volume le 
permet, on peut les enfermer dans une boîte en fer-blanc 
hermétiquement close et plonger cette boîte pendant 
dix ou quinze minutes dans l'eau bouillante ; on arrosera 
ensuite le nid d'alcool phénique ou mieux encore 
d'alcool au sublimé. 

Les nids dont on n'a pu conserver les supports doivent 

(1) Degland et Gerbe : Ornithologie Européenne ou catalogue 
descriptif, analytique et raisonné des oiseaux observés en 
Europe, 2 vol. 

(2) 1 vol., br. 5 fr. 50, cart. 6 fr. 23. Les fils d'Emile Deyrolle 
éditeurs, 46, rue du Bac. 



se placer dans des cuvettes en carton ou dans des cadres 
vitrés. 

Il y a des oiseaux qui nichent dans des creux de 
rochers, sans aucun apprêt; on peut imiter artificielle- 
ment ces cavités; d'autres, tels que le Martin-pêcheur, 
le Guêpier, etc., se creusent des galeries dans la terre; on 
peut aussi les figurer ; on peut même les enlever, après 
les avoir dégagées de tous côtés et les avoir imbibées 
complètement avec de la colle liquide; lorsque celle-ci 
est sèche, on peut enlever la galerie. Les nids plats de 
la plupart des oiseaux terrestres, qui se composent de 
sable ou de pierres peuvent être imbibés de colle sur 
place et s'enlèvent ensuite facilement. 

Quoiqu'une collection de nids soit le complément 
naturel d'une collection d'oiseaux, il n'est pas prudent 
de renfermer le tout ensemble dans une même vitrine, 
les nids, par les matières dont ils se composent, attirent 
trop facilement les insectes, et il vaut mieux isoler cette 
collection dans un meuble spécial. 

A. Granger. 



(A suivre.) 



Mœurs et Métamorphoses 
DE L'OTIORYNCHUS PRiELONGUS 

Fairmaire 

Coléoptere du grand groupe des Rhyncophores. 



Larve : Longueur, 10 millimètres ; largeur, 3 millimètres. 
Corps apode, peu arqué, mou, charnu, blanc jaunâtre, couvert 
de cils et de spinules, convexe en dessus, déprimé en dessous, 
à région antérieure arrondie, atténué à l'extrémité postérieure. 

Tête petite, ovalaire, d'un beau jaune-citron, lisse avec cils 
roux épars ; bord antérieur noirâtre, deux fossettes uniciliées 
en arrière de ce bord; épistome grand, flavescent; labre semi- 
orbiculaire, cilié; mandibules larges, cornées, à base rou- 
geâtre, à extrémité noire et obtusément bidentée ; mâchoires 
droites à lobe frangé de courts cils ; palpes maxillaires de deux 
articles rougeâtres, le basilaire globuleux, le terminal conique; 
lèvre inférieure semi-elliptique, à suture rougeâtre ; palpes 
labiaux de deux articles, le premier cylindrique plus long que 
le terminal qui est conique ; antennes de deux courts articles 
rètractiles, jaunâtres, à dernier article globuliforme. 

Seg?nents thoraciques au nombre de trois s'ôlargissant 
d'avant en arrière, le premier couvert d'une large plaque jau- 
nâtre finement ridée; deuxième et troisième transverscs, courts, 
formes de deux bourrelets avec rangée transverse de cils. 

Segments abdominaux au nombre de neuf, diminuant gra- 
duellement de largeur vers l'extrémité, les six premiers avec 
tache jaunâtre, divisés en trois bourrelets ciliés et spinuleux, 
cils et spinules plus denses aux septième et huitième arceaux; 
neuvième, petit, arrondi, garni de quatre longs cils et de quatre 
courtes spinules. 

Le dessous des segments thoraciques porte à chaque arceau 
un bourrelet médian et denx mamelons tuméfiés garnis de 
cils, chacun de ces mamelons tenant la place d'une patte et en 
faisant l'office. 

Stigmates petits, flaves, à péritrème doré et luisant, la pre- 
mière paire au bord inférieur du premier segment thoracique, 
les suivantes au milieu des huit premiers segments abdomi- 
naux. 

Cette larve est très lente dans ses mouvements, elle vit sur le 
Canigou, à l'altitude de 2500 mètres et au dessus, d'une exis- 
tence souterraine ; c'est dans un sol faiblement gazonné, cou- 
vert d'une courte végétation, qu'on la trouve, et c'est au milieu 
d'un fouillis de racines de plantes diverses qu'elle se tient; 
c'est à l'aide de ses mamelons sous-thoraciques renforcés par 
les spinules dorsales et ventrales qu'elle exécute les légers 
déplacements qui lui sont nécessaires pour se transporter d'une 
racine à l'autre : issue d'une génération pondue à la fin de 
l'été au bas du collet des racines des plantes nourricières, elle 
entre de plus en plus profondément dans le sol et se trouve à 
15 ou 20 centimètres de la surface lorsque commencent à 



LE NATURALISTE 



tomber les premières neiges, ce qui a lieu fin automne: dès lors 
elle cesse mute alimentation, se pelotonne et tombe en étal de 
léthargie, el c'esl ainsi que se passeront pour elle les six longs 
mois qui séparent octobrede mai, quelquefois sept; — en juin, 
elle reprend de son activité première, ses appétits augmentant 
avec l'âge, elle arrive fin juillet à toute son expansion ; à ce mo- 
ment die se rapproche de la surface, tasse le sol environnant 
au moyen de pressions exercées à l'aide de son corps, se 
façonne une loge oblongue à parois intérieures lisses : ce tra- 
vail accompli, elle prend position sur l'un de ses côtés, le corps 
quitte la forme courbe pour devenir droit, la couleur jaunâtre 
fait place à une teinte blanchâtre, les parties tuméfiées se ré- 
sorbent et quand tout le travail d'élaboration est accompli, ce 
qui demande dix à douze jours, à cette forme primitive se subs- 
titue un être tenant encore à la larve par sa région abdomi- 
nale, mats appartenant déjà à l'adulte par sa région thoracique 
el présentant les caractères suivants : 

Nymphe. A cet endroit, je me vois contraint do faire un 
retour en arrière et de relever sur mon cahier d'observations 
journalières la note suivante, n" 20 : 

« Le 24 août 1890, à 2500 mètres d'altitude, sur le revers 
oriental du Canigou, je me plaisais à admirer les allures peu 
farouches d'un joli petit oiseau, le Trichodroma muraria, plus 
connu sous le nom de Rose des Alpes, et j'allais moi-même 
sonder les interstices d'un roc nu travers desquels l'oiseau avait, 
plusieurs l'ois plongé son long bec, lorsque le hasard me mit 
en présence d'un quartier de roc que je pus retourner et grande 
fut ma surprise d'apercevoir sous le bloc renversé une nymphe 
cle coléoptère appartenant au groupe des Rhyncophores ; à quel 
genre pouvait donc bien appartenir cette nymphe? L'explica- 
tion m'en fut bientôt donnée, lorsque, après avoir soulevé 
d'autres pierres, je trouvai Immatures ou entièrement formés 
plusieurs exemplaires de YOHorynchus prœlongus : je passai 
bien du temps à piocher le sol, en particulier le dessous des 
quelques rares plantes qui poussent sur ces lieux aussi arides 
qu'élevés, à seul effet de trouver la. larve, mes recherches 
furent vaines ; à défaut donc de larve, je vais toujours décrire 
la nymphe : » 

Longueur, 1 millimètres; largeur, -i millimètres. 
Corps entièrement blanchâtre, un peu arqué, couvert de 
courtes spinules, convexe en dessus, déprimé en dessous, ar- 
rondi à la région antérieure, un peu moins à l'extrémité opposée 
cpii est légèrement atténuée. 

Tête convexe, granuleuse, avec longue épine roussâtre en 
arrière des yeux, qui sont grands et saillants ; premier segment 
thoracique quadrangulaire, deuxième et troisième étroits, trans- 
verscs ; les segments abdominaux d'abord larges diminuent 
ensuite ;issez. sensiblement vers l'extrémité, les quatre premiers 
sans pointe ni épine, les suynnls avec rangée transverse de 
spinules; segment anal tronqué, terminé par deux épines; les 
genoux des pattes en saillie débordent le corps et sont armes 
d'une double spinulo rousse: spinules et épines ayant pour 
objet d'amortir les chocs que pourrait recevoir le corps dans son 
réduit. 

La phase nymphale a une durée d'une quinzaine de jours 
environ ; un.- lois achevée et ses téguments durcis, ce qui cor- 
respond de la lin du mois d'août aux premiers jours de sep- 
tembre, l'adulte se fait jour à travers la couche terreuse qui le 
sépare du dehors. 

Adulte. C'est lin août que commence à apparaître l'adulte; 
très lent dans ses mouvements, il se tient de jour sous les 
pierres, entre les herbes; de nuit, il parcourt d'un pas assuré 
les lieux qui furent le théâtre de ses premiers états, dès lors il 
n'a qu'un but, celui d'assurer à la suite d'un rapprochement la 
souche , l'une nouvelle couche, el c'esl ainsi que, dans ces lieux 
«'•levés où pondant plus de six longs mois de l'année le sol est 
couveri de neige el de glace, les générations se remplacent sans 
que uni ne vienne en interrompre la succession", quelques 
rares exemplaires, ceux qui n'ont pu s'accoupler, passent l'hiver 
à l'état adulte ; il est aussi des larves qui, par arrêt de déve- 
loppement, tenant à des causes diverses, prolongent leur exis- 
tence jusqu'à la fin do la deuxième saison, mais l'ensemble de 
la gêné) renouvelle chaque année : dans le domaine 

jtreint qu'elle babito, cette espèce pyrénéenne, sans être 
commune, ge prend assez facilement aux époques de son appa- 
rition; c'est-à-dire du commencement de septembre à fin oc- 
tobre; '-i, commence l'aire de Ï'O. prœlongus se termine celle 
de son congénère, l'O. monlicola, qui est beaucoup plus petit 
ei qn i.d entre 1800 et 2200 mètres d'altitude. 

Capitaine Xambeu. 



LA FLORE DE L'INDE 

DANS SES RAPPORTS AVEC LA FLORE DE FRANCE 



On peut évaluer en chiffres ronds, à 14,000, le nombre 
lotal des espèces végétales phanérogames connues comme 
existant actuellement dans l'Inde. Si de ce nombre on 
rapproche celui de 4,340 qui est celui des espèces fran- 
çaises, et si l'on songe que la superficie totale des pays 
que comprend la Flore de l'Inde équivaut à celle de 
plus de la moitié de l'Europe, on trouvera que le chiffre 
des espèces françaises est relativement élevé. Nous disons 
relativement, d'abord parce qu'en ajoutant au territoire 
français les régions dont la végétation est à peu près la 
même, la proportion qui est d'environ 1/8 (1) tendrait 
sensiblement à décoître; ensuite parce que les espèces 
indiennes ont eu jusqu'ici la chance de n'être pas multi- 
pliées, comme l'ont été trop souvent nos espèces fran- 
çaises. Les botanistes de l'Inde ont en effet, devant eux 
un champ trop vaste pour borner leur ambition à la créa- 
tion de simples formes ou d'accidentelles variétés, élevées 
par vanité ou par ignorance au rang d'espèces. 

Dans les chiffres précédents nous ne tenons compte 
que des espèces admises actuellement, quelle que soit 
d'ailleurs leur valeur, et dont l'existence dans les paysen 
question est regardée comme certaine. 

Quant aux espèces communes aux deux Flores, on en 
compte au moins 600 : ce qui donne comme rapport des 
espèces communes au nombre total des espèces de 
l'Inde : 1/23. Le rapport des mêmes espèces communes 
aux espèces de la Flore de France serait peu éloigné 
de : 1/7. 

Ces rapports, surtout si l'on tient compte de quelques 
découvertes futures encore possibles, montrent l'extrême 
richesse de la Flore de l'Inde, richesse incomparable, 
surtout sur les montagnes, et qui compense largement, 
aux yeux du botaniste, la pauvreté relative du tapis 
végétal dans l'Inde. Souvent les espèces communes offrent 
de nombreuses variétés et le type lui-même n'est pas 
toujours rigoureusement identique. Notons en passant 
les rapports de ressemblance qui existent entre laFlore de 
lTnde et celle du continent africain, surtout en ce qui 
concerne la cote occidentale de ce dernier. 

Au point de vue morphologique, on constate que l'atti- 
tude diminue la hauteur des tiges, favorise le dévelop- 
pement des racines et porte à son maximum d'intensité 
la coloration des feuilles et des Heurs. Aussi ne doit-on, 
surtout en ce qui concerne les tiges, les racines et les 
feuilles, ne faire entrer que très prudemment en ligne 
de compte leurs modifications, quand il s'agit des carac- 
tères spécifiques. 

Nous donnons en terminant les conclusions suivantes 
que nous a suggérées l'étude comparative des deux 
Flores : 

Les plantes communes aux deux pays croissent ordinaire- 
ment dans rinde sur les montagnes. 

Si ce sont des espèces de montagne* dans noire Flore fran 
caise, elles se retrouvent dans l'Inde, dans la région alpine 
de V Himalaya. 



(1) Dans cette proportion le numérateur représente le nombre 
des espèces françaises par rapport à la superficie de la France 
qui est de 536,408 kilom.; le dénominateur représente le chiffre, 
des espèces qui croissent dans les pays dont traite la Flore de 
l'Inde par rapport à leur superficie. 



LE NATURALISTE 



53 



Les plantes aquatiques plus aisément cosmopolites peuvent 
braver le climat tropical de VInde. 

A égalité d'altitude, les montagnes de l'Inde présentent la 
même Flore. 

Contrairement à l'hypothèse des centres de création, les 
espèces végétales apparaissent, croissent ou s'éteignent selon 
qu'elles rencontrent ou non les conditions de climat et de 
milieu qui leur sont favorables. 

H. LÉVEILLÉ. 



DIAGNOSES DE FORMES NOUVELLES 

APPARTENANT AU GENRE 
CERATOSOMA 



1. — Ceratosouia Jousseaumi, Rochbr. 

C. Corpus crassum, quadratoelongatum, lseve; caput subla- 
tum, antice subtruncatum ; dorsum longum utrinque bilobatum 
et in appendiculum crassum subrotundatum, heviter canalicu- 
latum desinens; tentacula dorsalia minuta, in cavitatem par- 
vam retractilia ; branchhe plumosœ, abbreviatœ, cauda crassa 
longe conica, apice obtusa, dimidium corporis fere attingens, 
perangustissimus, linearis, antice rotundatus. — Color (in al- 
cool) — pallidc roscoluteus, maculis albidoluteis undique mi- 
nute sparsus. 

I.oiif,. max. — 0,098; altit. 0,025 ; crass. 0,029; long, 
caud. 0,0 40 : long. lob. post. 0,012. 

llab. — Mer Rouge (Botta 1837) mus. par. 

2. — Ceratosoma rhopalicum, Rochbr. 

C. Corpus crassum, abbreviatum, claviforme, postice prœ- 
actum; caput parvum, antice obtusum,lateralitcr lobatum ; dor- 
sum utrinque bilobatum et in appendiculum erectum canalicu- 
latum desinens ; tentacula dorsalia parva in cavitatem retrac- 
tilia; branchite brèves; cauda crassa, rotundata, longissima 
apice obtusa. — Color (in alcool) — undique sordide stra- 
mineus. 

Long. max. — 0,066; altit. 0.012; crass. 0,011; long, 
caud. 0,040; long. lob. post. 0,015. 

Hab. — Mer Rouge (Botta 1337) mus. par. 

3. — Ceratosoma Lixi, Rochbr. 

C. Corpus crassum, subelongatum, prismalicum, postice al- 
tum ; caput latum, antice subobtusum ; dorsum longum, com- 
planatum, utrinque sublobatum et in appendiculum crassum, 
apice ovoideum subcanaliculatum desinens ; tentacula dorsalia 
ovoidea in cavitatem latam retractilia ; branchite magme, sub- 
plumosœ ; cauda crassa, conica, compressa, non dimidium cor- 
poris attingens; pes subangustus, rnargine fimbriato. — Color 
(in alcool) — hetiroseus, maculis rubroaurantiacis sparsus, 
margo t'rontalis processuumdorsaliumquelineaintcnse c;eruleo- 
violacea ornatus. 

Long. max. — 0,092; altit. 0,030; crass. 0,026; long. 
caud. 0,037; long. lob. post. 0,014. 

Hab. — Dead Joland, dett. de Torris. (M. Lis 1892) mus. 
par. 

4. — Ceratosoma gibbosnm, Rochbr. 

C. Corpus crassum, abbreviatum ; caput latum, antice abrupte 
truncatum, dorsum brève, minute variolosum, gibbosum 
utrinque lobatum et in appendiculum, crassum, complanatum, 
vii canaliculatum desinens; tentacula dorsalia, magna, retrac- 
tilia, branchne brèves ; cauda crassa, conica, apice subacuta, 
pes angustissimus. — Color (in alcool) — pallide roseo-cteru- 
lescens, maculis violaceis undique sparsus, margo t'rontalis et 
processuum dorsalium, linea c;erulea ornatus. 

Long. max. — 0,058; altit. 0,018; crass. 0,022; long, 
caud. 0,094 ; long. lob. post. 0,C17. 

Hab. — Dead Joland, détroit de Torrès (M. Lix 1892) mus. 
par. 

5. — Ceratosoma Francœsii, Rochb. 

C. Corpus elongatissimum, angustatum, caput sublatum an- 
tice. subrotundatum ; dorsum longum, utrinque brève biloba- 
tum, complanatum, et in appendiculum longum, antice incurva- 
tum, profonde canaliculatum desinens ; tentacula dorsalia 
magna retractilia, branchue plumoste ; cauda longa dimidium 
longitudinis attingens ; apice subacuta ; pes angustissimus rnar- 



gine sublimbriato. — Color pallide stramincus rufo parce mar- 
moratus, maculis aurantiacis sparsus: margo frontalis et pro- 
cessuum dorsalium linea crerulcoviolacea ornatus. 

Long. max. — 0,020; altit. 0,027; crass. 0,015; long, 
caud. 0,065; long. lob. post. 0,034. 

Hab. — Nouméa (M. François 1893) mus. par. 

A. T. DE ROCIIF.BRDNE. 

Assistant au muséum. 



LÉPIDOPTÈRES INÉDITS D'ALGÉRIE ET DU MAROC 



Spilosoma Vallantini. Austaut. 

J'ai reçu récemment de M. le docteur Vallantin, autrefois 
en résidence à Bone (Algérie), et sous le nom de Leprieuri, 
Oberthiir, deux exemplaires mâles d'un spilosoma que cet ento- 
mologiste zélé avait recueilli avec d'autres lépidoptères inté- 
ressants dans les environs immédiats de sa résidence. J'ai 
soumis ces deux curieuses Chélonides à un examen attentif; et 
je suis arrivé à cette conclusion qu'ils diffèrent spécifiquement 
de l'espèce qui a été publiée sans le nom de Leprieuri par 
M. Charles Oberthiir dans la troisième livraison de ses Etudes 
d' Entomologie, pages 43-44, planche V, fig. 2. Je ferai ressortir 
plus loin les dissemblances importantes qui existent entre les 
deux exemplaires dont il s'agit et la forme typique du savant 
lépidoptéristc de Rennes ; mais je dois énumérer d'abord les 
caractères très particuliers qui les distinguent : 

Envergure de 32 millimètres environ, à peu prés semblable à 
celle de la Spilosoma luctuosa. Dessus des ailes supérieures 
d'un brun rougeàtre rosé opaque, avec trois bandes transver- 
sales maculaires parallèles d'un noir profond, formant chacune 
un coude saillant à mi-hauteur do l'aile, et situées : l'une à la 
base, la seconde au milieu de l'aile, et la troisième à égale dis- 
tance de la précédente et du bord externe. Les macules qui 
constituent ces bandes sont plus grosses à la côte et au bord 
interne que sur le disque où elles affectent la forme arrondie. 
Franges de la couleur du fond, entrecoupées de deux petites 
taches noires au sommet et de trois autres au milieu du bord 
externe. 

Ailes inférieures, en dessus d'un brun noirâtre fuligineux uni- 
forme, plus foncées cependant vers l'angle anal, avec le bord 
abdominal lavé de fauve rougeàtre. 

Dessous des premières ailes plus sombres, moins rosé que 
le dessus, avec la côte lavée de fauve. Bandes transverses peu 
distinctes, excepté au bord antérieur où l'on remarque trois 
n-rosses taches noires à peu près équidistantes. Dessous des 
secondes ailes de même couleur, avec le bord antérieur lavé de 
jaunâtre à la base et marqué de deux taches noires arrondies 
d'inégale grosseur. Tète, thorax et abdomen abondamment 
couverts de longs poils d'un fauve rougeàtre. Palpes noirs. 
Antennes d'un noir profond, excepté la moitié inférieure de la 
tige qui est rouge. Pattes d'un rouge clair très vif, avec l'extré- 
mité des tarses ainsi que celle des tibias d'un noir de suie. 

Si l'on compare ces caractères qui sont constants chez les 
deux exemplaires que j'ai sous les yeux avec ceux que montre 
la figure précitée des Études d'Entomologie, laquelle représente 
le Spilosoma Leprieuri, il est aisé de reconnaître qu'ils sont 
dissemblables et que les papillons auxqu'ils ils s'appliquent ne 
sauraient, par conséquent, être identifiés. En effet, l'espèce re- 
cueillie à Bônc par M. Vallantin difière de celle de M. Ober- 
thiir: par sa taille plus grande, par l'opacité de ses ailes, par 
la teinte plus rougeàtre des supérieures, par la nuance au con- 
traire plus noirâtre des inférieures, et surtout par les trois 
bandes maculaires noires; alors qu'en fait de dessin, il n'existe 
chez Leprieuri, tant à la côte qu'au bord interne, que quatre 
taches noires entourées chacune d'une liture jaune mais sans 
trace de macules intermédiaires formant des séries transver- 
sales. 

Vallantini, à cause de son envergure et de la vivacité de sa 
teinte, me semble, au contraire, être plus voisin de l'espèce 
qui a été publiée par Lucas sous le nom de Pudens; et peut- 
être n'cst-il qu'une variété géographique remarquable de ce 
rare spilosoma. 11 s'écarte cependant très nettement de cette 
dernière forme : par l'accentuation des bandes transverses qui 
traversent l'aile supérieure, lesquelles font défaut chez Pudens 
etpar la nuance de l'aile postérieure qui est d'un brun noirâtre 
et non d'un fauve rosé. Quoi qu'il en soit, qu'il s'agisse d'une 
espèce indépendante ou simplement d'une variété locale; Val- 



56 



LE NATURALISTE 



lantini constitue un type bien tranché qu'il était utile de dési- 
gner par un nom spécial et que je me fais un devoir de dédier 
à l'entomologiste zélé qui a bien voulu se dessaisir en ma faveur 
des deux exemplaires de la curieuse Spilosoma qui fait l'objet de 
cette notice. 

2° Saturnîa atlantica Lucas, variété Marocana(Austaut). 

Cette rare et belle Saturnià a été figurée dans sa forme 
typique, d'abord par Lucas [Exploration scientique de l'Al- 
gérie planche 3, ligure i), puis par .Milliérc dans son magni- 
fique ouvrage qui a pour titre : Iconographie et description de 
Chenilles et Lépidoptères inédits d'Europe, tome III, 21 e livraison, 
planche 110, ligures 1 et 2, d'après deux exemplaires trouvés 
aux environs de Philippeville par le capitaine yieille et adressés 
par ce dernier à M. Bruand-d'Uzello, de Besancon. La trace de 
celle espèce semblait avoir été perdue depuis cette époque 
déjà lointaine, lorsque M. le docteur Vallantin la retrouva ré- 
cemment à Bônc où il fut assez heureux de découvrir la chenille 
de ce précieux Bombycide. Les exemplaires de ces différentes 
origines sont semblables entre eux. Ils appartiennent tous à la 
tonne typique représentée avec tant d'exactitude par Millière 
et caractérisée par une teinte générale assez claire, ainsi que 
par le ton gris jaunâtre qui couvre tant le bord antérieur des 
secondes ailes, depuis la cote jusqu'à la tache ocellée du 
disque. 

J'ai obtenu récemment, de mon côté, de l'extrême frontière 
du Maroc, dans la province d'Oran, trois exemplaires de la 
Saturnià Atlantica (1 mâle et 2 femelles) qui diffèrent sensible- 
ment du type primitif par un aspect plus rembruni ainsi que 
par diverses particularités dont voici les plus importantes : 
1° La ligne figurée qui traverse obliquement les quatre ailes 
est plus profondément dentée, notamment la partie qui forme 
un W" couché dans le voisinage du bord interne des supérieures ; 
2° les ocelles sont plus écartées des lignes basilaires transver- 
sales ; 3° la petite tache rouge qui termine le troisième angle 
de la ligne fulgurée à partir de la côte, fait complètement dé- 
faut; 4° le bord antérieur des secondes ailes est gris blanchâtre 
et non jaunâtre: enfin 5° le liséré blanc qui précède le limbe 
est plus étroit; il encadre l'aile postérieure depuis l'angle anal 
jusqu'à l'extrême limite du bord antérieur où il est appuyé du 
côte interne contre une bande brune étroite, alore que chez 
Atlantica typique, dont j'ai deux exemplaires bien frais sous 
les yeux, le dit liséré se perd subitement avant d'atteindre le 
bord antérieur dans la teinte jaunâtre qui s'étend sur toute 
cette partie de l'aile. Je dois ajouter encore que les deux sexes 
de la variété dont il s'agit sont semblables ; la femelle est aussi 
bien marquée et aussi vivement colorée que le mâle, contraire- 
ment à celle de la forme normale, laquelle est ordinairement 
plus terne que l'autre sexe. 

Je ne connais que trois sujets de cette variété nouvelle, les- 
quels font partie de ma collection : Un mâle et une femelle sont 
d'une conservation parfaite ; le troisième exemplaire, une fe- 
melle, estmalheureusement déjà fatiguée par l'usage de la vie; 
mais tous reproduisent intégralement les différents caractères 
que je viens d'ônumérer. 

Jules Léon Austaut. 



LA PHOTOGRAPHIE SAIS OBJECTIF 



La chambre noire, telle que la créa d'abord le physicien 
Porta, était, on le sait, une simple boîte percée d'une 
petite ouverture circulaire permettant aux rayons lumi- 
neux d'y pénétrer et de former sur la paroi opposée l'i- 
mage des objets extérieurs. 

Cette image était d'une grande netteté, d'une merveil- 
leuse finesse, mais aussi d'une faiblesse considérable ; 
cefut donc une véritable et heureuse révolution dans cet 
appareil primitif quand on munit l'ouverture d'une 
lentille convexe (objectif) permettant d'arriver par le tâ- 
tonnement au maximum de grandeur et de netteté à la 
fois. 

Or, «r.iprès de nombreuses expériences, entre autres 
c<lbs de M. Méheux, il est très facile d'utiliser la 
chambre noire sans objectif pour produire des images 
photographiques, et nous trouvons à ce sujet les détails 



suivants dans les Récréations photographiques, de MM. 
Bergeret et Drouin : 

« On a reconnu que, dans certains cas, la chambre 
noire simple possède des avantages particuliers sur 
celle à objectif. Le champ obtenu est, en effet, parfaite- 
ment rectilinéaire, la même ouverture peut servir avec 
différents tirages et fonctionne, par conséquent, comme 
une trousse disposant de tous les foyers possibles entre 
des limites assez étendues; enfin, l'angle embrassé peut 
être considérablement plus grand qu'avec les meilleurs 
grands angulaires. 

Telles sont les qualités particulières quiavaientfrappé 
M. Méheux, lorsque, en 1881, il fit ses premiers essais 
de photographie sans objectif. L'ouverture qui luisembla 
convenir le mieux fut un trou de0 mm ,3 de diamètre, bien 
circulaire, à bords tranchants, percé dans une plaque 
métallique. Une série d'ouvertures de diamètres diffé- 
rents, percées dans la même plaque, permet d'ailleurs 
de faire choix de celle qui donne le maximum de net- 
teté. Il va sans dire que la pose est assez longue, et se 
compte souvent par minutes. La lumière est presque 
toujours trop faible pour qu'onpuisse aisément voir l'i- 
mage sur la glace dépolie : il n\j a d'ailleurs pas de mise 
au point ; mais, comme il importe de faire cadrer le sujet 
sur la glace, on emploie pour cela une ouverture de 2 ou 
3 millimètres de diamètre, que l'on remplace, au mo- 
ment de la pose, par l'ouverture plus fine, donnant plus 
de netteté. 

M. le capitaine Colson a, de son côté, obtenu des ré- 
sultats intéressants dans le même ordre de recherches. 
Il a indiqué la relation suivante qui relie le diamètre d 
de l'ouverture à la distance f de la glace dépolie. 

r=— d - 



0.00081 






D étant la distance de l'objet à reproduire. 

Lorsqu'il s'agit de paysage, comme c'est presque tou- 
jours le cas, D peut être considéré comme infini, et la 
relation prend la forme : 

d? =0,0081 F, 
Fêtant alors le foyer principal; relation qui montre 
que la rapidité du système est d'autant plus grande que 
B est plus petit; autrement dit, s'il y avait possibilité de 
faire de l'instantané avec ce système, ce serait avec de 
petites ouvertures et de très courtes distances focales. 

Les figures 1 et 2 montrent un appareil dit Stênopê, 




'^Ourvu^s 5 



°ï*ïiïs€&*' 



Fig. 2. 



Piff. i- 

composé d'une plaque métallique circulaire percée de 
plusieurs trous de grandeurs différentes. Les deux trous 
percés à l'extrémité du même diamètre sont les mêmes 
et la plaque est mobile autour de son centre. Ce dispo- 
sitif permet d'utiliser trois ouvertures au choix, pour 
l'obtention d'épreuves, soit simples, soit stéréoscopiques. 



LE NATURALISTE 



57 



La figure 3 représente une chambre noire munie du Sté- 
nopé. 




Fig. 3 
LA PHOTOGRAPHIE SANS CHAMBRE NOIRE 

Après avoir opéré sans objectif, nous allons opérer 
sans chambre noire. 

« La chambre noire, disent les Récréations photogra- 
phiques, figure en tête de toute liste du matériel néces- 
saire, et, certes, l'on pourrait croire qu'il est impossible 
de faire un cliché sans cet appareil de première utilité. 
Eh bien, il n'en est rien, et la chambre noire, c'est-à-dire 
l'intervalle absolument obscur qui sépare l'objectif de 
la plaque, n'est pas rigoureusement indispensable. Sup- 
posons un objectif monté en face d'un écran blanc, et y 
donnant l'image d'un sujet quelconque. Cette image est 
visible à condition que la lumière diffusée parles objets 
environnants soit faible relativement à celle qui passe 
par l'objectif. Cette condition est facile à réaliser en re- 
couvrant l'ensemble d'un voile noir, sans qu'il soit néces- 
saire que ce voile soit complètement étanche à la lumière. 
Une plaque photographique, exposée dans les mêmes 
conditions, donnera évidemment la même image ; mais 
il faudra avoir soin, bien entendu, de ne découvrir la 
plaque que pour la pose; en un mot, d'obturer sur la 
plaque au lieu d'obturer sur l'objectif. On obtient ainsi 
d'assez bons clichés, au voile près, bien entendu. 

11 ne faut pas se dissimuler que la suppression de la 
chambre noire ne simplifie pas sensiblement le matériel 
photographique, l'objectif et la plaque devant être réunis 
d'une manière immuable : ainsi, la base de la chambre, 
J'avant et l'arrière, doivent subsister; or, il est bien évi- 
dent que la suppression du soufflet n'est pas de nature à 
alléger de beaucoup le bagage, ni à réduire considéra- 
blement son volume : aussi ne signalons-nous cette façon 
d'opérer que comme une curiosité, d'autant plus que 
l'obturation sur de grandes plaques n'est guère possible. 

Il est un cas cependant où la chose pourrait offrir 
quelque intérêt : c'est lorsqu'il s'agit de faire des instan- 
tanés de petite dimension; on a souvent recommandé, 
en effet, de faire agir légèrement la lumière sur la 
plaque, indépendamment de l'action fournie par l'ob- 
jectif. Tels sont les moyens qui consistent à fixer un 
papier dioptrique sur une partie d'une guillotine à longue 
chute, ou bien à faire agir la lumière verte avant le 
développement; lorsqu'on emploie l'appareil sans 
chambre noire, le même effet se produit, et peut, comme 
dans les cas ci-dessus, exercer une action favorable. 



La figure 4 représente un châssis-guillotine qui peut 
servir dans ce cas. 




FifT. 



Il va sans dire que, si la chute libre n'est pas suffisam- 
ment rapide, on l'accélère au moyen de deux ressorts 
de caoutchouc, dont on choisit la grosseur suivant les 



conditions d'éclairage. 



E. Santini (de Riols). 



LES DIAMANTS 

(Diamond Birds) 

Les Ornithologistes anglais avaient donné primitive- 
ment le nom de Diamant (Diamond bird) à quelques petits 
Passereaux d'Australie dont le plumage était semé de 
points blancs. Ce nom a été étendu par les marchands 
oiseliers à un certain nombre d'espèces appartenant à 
des genres très différents et dont quelques-unes ne sont 
pas de provenance australienne. 

Nous avons cru intéressant de donner une liste' des 
principales espèces désignées dans le commerce sous le 
nom de Diamants, avec l'indication de leurs noms scien- 
tifiques et de leur habitat. 

Diamant modeste. — Cette espèce doit son nom à sa 
livrée peu brillante, son plumage entièrement gris n'e'- 
tant rehaussé que par une tache d'un rouge-cerise qui 
couvre la nuque. C'est YAidemosyne modesta (Gould), qui 
habite toute l'Australie du sud et n'est importée en Eu- 
rope que depuis une vingtaine d'années. 

Diamant aurore. — Le plumage de cet oiseau, qui ne 
justifie nullement le nom pompeux que lui donnent les 
oiseliers, est d'une teinte grise, relevée seulement par la 
coloration rougeâtre des ailes, du croupion et de la 
queue, c'est la Pytelia phœnicoptera (Swains.); elle ha- 
bite l'Afrique australe et occidentale et est assez rare- 
ment importée. 

Diamant phaéton. — Le Phaéton (Nœchmia phaeton, 
Homb. et Jacq.) n'a pas un plumage beaucoup plus 
brillant que le précédent; les oiseliers anglais le nom- 
ment aussi Astrild-Soleil et Amarante australienne. Cet 



LE NATURALISTE 



oiseau habite l'Australie occidentale et septentrionale; 
il esl encore rare dans le commerce. 

Diamant à bavette. — La bavette noire qui s'étend sous 
la gorge a valu ce nom à cette espèce que Gould avait 
nommée Poeplnla cincta, à cause du trait noir qui s'étend 
comme une ceinture, d'une aile à l'autre, en passant der- 
rière les cuisses. L'Australie occidentale est sa patrie, et 
son importation est assez récente, les premiers indivi- 
dus parvenus vivants en Europe ayant été apportés en 
1861 au Jardin zoologique de Londres. 

Diamant de Gould. — Ce magnifique Passereau avait 
é lé placé dans le genre Poephila par Gould qui, sous le 
nom de Poephila Gouldise, l'avait dédié à sa femme, com- 
pagne inséparable de ses voyages. Reichenbach a cru 
devoir détacher cette espèce et la suivante pour en for- 
mer un groupe spécial auquel il a donné le nom de 
Chloebia. La Ckloebia Gouldise habite la côte occidentale 
de l'Australie ; d'importation récente, elle a encore au- 
jourd'hui une valeur de 60 francs la paire. 

Diamant mirabilis. — La Chloebia mirabilis (Homb. et 
Jacq.) ne diffère de la précédente que par la couleur 
carmin qui remplace le noir velouté de la tête. Mac Gil- 
livray aflirme que ces deux espèces ne doivent pas être 
séparées et qu'il a rencontré un certain nombre d'indi- 
vidus à lète plus ou moins rouge, établissant le passage 
d'une espèce à l'autre. 

Hombron et Jacquinot découvrirent cette espèce dans 
les environs de la baie de Raffles, sur la côte nord de la 
Nouvelle-Hollande. Elle est encore rare et d'un prix aussi 
élevé que la précédente. 

Diamant à gouttelettes. — Cet oiseau, désigné dans les 
anciens ouvrages d'Ornithologie sous le nom de Gros-bec 
de Latham, doit son nom aux petites taches blanches 
répandues sur ses flancs. C'est la Stagonopleura guttata 
(Shaw), qui habile les parties méridionales de l'Australie, 
où Gould l'a rencontrée, principalement dans la Nou- 
velle-Galles; elle n'est pas importée très fréquemment 
en Europe. 

Diamant mandarin. — Les oiseliers désignent aussi ce 
petit Passereau sous les noms de Moineau mandarin et de 
Diamant à moustaches, à cause delà raie blanche enca- 
drée entre deux traits noirs qui sillonne chaque côté du 
bec; pour les Ornithologistes c'est la Txniopygia casta- 
notis (Gould), espèce répandue dans tout l'intérieur de 
l'Australie et fréquemment importée. 

Diamant de Birhenow. — Cette charmante espèce est la 
Stictoptera Bichenovii (Vig. et H.); elle habite le sud et 
l'ouest de l'Australie. Son importation est assez récente, 
et le D r Rûss dit que c'est à Paris, à l'occasion de l'Expo- 
sition Universelle de 1867, qu'il vit pour la première 
fois une paire de ces oiseaux, dont le prix était de 
100 francs. Moins rare aujourd'hui, celte espèce n'appa- 
raît dans le commerce qu'à des intervalles de temps 
assez éloignés. 

Diamant a trie rouge. — Cette espèce est VAmbhjnura, 
cyanovirens (Peale) ; elle habite les îles Samoa d'où elle 
n'est importée que très rarement. 

Diamant Incolore. — Connu aussi sous le nom de Dia- 
mant deKittlitz,cet oiseau (Acalantha Kittlitzi, lîp.) habite 
s Carolines; on doit à Kittiz les premiers rensei- 
gnements sur cette espèce qui est mvr dans le com- 
me i 

Donnant ijuml, imliiir . — Cet oiseau, que BrisSOn 

avail décrit sous le nom do Gros-bec dr .hua, el BufTon 
celui de Quaêricolor, est vendu par Les oiseliers sous 



le nom de Pape de prairies ; c'est l'Erythrure verte (Ery- 
thura prasina, Sparrin.), qui habite les îles de Java, Su- 
matra et Bornéo et est très fréquemment importée en 
Europe. 



LES TROIS RÈGNES DU MONDE ORGANISÉ 



Les êtres de la nature ont été répartis en deux grands 
groupes, que l'on appelle le monde organisé elle monde 
inorganique. Le premier, comme son nom l'indique, 
renferme tous les êtres constitués d'organes, qui ,leur 
permettent de vivre d'une vie indépendante ou en so- 
ciété. Le second renferme tous les corps qui ne présen- 
tent pas trace d'un organisme vivant, comme les pierres, 
les liquides, les gaz. Nous nous bornerons à étudier le 
monde organisé dans son ensemble. 

De tout temps, on l'a partagé en deux règnes : le règne 
animal et le règne végétal. Aujourd'hui une certaine 
école a de la tendance à les réunir en un seul, sous 
prétexte que les liens qui les unissent sont tellement 
intimes, qu'on ne peut trouver de ligne de démarcation 
bien nette, qui s'applique à tous les cas que l'on ren- 
contre. Cette difficulté tient simplement aune chose : au 
lieu de deux règnes dans le monde organisé, il serait 
beaucoup plus logique d'en compter trois, classés dans 
l'ordre suivant : le règne des animaux, le règne des 
champignons et le règne des végétaux verts. Quand on 
admet résolument trois règnes, au lieu de deux, il devient 
beaucoup plus facile de les délimiter d'une manière 
satisfaisante. 

Il est bien surprenant que les savants n'aient pas 
adopté plutôt cette classification, qui a l'avantage d'é- 
clairer d'une vive lumière toutes les obscurités que pré- 
sentent les classifications ordinaires. 

Nous appelons animaux, tous les êtres vivants qui ava- 
lent leurs aliments; champignons, tous ceux qui vivent 
par endosmose seule ; et végétaux, tous ceux qui vivent 
par endosmose, et qui absorbent de plus l'acide carbo- 
nique. A la faveur de leur chlorophylle, ces derniers 
décomposent l'acide carbonique, en fixant le carbone, et 
en dégageant l'oxygène régénéré. 

Quelques êtres vivants paraissent faire exception à 
cette classification générale. Ainsi, il y a des animaux 
parasites qui vivent par endosmose seule, et qui n'ont 
pas de bouche pour avaler leurs aliments. De même on 
rencontre un certain nombre de végétaux ordinaires qui 
ne sont pas colorés en vert par de la chlorophylle. 11 n'y 
a guère, dans ce monde, de règle sans exception. 11 faut 
savoir se contenter de ce que l'on a, sans prétendre à 
une perfection qui est en dehors de noire portée. Le 
soleil lui-même a des taches, et beaucoup; elles se 
renouvellent à toute heure : ce n'en est pas moins un 
astre éclatant de lumière. D'ailleurs, les exceptions con- 
cernant notre classification sont relativement peu impor- 
tantes. Les parasites dépourvus de bouche dérivent d'a- 
nimaux plus parfaits, qui possédaient une bouche, avant 
d'être plongés dans un milieu, où leurs descendants ren- 
contrent une nourriture toute digérée par l'hôte qui les 
héberge. Leur peau joue le rôle d'une muqueuse diges- 
tive : leur bouche est celle de l'animal chez lequel ils 
vivent en parasites. De même, les végétaux dépourvus de 
chlorophylle vivent en parasites sur d'autres végétaux, 
qui en possèdent pour deux. Ou voit combien ces excep- 



LE NATURALISTE 



59 



Bons sont plus apparentes que réelles. Nous allons 
démontrer pourquoi les champignons méritent de con- 
stituer un règne à part. 

Jusqu'ici, on les classait dans le règne végétal, entre 
les algues et les lichens. Mais ils diffèrent des végétaux 
par des caractères physiologiques d'une telle importance 
qu'on aurait tout aussi hien le droit de les ranger parmi 
les animaux. Sans doute, la paroi de leurs cellules est 
une membrane de cellulose, comme celle des végétaux; 
mais le contenu est bien différent. D'abord, on n'y ren- 
contre de l'amidon qu'à titre exceptionnel; ensuite on 
n'y voit pas de chlorophylle. De sorte que ces êtres rem- 
plissent des fonctions différentes de celles des plantes, 
qui se rapprochent singulièrement de celles des ani- 
maux. Les champignons croissent en parasites sur les 
êtres organisés vivants ou morts, dans des liquides orga- 
niques ou sur des tissus organisés, qu'ils ont pourmis- 
sion de ramener progressivement à leurs éléments 
inorganiques primitifs. Les animaux se nourrissent 
d'êtres organisés qu'ils décomposent partiellement, sans 
pouvoir les ramener en totalité à leurs éléments fonda- 
mentaux. Les champignons achèvent cette décomposition 
jusqu'au bout : ils transforment l'urée en carbonate 
d'ammoniaque. C'est alors que les végétaux arrivent à 
leur tour pour produire de la matière organisée, à l'aide 
des matériaux lires du monde inorganique, qui lui ont 
été restitués par l'action complètement destructive des 
champignons. 

Les végétaux composent la matière organisée; les ani- 
maux la décomposent en partie et les champignons 
achèvent cette décomposition, qui n'était encore que 
partielle (1). 

Les champignons se rapprochent donc, par leurs fonc- 
tions, tout à fait des animaux et se séparent absolument 
des végétaux sous ce rapport. Comme on ne peut pas 
en faire des animaux, il est tout naturel d'en former un 
règne à part. 

Ne sait-on pas depuis longtemps que la combustion 
et la putréfaction des champignons donnent des produits, 
qui rappellent tout à fait l'odeur des cornes, des poils et 
de la chair brûlés ou pourris"? Il est donc probable 
qu'avec les progrès de la science, la chimie démontrera 
que leur protoplasma a une composition voisine de celle 
des animaux. 

Au point de vue du parasitisme, c'est bien autre chose 
encore! Animaux et champignons sont des parasites 
destructeurs des végétaux et d'eux-mêmes. Les algues 
parasites au contraire jouent un rôle de protection, de 
symbiose, de commensalisme, chez les êtres qui les hé- 
bergent. Avec les champignons, elles forment les lichens; 
avec les animaux, qu'elles colorent en vert, elles aident 
l'animal dans sa lutte contre l'existence, en lui fournis- 
sant du carbone et une gelée nutritive. 

En définitive, si l'on compare dans la nature les cham- 
pignons aux végétaux, on verra toujours les premiers 
s'éloigner des seconds pour se rapprocher des animaux, 
au point de vue de leurs fonctions. Si leur paroi de cel- 
lulose ne permet pas de les identifier aux animaux, 
puisqu'elle est de nature végétale, le contenu de leurs 



1 Dans certains cas pourtant, les animaux arrivent à dé- 
composer complètement la matière organisée, sans que l'inter- 
vention des champignons soit nécessaire. C'est ainsi qu'ils 
exhalent de l'acide carbonique par leur respiration: mais c'est 
l'exception. 



cellules leur fait jouer un rôle tellement différent de 
celui des végétaux verts, qu'on est bien obligé d'en for- 
mer un règne à part, si l'on veut rester toujours dans les 
limites de la justice et de la vérité. 

D r BOI'GON. 



OISEAUX ACRIDOPHAGES 



ECHASSIERS — GRALLJE. 

La grande famille des Échassiers nous fournit les 
auxiliaires les plus précieux, les plus redoutables dans 
la lutte contre les sauterelles dans toutes les périodes 
de leur existence. Depuis le géant de l'espèce jusqu'aux 
infiniment petits, tous avec une ardeur égales se nour- 
rissent exclusivement de sauterelles, lorsque ces insectes 
se trouvent en abondance à leur portée. La sauterelle 
est la grande nourricière des arpenteurs de steppes, 
indispensable à l'élevage des jeunes oiseaux de nom- 
breuses espèces de celte famille. 

L'Autruche, Struthio. 

Cet oiseau, dontla description est suffisamment connue, 
diffère selon les contrées de son habitat dans ses dimen- 
sions corporelles et la qualité de son plumage, précieux, 
très recherché. Il est remarquable que cette différence 
physique se constate également pour les œufs. Les 
plumes de qualité supérieure sont toujours la production 
exclusive de l'espèce soudanaise ou barbaresque. Malgré 
la concurrence des prix avilissant des plumes de 
l'Afrique australe, la préférence méritée reviendra dans 
une mode nouvelle, retour au passé, à l'espèce barba- 
resque, dont uniquement les plumes permettent l'em- 
ploi gracieux et élégant de la plume simple sans dou- 
blure : la parure recherchée par l'élégance d'antan, plus 
soucieux de raffinement que les fashionables au rabais 
de nos jours. 

L'élevage de l'Autruche dans nos possessions africaines 
de l'Algérie, de la Tunisie, de la Sénégambie, est cer- 
tainement possible. Il n'est pas chimérique d'espérer la 
reconstitution des nombreuses Autruches qui ont par- 
couru le Sahara et les steppes des Hauts-Plateaux, dont 
le nombre, prodigieux autrefois, permettait des hors- 
d'œuvre de quelques centaines de cervelles d'Autruches 
dans le menu d'un festin de l'empereur romain Hélio- 
gabale ! 

Au surplus le seul animal saharien dont on ait trouvé 
jusqu'ici les restes fossiles (1) est un habitantdes steppes 
et des déserts, qui manque totalement dans le Sa- 
hara Algérien, victime de l'imprévoyance et de la 
cupidité humaines! 

D'après les observations des nombreux voyageurs na- 
turalistes, qui ont vu l'Autruche sauvage dans son ha- 
bitat, aux époques d'éclosiondes criquets les Autruches 
s'en nourrissent presque exclusivement, c'est pour ainsi 
dire la première alimentation des jeunes Autruchons. 
C'est surtout de grand matin, lorsque les sauterelles 
adultes sont entassées par terre, engourdies par le froid 

(1) Le musée de Saint-Germain i>ossède un œu f d'une di- 
mension exceptionnelle dont l'aspect dénote un âge très re- 
culé : cet œuf a été trouvé par la mission Flatters dans les 
dunes au Sud de Ouargla, dans l'Erg, au Hassi el Rhatmaïa 
On a rencontré des fragments d'œufs d'Autruche dansions les 
ateliers de silex sahariens. 



(iO 



LE NATURALISTE 



produit par le rayonnement nocturne, qu'elles sont en- 
glouties par l'Autruche avec une voracité sans égale. 
Cette qualité d'acridophage doit être une des considéra- 
lions importantes qui militent en faveur de la reconsti- 
tution de nombreux troupeaux d'Autruches dans les 
steppes du Sahara et des Hauts-Plateaux; ce serait pour 
l'Algérie de précieux auxiliaires dans la lutte contre le 
fléau périodique africain qui cause la ruine et la mi- 
sère à chacune de ses apparitions. 

Dans la séance du 22 janvier dernier de l'Académie des 
Sciences, après communication par M. Milnes Edwards 
d'un mémoire sur l'Autruche en Afrique, admettant la 
nécessité de reconstituer l'Autruche en Algérie la pa- 
role autorisée d'un de ses membres les plus distingués, 
le savant entomologiste M. Blanchard, a confirmé l'exac- 
titude de mes observations. 

La réacclimatation de l'Autruche en territoire fran- 
çais ne pourrait se réaliser que grâce à l'appui du Gou- 
vernement, seul dispensateur des emplacements impor- 
tants nécessaires à cet élevage, un particulier ne sau- 
rait suffire par ses ressources à créer cette industrie! 
C'est grâce à l'emploi judicieux d'immenses étendues de 
terrains favorables que la réussite dans l'Afrique aus- 
trale est si surprenante. A l'exemple des colons anglais 
et hollandais, nous voyons aujourd'hui les Hottentots et 
les Cafres indépendants, interdire l'entrée de leurs ter- 
ritoires aux chasseurs blancs et protéger les survivants 
de l'espèce sauvage encore en liberté ; d'ailleurs depuis 
1878 ils pratiquent l'élevage en domesticité dont les 
produits, grâce au procédé de demi-liberté surveillée, 
sont bien supérieurs à ceux fournis par les colons blancs 
du Cap. L'élevage des Autruches, celui de la Chèvre an- 
gora sur les Hauts-Plateaux algériens pourraient être 
une importante source de revenus français. Serons-nous 
toujours tributaires de l'étranger pour les plumes d'Au- 
truche et le poil mohair? En présence de l'indifférence 
publique qui semble envelopper cette question, la té- 
nacité la plus opiniâtre surmontera peut-être les diffi- 
cultés présentes; pour mon compte personnel, je ne me 
laisserai pas décourager malgré les échecs et les dé- 
boires de mes tentatives persévérantes. 

Je ne saurais trop rappeler comme exemple frappant 
le succès d'un des éleveurs de la première heure, Arthur 
Douglass, qui entreprit l'élevage des Autruches près de 
GrahamsTown. En 1865, il possédait trois Autruches 
sauvages, plus tard il en eut huit. Dès qu'il eut constaté 
qu'elles pondaient en captivité il commença des expé- 
riences d'incubation artificielle. Pendant trois ans, 
les résultats furent peu satisfaisants, mais bientôt, grâce 
à un incubateur particulier, ils devinrent tout à fait sur- 
prenants. En moins de dix ans, M. Douglass vit s'élever 
à neuf cents le nombre de ses onze Autruches primitives, 
dont l'accroissement annuel a fourni un appoint consi- 
dérable dans le stock d'oiseaux vivants actuellementdans 
la colonie du cap de Bonne-Espérance. 

Les premières Autruches furent domestiquées au Cap 
en 1865. Le recensement officiel de cette année accuse 
l'existence de 80 Autruches : dix ans après, en 1875, 
on en comptait 32.247 ? En 1888 le recensement constate 
L'existence de 152.445 Autruches. En 1889, année d'épi- 
zootie et de sécheresse, le recensement constate l'existence 
de 140.684 Autruches. Sans commentaires ! 

Il est probable qu'aujourd'hui le nombre total des 
Autruches de l'Afrique australe doit s'élever à plus 
de 2Ô0.000? 



Quoique le commerce des plumes d'autruche se rat- 
tache à une industrie de luxe, à une question de mode, 
on ne peut méconnaître l'importance qu'il acquiert dans 
l'état économique actuel, en particulier lorsqu'on réflé- 
chit que la mode qui a fait de ces plumes une parure de 
prix, dure depuis près de quatre mille ans. Le front des 
Pharaons, dont la dynastie compte parmi les plus 
anciennes de l'Egypte, en était en effet orné; et de nos 
jours elle jouit de la même faveur, mais elle s'est démo- 
cratisée au point qu'à Londres elle coiffe la première 
pauvresse venue à la recherche d'un penny. 

Durant la période de temps comprise entre 1879 et 
1888, la Colonie du Cap n'a pas exporté moins de un 
million de kilogrammes de plumes. Les poids des quan- 
tités exportées depuis cette époque suivent l'échelle 
ascendante proportionnelle au nombre d'oiseaux vivants. 

Cette production anormale de plumes déroute quelque 
peu les traditions de ce commerce; toutefois, il est 
permis de prévoir une transformation dans l'industrie 
qui emploie les plumes d'autruche (1); le bon marché 
relatif du produit permettra des applications nouvelles, 
dont la recherche s'impose aux industriels avisés. D'au- 
tre part, dans le but de mettre un frein à la production 
des plumes de qualité inférieure, on a émis au Cap l'idée 
de placer les autruches domestiques sous la protection 
de la loi, comme les autruches sauvages. Il ne s'agirait 
que de faire déterminer par un acte du Parlement le 
nombre et la nature des plumes qui peuvent être rai- 
sonnablement enlevées à l'animal dans un temps donné. 
Cela nous paraît inconciliable dans la pratique, avec les 
principes de liberté commerciale et industrielle, en hon- 
neur chez nos voisins. 

Une autruche adulte ne produisant pas dans l'année, 
en moyenne, plus' d'un quart de livre de très belles 
plumes on n'en tirerait qu'un revenu insuffisant si l'on 
se contentait de cette récolte de premier choix. En effet 
la qualité superfine (Wite primes) ne se paie pas plus de 
300 fr. la livre à Cape-Town; il faut donc de toute néces- 
sité trouver le débouché et une rémunération par les 
plumes de qualité inférieure. 

Voici un tableau détaillé de l'importance des transac- 
tions sur les plumes d'autruche au Cap de Bonne Espé- 
rance. 



Années 1879 

— 1880 

— 1881 

— 1882 
1883 

— 1884 

— 1885 

— 1886 

— 1887 

— 1888 



LIVRES ANGLAISES 




AVOIR BU POIDS. 


LIVRES STERLING. 


(453 OR.) 


(25 fr. 25.) 


96.582 


655.756 


163.065 


883.632 


193.612 


894.241 


253.954 


1.093.989 


247.179 


931.380 


2:33.411 


966.479 


251 084 


585.278 


288 . 568 


540.230 


268.832 


305.587 


259.967 


347.792 


2.256.254 


L. 7.290.304 


Kil. t. 022. 083 F 


r. 184.081.991 



(1) Renseignement rétrospectif: Autrefois, les plumes d'au- 
truche de qualité inférieure él aient employées dans la fabri- 
cation des draps fins de Sedan, comme lisière des pièces do 
, drap; on s'en servait aussi dans la fabrication des chapeaux. 



LE NATURALISTE 



Gl 



D'après les relevés ofticiels, le prix moyen calculé sur 
l'ensemble des plumes de toutes catégories était : 

En 1860, de 8 livres sterling 8 sbelling 

En 1865, — 3 — 4 — 

En 1870, — 3 — 4 — 

En 1875, — 6 3 — 

En 1880, —5 — 8 — 

En 1884, — 4 — 2 — 

Les productions du ïransvaal et de l'Etat libre d'O- 
range ne figurent pas dans ce relevé, qui ne comprend 
pas non plus la quantité de plumes fournies par les 
peuplades nègres indépendantes de l'Afrique Aus- 
trale (1). 

Le Bulletin Consulaire de 1890 contient le très intéres- 
sant rapport de M. Coutouly, nous donnant le tableau 
comparatif des quantités exportées et des valeurs décla- 
rées durant la période décennale 1879-1888. 

En 1885, il y eut une chute profonde; pour l'année 
1888 le prix moyen ne peut pas être évalué à plus de 
1 )iv. 8 sh.; les cours pratiqués en 1893 sont encore plus 
bas. 

Voici un aperçu des prix de vente pratiqués durant 
cette période pour oiseaux vivants : 

En 1871, un Autruchon valait au sortir de l'œuf 5 1. st., 
âgé de quelques mois 8 à 10 1. st., un adulte se payait 
jusque 50 1. st. 

En 1881-82, un couple d'oiseaux reproducteurs (Bree- 
ding Birds) se vendait jusqu'à 250'1. st. (6,250 fr.) ; en 
1883, ce prix était descendu à 40 et 50 livres (1,000 à 
1,250 fr.); en 1889, le Bulletin mensuel de la maison 
Thomson, Watson and C°, de Port-Elisabeth, cote les 
prix suivants pour les oiseaux vivants : 

Couples reproducteurs d'Autruches Prix inconnu. 

n'ayant pas encore couvé. 4 à 5 L. 

Oiseaux de 4 ans 3 à 4 L. 

— de 2 à 3 ans 2 à 3 1.. 

— de 1 à 2 ans 1 à 2 L. 

Autruchons de 1 à 3 mois, 5 à 7 sh. d. (6 fr. 25 à 
9 fr. 25). 

Pour apprécier en toute connaissance de cause l'im- 
portance du commerce des plumes d'Autruche, malgré 
la corrélation peut-être indirecte avec l'objectif « étude 
de l'importance de l'élevage des Autruches au Cap » le 
tableau des exportations des plumes dénommées de Bar- 
barie complétera utilement cette statistique d'après les 
Annual Séries du Foreign Office et le Bulletin Consulaire 
Français. Nous avons pu utiliser pour cette partie le 
beau travail de M. Schirmer, Le Sahara. (Conditions ac- 
tuelles du commerce). 

TRIPOLI. H. ANGLAIS. R. FRANÇAIS. 

1884 4.600.000 5.280.000 

1885 2.125.000 ? 

1886 750.000 ? 

1887 375.000 550.000 

1888 1.000.000 1.250.000 

1889 1.375.000 875.000 

1890 2.375.000 ? 

1891 2.000.090 ? 
Moyenne 1.826.000 

Bengazi rapp. angl. (2). 

(1) Le rapport de M. Dausseny, vice-consul à Durban (Natal), 
de l'année 1889 (les rapports do 1890, 1891, 1892, sont muets), 
donne les chiffres suivants : les expéditions de la Natalie ont 
et» respectueusement de 2,783, 2,730, 2,215, 1,130, 1,095 1. st. 
(1. st., 25 fr. 25) produisant 3,463,795 francs. 

(2) On sait que les négociants de Tripoli font via Bengazi 
toutes leurs affaires avec le Wadaï. 



Moyenne de 6 ans, 1885-90 : 181.000 fr. 

Bengazi exporte à Malte et à Tripoli, sans que l'on 
puisse, en l'absence des statistiques douanières, déter- 
miner la part que ces places prennent chacune à son 
commerce. Une partie des envois de Bengazi sont donc 
réexpédiés par Tripoli et l'exportation réelle est infé- 
rieure au total des sorties de ces deux ports. 

Exportation par Mogador (1), rapport Beaumier, de 
1865 à 1874. Total 507,000 fr. 



ANGLAIS. 
1884 

1885 
1886 
1887 
1888 
1889 
1890 
1891 



FRANCS. 

375.000 

120.000 

3.700 

30.000 



44.000 
377.000 



Jusqu'en 1880, les colons du Cap n'avaient pas encore 
de concurrents dans cette industrie lucrative. En 1881, 
quelques expéditions d'Autruches du Cap, à destination 
de Buenos-Ayres et de Montevideo, s'ajoutant aux entre- 
prises de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande et de l'Ile 
Maurice, provoquèrent l'établissement d'un droit de sor- 
tie de 2,500 fr. par oiseau et de 125 fr. par œuf, que le 
Gouvernement colonial a maintenu depuis 1883. 

Les établissements pour la reproduction des Autruches 
fondés dans les pays susmentionnés sont tous pros- 
pères; l'Exposition de 1889 a permis d'en apprécier les 
produits remarquables. L'établissement de Mataryeh, 
près du Caire (Egypte) et ceux de l'Algérie n'ont pas été 
aussi heureux; toutefois, celui d'Egypte existe encore, 
alors que les établissements algériens sont fortement 
éprouvés ou ont disparu. 

Les diverses entreprises algériennes ont échoué, par 
suite de causes assez complexes; nous ne signalerons 
que celles de l'ordre général, soit : climat humide du 
littoral, emplacements trop restreints et mal appropriés 
au développement des jeunes oiseaux. 

(A suivre.) Forest 



ACADÉMIE DES SCIENCES 



Séance du 5 février. — MM. C. Phisalix et Bertrand, 
en continuant leurs recherches sur le venin de la vipère, sont 
arrivés à trouver une atténuation de ce venin par l'action de 
la chaleur et sont parvenus, en vaccinant des Cobayes avec ce 
venin atténué, à les rendre indemnes sous une action ulté- 
rieure du venin entier. — Le venin chauffé de 75° à 90° vac- 
cine, tandis que le venin entier, même à la dose la plus faible, 
engendre seulement une accoutumance progressive et lente, 
mais pas de vaccination réelle. — M. Paul Girod, à la suite 
d'observations physiologiques qu'il a entreprises sur le rein de 
l'Escargot (Hélix Pomatia, L.) arrive à conclure que l'Escar- 
got possède, dans sa vésicule urinaire, une glande alcaline 
spéciale, chargée de transformer, par sécrétion, en urate de 
soude, l'acide urique excrété par le rein. — M. Edmond Per- 
rier présente à l'Académie une note de M. Bordas sur les 
glandes salivaires des Hyménoptères; dans cette note l'auteur 
ramène les groupes de glandes salivaires principales à sept, 
soit : 1° Les glandes salivaires thoraciques ; 2° Les glandes 
postocellaires ; 3° Les [glandes supracérébrales ; 4° et 5» Les 
glandes mandibulaires externes et internes ; 6° Les glandes 
sublingnales ; 7° Les glandes maxillaires. — M. Ch. Bruyant 



(1) Mogador est le port d'embarquement d'une partie des 
provenances du Soudan occidental, principalement centrali- 
sées à Tombouctou, le surplus passe par In'salah, Ghadames 
et Tripoli. i F - «•) 



62 



LE NATURALISTE 



signale à l'Académie ïa présence en Auvergne d'un Hémiptère 
aquatique stridulant encore peu connu, et décrit le mode au 
moyen duquel il produit cette stridulation. — M. de Gros- 
souvre signale les relations qu'on observe entre les transgres- 
sions marines et les mouvements du sol. 

Séance du 12 février. — MM. C. Phisalix et G. Ber- 
trand découvrent la propriété antitoxique du sang des ani- 
maux vaccinés contre le venin de la vipère. Le sang des 
cobayes immunisés par accoutumance possède cette propriété, 
mais à un degré beaucoup plus faible que celui des animaux 
immunisés par vaccination. En employant cette dernière mé- 
thode, qui n'offre aucun danger et qui permet d'inoculer des 
doses croissantes d'Echidno-vaccin, MM. C. Phisalix et G. 
Bertrand espèrent obtenir des modifications du sang suffisam- 
ment intenses pour qu'il puisse être utilisé comme agent thé- 
rapeutique. — M. A. Peytoureau, à ia suite des recherches 
qu'il a entreprises sur l'atanomic et le développement de '.'ar- 
mure génitale femelle des insectes lépidoptères, pose en prin- 
cipe que l'abdomen des Lépidoptères femelles est formé de dix 
urites ; le huitième est généralement modifié, mais toujours 
reconnaissable chez l'adulte, le neuvième est atrophié et soudé 
au dixième ; ce dernier est constitué par un tergitc seulement ; 
l'anus et l'oviducte débouchent par deux orifices distincts entre 
les valves latérales du dixième urostergitc au-dessus du neu- 
vième urosternitc. Le canal de la poche copulatrice s'ouvre 
entre le septième et le huitième sternitc. L'anus et l'orifice 
copulateur occupent donc la même situation que chez les 
Orthoptères coureurs. Il n'en est pas de même de l'orifice de 
l'oviducte dont la position se trouve sensiblement modifiée. — 
M. J. Kunckel d'Herculais, à la suite de l'étude des phéno- 
mènes d'hypermétamorphose ou d'hypnodie qu'il a observés 
chez, les Cantharidiens, hôtes à l'état lavaire des Coques Ovi- 
gères des Acridiens, croit pouvoir considérer la phase dite de 
pseudo-chrysalide de ces êtres comme une sorte d'enkyste- 
ment pour lequel il propose le nom d'hypnothèque. — M. Ed- 
mond Perrier présente à l'Académie une note de M. Bordas 
sur les glandes salivaires des Hyménoptères de la famille des 
Crabonidse. L'auteur décrit, chez plusieurs espèces de cette 
famille (Astata Boops, A. aflinis, etc.), cinq paires de glandes : 
1° Les glandes salivaires thoraciques ; 2° Les glandes supra- 
cérébrales ; 3° Les glandes mandibulaires ; 4° Les glandes 
sublinguales; 5° Les glandes linguales. — M. B. Renault en 
étudiant des coupes de Lépidodcndrons silicifiés du Culm, à 
découvert des œufs qu'il pense devoir rapporter à un hydra- 
chnide ou à un insecte aquatique parasite de ces végétaux. 
— M. Stanislas Meunier adresse à l'Académie quelques ob- 
servations sur la constitution de la roche mère du Platine. — 
M. L. Gentil signale et décrit un gisement d'àpophyllite 
situé près de Collo. 

A.-Eug. Malard. 



CHRONIQUE 



Une source de savon. — Dacola, à 68 milles du capBuf- 
falo, possède une source naturelle de savon. Il sort de terre 
sous forme d'écume bouillante et dessèche à l'air. Ce savon res- 
semble â de l'argile tendre, et on peut le recueillir avec une 
pelle. On suppose quec'estun mélange d'alcali, de soude et de 
pétrole, ce dernier se trouvant dans plusieurs endroits des en- 
virons. 

Nourri turc de la Courtilière. — Nous relevons dans le 
liullelin de la Société Vaudoise des sciences naturelles le ré- 
sultai des recherches faites par A. Forci sur les matières con- 
tenues (fuis l'estomac de la taupe-grillon, une sorte de bouillie 
qui, vue au microscope, présentait un amalgame composé en 
grande partie de restes de cellules animales, dégraisse et de fi- 
laments de muscles. De rares débris végétaux s'y trouvaient 
mélangés. Selon toute probabilité, la taupe-grillon se nourrit 
principalement de vers et d'autres petits animaux qui vivent 
-ois terre. De temps à autre elle peut se laisser tenter par 
quelques racines tendres pour varier cette nourriture animale. 
tre aussi se contente-t-elle de couper celles qui se ren- 
son passage Quoi qu'il en soit, le résultat est le 
même dans les deux cas; et la taupe-grillon continuera à être 
inné un animal nuisible. 

Étude sur les Champignons. — Tous les mycologues 
liront arec intérêt un chapitre publié par Board. of agriculteur 
sous le litre d'- Heport oj Ihr intelligence Department on Rusl 
or Milieu! on Wheat Planta 1892. London, 1893. 



Après avoir énuméré les observations faites en Angleterre 
pendant l'été de 1892, il passe en revue celles qui ont été 
faites antérieurement en Australie, en Allemagne, dans les 
Indes et au Japon. Trois belles planches en couleur reprodui- 
sent Accidium Berberidis Pcrs., Puccinia Graminis Pcrs. et 
Puccinia Rubigo vera D. C. Une quatrième planche, également 
coloriée, représente des grains de blé sains et avariés. 

Chenille nuisible d'Afrique. — Dans le pays des Ba- 
venda, au nord du Transvaal, il existe une chenille que les 
indigènes nomment Khohc et dont le contact produit chez 
l'homme une douleur intense et brûlante ; mélangée à la nour- 
riture des animaux domestiques, elle peut occasionner la mort. 
On ne connaît pas encore le papillon auquel elle donne nais- 
sance. Chaque anneau porte, sur la partie dorsale, deux proé- 
minences semi-sphériques situées l'une adroite l'autre à gauche 
de la ligne médiane du corps, et garnies de poils dursetaigus. 
Des touffes de ces mêmes poils se trouvent encore sur la partie 
inférieure des anneaux. Il n'a pas été possible jusqu'à ce jour 
de savoir si ces poils sont reliés à des glandes venimeuses. Deux 
causes peuvent déterminer la mort chez les animaux domes- 
tiques. On suppose d'abord que, consommées en grande quan- 
tité avec le fourrage, ces chenilles occasionnent une inflamma- 
tion des intestins par suite de l'introduction des poils dans la 
muqueuse de l'estomac. Mais il est plus probable que les poils, 
en pénétrant dans la langue des animaux, y font naître une 
forte inflammation. La langue s'enfle rapidement et les ani- 
maux ne peuvent plus manger. L'enflure progresse et gagne 
les tissus do l'arrière-bouchc et du larynx et provoque une 
asphyxie foudroyante. 

Muséum d'histoire naturelle. — Cours de Culture. — 
M. Maxime Cornu, professeur, commencera ce cours le ven- 
dredi 2 mars {.894, à 9 heures du matin, dans l'amphithéâtre 
de la galerie de Minéralogie, et le continuera, à la même heure, 
les lundis, mercredis et vendredis suivants. Ce cours aura 
pour objet l'exposé des cultures coloniales des Européens en 
Océanie, principalement de celles qui sont usitées dans les 
régions voisines de nos possessions d'Asie et d'Australie ; 
l'étude des cultures qui peuvent être entreprises par nos colons 
(café, caoutchouc, gutta-percha, épices, etc.), et des végétaux 
utilisables dans nos colonies. Les leçons du mercredi seront 
des leçons pratiques (étude des végétaux et des produits en 
relation avec le cours) ; elles auront lieu au laboratoire de 
Culture, n° 61, rue de Bull'on, à 9 heures, pendant la durée 
du cours. 

Cours de Paléontologie. — M. Albert Gaudry, professeur, 
membre de l'Institut, commencera ce cours le mercredi, 
7 mars 1891, à 3 heures 1,2, et Je continuera le vendredi 
et le mercredi de chaque semaine, à la même heure. Il pré- 
sentera le résumé de l'histoire des êtres de tous les temps 
géologiques, en commençant par l'époque cambrienne et en 
passant d'âge en âge jusqu'à l'époque actuelle. Les leçons au- 
ront lieu dans l'amphithéâtre d'anatomie comparée. Les lundis 
le professeur fera une leçon pratique, soit dans le laboratoire 
de paléontologie, soit dans les galeries publiques. 



OFFRES ET DEMANDES 



— D 1 ' C. Houlbert, '6'6, rue Clianzy, Dieppe. Offre sa 
Petite Faune analytique des Coléoptères français, in-12, 
78 pages, en échange de Coléoptères déterminés. (Euv. 
oblata, au moins 40 espèces pour chaque exemplaire.) 

— Les fils d'Emile Deyrolle, naturalistes, 46 rue du Bac, 
Paris, viennent de publier un nouveau catalogue de leurs 
pièces d'anatomie humaine, d'anatomie comparée et d'a- 
natomie botanique . Ce catalogue, qui comporte 159 figures 
est envoyé gratis sur demande. 

— M. A. Olivier, quartier de la Pépinière à Bone, 
demande en échange des papillons européens. 

— A vendre un bel exemplaire en 2 volumes de l'Ico- 
nographie des Chenilles de Godart etDuponchel. S'adres- 
ser aux bureaux du journal. 



Le Gérant: Emile DEYROLLE. 
Paris. — Imprimerie F. Levé, rue Cassette, 17. 



16 e ANNÉE 



± e SÉRIE — HJ° 16» 



15 MARS 1894 



LE IELÏÏMBIÏÏM SPECIOSÏÏM 



C'est une plante aquatique, vivace, qui est originaire de 
l'Asie méridionale, autrefois très répandue en Egypte où 
elle avait été introduite, et d'où elle a disparu depuis 



sius) put reconnaître que le N'elumbo et la célèbre plante 
d'Egypte appartenaient aune seule et même espèce. 

Cette plante aquatique croît aussi dans les eaux des 
ileuves de la Perse, de l'Inde, du Cachemire, jusqu'à la 
hauteur de 1.600 mètres, du Volga, sous le 4t e degré de 
latitude, de la Chine, du Japon et de l'Australie tropicale, 




■;',- .M 







LE NELUMB1UM 



longtemps. C'était une des espèces de Lotus du Nil; les 
Égyptiens la divinisèrent et firent figurer sesfleurs etses 
fruits sur la plupart de leurs monuments. Plus tard, on 
la chercha en vain dans les eaux du Nil, et pendant long- 
lemps elle ne fut connue que par les médailles et les hié- 
roglyphes. 

C'est en 1602, que la plante fut enfin découverte dans 
l'Inde, son pays natal, et le savant botaniste Lécluse (Clu 

Le Naturaliste, 46, rue du Bac. Paris. 




jusqu'au 23 e degré de latitude sud. La vaste étendue de 
cette aire géographique, qui embrase des climats si diffé- 
rents, explique la facilité avec laquelle cette belle plante 
s'est introduite dans le Midi de l'Europe, notamment en 
Italie et dans la région méditerranéenne française. Elle 
a lleuri et mûri, même ses graines, à Montpellier où elle 
a été introduite par le botaniste Delile vers la fin du siè- 
e dernier. 



64 



LE NATURALISTE 



Cette belle plante aquatique est composée d'un rhizome 
traçant, souterrain, plus ou moins ramifié, muni de ren- 
flements desquels naissent les feuilles à pétioles cylin- 
driques, aiguillonnés; les unes à, limbe flottant, peltées, 
planes ; les autres s'élevant à 73 centimètres au-dessus 
de la surface de l'eau, orbiculaires, à bords relevés en 
forme de coupe, larges d'environ 2o centimètres. La 
fleur s'épanouit en juillet-août; elle s'élève sur un pé- 
doncule qui prend naissance sur la souche et atteint ou 
même dépasse les feuilles les plus hautes. Elle est large 
d'environ 2o centimètres et formée d'une vingtaine de 
pétales blanchâtres à leur base, d'un beau rose à leur 
sommet. Le fruit, en forme de cône renversé, a la face 
supérieure plane et munie d'une vingtaine d'alvéoles, 
dans chacun desquel est renfermée une graine de la 
grosseur d'une petite noisette. Ce fruit ressemble à une 
pomme d'arrosoir percée de gros trous. 

« D'après le D p Mène, les rhizomes et les graines de 
cette plante sont employées dans la cuisine japonaise. 
On trouve sur les marchés du Japon, de même qu'en Chine, 
en Cochinchine et dans le royaume de Siam, des mon- 
ceaux de rhizomes de Lotus désignés sous le nom de 
Hasu-none. Le goût de ces rhizomes quand ils sont cuits 
rappelle celui de la rave, du cardon et du céleri ; on les 
mange crus, cuits à l'eau et sous la cendre, bouillis ou 
frits comme les salsifis ; on les réduit aussi en poudre 
qu'on fait sécher et dont on se sert surtout pour les 
soupes. Quant aux graines, qui ont un peu le goût de la 
noisette, elles sont alimentaires, et les Japonais les man- 
gent à leur repas comme mets sucré ; on en fait des gâ- 
teaux et des pâtisseries. » 

A l'époque de sa floraison, le Nelumbium speciosum 
forme un des plus beaux ornements du lac Srinagar 
(Cachemire); son feuillage, d'un vert gai, couvre entière- 
ment les eaux, et de cette surface émergent des myriades 
de pédoncules terminés par des fleurs roses qui rap- 
pellent nos plus belles Pivoines. Ces fleurs d'une plante 
sacrée sont placées dans les temples et dans les ora- 
toires particuliers des Hindous et renouvelées chaque 
matin pendant toute la durée de la plante. D'après la 
mythologie indienne, c'est ce Lotus qui sert de siège à 
Hrahma et c'est sur sa feuille que Wichnou fut porté 
sur les eaux. 

Une autre espèce de Nelumbium, qui est très orne- 
mentale et offre aussi des ressources alimentaires, c'est 
le N. luteum Willod. Cette seconde espèce est améri- 
caine; elle ressemble beaucoup à la précédente dont elle 
se dislingue par ses fleurs jaunes. Elle habite l'Amé- 
rique du Nord, les Antilles et se rencontre jusqu'au 44 e 
de latitude nord et descend au sud jusqu'à la Jamaïque. 



Ses fruits contiennent de vingt à 



trente graines et ont 



un 



goût très agréable. Ses rhizomes renferment une 



lissez forte proportion de fécule. J'ai introduit cesplantes 
in Sénégal en 1883. 

Les Nelumbium appartiennent à la petite famille des 
Nelumbonées. 

Henri Joret. 



Un nouvel ennemi du Chêne 

SES MEURS, SON PARASITE, MOYEN DE DESTRUCTION 



Les promeneurs habituels du bois de Boulogne ont 
remarqué sans doute, depuis quelques années, que lors- 
que, au printemps, les chênes ont reverdi, beaucoup de 
branches ont refusé d'imiter les autres, et que, depuis 
lors, ce roi des forêts, hérissé de branches sèches, qui 
le déshonorent, semble menacé de mort. Si l'on coupe et 
fend une de ces branches mortes, et qu'on l'examine 
avec soin, on a de grandes probabilités pour y rencontrer 
une ou plusieurs larves d'insecte, d'un aspect assez sin- 
gulier, aplatie, ayant assez la forme d'un clou à ferrer 
les chevaux. 

Pour connaître l'insecte parfait, nous avons recueilli 
quelques branches, que nous avons déposées dans une 
caisse à élevage, et notre surprise a été grande en ob- 
tenant l'éclosion d'un coléoptère crépusculaire de la fa- 
mille des Eucnemidse, le Melasis buprestoides (Linné), con- 
sidéré comme rare aux environs de Paris, par tous les 
entomologistes, et qui s'est multiplié avec une assez 
grande rapidité aux dépens des chênes du bois de Bou- 
logne. Nous avons également obtenu la sortie d'un hy- 
ménoptère de la famille des Braconites dont il sera parlé 
plus loin, et qui vit en parasite aux dépens des larves 
de melasis. 

Ayant réussi à faire reproduire et pondre cet insecte 
en captivité dans nos caisses à éducation, nous allons 
faire connaître certaines particularités peu connues des 
mœurs de la larve et de l'insecte parfait et de celles de 
son parasite jusqu'ici inconnues. 

Melasis buprestoides Lin., Flabellicornis Fab. (fig. 1) 




Fig. 1. — Melasis buprestoides cf. 

Longueur 6 à 11 millimètres, corps allongé, subcylin- 
drique, noir de poix, mat, revêtu d'une pubescence jau- 
nâtre, très fine, assez serrée; antennes ferrugineuses à 
articles 6-10 prolongés en dedans en lobe aigu au bout, 
chez le çf ; prœnotum moins long que large, un peu 
convexe dans son milieu, couvert de fortes granulations 
aiguës et serrées; élytres allongées, cylindriques, arron- 
dies à leur base ; stries bien marquées, ponctuées, inter- 
valles finement granulés, rugueux; pattes, cuisses et ab- 
domen noir de poix, garnis de poils dorés assez serrés, 
tarses plus clairs à dernier article testacé. 

Larve. Longueur 18 à 22 millimètres, elle est blanche, 
molle et complètement apode, la tête est petite et 
enchâssée dans le premier segment. Le corps est formé 



LE NATURALISTE 



65 



de douze segments, tète non comprise, le premier est 
large (2 à 2 1/2 millimètres) et marqué, en dessus et 
en dessous, de deux taches brun roussàtre transverses 
et de deux traits longitudinaux, qui vont rejoindre ces 
deux taches, le deuxième et le troisième segment vont 
en diminuant et sont un peu plus étroits que le premier ; 
à partir du quatrième, le diamètre du corps reste le 
même (là 1 1/2 millimètre), on observe sur les deux 
antépénultièmes segments des traces de petites aréoles 
elliptiques. Les stigmates, de couleur roussàtre, sont au 
nombre de neuf paires ; les mandibules sont noires, 
fortes et carnées, profondément bidentées à l'extrémité 
et arquées en dehors; le jeu de ces mandibules est hori- 
zontal, mais c'est en s'écartant et non en se rapprochant 
qu'elles rongent le bois, par un mouvement horizontal 
de la tète. 

Nymphe très courte, environ moitié de la longueur de 
la larve, épaisse et cylindrique, on aperçoit très bien les 
antennes couchées le long du thorax, les pattes, les 
élytres et les ailes, elle présente déjà la forme de l'in- 
secte parfait. 

Mœurs. Aussitôt après l'éclosion de l'insecte parfait, 
qui a lieu vers le lo mai, les melasis se recherchent le 
soir pour s'accoupler. Dans notre caisse, nous avions 
préparé des branches de chêne de douze centimètres de 
diamètre, sèches et légèrement en décomposition, c'est-à- 
dire sans sève, et d'autres branches de même grosseur 
contenant encore de la sève. La ponte a eu lieu le soir, 
uniquement sur les branches sèches ; nous avons trouvé 
des œufs disséminés et cachés dans les fentes de l'écorce, 
dans les fissures du bois. Les jeunes larves éclosent 5 à 
7 jours après la ponte, elles s'enfoncent immédiatement 
dans le bois, en creusant des galeries aplaties dans le 
sens horizontal, c'est-à-dire perpendiculaires aux fibres 
du bois ; ces galeries ont en largeur une fois et demie 
celle du prothorax, près de trois fois celle du corps et 
environ un millimètre de hauteur ; les parois inférieures 
et supérieures sont planes et parallèles et nullement 
concaves comme celles des autres larves lignivores 
(fig. 2). 




Fig. 2. — Fragment de bois de chêne criblé de galeries de 
larves de Melasis buprestoides. 

Lorsque l'époque de la transformation en nymphe ap- 
proche, vers le 10 ou 20 octobre, la larve se retourne 
dans sa galerie, pour que sa tête et par suite celle de 



l'insecte parfait soit tournée du côté de l'écorce, elle ar- 
rondit ensuite une portion de sa galerie de manière à la 
rendre cylindrique, et c'est là que, sans apprêt, elle 
accomplit sa métamorphose. Contrairement à ce qui se 
passe chez le plus grand nombre de larves lignivores, 
qui se rapprochent de l'écorce pour se métamorphoser, 
notre melasis opère cette transformation à 4 ou 5 1/2 cen- 
timètres de profondeur. 

L'état de nymphe dure environ 10 à 12 jours et dès le 
commencement de novembre, si l'on fend une branche 
on trouve des melasis bien conformés ; ils passeront 
l'hiver sans bouger, au mois de mai, ranimés par la cha- 
leur, ils creuseront une galerie droite et horizontale et 
perceront l'écorce d'un trou rond pour s'échapper et 
perpétuer leur espèce, llarrive cependant des exceptions, 
et nous avons trouvé, dans la forêt de Compiègne, deux 
nymphes vivantes en fendant des branches de hêtre au 
commencement de mars. 

Cet insecte habite une partie de l'Europe, on le trouve 
en Allemagne, en Autriche, en Belgique, en Suisse et 
dans plusieurs parties de la France. 

Il a été étudié par Erichson, par Guérin, par Perris, 
par Nordlinger, par Schiôdte. 

D'après ces savants auteurs, la larve aurait été ren- 
contrée dans le bouleau, l'aune, le châtaignier, le hêtre, 
le saule marceau. M. Guérin a tracé une bonne figure 
de la larve, il lui donne 26 à 28 millimètres de lon- 
gueur ce qui nous paraît excessif. 

A part mon regretté maître M. Perris, les savants ento- 
mologistes qui se sont occupés de la larve de melasis bu- 
prestoides, ne semblent pas avoir remarqué (du moins 
ils n'en font pas mention) la manière toute particulière 
dont la larve ronge le bois par un mouvement horizontal 
de la tête et le jeu des mandibules en s'écartant et non 
en se rapprochant. La transformation en nymphe et en 
insecte parfait à i> ou 6 centimètres de profondeur, dès 
le mois de novembre a dû également leur échapper? Ce- 
pendant ce sont ces particularités qui rendent cette larve 
remarquable parmi les espèces lignivores connues. 

M. Schiôdte, après avoir démontré les rapports de res- 
semblance de la larve de Melasis avec les larves d'Elaté- 
rides, conclut qu'à l'instar de celles-ci, elle se nourrit de 
substances animales ; bien plus, il affirme qu'elle ne peut 
pas se nourrir d'autre chose, la cavité buccale présen- 
tant une ouverture si petite, qu'elle est incapable d'ab- 
sorber des matières ligneuses et de creuser une galerie 
dans le bois. 

Malgré l'autorité de M. Schiôdte, il nous est bien diffi- 
cile d'admettre ses conclusions, et pour peu que l'on 
veuille parcourir l'excellent mémoire de M. Perris (notre 
Réaumur de Mont-de-Marsan, comme l'a si bien dit 
M. Mulsant), qui a longuement discuté et réfuté les faits 
cités par M. Schiôdte, et démontré, par des observations 
répétées dans les Landes, que la larve de Melasis était 
uniquement lignivore et qu'elle pouvait vivre non seu- 
lement dans le bois pourri, mais encore dans les souches 
nouvellement mortes de l'aune. Si nous ajoutons, comme 
preuve indiscutable, que les branches de "hêne, pré- 
parées dans nos caisses à éducation, pour recevoir la 
ponte et suivre toutes les phases d'évolution du Melasis 
depuis la ponte jusqu'à la sortie de l'insecte parfait, ne 
contenaient aucune trace de galeries d'aucun autre in- 
secte, on pourra se convaincre que cette larve, quoique 
ne pouvant pas ronger le bois, ainsi que l'indique l'or- 
ganisation de sa bouche, peut cependant l'attaquer et le 



m 



LE NATURALISTE 



détruire pur un mouvement continu de le lèl.e et des 
mandibules et absorber les parcelles détachées pour sa 
nourriture. 

MOYEN DE DESTRUCTION 

L'homme est [à peu près désarmé contre cet insecte 
crépusculaire, ne sortant de l'intérieur des branches, 
que pour s'accoupler dans l'ohscurité, et se cachant sous 
les écorces pendant le jour, et par conséquent à l'abri 
des oiseaux insectivores. Le badigeonnage des branches 
au goudron minéral dilué avec 5 à 8 0/0 de pétrole, ex- 
cellent pour quelques arbres isolés, ne nous parait pas 
pratique pour une forêt. Dans ce cas, il faut rechercher 
les chênes portant des branches mortes, les faire éla- 
guer pendant l'hiver ou au plus tard vers le lo mars, et 
brûler ces branches immédiatement, afin d'anéantir les 
colonies de melasis, qui ne manqueraient pas, au mois de 
mai, d'aller pondre sur d'autres arbres restés indemnes 
jusqu'ici. 

Heureusement que par une magnifique loi de la na- 
ture, les insectes phytophages sont exposés à être dévorés 
par d'autres insectes que l'on nomme des parasites : ce 
sont en général des hyménoptères désignés vulgairement 
sous le nom de mouches à quatre ailes. Notre melasis 
n'échappe pas à cette loi générale, sa larve est attaquée 
dans l'intérieur du bois, parla larve d'un curieux insecte 
de la famille des Braconites, inconnu jusqu'ici et que 
nous avons obtenu d'éclosion. 

M. Thomas Ansell Marshall, le savant spécialiste an- 
glais, auquel j'ai soumis cet hyménoptère, a bien voulu 
l'étudier et se charger de le décrire sous le nom de 
Dlopîlus Melasidis. M. sp., dans le supplément de son 
Species des hyménoptères d'Europe et d'Algérie, qui pa- 
raîtra sous peu. 

La figure 3 dessinée d'après nature par M. L. Planel, 




Fig. 3. — Parasite de Melasis buprestoides. Diospilus 
Melasidis, n. sp. 

donne une idée suffisamment nette de cet insecte, pour 
le faire reconnaître en attendant sa description scienti- 
fique. 

Mœurs. Vers la fin de mai ou au commencement de 
juin, lorsque la femelle de melasis buprestoides a terminé 
sa ponte et que les jeunes larves nouvellement écloses 
vont s'enfoncer dans la branche de chêne, arrive le Dios- 
pilus melasidis femelle, qui dépose à l'aide de sa tarière, 
un seul œuf sous la peau de la jeune larve de melasis; celle- 
ci continue à grossir et à s'enfoncer dans la branche ; 
plus tard la petite larve du parasite se nourrira du tissu 
adipeux de sa victime, en prenant bien soin de ne pas 



attaquer ses parties vitales, et ce n'est qu'au moment de 
se métamorphoser, qu'elle finira par la dévorer en en- 
tier, en réservant la peau, dont elle se sert pour établir 
une petite coque pour se chrysalider. Arrivée à son com- 
plet développement la larve de Diospilus a environ 4 à 
b' millimètres de long, elle est rougeâtre, apode et for- 
mée de 13 segments assez luisants. L'insecte parfait s'é- 
chappe en mai, pour accomplir le rôle qui lui est échu 
de perpétuer son espèce aux dépens du melasis. 

Nos premières remarques sur Diospilus melasidis re- 
montent à 1888 (I) ; à cette époque nos éclosions nous 
avaient donné environ 5 0/0 de parasites, depuis il s'est 
heureusement multiplié : l'année dernière (1893), le 
nombre des branches de chêne attaquées par melasis 
buprestoides a été réduit dans de grandes proportions ; 
d'ici quelques années ses dégâts seront devenus insigni- 
fiants, surtout si on prend soin d'élaguer les branches 
mortes pendant l'hiver, et si l'on procède à leur destruc- 
tion par le feu avant le \'6 mars. 

Decaux, 



OISEAUX ACRIDOPHAGES 



L'AUTRUCHE (suite). 

L'Autruche aime la solitude et les grands espaces ; 
pourvue de membres très puissants, elle franchit en très 
peu de temps des espaces considérables; par conséquent, 
pour en faire l'élevage, l'homme a besoin de grandes 
étendues de terrains : c'est ce qu'ont bien compris les 
Anglais au Cap; c'est grâce à cette clairvoyance qu'ils 
ont obtenu de si brillants résultats (2). 

La France, qui dispose de milliers d'hectares incultes 
dans le Sud de l'Algérie, dans des régions impropres à 
la création de centres de population européenne, pour- 
rait et devrait aider à la création d'une industrie si im- 
portante dont la réussite dépend uniquement de la 
possibilité d'utiliser de grands parcours. Il y a bientôt 
quarante ans, déjà en 1856, le général Daumas recom- 
mandait au D r Gosse les emplacements favorables des 
environs de Biskra, soit les oasis des Zibans. Ma der- 
nière exploration de cette légion, en 1891, me permet 
d'apprécier l'exactitude et la valeur des recommanda- 
tions du général Daumas. — Mon expérience d'ancien 
éleveur me permet d'affirmer que, si les essais algériens 
s'étaient faits dans le Sud, région qui, il y a quinze ans, 
était encore dangereuse et fort hasardeuse, nous serions 
aujourd'hui les maîtres incontestés de l'élevage des 
autruches par la production d'une importante quantité 
de plumes bien supérieures en qualité à celles fournies 
par le Cap. 

Dès 1876, mes études et mes recherches préparatoires 
avaient comme objectif les oasis sahariennes. Ma pre- 
mière exploration de 1879, dont le but était la création 
d'une autrucherie à Biskra, fut arrêtée dans son cours 

(1) La difficulté de faire nommer cet insecte nous a empêché 
de faire connaître nos observations jusqu'ici. 

(2) Holub, loc. cit : 

« Des fermes de 1,000, 2,000 arpents sont les plus communes 
la plupart ont 3,000, même H, 000 arpents; quelques-unes dis- 
posent d'emplacements représentant des surfaces immenses. » 
C'est dans ceci que Holub a trouvé l'explication de la réussite 
surprenante de l'élevage des autruches dans l'Afrique australe. 



LE NATURALISTE 



67 



par l'insurrection de l'Aurès, qui, en m'empêchant de 
pénétrer dans le Sud, à mon grand regret, me fit tenter 
l'expérience à Misserghin (province d'Oran). L'espoir 
d'en faire le centre de production devant repeupler le 
Sud, malgré tous les sacrifices de temps et d'argent, de 
santé, n'a pas pu être réalisé pour des raisons d'ordre 
complexe. Malgré cet échec, ma conviction reste immua- 
ble, ma confiance est absolue : Je crois à la possibilité 
de reconstitution de nombreux troupeaux d'autruches 
dans le Sud Algérien. 

J'ai la conviction qu'en important un grand nombre 
de reproducteurs bien installés et soignés convenable- 
ment, dans une oasis favorable, à proximité d'une voie 
ferrée, le bon effet du climat saharien, qui est nécessaire 
à ces oiseaux, ne lardera pas à produire son effet natu- 
rel, c'est-à-dire une reproduction régulière et normale. 
Cette tentative serait facilitée aujourd'hui parla sécu- 
rité existant dans le Sahara algérien ; les risques de 
transport sont réduits aux risques habituels d'un envoi 
d'animaux vivants par chemins de fer. En effet, grâce à 
ce moyen de transport, on évite autant que possible, les 
accidents de route, ordinairement fort préjudiciables 
aux éleveurs, car les frais de transport sont très élevés 
et le nombre d'oiseaux disponibles assez restreint. Il ne 
faut pas songer à en importer du dehors, à moins d'ex- 
poser au hasard des sommes relativement élevées. C'est 
avec des moyens modestes qu'il faut réussir. 

Or, la réussite s'obtiendra par la possibilité de nourrir 
sur place des couples reproducteurs sans grands frais 
de clôture, de garde, d'entretien, etc. La progéniture 
sera élevée en liberté et conduite au pâturage en com- 
pagnie de troupeaux de moutons ou de chameaux, com- 
plètement de l'élevage saharien. Dès que l'on aura élevé 
ou acclimaté un nombre d'oiseaux suffisant aux charges 
de l'exploitation, l'excédent des sujets disponibles pour- 
rait être placé en cheptel sous la direction administra- 
tive des tribus nomades du Sud, constituées en Djemâa, 
là où ce système social est pratiqué ; certainement, avec 
cette organisation, il faudrait peu d'années pour créer 
de la vie et une certaine industrie dans ces immenses 
régions actuellement improductives. 

L'autruche est parfaitement domesticable lorsqu'elle 
est élevée en liberté. A l'appui de cette opinion, nous 
rappellerons qu'en 1849, on a présenté au lieutenant- 
colonel Bazaine, chef du bureau arabe de Tlemcen, un 
troupeau de 21 autruches domestiquées, qui, complète- 
ment libres, vaguaient tous les jours avec les troupeaux 
sans chercher à s'échapper et à reprendre leur liberté. 

Heuglin, Brehm, ont voyagé dans l'Afrique orientale 
avec des autruches parmi les chevaux et les chameaux 
de leur convoi; elles se promenaient en toute liberté 
à la recherche de leur nourriture dans les localités du 
parcours. Tous les voyageurs des pays Somalis ont vu 
des troupeaux d'autruches dans tous les lieux habités, 
en complète liberté ou menées à la pâture avec les 
autres animaux domestiques. Edouard Mohr, Mauch, 
Holub, ont parcouru l'Afrique Australe avec des autru- 
ches en liberté suivant leurs chariots très paisiblement. 
En 1880, le D r Lenz à Tombouctou voyait les autruches 
domestiques menées à l'abreuvoir avec les autres ani- 
maux domestiques du pays. 

L'autruche est omnivore ; tout ce qui est à portée de . 
son bec sera englouti, grâce à ses yeux perçants. Elle 



mange l'herbe à la façon des oies et devient fort grasse 
dans la période de temps où elle est nourrie de verdure 
en abondance. 

Autrefois, avant que l'autruche fût refoulée au delà 
des limites de l'Algérie par les chasses dont nous parle 
le général Margueritte, elle venait pâturer dans les 
Daïas et sur les bords des Chotts des Hauts-Plateaux. 
Dans ces dépressions salées, le sol est couvert d'une 
végétation caractéristique (coloquinte, guethaf, téré- 
binthe, jujubier, armoise, drin, etc.) qui compose les 
pâturages des troupeaux et qui est aussi recherchée par 
l'autruche. Elle mange aussi toute espèce d'insectes, des 
larves, des lézards, des scorpions, des gerboises; des 
djerds, gros rats du désert; des coléoptères, des saute- 
relles, des criquets. Dans l'Afrique orientale et centrale 
elle recherche les baies de sodada decidua, de salvadore 
persica, les gousses et la gomme des acacia seyal, tor- 
tilis, etc., etc. Dans le désert du Kalahari de l'Afrique 
australe, son grand régal est le melon amer Gn'arras, la 
ressource précieuse des Noirs et des explorateurs aux 
époques de sécheresse. Elle ne dédaigne pas les excré- 
ments d'autres animaux et les siens; les jeunes autru- 
ches particulièrement en sont friandes, etc., etc. C'est 
donc à bon droit qu'on peut la qualifier d'omnivore. 

L'autruche parquée se nourrit facilement avec de 
l'orge, du fourrage vert, des choux, des betteraves, etc. 
On leur donne aussi des feuilles hachées d'une espèce 
de cactus « opuntia vulgaria », notre figuier de Barbarie, 
mais il faut avoir la précaution d'enlever les parties 
piquantes. Au Cap, le figuier de Barbarie « opuntia vul- 
garis » et les graine» de maïs sont les grandes ressources 
alimentaires des éleveurs d'autruches. 

L'autruche en liberté mange des sauterelles toute la 
journée. Nous observerons encore que l'autruche en 
captivité, bien nourrie, ne mange pas de sauterelles, 
mais les tue à coups de bec ; il faut lui supprimer le 
grain et l'herbage pour la forcer à se nourrir d'acridiens. 
Cette qualité d'acridophage doit encore être une des 
considérations qui militent en faveur de la reconstitu- 
tion de nombreux troupeaux d'autruches dans les steppes 
du Sahara et des Hauts-Plateaux, ce seraient pour nous 
de précieux auxiliaires dans notre lutte contre le fléau 
périodique africain qui cause la ruine et la misère à 
chacune de ses apparitions. 

L'habitude d'avaler de petits cailloux favorise la tri- 
turation de ses aliments et lui assure le bon fonctionne- 
ment de ses estomacs. 

L'autruche aime beaucoup l'eau, elle en boit souvent, 
on évalue qu'elle absorbe plus de six litres par jour l'été, 
ce besoin est moindre en hiver, surtout si l'oiseau est 
nourri de végétaux frais ou de fourrage vert. Dans la sai- 
son chaude, l'autruche se baigne. Au Sénégal, autrefois, 
après l'hivernage, elle fréquentait les marigots et les 
(laques d'eau provenant des inondations. Dans les pays 
côtiers de la Somalie, on voit souvent par les journées 
de grande chaleur, près des bancs de sable et des récifs 
éloignés de la côte, de grandes troupes d'autruches, du- 
rant des heures entières plongées dans l'eau jusqu'à l'ex- 
trémité du cou. 

Cette habitude était aussi celle des autruches de l'Afri- 
que occidentale. Le capitaine Vincent, dans le récit de 
son exploration d'Adrar, en 1860, nous dit que c'était 
pendant leur baignade dans la mer que les autruches 
étaient capturées par les Maures des environs du Cap 
Blanc et du banc d'Arguin. 



«8 



LE NATURALISTE 



Dans les répions où elles ne peuvent se livrer à la 
baignade, elles remplacent cet exercice hygiénique par 
l'action de se poudrer dans le sable à la façon des galli- 
nacés, dont le résultat fâcheux, la détérioration des 
plumes des ailes cause une dépréciation importante de 
leur valeur commerciale. 

L'autruche dont les œufs et la chair sont essentielle- 
ment comestibles, ne saurait-elle être élevée que dans le 
seul but de produire des plumes, dont la valeur est su- 
bordonnée à toutes les fluctuations des caprices de la 
mode? 

Déjà en 1849 dans un rapport à M. Lanjuinais, ministre 
de l'agriculture et du commerce, Isidore Geoffroy Saint- 
Hilaire avait qualifié l'autruche : « Oiseau de boucherie » ; 
le jour est peut-être proche où cetanimal justifiera cette 
appellation en fournissant une ressource nouvelle à l'a- 
limentation publique. 

La viande d'autruche, semblable à celle de bœuf, est 
supérieure à celle du cheval, du chameau. La viande 
crue présente l'apparence de la chair déjeune bœuf. Le 
bouilli ne diffère en rien de celui de bonne viande de 
bœuf sous le rapport de la couleur, de l'odeur, de la sa- 
veur; elle a l'avantage d'être excessivement tendre et 
d'une cuisson très facile. La peau, quoique plus épaisse, 
devient très tendre et n'est pas plus dure que celle d'une 
dinde. Le filet rôti et très peu cuit donne une viandejuteuse 
tendre, couleur de bœuf légèrement foncé, elle est su- 
périeure au filet de cheval. On peut en conclure que 
l'acceptation de la viande d'autruche par la consomma- 
tion aurait plus de succès encore que n'en a eu la viande 
de cheval, le jour où cette consommation serait facilitée 
par .une production régulière et normale. 

D'après Heuglin, au Kordofan, souvent on élève des 
jeunes autruches que l'on engraisse pour les manger 
fraîches ou en conserve. Des peuples entiers dans l'anti- 
quité étaient connus comme strutophages : les auteurs 
anciens nous disent que ces peuples habitaient l'Ethio- 
pie, au delà de l'Egypte. L'observation moderne de Heu- 
glin, dans les mêmes régions, confirme ce fait. 

On sait que l'autruche pond annuellement de 25 à 30 
œufs, et que souvent ce nombre est porté à 45 et 50. Un 
œuf d'autruche de bonne dimension renferme '250 gram- 
mesde jaune et 1.000 à 1.100 grammes d'albumine li- 
quide. 

Les œufs d'autruche sont de fort bon goût, mais pour 
les servir sur la table en omelette, en œufs bouillis, etc., 
il convient d'enlever à peu près le quart du blanc. Dans 
ces œufs, la proportion de blanc est beaucoup plus con- 
sidérable que dans les œufs de poules. 

Si l'on adopte une moyenne de 35 œufs par couple et 
que sur ce nombre 15 soient alîectés à la reproduction 
de l'espèce, il restera 20 œufs à livrer à la consomma- 
tion, soit l'équivalent d'environ 600 œufs de poule, dont 
on pourra retirer un bénéfice assez important par la 
vente des coquilles vides, qui sont assez recberchées. 
D'autre part, les 15 œufs affectés à la reproduction pou- 
vant produire environ 10 sujets, ces derniers pèseront, 
à un an, de 25 à 30 kilogrammes. Leur chair étant 
comparable à celle du dindonneau, l'écoulement en se- 
rait facile au prix moyen de 1 franc par kilogramme. En 
ajoutant la valeur des plumes à celle produite par la 
vente, pour l'alimentation d'une dizaine de jeunes oi- 
seaux par couple reproducteur, le revenu annuel pour- 
rait se chiffrer à 500 francs au minimum. 
La graisse d'autruche est, pour les Arabes, un objet de 



luxe, ce produit dont le prix dans le Sahara algérien 
variait de 1 fr. 50 à 2 francs le kilogramme, est presque 
introuvable aujourd'hui. Ils s'en servent fraîche ou sa- 
lée en guise de beurre ou d'huile d'olive dans leur cui- 
sine. Elle a une grande importance dans leur théra- 
peutique (D r Seriziat, L'Oasis deBiskra). 

Dans l'intention de faire profiter les futurs éleveurs 
d'Autruches français, de mes études et d'une suite d'expé- 
riences concernant les mœurs, et les habitudes des 
Autruches, je me fais un devoir de recommander à leur 
attention vigilante leurs oiseaux adultes pendant la 
période de reproduction. 

D'habitude le changement de coloration des parties 
nues du mâle, les attitudes des deux sexes en rut forment 
les préliminaires faciles à reconnaître; le printemps 
africain est la période des amours, l'incubation et les 
éclosions se produisent à l'époque où la nature fournit 
la végétation tendre et les insectes mous, nécessaires 
au développement des jeunes Autruches. 

On sait que les animaux sauvages se cachent par une 
sorte de prévoyance qui, ayant pour but immédiat le 
soin de leur propre conservation, paraît plus près de 
l'instinct des bêtes que tous les motifs de décence dont 
on a voulu leur faire honneur ; l'Autruche a d'autant plus 
besoin de cette prévoyance en raison du mode particu- 
lier de l'acte de la génération se produisant par intro- 
mission et ayant une certaine durée, pendant laquelle 
l'oubli de sa prudence habituelle pourrait la livrer sans 
défense à ses ennemis bipèdes ou quadrupèdes. Par 
atavisme sans doute, même en captivité et sur les oi- 
seaux nés en captivité, l'Autruche mâle ne s'accouple que 
dans des circonstances lui donnant l'illusion d'un isole- 
ment parfait, hors la vue de ses congénères et de tout 
être vivant lui inspirant la peur. 

Pour amener la paisible reproduction de ces oiseaux 
craintifs, durant toute la période d'accouplement il faut 
absolument empêcher les approches des étrangers, des 
chiens, si possible tout bruit insolite; le même gardien 
auquel les oiseaux sont habitués, seul, et avec toutes 
précautions, approchera des oiseaux et leur fournira 
leur nourriture. Je puis assurer la réussite grâce à ces 
précautions peu difficiles à prendre et dont l'impor- 
tance capitale s'impose sans conteste, car le succès satis- 
fera amplement l'heureux éleveur. 

En complément de ces observations il est utile de se 
rappeler que les éleveurs qui se sont distingués dans 
l'art de croiser et d'améliorer les espèces, savent de 
quel secours a été pour leurs projets une alimentation 
appropriée à la modification qu'ils avaient cherchée. Ils 
savent aussi que les modifications ne seront constantes 
qu'«n perpétuant à la descendance le régime imposé aux 
ancêtres. 

Notre conclusion est que le retour des Autruches s'im- 
pose dans les lieux fréquentés par leurs ancêtres autre- 
fois, la reproduction normale et naturelle— par ata- 
visme — s'obtiendra en replaçant l'oiseau dans le 
milieu nécessaire à l'évolution héréditaire. 



Forest. 



(.4 suivre.) 



LE NATURALISTE 



69 



QUELQUES LIGNES DE BOTANIQUE FOSSILE 



La botanique fossile n'a pas, comme la botanique 
vivante, le privilège de réunir autour d'elle une multi- 
tude d'adeptes ; bien petit est le nombre d'amateurs et de 
savants qui consacrent leurs efforts et leur temps à 
recueillir et e'tudier les 
restes des plantes que nous 
ont légués les siècles pas- 
sés. 

Serait-ce que cette étude 
ne présente d'autre inté- 
rêt, que celui de satisfaire 
une simple curiosité? N'of- 
fre-t-elle aucun problème 
sérieux à résoudre, au- 
cune utilité pratique dont 
on puisse tirer profit ? 
Chacun saitpourtant que, 
s'il était possible de sui- 
vre une famille de plan- 
tes depuis son origine jus- 
qu'à nos jours, les mo- 
difications successives 
constatées dans le port, 
la structure interne, le fonc- 
tionnement des organes 
de ses représentants, per- 
mettraient de se faire une 
idée claire de ce que l'on 
doit entendre par le mot 
d'évolution. 

Or il existe plusieurs 
familles telles que celles 
des Lycopodiacées, des 
Marattiées, des Equiséta- 
cées, des Cycadées etc., 
qui ont apparu aux épo- 
ques primaires et qui, tra- 
versant les âges géologi- 
ques, se sont maintenues 
jusqu'à nous. 

Le port des individus 
composant ces différentes 
familles nous est fourni 
par les empreintes, avec 
la même exactitude que 
celui des plantes conser- 
vées en herbier. La structure anatomique peut être 
observée au moyen de plaques minces, taillées dans les 
échantillons minéralisés par la silice ou le carbonate 
de chaux, et cela avec une précision qu'on n'aurait 
pas osé espérer; quant au fonctionnement des organes, 
les rapports intimes qui existent entre les plantes vi- 
vantes et les plantes fossiles, ne laissent dans la plu- 
part des cas, aucun doute sur le rôle ou les fonctions 
des organes que l'on observe. 

On voit donc que les différents problèmes qui se rat- 
tachent à l'étude de l'évolution des plantes, peuvent être 
hardiment attaqués et en partie résolus à l'aide de la 
Paléontologie végétale. 

Chacun sait également que l'un des meilleurs guides, 
dans la recherche de la houille, est la connaissance des 
plantes fossiles qui se trouvent dans les terrains où se 




Lepidendron restaure. 



font les recherches; on se rappelle qu'à une date peu an- 
cienne cette connaissance a permis à MM. Zeiller et 
Grand'Eury de conseiller à la Compagnie des houillers 
de la Grand'Combe de rejoindre à une profondeur de 
600 mètres une couche de houille exploitée déjà, mais à 
une assez grande distance du lieu indiqué pour les nou- 
velles recherches et recouverte par des bancs épais et 

stériles. Cette couche re" 
connue par la nature de 
ses plantes fossiles comme 
la plus ancienne de toutes 
celles de la région et la 
plus importante, devait se 
retrouver au-dessous de 
cellesqui, par la nature de 
leurs empreintes végéta- 
les, paraissent plus récen- 
tes. 

Les travaux entrepris, 
ont amené la confirma- 
tion de l'exactitude des 
déductions tirées de la 
nature des empreintes et 
vré à l'exploitation, des 
masses de combustible 
dont l'existence jusque-là 
problématique, avait dé- 
couragé les tentatives et 
les travaux de plusieurs 
ingénieurs. 

Pour donner une idée 
des résultats précis aux- 
quels on peut arriver dans 
l'étude des plantes fossi- 
les, nous choisirons pour 
exemple, un type des plus 
communs, pris dans la fa- 
mille des Lycopodiacées 
citée plus haut, celui des 
Lepidodendrons. 

La figure suivante est 
une restauration faite d'a- 
près des empreintes re- 
cueillies dans les schistes 
du terrain houiller moyen. 
Les Lepidodendrons (1) 
étaient des arbres attei- 
gnant quelquefois dix à 
quinze mètres de hauteur 
sur plusieurs mètres de circonférence. Ce grand déve- 
loppement en diamètre était dû non au cylindre ligneux 
central mais à l'assise subéreuse de l'écorce qui, ne 
cessant de s'accroître pendant toute la vie de la plante, 
finissait par lui donner une grosseur hors de proportion 
avec le système ligneux. 

Ce liège extrêmement abondant a concouru largement 
à la formation de certains anthracites (anthracite d'Es- 
nost) en se transformant en houille. 

Le tronc des Lepidodendrons se divisait par dichotomies 
successives, les derniers rameaux a se terminaient souvent 
par des épis 6 (Lepidoslrobus), cylindriques ou ovoïdes, 
dont les bractées portaient en dessus des sacs allongés 
(sporanges). 

(1) De ).Eiriç, écaille, et SsvSpov, arbre. Arbre recouvert d'une 
écorce portant des cicatrices de forme écaillcuse. 



70 



LE NATURALISTE 



Généralement les sporanges de la partie inférieure de 
l'épi étaient remplis de macrospores, tandis que ceux du 
sommet renfermaient des microspores. 

Certains épis de Lepidodendron csnostensc, rfiodumnense 
sont assez bien conservés pour que le microscope fasse 
distingueras cellules à anthérozoïdes des microspores, et 
Varchégone unique développé au sommet du prothalle 
femelle de la macrospore, ces observations rapprochent 
donc à ce point de vue les Lépidodendrons des Sélagi- 
nelles et des Isoëtes vivants. 

Les rameaux étaient couverts de feuilles petites, très 
rapprochées, ne se détachant pas tout d'une pièce comme 
celles des Sigillaires, mais se desséchant et se détruisant 
peu à peu, les échantillons silicifiés montrent souvent 
desrésidus de base de feuilles encore attachés au rameau 
Ce résidu finissait par disparaître et laissait une petite 
cicatrice rhomboïdale allongée transversalement, n'occu- 
pant qu'une minime partie du coussinet. 

Les cicatrices laissées sur les liges par les feuilles et 
leurs coussinets persistaient longtemps avec une grande 
netteté; aussi est-ce sur les caractères tirés des variations 
qu'elles présentent, qu'est basée la distinction des diffé- 
rentes espèces de Lépidodendrons. Cependant à la base 
des vieilles tiges l'accroissement continuel de l'assise su- 
béreuse amenait des déchirements dans le rhylidome et 
finissait par faire disparaître complètement les cicatrices. 

Les Lépidodendrons ont eu des racines stigmariformes 
c'est-à-dire divisées en branches plus ou moins impor- 
tantes c, environnées de radicelles d présentant la forme 
des baguettes cylindriques, simples ou dichotomes à peu 
près d'égale longueur. 

Ces plantes vivaient le pied dans l'eau, aussi les 
marais et les étangs de l'époque recevaient-ils leur nom- 
breux débris arrachés par les ouragans ; ces fragments 
immergés ou exposés à l'action d'une humidité fréquem- 
ment renouvelée, étaient envahis par des êtres microsco- 
piques qui en achevaient la décomposition et la dispari- 
lion. 

Des eaux siliceuses ayant de temps à autre rempli 
les marécages ou se développaient ces végétaux, nous ont 
conservé leurs débris, racines, bois, écorce, feuilles, etc, 
servant d'abri à des œufs d'acariens ou d'insectes, et 
nourrissant une merveilleuse végétation de champignons 
et d'algues, êtres d'autant plus intéressants à observer 
qu'ils datent de l'époque Culm, c'est-à-dire presque de 
l'aurore de la vie. 

B. Renault. 



main gauche et de la droite, on perce d'un seul côté à 
l'aide du perforateur un trou aussi petit que possible, si 
l'œuf est frais ; on introduit par ce trou une aiguille à 



Recherche et préparation des Oiseaux 



(Suite 



Collection il'uMift* d'olaeaux, — Les œufs sont 
le complément de la collection de nids, mais cette collec- 
tion ne peut a^oir une véritable valeur qu'autant que les 
spécimens sont parfaitement déterminés. Quand on 
veut prendre dans un nid quelconque des œufs momen- 
tanémenl abandonnés, il laul avoir soin de laisser revenir 
dans le nid les oiseaux qui ont pondu ces œufs, afin de 
bien déterminer l'espèce. 

Pour conserver les œufs, il faut les préparer de la 
manière suivante : 

On a un perforateur de grosseur proportionnée au 
volume de l'œuf (fig. 172 et 173); on prend l'œuf de la 




Perforateurs. 

crochet et l'on s'en sert pour malaxer ensemble le blanc 
et le jaune, en prenant soin de ne pas rayer les parois 
internes de l'œuf; avec un doigt on bouche le trou et 
l'on agite fortement la coquille pour achever d'en brouiller 
le contenu ; puis, prenant une pipette en verre (fig. 174), 
et engageant sa partie la plus effilée dans l'orifice de 
perforation on soufle fortement dans le tube de verre 




Pipette. 

par le côté le plus évasé : sous la pression de cette insuf- 
flation les liquides se déplacent et débordent des deux 
côtés de la pipette ; on peut aussi faire le vide en aspi- 
rant, et le contenu de l'œuf s'accumulera dans le bulbe 
d'où on l'expulsera en soufflant. 

On met alors de l'eau dans un injecteur et on la pro- 
jette dans l'œuf qu'on agite fortement et d'où on l'extrait 
encore au moyen de l'insufflation. On dépose ensuite 
l'œuf sur un linge l'orifice en dessous, et on le laisse 
égoutter complètement; on lave l'extérieur de la coquille 
qui a pu être sali pendant l'opération, puis on l'essuie, 
mais sans frotter, la couleur de certaines coquilles étant 
très altérable. 

Le mode de perforer les œufs d'un seul trou est géné- 
ralement adopté aujourd'hui; néanmoins quelques ama- 
teurs conservent encore l'habitude de percer deux trous 
aux pôles de l'œuf. 

Quand le spécimen est bien sec. on bouche le trou 
avec un disque de taffetas gommé ou de papier très fin. 
On ne doit pas vernir les œufs, le vernis leur donne un 
éclat qui n'est pas naturel. 

Difficultés accidentelles. — 1° Quand un œuf est couvé 
et que l'embryon est en voie de formation, ce qui se 
reconnaît facilement soit, par le défaut de transparence, 
soit au sondage, une tache sanguinolente se produisant- 
dès le retrait de l'aiguille employée à sonder, on fera un 
trou assez large pour qu'un petit scalpel puisse y péné- 
trer aisément, on le fait jouer en tous sens pour diviser 
le fœtus, puis, avec une aiguille à crochet, on le retire par 
morceau en s'aidant avec la petite pince-bruxelle à mors 
dentés. On injecte de l'eau pure pour faciliter la sortie 
des derniers fragments, on passe une seconde fois de 
l'eau pour nettoyer l'intérieur de la coquille ; puis on 
met sécher. 



LE NATURALISTE 



71 



2° Il arrive assez fréquemment que l'embryon soit telle- 
ment développé qu'on ne puisse l'extraire que très im- 
parfaitement. En ce cas il faut avec un crayon tracer sur 
un des côtés de l'œuf les contours d'un ovale en rapport 
avec sa dimension qu'on découpera ensuite avec la pointe 
tranchante du canif; on enlève avec des pinces, celle 
portion détachée de l'œuf el par l'ouverture, au moyen 
des ciseaux courbes et du scalpel, on coupe l'embryon à 
volonté et on l'extrait facilement avec les brucelles; on 
nettoie l'intérieur de l'œuf; on y ajoute quelques gouttes 
d'alcool phéniqué, puis on remet en place la pièce détachée 
en soudant ses bords, soit avec un peu de gomme légère- 
ment additionnée de farine, soit avec un peu de chaux 
vive délayée dans du blanc d'oeuf. 

3° Si on avait à vider un œuf qui eût été longtemps 
couvé ou dont on suspectât la solidité, il faudrait, avant 
de le perforer, l'entourer d'une bande de papier mince ou 
de baudruche que l'on fixerait avec une solution de 
gomme pure et qu'on percerait après dessiccation; on 
enlève ensuite la bande en la mouillant avec précaution. 
4° Quand on vient à casser un œuf rare, voici comment 
il faudrait s'y prendre pour le raccommoder : 1° Si la 
fracture était simple, on glisserait entre ses bords un peu 
de chaux délayée avec de l'albumine (blanc d'œuf) et on 
les rapprocherait l'un de l'autre en les maintenant entre 
deux billots de liège fixés ad hoc sur une planchette et un 
peu excavés en leur centre, pour prévenir Je déplacement 
du sujet; 2° si la fracture était complexe, si un certain 
nombre de morceaux se trouvaient détachés, on devrait 
alors rapporter sous le morceau le plus grand des formes 
en papier fin et sur lesquelles, une fois sèches, on passe- 
rait une épaisse couche de gomme arabique fondue avec 
addition d'une petite quantité de sucre candi et quelques 
gouttes d'alcool au sublimé; après quoi, saisissant les 
fragments détachés avec une pince à pointes en baleine, 
on les ajusterait l'un contre l'autre sur les formes artifi- 
cielles et on les laisserait sécher entre autant de billots 
de liège qu'il serait nécessaire. 

Arrangement des œuf« en collection. — 
Chaque collectionneur adopte un plan pour l'organisation 
de sa collection ; le système le plus commode est celui 
de M. 0. Salvin : il consiste à donner aux tiroirs une 
profondeur différente, mais qui soit un multiple du 
nombre de centimètres que mesure l'écart entre les cor- 
dons en bois sur lesquels reposent les tiroirs. Tous les 
tiroirs peuvent alors parfaitement se remplacer l'un 
l'autre et un tiroir assez profond pour contenir un œuf 
d'Autruche peut très bien prendre place sous un autre 
qui ne contient, par exemple, que des œufs de Fauvette. 
Chaque tiroir est divisé en trois ou plusieurs comparti- 
ments par des planchettes en bois mince et qui serviront 
à soutenir les supports des œufs. Ces supports en carton 
sont rabattus à angle droit des deux côtés et vont s'appuyer 
contre les cloisons du tiroir. Au moyen d'un instrument 
tranchant on pratique une ouverture ovalaire proportion- 
nelle au volume de l'œuf qui doit y être couché. La sur- 
face du carton peut être recouverte de coton formant 
coussinet et garantissant les œufs des chocs trop violents. 
Pour empêcher l'accès de la' poussière, les tiroirs sont 
recouverts d'une glace. 

Xransport et emballage des oiseaux:. — Les 
oiseaux expédiés en chair se gâtent facilement, surtout 
lorsque le temps est chaud, on peut retarder leur décom- 
position en introduisant dans le gosier un tampon de 
coton imbibé d'alcool phéniqué ; on peut aussi inciser le 



ventre et en extraire les intestins, mais il est toujours 
préférable d'expédier les oiseaux en peau; chaque sujet 
est roulé dans du papier et placé dans une caisse où les 
oiseaux sont superposés selon leur grosseur. 

A. Oranger. 



DESCRIPTIONS DE COLÉOPTÈRES 

DU NORD DE L'AFRIQUE 



Tclopes liftcattis. Noir, assez court, un peu ovalaire, 
bien bombé ; étuis couverts de quelques poils mi-dressés en 
dessus avec ane pubescence assez serrée, jaunâtre et ordinai- 
rement sur les élytres quelques taches ou lignes longitudinales 
produites par dénudation. Prothorax à ponctuation dense, 
légèrement échancré ,en arc de cercle sur les côtés de sa base 
avec son lobe médian, large, tronqué, arrondi au sommet, 
modérément avancé, les angles postérieurs assez saillants. 
Elytres à ponctuation dense, bien revêtus d'une pubescence 
assez serrée, jaunâtre ; taches dénudées variables. Cuisses 
ordinairement noirâtres avec les tibias et tarses plus clairs. 
Dessous du corps noir pubescent. La coloration foncière est 
quelquefois légèrement brunâtre surtout aux élytres. Lon- 
gueur 3, 3 1/2 millimètres. Mostaganem (coll. Lcprieur). 

Voisin de Obtusus Gyl. et je ne pense pas que cette race 
en soit une simple variété car sa pubescence double est moins 
hérissée et plus rapprochée sur les élytres. 

Flînus (cyplioderes) Logcsi. Brunâtre, plus foncé chez 
$, avec des macules élytrales blanches peu nettes. Ecusson 
grisâtre. Pattes, antennes, tète et prothorax revêtus de poils 
jaunes, très serrés sur le milieu de ce dernier ; quelques longs 
poils clairs dressés. Antennes fortes, courtes 9i modérément 
longues o", prothorax large, sillonné longitudinalement, assez 
largement impressionné tranvcrsalement devant la base, bien 
élevé, gibbeux en avant avec le bord antérieur rebordé, les 
côtés munis de deux étroites oreilles dressées. Elytres à côtés 
parallèles q\ un peu ovalaires $, à deux taches blanches 
antérieures et deux postérieures, quelquefois un peu effacées. 
Dessous du corps duveté de jaune. Pattes modérément fortes 
et assez longues surtout cA à tibias postérieurs un peu 
incurvés. Longueur 3 1/2 millimètres. Tanger. 

Reçu de M. Desbrochers des Loges à qui je le dédie. 
Très voisin de hirticornis Kies., même coloration avec une 
forme plus large, des antennes plus fortes, un prothorax plus 
robuste bien bombé en avant vu de profil, surtout chez o*. 

Plimis brackus Reitteri. D'un roux brunâtre, ordinai- 
rement plus foncé sur le milieu des élytres, surtout 9 > quel- 
quefois entièrement d'un rougeâtre clair et à l'état frais orné 
de macules blanches antérieures et postérieures. Modérément 
allongé, un peu ovalaire, hérissé de quelques poils dressés. 
Antennes et pattes rougeâtres, pubescentes. Tète bien garnie 
de duvet jaune avec les yeux gros, noirs, les antennes lon- 
gues, assez grêles. Prothorax long, granuleux, sans carène 
garnie de touffes distinctes de poils en dessus, mais avec de 
longs poils jaunes sur les côtés à l'état frais, plan sur le milieu 
en dessus et à gibbosité arrondie sur le milieu de ses côtés, 
impressionné transversalement près de la base. ElyLres un 
peu diminués vers les épaules et à l'extrémité c*i assez ova- 
laires 9i à ponctuation forte, écartée et disposée en lignes 
sans stries, les intervalles et la suture lisses un peu élevés 
chez o*j non élargis et arrondis à l'extrémité chez ce dernier ; 
Tibias postérieurs o* armés d'une très courte épine, premier 
article des tarses assez long. Pattes longues avec les cuisses 
très renflées chez <j\ Dessous du corps clair, pubescent et 
jaunâtre. Prothorax quelquefois obscurci chez o". Lon- 
gueur 2-3 1/3 millimètres. 

Plusieurs exemplaires de Bônc (Leprieur) ou de L'Edough 
(Pic) : février et novembre, paraît vivre sur le chêne. 

Plinus Reitteri, dédié au savant auteur du dernier travail 
sur ce groupe de Coléoptères, est variable de taille et colora- 
tion, il doit se placer selon moi avant P. phlomidis B. il rappelle 
Subpilosiis Strm. de forme ; diffère nettement des espèces voi- 
sines par la forme de son prothorax long, granuleux et la forme 
des élytres plus ou moins ovalaires chez o* et 9- 

M. Pic. 



72 



LE NATURALISTE 



CHRONIQUE 



Muséum d'Histoire naturelle, — Cours de minéralogie. 

— M. A. Lacroix, professeur, a commencé ce cours le mercredi 
li mars 1894, à i h. 3/4, dans l'amphithéâtre de la galerie de 
minéralogie, et le continuera les vendredis et mercredis sui- 
vants, à la même heure. Le professeur étudiera les minéraux 
des roches éruptives non volcaniques, des météorites et ceux 
que les roches éruptives développent dans les assises sédimen- 
taires par métamorphisme de contact; après avoir passé en 
revue les propriétés générales de ces minéraux, il étudiera les 
conditions de leurs gisements en insistant sur ceux qui se trou- 
vriii en France; il exposera, en outre, leur mode probable de 
formation, en se basant, d'une part, sur les observations faites 
dans la nature et, de l'autre, sur les synthèses réalisées jusqu'à 
ce jour. 

Des conférences de cristallographie pratique auront lieu au 
Laboratoire de Minéralogie, rue de Buffon, n°61, les jeudis, à 
2 heures, à partir du lu mars. 

Cours de zoologie, Mammifères et Oiseaux. — M. Milne- 
Edwards, professeur, membre de l'Institut a commencé ce 
cours le lundi 2 avril 1894, à 2 heures, dans l'amphithéâtre de 
la galerie de zoologie, et le continuera les lundis, mercredis et 
vendredis à la même heure. 

Le professeur traitera de l'organisation, de la classification 
et de la distribution géographique des oiseaux. 

A partir du 7 mai, la leçon du lundi aura lieu à 10 heures du 
matin, dans les galeries de zoologie, dans le Laboratoire ou 
dans la Ménagerie. 

Cours de botanique, classification et familles naturelles. — 
M. Edouard Bureau, professeur a commencé ce cours le mer- 
credi 7 mars 1894, à 1 heure, dans l'amphithéâtre de la galerie 
de minéralogie. Il traitera, comme les années précédentes, des 
plantes fossiles et des plantes vivantes, dans deux séries de 
leçons qui seront le complément l'une de l'autre. l rc partie : 
Plantes fossiles. Le professeur parlera des familles de plantes 
phanérogames dicotylédones qui ont été reconnues à l'état fos- 
sile. Il indiquera leurs affinités dans la flore actuelle, leur âge 
relatif et leur répartition géographique ancienne et actuelle. 
Ces leçons auront lieu tous les mercredis, à 1 heure, jusqu'au 
25 avril inclusivement. 

2 e Partie : plantes vivantes. Les leçons porteront sur les fa- 
milles de plantes monocotylédoncs. Elles commenceront le 
lundi 30 avril, à 1 heure, et se continueront les lundis, mer- 
credis et vendredis suivants. Elles auront lieu dans la salle de 
cours, rue de Buffon, n° 63. Des herborisations seront annon- 
cées par des affiches particulières. 

Faculté des sciences. Minéralogie. — Les lundis et jeudis 
à deux heures trois quarts. M. Haulefeuille, professeur, a ou- 
vert ce cours le lundi S mars. Il traitera de la cristallographie, 
des propriétés physiques des cristaux et il étudiera les princi- 
pales espèces minérales. 

Zoologie, anatomie, ■physiologie comparée. — Les mardis et 
samedis, à trois heures et demie. M. H. de Lacaze-Duthiers, 
professeur, a ouvert ce cours le mardi 6 mars. Il traitera des 
fonctions de relation. — Anatomie et fonctions des centres 
nerveux (animaux supérieurs). Etude détaillée des organes des 
sens dans la série animale (anatomie, histologie, fonctions). 
Organes du mouvement, squelette, (ostéologie comparée). 

Les travaux pratiques et manipulations auront lieu le jeudi, 
de midi à 3 heures, dans le laboratoire, sur les sujets relatifs 
aux examens de la licence. 

Géologie. — Les mercredis et vendredis, à deux heures. M. Mu- 
nier-Çhalmas, professeur, a ouvert ce cours le vendredi 2 mars. 
11 étudiera les terrains tertiaires au point de vue paléontolo- 
gique, stratigraphique et pétrographique. 

Histologie. — Les lundis, à quatre heures et demie. M. Chatin, 
professeur adjoint, chargé du cours, a ouvert ce cours le lundi 
i» mars. Apres avoir résumé les caractères généraux des élé- 
ments anatomiques, il traitera de l'histologie comparée des 
organes sexuels chez les invertébrés. (Amphithéâtre d'histoire 
naturelle.) 

Conférences. — M. J. Chatin, professeur adjoint, continuera 
les jeudis, à S heures '.[2, l'étude des organes et fonctions de 
nutrition. Amphithéâtre d'histoire naturelle.) — M. Boutan, maî- 
tre de conférences, fera, pendant le semestre d'été, desconfé- 
n-nos ,|,- zoologie aux Laboratoires de Roscc-ff et de Banyuls. 

— M. Vesque, maître de conférences, fera, les jeudis et ven- 



dredis, à 8 heures trois quarts, des conférences de botanique. 
11 traitera de la morphologie et de l'anatomie végétales et, en 
particulier, des organes de la reproduction. (Salle des confé- 
rences, escalier F.) — M. Vélain, maître de conférences, fera 
les mercredis et samedis, à 9 heures, des conférences sur les 
diverses parties de la géologie. (Salle des conférences, escalier 
F.) Les travaux pratiques auront lieu au Laboratoire de géo- 
logie, les lundis et mardis, de 1 heure 1/2 à 3 heures 1/2. 

Exposition internationale de inédeciue et d'hygiène 
à Rome. — A l'occasion du congrès international de médecine 
qui se réunira à Rome le 28 mars 1894 aura lieu une exposition 
rétrospective de Médecine. Le Comité adresse un chaleureux 
appel à MM. les directeurs des Musées nationaux et à MM. les 
propriétaires do collections privées pour les prier de bien vou- 
loir lui prêter leur précieux concours. Tous les objets se rap- 
portant à la médecine et à la chirurgie anciennes : instruments, 
monnaies, médailles, statues, inscriptions, etc. — originaux ou 
reproductions — seront reçus avec reconnaissance. Les envois 
seront l'objet de soins tout particuliers. La participation des 
riches Musées italiens et celle de plusieurs collections privées 
de l'Italie et de l'étranger assurent dès à présent le succès de 
cette intéressante Exposition. Un diplôme d'honneur sera of- 
fert aux exposants et des médailles seront décernées aux col- 
lections remarquables. Pour renseignements s'adresser à M. le 
docteur Sambon, — Exposition de médecine, Rome. 



OFFRES ET DEMANDES 



— Demande : Arge Galathœa et Ârge Lachesis. Il sera 
envoyé en échange : Spilosoma Leprieuri et Lycœna Theo- 
phrastes. A. Olivier, quartier de la Pépinière, Bône (Al- 
gérie). 

— Collection de Coléoptères, de la famille des Cassides, 
européens et exotiques, comprenant 325 espèces et 
364 exemplaires, en 5 cartons, 75 francs. S'adresser à 
« Les Fils d'Emile Deyrolle », naturalistes, 46, rue du Bac, 
Paris. 

— M. Paul Noël, 41, route de Neufchàtel, Rouen, dési- 
rerait échanger contre desboîtes à insectes, desmammi- 
fères et oiseaux de France empaillés; liste sur demande. 

— A vendre : belles araignées Mygales de Colombie, 
préparées à sec; parfait état, 6 à 8 francs pièce (Maison 
Emile Deyrolle, 46, rue du Bac, Paris). 



BIBLIOGRAPHIE 



BOTANIQUE 

50. Engler, A. K. Prantl. p. 24 ; Alphonse De Candolle, 
p. 46. 

Ber. Deutsc/i. Bot. Gesells. XL 1893. 

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tige. PL IJI-VI. 

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du Muséum de Paris. PI. VII-XV1I. 
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sis, Ogovensis, Paroissei, Balansœ. 

N. Ar'ch. Mus. Hisl. Wat. V. 1893, pp. 221-294. 

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Potamogeton. 

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Journ. of Bol. 1893, pp. 353-335. 

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Ptilothamnion Schmitzii, p. 75. 
Ceramium discorticatum, p. 77. 
Chantransia interposita, p. 78. 
Melobesia Cai-popfiylli, p. 78. 
Ber. Deulsch. Bot. Gesells. XL 1893, pp. 75-79. 






LE NATURALISTE 



73 



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ihm ahnlichen Pilze. PI. XXVII-XX1X. 

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Ber. Deutsch. Bot. Gesells. XI. 1893, pp. 532-53/. 

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Andropogon Afrelianus, p. 357. 
Andropogon Nyassx, p. 358. 

Ichaemum Tallanum, p. 357. 
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73. "Warburg, O. Plantœ Hellwigianre. Beitr, z. Flora von 
Kaiser Wilhemsland. 
Botan. Jahrbrucher. XVIII. 1893, pp. 181-208. 

73. Ziegenbein, E. Untersuchungen liber den StoffVech- 
sel und die Athmung Keimcndor Karloffelknollen sowie 
anderer Pflanzen. PL XXVI. 

Jahrb. f. Wissensch. Bot. 1893, pp. 563-606. 

ZOOLOGIE 

74. Ballowitz, E. Die Nervenendigungen der Pigment- 
zellen, ein Beitrag zur Kenntnis des Zusammenhanges 
der Endverzweigungen der Nerven mit dcm Protoplasma 
der Zellen. PI. XXXV-XXXIX. 

Zeitschr. fur wissensch. Zool. 1893, pp. 673-706. 
«5. Ballowitz, Fmil. Ueber den Ban des elektriscben 
Organes von Torpédo mit besonderer Bcriïcksichtigung 
der Nervenendigungen in demselben. PI. XXIX-XXXI. 

Arc/i. fiir Mikrosk. Anat. 1893, pp. 459-368. 

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land and England. 

Notes from Leyden Muséum. 1893, pp. 183-239. 

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trocha puerilis Clprd. Mecz. PI. X-XI. 

Zeitsch.fûr wissensch. Zool. 1893, pp. 187-223. 

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sarma. PI. XXI. 

Zool. Jahrbucher. System. 1893, pp. 613-C32. 

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South Celcbes. 

Cinnyris Teysmanni-Dicaeum splendidum . 
Notes from Leyden Muséum. 1393, pp. 179-181. 



80. Biittikofer, J. On two new species of the genus Sto- 
parola from Celebes. 

Stoparola septentrionalis. 
— meridionalis. 

Notes from Leyden Muséum. 1893, pp. 169-170. 

81. Biittikofer, J. On a new species of the genus Gery- 
gone from Bornœ. 

Ger. Salvadorii. 
Noies from Leyden Muséum. 1893, pp. 174-176. 

82. Biittikofer, J. On a new species of the gouus Gery- 
gone. 

Ger. Keyensis. 
Ger. aruensis. 
Notes from Leyden Muséum. 1893, pp. 258-259. 

83. Biittikofer, J. On two new species of Birds from Java 
and Celebes. 

Cryptolopha Vordermani. 
Turdinus castaneus. 
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kanischen Ameisenfauna. PI. XXII. 

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Zeitsch. fiir wissensch. Zool. 1893, pp. 529-614. 

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Ann. Se. Nat. {Zool.). 1893, pp. 129-150. 

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Sauriern. PI. XXXII-XXXIII. 

Arch. fiir Mikrosk. Anat. 1893, pp. 569-580. 

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ossements d'hippopotames trouvés dans le marais d'Am- 
bolisatra à Madagascar. 

Ami. Se. Nat. {Zool.). 1893, pp. 150-176. 

91. Hans et Stolzmann. Description of a new. Species 
of Grèbe from Central Peru. PI. IV. 

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The Ibis. 1894, pp. 1C9-H2. 

92. Hartert, Ernst. On the Chrysotis canifrons of Law- 
rence. 

The Ibis. 1894, pp. 102-105. 

93. Hasse, C. Die Entwicklung und der Bau der "Wir- 
belsaule der Ganoiden. Ftinfte Abhandlung liber die 
Entwicklung der Wirbelsaule. PI. V-VI. 

Zeitschr. fur wissensch. Zool. 1894, pp. 76-96. 

94. Hasse, C. Die Entwicklung der Wirbelsaule der Cy- 
clostomen. Sechste Abhandlung iiber die Entwicklung 
der Wirbelsaule. PI. XVI. 

Zeitschr. fiir wissensch. Zool. 1893, pp. 290-305. 

95. Hertwig, Oscar. Ueber den Werth der ersten Fur- 
chungszellen fiir die Organbildung des Embryo. Experi- 
mentelle Studien am Froschund Tritonei. PI. XXXIX- 
XLIV. 

Arch fiir Mikrosk. Anat. 1893, pp. 662-807. 

96. Hesse, R Beitriigc zur Kenntniss der Enchytraeden. 
PI. I. 

Zeitschr. fiir wissensch. Zool. 1893, pp. 1-17. 

97. Hochstetler, F. Beitràge zur Entwicklungsgeschichte 
des Venensystems der Amnioten. III. Sànger. PI. XXI- 
XXIII. 

Morphol. Jahrbuch. 1893, pp. 543-648. 

98. Janda, J. Beitràsco zur Systemalik der Gordiiden. 
PI. XIX-XX. 

Zool. Jahrbucher system. 1893, pp. 595-612. 

99. Jentink, F.-A. On some Mammals from Cahama. 
PI. IV-VI. 

Notes from Leyden Muséum. 1893, pp. 262-266. 

G. Malloizel. 



Le Gérant: Emile DEYROLLE. 
Paris. — Imprimerie F. Levé, rue Cassette, 17. 



Les Fils d'Emile DEYROLLE, naturalistes, 46, rue du Bac, Paris. 



COQUILLES 

Liste complémentaire des HÉLIX. 

Liste des NANINA, ZONITES, HYALINIA, LEUCOCHROA 

COCHLOSTYLA. 



MHÏÏA 



Bistrialis Hk. 
Bombayana Gratl. 
Boryana Morl. 
Bulla Pf. 

Cinnamomea Val. 
Citrina L. 
Crossei Pf. 
Imperfecta Desh. 
InversicolorFer. 
Inversicolor Fer. var. minot 
Lamarckiana Lea. 
Mader.ispatana Gray. 
Ovum Val. 
Pallida Gray. 
Rufa Less. 
Semi^ranosa Sow. 
Weinkauffiana Cross. 



2-2.50 

3 »-4 » 

1.25 

0.50 

1 »-2 » 

0.75-1 » 

1.25 

1 » 

0.75-1.25 

0.75-1. '25 

1.25 

1 » 

1.30 

1 » 

0.75 

0.75-1.25 

0.60-1 » 



ZONITES 



Al^irus L. 


0.75 


Vorticillus Fer. 


0.35 


HYALIHA 




Achlyophila Bourg. 


0.30 


Alliaria Miïll. 


0.25 


Cellaria Mûll. 


0.25 


— var. albinos. 


0.30 


Cheilia Bourg. 


0.30 


CrysLallina Mûll. 


0.20 


Biapbana Stud. 


0.20 


Farinesiana Bourg. 


0.20 


Fulva Drap. 


0.2.H 


Glabra Stud. 


0.20 


Hydatina Hm. 


0.25 


Incerta Drap. 


0.50 


N'avarrica Bourg. 


0.30 


Niions Mich. 


0.25 


NitidaMûll. 


0.25 


— var. lucitla Drap. 


0.30 


Nitidosa Fer. 


0.2.Ï 


Nitidula Drap. 


0.25 


Olivetorum Cm. 


0.75 


l'-i-i.ilohydatina Bourg. 


0.25 


Radiatula Aid 


0.25 


Septemtrionalis Bourg. 


0.25 


Viridula Menk . 


25 



LEUCOCHROA 



Argia Bourg. 


0.75 


Bœtica Itm. 


0.75 


Candidissima Drap. 


0.30 


var. minor. 


0.10 


— var. microstoraa 


0.40 


Cariosa Oliv. 


0.75 



Cariosula Mich. 0.75 

— var. depressa. 0.75 

— var. prophetarum 0.75 
Chionodiscus Bourg. 0.60 
Debeauxi Kob. 0.60 
Erythrostoma Ph. 1 » 
KobeUiana Deb. 0.75 
Mayrani Gass. 0.75 
Octinella Bourg. 0.80 
Otthiana Forb. 0.75 
Piestia 0.75 
Saharica Deb. 0.50 
Sigensis Kob. 1 » 



HELIX 



2.50- 



o 



Aculeata Mù 

Acuta Mûll. 

Advena Webb. 

Albolabris Say. 

Alonensis Fer. 

Alpina Faur. B. 

Apalista Bourg. 

Arenarum Bourg. 

Bahamensis Pf. 

Barbata Fer. 

Becki l'f. 

Bomplandi Lam. 

Ca;sareana Parr. 

Caldwelli Bens. 

Cepoïdes Lea 

Ciliala Venez. 

Cingulata Stud. 

Citrina L. 

Clausa Say. 

Coluber Reev. 

Constantina For. 

Cornea var. squamatina Mich. 

Depilata C. Pf. 

Depressa. 

Depressula Parr. 

Diaphana Lk. 

Dictyoïdes j 

Dimera Jouss. 

Discolor Fer. 1 

Duclosiana Fer. 

Doumeti 

Ehrenbergi Rotb. 

Excellens Pf. 6 

Exoleta Say. 

Fulvus 

Glabellavar. Telonensis Mitt. 

Gussoniana Sliult. 

Hirsuta Say. 

fmplicata Bk. 

Isabella Fer. 

Jamaïcensis Gh. I 

Jenynsi Pf. 

Lens Fer. 

Laevipes Mûll. 

Lyclinuclius Milll. 

Mitchelliana Lea 

Novacula Mart, J » 

ObcsaBk. 0.00-1 » 

Obvia Hartm. 0.20 

Okeniana Pf. 2.50 



0.40 
0.40-0.60 
0.40-0. 60 
0.75 
0.40 
0.35 
0.30 
0.60 
0.50 
0.60 
0.75 
1.50 
2 ..-3.50 
0.60 
5 .. 
0.50 
0.60 
75-1 .. 
0.60 
1.25 
0.60 
0.60 
0.40 
0.40 
0.60 
0.25 
i. 50-1. 75 
1 » 
1 ..-1.75 
0.30 
0.75-1 » 
0.65 
..-7.50 
1 » 
0.30 
0.40 
1 » 
0.30 
0.30 
0.60 
..-1.25 
0.75 
0.75 
2.50 
0.75 
O.70 



Olivieri Fer. 
Orbiculata Fer. 
Oieta var. minor Bourg. 
Pachygastra Gray. 
Pbylirina Morl. 
Planti Pf. 
Pomum Pf. 
Psammoica Morl. 
PulcherrimaSow. 
Rangiana Fer. 
Rufolabris Ben. 
Rupestris Drap. 
Siquijorensis Brod. 
Solidula Pf. 
Sollieri Bourg. 
Souverbyana Fisch. 
Speciosa Jay. 
Sphœriostoma var. 
S tri gâta Fer. 
Subaperta Ancey. 
Subplicata Sow. 
Tectiformis Sow. 
Thersites Reev. 
Titanodellœna Bourg. 
Trochiformis Fer. 
Turriplana Morl. 
Vatonniana Bourg. 
Xystera Val. 
Zonitomœa Let. 



COCHLOSTYLA 



0.30 
1.25 
0.60 
1.25 
0.75 
0.75 
1 75 
0.40 
1.50 
0.65 
0.40 
0.40 
2.50 
0.75-1 » 
1.50-2.50 
5 .-6.50 



1 



»-1.50 
1.25 
0.65 
1.50 
1.25 
0.50 

»-4 » 
0.50 
0.30 
1.25 
0.50 
2.75 
1.50 



Alberti Brod. 
Annulata Sow. 
Aspera Grat. 
Chrysaliformis Sow. 
Cincinnus Sow. 
Curta Sow. 

— var. 
Dubiosa Pf. 
Electrina Reev. 
Florida Sow. 
Fulgetrum Brod. 
Gilva Sow. 
Lignaria Pf. 
Luzonicus Sow. 
Melanocheila Val. 
Metaformis Fer. 
Mindorœnsis Brod. 
Mirabilis Fer. 
Monozona Pf . 
Phillippinensis Pf. 
Polychroa Sow. 
Pithogaster Fer. 
Beevei Brod. 
Roissyana Fer. 
Roniblonensis Pf. 
Rufogaster Les*. 
SimplexJon. 
Smaragdina Reev. 
Sphœrica Sow. 
Zonifera Sow. 



ti »-l 
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ANOSTOMA 



Verreauxianum Ilupe. 



2.50 



S'adresser à « LES FILS D'EMILE DEYROLLE », naturalistes, 46, rue du Bac, Paris. 



16 e ANNÉE 



2 e série — m° i ro 



1 er AVRIL 1894 



LE THÉ D'EUROPE 



Les vertus du Thé sont connues et même fortement 
exagérées. Mais avant que l'Europe le reçût de la Chine 
aussi facilement que de nos jours, le Thé était un pro- 
duit que seuls pouvaient se permettre les favoris de la 
fortune. Il fallait donc y suppléer par des herbes douées 
de propriétés analogues ou supposées identiques. C'est 
aux Véroniques qu'on s'est le plus souvent adressé, et 
les auteurs des vieilles matières médicales et des recettes 
d'antan. citent à tout propos la Véronique mâle et la 
Véronique femelle. Qu'elle soit mâle ou femelle, c'est gé- 
néralement au Veronica officinalis que s'applique ou 
plutôt que s'appliquait le nom de Thé d'Europe à l'é- 
poque déjà lointaine où les simples guérissaient en- 
core. Vous pouvez reconnaître cette panacée d'autre- 
fois aux caractères suivants : 

« Fleurs en grappes serrées, pédonculées, bleu pâle 
veiné de bleufoncé, quelquefois, mais rarement blanches 
veinées de rose ; 
feuillesovales, den- 
tées en scie, ridées, 
velues, courtement 
pétiolées; tige ra- 
meuse couchée et 
radicante, velue, 
vert sombre, cou- 
verte de poils qui 
lui donnent une 
teinte grisâtre. Cet- 
te plante se ren- 
contre abondam- 
ment dans les bois 
secs, sur les co- 
teaux ombragés. » 

J'ai sous les yeux 
un petit livre du 
commencement du 
xvm e siècle intitulé: 
Le Thé de VEurope 
ou les propriétés 
de la Véronique, 

reine des herbes, et, qui plus est, une troisième édition 
augmentée. Je passerai sous silence les premières pa- 
ges de ce panégyrique pour m'arrêter seulement au 
chapitre qui traite des vertus de la Véronique. Vous y 
trouvez que cette plante mirifique agit plus prompte- 
ment que le Thé pour les douleurs de tète causées par 
des indigestions : «Ces têtes vaporeuses qui ressemblent 
à des bombes prêtes à éclater se tranquillisent comme 
par enchantement, par l'infusion de la Véronique, pourvu 
que l'on prenne le soin de tenir le ventre libre aux 
malades, par l'usage de l'aloès ou de quelque autre 
laxatif. » 

Mais tout cela ce n'est rien, écoutez plutôt : La Véro- 
nique est nécessaire aux gens de lettres et aux prédica- 
teurs ; « elle réjouit le cerveau et dissipe cette lymphe 
épaissie qui empêche les esprits de briller, et qui, dans 
sa suite, produit des affections soporeuses et même 
l'apoplexie. » C'est, en effet, une plante bien merveil- 
leuse, que celle qui permet à un prédicateur de parler 
sans s'endormir, tout en endormant ses auditeurs! 

La pauvre petite Véronique éclaircit encore la vue, 
rend l'ouïe délicate et surpasse la brunelk, — je le crois 

Le Naturaliste, 46, rue du Bac. Paris. 




LA VÉRONIQUE (Veronica officinale). 




volontiers, — pour les maux de gorge ; elle guérit même 
les ulcères scorbutiques quand on y ajoute quelques 
gouttes d'une teinture astringente. 

L'asthme, la toux sèche, la fièvre lente, la phtisie, les 
ulcères du poumon, rien ne lui résiste et elle n'a pas sa 
pareille ; on marche « pour faire vuider cette colle qui 
farcit les vésicules et les bronches (sic) du poumon. » Il 
paraît même qu'une personne qui avait une fistule dans 
la poitrine fut guérie par l'usage constant de l'eau de 
Véronique. 

Pour la fièvre et les coliques néphrétiques, rien ne va- 
lait la Véronique en lavement, en infusion, en cataplasme 
et en grand bain, — le tout l'un après l'autre, — avec 
une saignée comme prélude et des yeux d'écrevisse pour 
la fin. Et l'hydropisie ! elle est vaincue carrément après... 
la friction, ajoute naïvement l'auteur de ce petit livre. 
Et le foie ! sa « tissure, de racornie qu'elle était, devient 
souple, douillette, obéissante ». 

La Véronique est enfin sudorifique, vulnéraire, apéri- 
tive et par-dessus tout antiseptique. Un roi de France, — 

on ne le nomme 
pas, — fut guéri de 
la lèpre par la fo- 
mentation qu'on lui 
faisait avec l'eau de 
cette plante. 

Mais il ne suffit 
pas d'énumérer des 
propriétés merveil- 
leuses, il faut ici 
faire des preuves, 
c'est ce que l'au- 
teur a fait dans un 
chapitre entière- 
ment rempli d'ob- 
servations médica- 
les : enfant guéri en 
quatorze jours de 
la morsure d'un 
chien enragé ; un 
homme délivré de 
la gravelle, et si 
bien guéri « qu'ii 
s'est marié depuis et a eu plusieurs enfants »; une fem- 
me qui vomissait du sang depuis un an, pour avoir reçu 
plusieurs coups de bâton sous la plante des pieds, par 
son mari », débarrassée de ses maux par l'usage de la 
Véronique, etc. 

Toutes les professions défilent dans ces attestations 
qu'on croirait lire à la quatrième page d'un journal de 
nos jours à côté de la douce Revalescière, en compagnie 
du purgatif Géraudel et du Santal Midy : nous y appre- 
nons que la servante d'un curé, âgée de soixante ans, — 
elle avait l'âge canonnique, au moins, — avait des ulcères 
aux jambes; qu'un étranger fort pauvre, mais « qui pa- 
raissoit assez honneste homme », était dans le marasme 
et embarrassé dans sa respiration autant que dans ses 
affaires, — tous guéris par la Véronique. 

Il n'est pas jusqu'au nom du patient qui n'ait eu 
quelque importance, et, à ce sujet, l'auteur nous fait sa- 
voir que sa femme, qui s'appelait Véronique, fut sauvée 
d'une toux violente qui la désolait, en prenant une infu- 
sion de Véronique, avec des raisins secs et de la cannelle. 
La maladie avait jusque-là résisté à des médications 
aussi énergiques que l'emploi de la réglisse, des figues, 



7i ; 



LE NATURALISTE 



de l'iris et même de L'Éraila-Campana (l'Aunée) ! 

Mais nous sommes suffisamment renseignés sur les 
vertus de la Véronique, « plante de bénédictin, reine 
des herbes, présent incomparable de la nature, souve- 
rain vulnéraire à qui sont confiées tant de vies », et mal- 
gré toute noire sympathie, nous pouvons nous dispenser 
de nous écrier avec l'auteur : « A vous, soit louange et 
gloire au-dessus de toutes les herbes de la terre! » 

Puisque nous en sommes au Thé d'Europe, laissez-moi 
vous en présenter une autre espèce, qui vaut bien la 
première, c'est le Grémil ou Lithospannum officinale dont 
voici le signalement : tige dressée, ferme, rude, très ra- 
meuse ; feuilles finement hérissées, très rudes, à ner- 
vures prononcées, pâles en dessous; Heurs petites, blanc 
jaunâtre, disposées en grappes terminales ; fruits ovoïdes, 
lisses, blanc brillant, très durs. Dans les bois secs et 
calcaires. 

Maintenant que vous connaisssez nos deux Thés d'Eu- 
rope, un conseil : n'en usez pas, et adressez-vous, quand 
l'envie vous en prendra, au Thé de Chine, qu'on falsifie 
actuellement avec une (elle habileté, qu'elle commande 
le respect et l'admiration. 

P. Hahiot. 



L'INTELLIGENCE DU CHAT 



On l'ait en général au chat domestique la réputation 
d'être d'une éducation difficile, d'une sauvagerie rebelle 
à tous les traitements, bons ou mauvais, qui devient de 
la fureur sous les coups, et que les caresses transfor- 
ment en une hypocrite douceur sous laquelle il y a des 
griffes. La vérité est qu'on s'occupe ordinairement fort 
peu de lui, qu'on ne prend aucun souci de son éducation, 
qu'on le laisse faire à son gré la chasse aux souris et 
aux rats, estimant que cette chasse est sa seule raison 
d'être, et qu'on ne fait rien pour corriger les défauts 
qu'on lui reproche. On laisse chez lui agir librement les 
tendances dont l'a doué la nature ; et il faut bien avouer 
que ce n'est pas tout à fait sa faute s'il a reçu en par- 
tage un peu de cette cruauté sanguinaire, de cette féro- 
cité, qui caractérise ses congénères de grande taille. 

D'un autre côté, il est juste de reconnaître que cette 
transformation radicale qu'on voudrait voir s'opérer dans 
ses mœurs présente des difficultés assez sérieuses pour 
qu'on soit autorisé à n'en pas tenter la réalisation. On 
arriverait certainement, çâ et là, et en opérant une sé- 
lection rationnelle des sujets, à des résultats satisfai- 
sants, mais ces résultats seraient forcément isolés, et, ce 
qui plus grave, exclusivement individuels; les qua- 
lités obtenues ne seraient point héréditaires, pas plus 
que ne l'est l'adresse des chiens savants ou des chevaux 
dressés; il faudrait, pour arriver à atténuer les défauts 
originaires, pour les chasser, en quelque sorte, de l'hé- 
ritage naturel transmis, avec la vie, par les parents aux 
descendants, soumettre aux mêmes procédés d'éducation 
une longue suite de générations. C'est par ce moyen 
que se sont perfectionnées les qualités intellectuelles du 
chien; mais il esl probable que les premiers chiens ap- 
privoisés, quelle que soit l'espèce qui les a fournis, se 
sont montrés souples et dociles, et que l'homme, pour 
taire de cet animal son compagnon et son ami, n'a eu 
qu'à développer d'heureuses dispositions naturelles. Chez 
le chat, au contraire, il faudrait, non point favoriser la 



nature, mais la contrarier continuellement. Qui voudra 
entreprendre cette tâche ardue? 

Le chat ne manque pas d'inlelligence, ainsi que nous 
allons le montrer; mais cette intelligence est presque 
toujours contrebalancée par des tendances innées, qui, 
sollicitant la satisfaction brutale des appétits naturels, 
et en particulier de cette férocité qui constitue le trait 
principal de la physionomie intellectuelle des félins, 
mettent la volonté de l'individu sous la dépendance de 
ses instincts. Une autre cause de la rareté des manifes- 
tations de l'intelligence du chat est précisément sa do- 
mesticité, qui lui enlève une partie de ses aptitudes ori- 
ginaires sans leur substituer aucune qualité utile; les 
impulsions de la vie sauvage étant chez lui atténuées ou 
presque effacées, il se fie de préférence, dans la plupart 
des cas où ces impulsions disparues lui seraient néces- 
saires, à son instinct, qui, bien qu'altéré, lui paraît plus 
sur qu'une décision imposée à sa volonté par son intel- 
ligence. 
! Le chat possède à un haut degré ce qu'on est convenu 
d'appeler chez les animaux l'instinct du logis ; c'est-à-dire 
qu'il adopte une demeure fixe, à laquelle il revient tou- 
jours, qu'il n'abandonne jamais librement. A l'inverse 
des autres animaux, qui changent assez volontiers de 
terrier ou de nid, il reste fidèle toute sa vie à la maison 
où il a grandi, retenu par des liens auxquels l'habitude 
donne rapidement une grande force. A ce point de vue, 
c'est par excellence l'animal domestique (domus) ; ce qui 
l'attache au foyer, ce n'est point son affection pour son 
maître, la vue continuelle de personnes connues, c'est la 
disposition des lieux, le trou dans la haie par lequel il 
sort du jardin, le grenier où il s'introduit pour dormir, 
le toit sur lequel il donne des concerts nocturnes. 

Transporté de sa maison natale dans une autre, le chat 
le plus doux, le plus craintif, devient rapidement furieux, 
au point de mordre son maître si celui-ci cherche à le 
prendre; il rôde partout, cherchant une issue, faisant 
des bonds prodigieux pour s'élancer sur les toits et s'é- 
chapper. Si on le retient de force, il devient sauvage, 
refuse de manger, et il est bien visible que le souvenir 
de son ancienne demeure le hante; il guette les portes, 
et gardez-vous de les laisser ouvertes, car il saura vite 
profiter de l'occasion offerte. Le temps n'atténue pas son 
désir de s'échapper, et il faut user, au bout de plusieurs 
mois comme au premier jour, des mêmes précautions 
pour le retenir. On prétend dans nos campagnes que 
pour retenir un chat adulte dans une 'maison qui n'est 
point celle où il a été élevé, il suffit de lui faire gratter 
avec ses pattes l'intérieur de la cheminée de sa nouvelle 
demeure; celte assertion est absolument en désaccord 
avec l'expérience. 

Le sens de l'orientation est très développé chez le chat 
adulte. Si on le transporte à plusieurs lieues de distance 
de la maison qui lui esl familière, dans une caisse abso- 
lument close, et qu'on le mette ensuite en liberté, il re- 
vient rapidement à son point de départ. Ce n'est pas 
évidemment, dans ce cas, la route parcourue qui le 
guide au retour, puisqu'il ne l'a point vue; d'ailleurs, il 
ne suit pas pour revenir le même chemin qu'on lui afait 
prendre en le transportant. II y a là une faculté curieuse 
et difficilement explicable. 

Ordinairement, le chat se montre doux envers les per- 
sonnes qu'il voit fréquemment, tout en restant sauvage 
et défiant envers les étrangers; il aime la main qui le 
nourrit, mais seulement parce qu'elle le nourrit, et ne 



LE NATURALISTE 



77 



s'atlache point, comme le chien, à son maître. Il y a ce- 
pendant des exceptions; en voici une. Un campagnard, 
qui habitait seul une maisonnette à l'extrémité d'un 
hameau, se rendait fréquemment au bourg voisin, et n'en 
revenait que très tard le soir. Il devait passer, pour ren- 
trer chez lui, sur un petit pont situé à environ trois cents 
mètres de sa demeure. A chacune de ses absences, son 
chat venait attendre son retour sur ce pont, où il de- 
meurait parfois plusieurs heures; son maître l'appelait 
en passant, et le chat le suivait en miaulant. 

Tout en restant très attaché à la maison où il a été 
élevé, le chat conserve toujours une liberté relative, 
exigée par sa sauvagerie instinctive; il consent bien à 
entrer dans les habitations, il aime même à venir se 
chauffer près du feu, paresseusement couché en cercle ; 
mais il faut qu'on lui laisse le droit d'aller où bon lui 
semble, de courir les greniers et les toits à la ville, les 
jardins et les granges à la campagne. C'est un chasseur; 
c'est l'ennemi héréditaire des rats et des souris. Pour les 
surprendre, pour découvrir les nids où se cachent ces 
désagréables rongeurs, il va souvent, dans ses rondes 
diurnes et nocturnes, très loin de sa demeure, et ses 
absences sont quelquefois très longues, car, lorsqu'il se 
sent sur une piste, il ne la quitte point qu'il n'ait le gi- 
bier en sa possession. 

Rien n'égale la patience, la souple agilité, la malice 
rusée qu'il déploie dans cette chasse, où se révèlent en 
même temps tous les instincts cruels dont l'a doué la 
nature. Quelle que soit la proie convoitée, dès qu'il 
l'aperçoit, et souvent à une distance relativement consi- 
dérable, il ramasse son corps sur ses pattes allongées, 
le regard fixe et attentif, les membres postérieurs con- 
tractés, prêt à bondir, plein d'un désir sauvage de sang 
et de chair pantelante; il s'avance doucement, ne mar- 
chant point, mais rampant, d'apparence inoffensive, ne 
faisant aucun bruit, son mouvement continu seulement 
décelé par l'ondulation de sa robe soyeuse, puis soudain, 
prompt comme l'éclair, il s'élance, et de ses griffes acé- 
rées il retient le gibier qui cherche à fuir. 

Si ce gibier est un rat vigoureux, il y a lutte ; les deux 
ennemis se mordent cruellement ; le sang coule des deux 
côtés, jusqu'à ce que le chat, d'ailleurs plus fort, termine 
cette lutte, qui est pour lui une réelle jouissance, en 
broyant d'un coup de dent l'épine dorsale de son adver- 
saire. Si le gibier est une souris, le chasseur, qui sait 
parfaitement qu'une proie si faible ne saurait lui échap- 
per, se repaît avec un évident plaisir des souffrances de 
sa victime ; il l'étourdit en la broyant à moitié, puis 
desserre ses mâchoires, la laisse s'échapper, la saisit de 
nouveau, la jette en l'air avec les dents, la reçoit avec 
les grilles, se fatigue à ce jeu, et se décide enfin à man- 
ger la tête de lo souris ; il ne mange le corps que s'il est 
affamé. 

Il ne se contente pas des rats et des souris ; il pour- 
suit également les petits oiseaux, qu'il attrape, avec une 
rare adresse, jusque sur les arbres où ils se réfugient; 
on le rencontre quelquefois à l'affût de ce délicat gibier 
très loin des habitations, sur les lisières des bois ou le 
long des haies. Quant il tient une proie, s'il prévoit 
qu'on a l'intention de la lui prendre, il «jure » et me- 
nace des griffes; si on peut la lui arracher, il cesse aus- 
sitôt de gronder : il n'a le désir de la nourriture qu'au- 
tant qu'il la tient dans ses dents. 

Le chat est voleur; il aime à sauter sur la table ou 
dans le buffet, et il a parfaitement conscience que, ce 



faisant, il accomplit une action illicite, car il n'a rien 
de plus pressé que de se sauver avec son butin, dont il 
ne s'empare d'ailleurs qu'autant qu'il sent qu'on ne le 
surveille pas. Ici, il n'obéit pas à un instinct, mais à un 
vice ; aussi arrive-t-on généralement à le corriger de 
celte mauvaise habitude en le châtiant chaque fois qu'on 
le surprend en flagrant délit. Il a peu de mémoire, et 
si l'occasion de faire mal se présente souvent, il oublie 
rapidement le châtiment qui a suivi sa précédente faute ; 
cependant, à la longue, l'idée de la faute et l'idée du 
châtiment se fixent dans son esprit comme deux faits 
absolument dépendants l'un de l'autre, et le souvenir de 
cette association constamment immédiate de la cause 
et de l'effet suffit pour vaincre chez lui la tentation de la 
gourmandise et même quelquefois les exigences de la 
faim. L'habitude ou la répétition des mêmes actes cons- 
tituent chez lui une sorte de mémoire des sens qui le 
sert utilement ; c'est ainsi qu'il fréquente de préférence 
les greniers où il trouve plus souvent des souris ou des 
rats, et qu'il fuit les endroits où on l'a accueilli avec des 
pierres ou des coups de bâton. 

Son intelligence s'efface entièrement lorsqu'il se trouve 
dans quelque danger pressant; le désir de la conserva- 
tion le pousse alors à dés actes purement instinctifs : 
c'est ainsi que, si on le suspend au-dessus du vide, se 
croyant perdu, il cherche désespérément à s'accrocher 
à tout ce qui l'entoure; il faut, pour tenter cette expé- 
rience sans avoir la figure ou les mains labourées par 
ses griffes, être très prudent et le maintenir fortement. 

Si on lui jette de la nourriture, il suit des yeux le 
mouvement de la main, mais non l'objet jeté. Sa vue 
cependant est très perçante, et lui donne une idée juste 
des objets qui l'entourent. Il distingue parfaitement les 
images reflétées par un miroir; car si on agite derrière 
lui un corps quelconque, il en suit lee mouvements dans 
le miroir. La vue de sa propre image ne produit sur lui 
aucun effet sensible, à l'inverse du chien qui aboie lors- 
qu'il se voit pour la première fois dans une glace. 

A. Acloque. 



MŒURS ET METAMORPHOSES 
DE CHRYSOMELA m ARGI N ATA, LINNÉ 

Coléoptère du groupe des Chrysomélides. 



Œufs. — Aussitôt après l'accouplement, la femelle 
dépose ses œufs, au nombre d'une vingtaine environ, à 
l'aisselle des feuilles de la plante nourricière, V Achillea 
millefolium ; couplés deux par deux et maintenus contre 
la feuille, au moyen d'une substance agglutinative, ils 
mesurent un peu plus de un millimètre de long et un 
demi-millimètre en diamètre; ils ont la forme d'un 
ovale très allongé, arrondis aux deux bouts, très fine- 
ment réticulés; après la ponte, qui a lieu en automne, 
ils sont rougeâtres aux deux pôles et noirâtres au milieu, 
cette dernière teinte prenant d'autant plus d'extension, 
et arrivant à remplir en entier l'intérieur, que l'éclosion 
est plus proche ; la larve apparaît une quinzaine de jours 
après, taille, ronge les feuilles de l'Achillée et lorsqu'elle 
est parvenue à sa plus grande expansion, elle se pré- 
sente avec la forme suivante : 

Larve. — Longueur 7 millimètres; largeur 2 à 3 milli- 
mètres. 



LE NATURALISTE 



Corps charnu, gris 101110. hexapode, arqué, couvert de 
courts poils bruns, marqué de taches noires et de traits 
sous-cutanés rougeâtres, fortement convexe en dessus, 
déprimé en dessous, à extrémité antérieure arrondie 
atténué à l'extrémité postérieure. 

Tête petite, orbiculaire, cuivreux brillant, couverte de 
longs poils bruns, divisée en deux petits lobes par la 
ligrle médiane, disque excavé, lisière frontale échancrée ; 
épistome testacé el membraneux ; labre court, large, à 
milieu fortemenl échancré, sans traces de cils; mandi- 
bules rougeâtres, un peu arquées, se louchant sans se 
croiser, à extrémilé quadridentée ; màcboires membra- 
neuses, à articulations verdàtres, lobe petit triangulaire, 
non cilié: palpes de quatre articles brunâtres; lèvre in- 
férieure étroite teslacée; palpes labiaux de deux articles 
bruns à bout noir ef acuminé; languette déprimée, 
brune, lisse et luisante; antennes rétractiles, de quatre 
articles, le basilaire annulaire, les trois suivants coniques 
avec article supplémentaire noiràlre; ocelles au nombre 
de quatre disposés en carré. 

Segments ihoraeiques verdàtres, s'élargissant d'avant on 
arrière, le premier avec plaque écailleuse noirâtre, cou- 
verte de courts cils et de légères fossettes, à bord posté- 
rieur relevé en légère carène, deuxième et troisième 
1res finement chagrinées, à milieu transversalement in- 
cisé, formés de deux bourrelets garnis de taches rou- 
geâtres, ciliées, disposées en rangée transverse. 

Segment» abdominaux brunâtres, très finement cha- 
grinés, convexes, s'élargissant jusqu'au cinquième pour 
diminuer ensuite vers l'extrémité, les cinq premiers 
transversalement incisés, garnis de tacbes rougeâtres 
mêlées à d'autres tacbes d'un rouge sanguinolent, les 
quatre derniers non incisés, septième et huitième avec 
double rangée de taches rougeâtres. neuvième très petit, 
trilobé, fente anale transverse. 

Dessous déprimé, les segments thoraciques rouge car- 
nonne, un peu renflés, finement chagrinés, les segments 
'iddininaux avec taches rougeâtres sous cutanées, irré- 
gulièrement disposées, taches qui seront plus sensibles 
sur la nymphe, et qui se reproduiront sur l'adulte en 
une belle marge rougeâtre. 

Pattes membraneuses, verdàtres, courtes et latérales, 
hanches courtes, épaisses, cuisses assez longues à base 
renflée, jambes avec prolongement verdâtre, denté, cou- 
vrant en partie le dessous de l'onglet qui est très court. 

Stigmates noirs, à péritrème corné, la première paire 
transversalemenl ovalaire au bord postérieur du premier 
segment thoracique, les suivantes au tiers antérieur des 
huit premiers segments abdominaux. 

Dans les Pyrénées-Orientales, aux environs de Ria, cette 
larve ne se trouve qu'à partir d'une certaine altitude va- 
riant de 1,000 à 2,400 mètres-: elle vit des feuilles de la 
variété montagnarde uaine de ['Achillea millefolium, 
plante qui a quelque peine à se montrer au milieu du 
fouillis d'herbes diverses qui ornent les pelouses de nos 
montagnes; aussi reste-t-elle rabougrie, ses feuilles 
émergeant à peine de la surface du sol, ce qui rend la 
recherche de la larve difficile : issue d'une génération 
pondue en automne, notre larve prend de l'extension 
tanl que le froid ne la force pas à rentrer dans ses 
quartiers d'hiver; quand arrivent les frimas, elle se 
choisit un abri dans les touffes les plus épaisses du 
gazon, ou au rebord d'une pierre bien exposée au soleil, 
elle reste là, en état d'expectative, dans l'inaction la 
plus complète, jusqu'aux premiers chauds rayons du 



soleil prinfanier, à ce moment elle quitte son refuge 
pour se mettre en quête de sa plante nourricière, elle 
broute de jour et de nuit, jusqu'à ce qu'elle soif parvenue 
à sa plus grande expansion, alors seulement elle entre 
en terre, peu profondément, se façonne une loge arron- 
die, dont elle unit les parois à l'aide de pressions exer- 
cées au moyen de son corps; ce travail préparatoire ac- 
compli, elle se dispose à subir la phase transitoire qui 
précède sa transformation nymphale, et qui a une durée 
de cinq à six jours au bout desquels la nymphe, débar- 
rassée de sa peau larvaire, se présente sous la forme 
suivante : 

Nymphe. — Longueur, 5 millimètres ; largeur, 3 milli- 
mètres. 

Corps ovale, mou, charnu, rose, parsemé de courts cils 
roux, subconvexe en dessus, déprimé en dessous, à ré- 
gion antérieure large presque droite, à extrémité posté- 
rieure un peu atténuée. 

Tète large convexe, à disque excavé; yeux roux; pre- 
mier segment thoracique clypéiforme avec deux taches 
latérales rose vif, une de chaque côté de la ligne mé- 
diane, deuxième segment rougeâtre, marbré de taches 
de couleur plus vive, troisième à milieu canaliculé avec 
impression latérale ; segments abdominaux roses, larges 
et transverses, diminuant de volume vers l'extrémité, 
segment anal pointu terminé en forme d'épine droite. 

Dessous déprimé un peu plus pâle qu'en dessus, les 
ailes couvrent le corps, les antennes un peu arquées re- 
posent sur le milieu des cuisses des deux premières 
paires de pattes. 

Cette nymphe, dont les téguments sont très délicats, 
repose dans sa loge sur sa région dorsale ; elle imprime 
à son extrémité abdominale des mouvements latéraux, 
qui lui permettent de se défendre contre les ennemis 
qui la recherchent ; malgré cela beaucoup deviennent la 
proie de larves carnassières, les fourmis aussi eu sont 
très friandes et se les disputent avec un acharnement 
sauvage. La phase nymphale dure une quinzaine de 
jours, de mi à fin juin. 

Adulte. — Oii le trouve rarement rarement de joui'; 
de nuit il erre gravement et à pas comptés sur les lieux 
qui furent le théâtre de ses premiers états; on le prend 
sur les montagnes des environs de Ria (Pyrénées-Orien- 
tales), au printemps et en automne, sous les pierres el 
sous les herbes. 

Capitaine JLambeu, 



LES TROIS RÈGNES DU MONDE ORGANISÉ 



11 est, mauvais, en principe, d'être l'ennemi des nouveautés ; 
un tel défaut, d'ailleurs, n'est pas assez celui du siècle qui, 
trop habitué aux découvertes, accepte tout sans contrôle suffi- 
sant. Car il y a nouveautés et nouveautés, celles qui reposent 
sur des bases admissibles, celles qui s'élèvent sur un écha- 
faudage branlant. 

J'avoue, pour ma pari, que ce n'est pas sans une curiosité 
mêlée d'appréhension que j'ai lu la note de M. le D r Bougon ; 
le titre en était alléchant et, bien que peu enclin aux classifi- 
cations — toujours plus ou moins conventionnelles — la har- 
diesse même de la tentative, tendant à révolutionner le monde 
organisé tout entier, méritait attention. 

ToHe qu'elle est présentée, la proposition est ingénieuse, 
séduisante même, mais elle ne paraît pas supporter aisément 
l'analyse. Outre qu'il semble peu urgent de diviser en trois ce 
qu'il est déjà fort dillicile de diviser en deux, il est bien admis 
aujourd'hui que certains êtres ont autant de poinls communs 
avec les animaux qu'avec les plantes. Botanistes et zoologistes 



LE NATURALISTE 



79 



se les disputent, en l'aire un groupe séparé ne constitue point 
une solution, loin de là. D'ailleurs, pour avoir le droit d'isoler 
ainsi toute une catégorie d'êtres avec la valeur d'un Régne il 
faut montrer l'existence de caractères spéciaux. 

Trouverons-nous ces caractères dans des formules chimiques 
aboutissant à des corps inorganiques plus ou moins simples ' } 
dans la constitution probable du protoplasma ? 

Mais cela est de la chimie pure et l'on ne peut songer à 
classer les êtres vivants suivant les corps simples qui les com- 
posent ou les réactions qui s'opèrent en eux, on risquerai I, 
ainsi des rapprochements inattendus. 

Pourrons-nous, au contraire, prendre pour base la nutrition 
par endosmose ? En accordant même à cette action passive 
une valeur physiologique, comment édifier une classification 
sur une fonction quelconque alors qu'elle peut être l'effet 
d'organes très différents? L'endosmose d'ailleurs n'est même 
pas cela : c'est un simple moyen de préhension des aliments, 
c'est par elle que les matériaux nutritifs arrivent au contact 
des cellules digestives, celles-ci seules capables d'absorber et 
de se nourrir. Les animaux triturent leurs aliments, ils ont un 
estomac et des glandes pour les rendre assimilables, les plantes 
puisent des aliments dissous, donc liquides (d'où la nécessité 
de l'arrosage) qui arrivent, grâce à l'endosmose (et à bien 
d'autres forces encore), jusqu'à leurs cellules foliaires chargées 
de les élaborer. 

Il ne s'agit donc là, en réalité, que d'une action physique et 
le phénomène est toujours le même : c'est un travail cellulaire 
et non pas un acte passif; l'être ne saurait se nourrir par en- 
dosmose, il risquerait fort d'avaler des choses impropres à son 
existence. 

En d'autres termes les distinctions que cherche à établir 
M. Bougon manquent de vérité et j'ose à peine parler du para- 
sitisme ! Il faut des caractères anatomiques précis, des carac- 
tères embryologiques très nets auxquels pourront se surajouter 
— mais alors seulement — toute une série d'autres notions. 

Et s'il arrive que par ce procédé on ait à. rapprocher un 
être de l'animal, c'est un animal qu'il en faudra faire sans 
qu'il soit nécessaire de créer pour lui une division nouvelle, 
cet être fût-il un champignon. 

Au surplus, si l'on tient à créer trois règnes au lieu de deux 
ou d'un seul, la chose manquant totalement d'importance, per- 
sonne, je pense, n'y mettra opposition. 

Etienne Rabaud. 



PHOTOGRAPHIE 



Nous trouvons dans la Photo-Revue d'excellentes indi- 
cations pour arrêter l'impression du papier aristotype 
dès que l'image apparaît distinctement; au moyen de ce 
procédé spe'cial on peut ainsi réduire le temps d'expo- 
sition au quart, au cinquième, ou même au vingtième de 
sa durée normale : 

« La faible quantité de lumière exigée dans ces condi- 
tions, dit-elle, permet d'obtenir des images suffisamment 
denses, avec une source de lumière artificielle, par 
exemple celle que produit en brûlant un bout de ruban 
ou de fil de magnésium, placé à 30 centimètres du châs- 
sis. 

Ce procédé sera d'un grand secours dans les journées 
courtes et sombres de la période hivernale, où il est si 
difficile et si fastidieux de réussir le tirage des photo- 
copies. 

Le tirage de l'épreuve peut donc être arrêté dès que 
l'image est visible sur le papier, le développement en 
étant d'autant plus rapide qu'elle sera plus marquée. 

L'épreuve est plongée, sans lavage préalable, dans le 
bain suivant : 

Eau 1 .000 grammes 

Acide citrique 2, 6 — 

Acide gallique 10 — 



Au bout d'une minute, l'image commence à se ren- 
forcer, et elle se complète rapidement : on retire l'épreuve 
dès que l'intensité voulue est acquise, et on fixe dans un 
bain d'hyposulfite à 10 0/0 qui lui communique un ton 
sepia. Pour obtenir une teinte noire ou bleu noir, on fait 
usage du virage ordinaire à l'or ou à l'acétate. 

On peut encore virer et. fixer dans un bain combiné 
dont voici la composition : 

Eau chaude i .000 grammes 

Hyposulfite de soude 200 — 

Alun 30 

Sulfocyanure d'ammonium. 2;i 

Acétate de plomb.. 3 — 

Ajouter après un jour ou deux : 

Eau 100 grammes 

Chlorure d'or 1 — 

Deux recommandations essentielles si on tient à 
réussir : 

La première a trait à la propreté rigoureuse, absolue, 
qu'il est nécessaire d'apporter dans ce procédé. 

La seconde, au lavage prolongé, à fond, que doivent 
subir les épreuves au sortir du fixage, et sans lequel 
elles seraient exposées à jaunir. 

D'autre part, M. Ed. Liesegang affirme que les épreuves 
sur papier au gélatino-chlorure, brièvement exposées à 
la lumière, peuvent être complètement développées dans 
une solution concentrée de tannin; l'opération demande 
environ vingt minutes ; le ton est d'un rouge brun pareil 
à celui que l'on obtient avec l'hydroquinone et l'acétate 
de soude; un précipité jaunâtre se manifeste pendant 
cette opération, mais il n'a aucune action sur la couche: 
le fond de l'épreuve reste d'un blanc très pur. 

Après le développement, l'image peut être soumise à 
l'action du bain combiné de virage et de fixage. 

Si l'on ajoute une petite quantité de nitrate d'argent à 
la solution de tannin, les oppositions seront plus mar- 
quées ; le précipité sera plus abondant par cette addi- 
tion, mais il demeurera inoffensif. » 

RENFORCEMENT DES NÉGATIFS 

La méthode de renforcement le plus généralement 
employée est celle qui consiste à blanchir le négatif 
trop faible dans un bain de bichlorure de mercure, et à 
le plonger ensuite, après lavage, dans une solution très 
étendue d'ammoniaque. Ce traitement présente souvent 
l'inconvénient de détruire la pureté des blancs du cliché. 

Le British Journal of Photography conseille de remplacer 
l'ammoniaque par une solution composée de : 

Eau 100 grammes 

Sulfite de soude 30 — 

Métal 3 — 

Ce traitement présenterait l'avantage de fournir des 
négatifs plus brillants et de nécessiter un lavage subsé- 
quent moins long que parle procédé à l'ammoniaque. 

Le sulfite de soude peut être employé seul pour noir- 
cir le négatif, mais il agit avec une moins grande éner- 
gie que l'ammoniaque. La présence du métal permet 
d'obteirr un renforcement plus considérable. Nousajou- 
teroi s qu'on peut également employer une solution de 
sulfite contenant une petite quantité d'acide pyrogallique 
ou d'hydroquinone, et c'est même avec ce dernier pro- 
duit que l'on obtient les meilleurs résultats. 

Renforcement et vernis. — Voici une formule qui a deux 



80 



LE NATURALISTE 



qualités ; elle renforce un peu les cliche's et les vernit en 
même temps : 

Alun. 16 grammes 

Acide lannique I — 

Eau 128 — 

Le négatif, après avoir été fixé et dûment lavé, est 
plongé pendant trois à cinq minutes dans cette solution, 
que l'on tient continuellement en mouvement pour que 
son action soit uniforme. Le cliché fonce en couleur et 
devient plus brillant; on le lave ensuite pendant un 
quart d'heure et on sèche; il est alors brillant comme 
le cristal. Il ne faut pas dépasser le temps indiqué si on 
veut éviter du soulèvement. Ce procédé est supérieur 
pour vernir les positifs pour projections (Photo-Revue), 

E. Santinj de Riols. 



L'ÉLÉPHANT DE DURFORT 



« Il n'y a pas d'animaux sur lesquels on ait autant 
écrit que sur les Eléphants, ces bonnes et majestueuses 
créatures qui nous inspirent de l'intérêt à l'état vivant et 
nous impressionnent même à l'état fossile ; leurs os dont 
l'aspect est encore plus gigantesque lorsqu'ils sont dans 
leur gisement et que les morceaux de roche auxquels ils 
sont attachés semblent faire corps avec eux, excitent 
toujours notre curiosité et notre admiration. » 

Ainsi s'exprime M. Albert Gaudry, le savant professeur 
du Muséum, dans un mémoire sur l'Eléphant de Dur- 
fort. 

Ce mémoire, publié à l'occasion du centenaire du Mu- 
séum, est accompagné d'une très belle planche repré- 
sentant, dans son entier, le squelette de la bêle géante 
de Durfort. 

L'éminent paléontologiste nous raconte avec dé- 
tails et en un style rempli de clarté et d'élégance, 
l'histoire de ce grand Mammifère, déjà l'hôte du Mu- 
séum depuis plus de vingt ans. Il a été placé dans la 
galerie provisoire de Paléontologie, en attendant qu'il 
fasse l'ornement des nouvelles galeries en voie de cons- 
truction. 

Sa découverte est due à M. Cazalis de Fondouce qui 
allant explorer en 1869 une grotte près du village de 
Durfort, dans le Gard, remarqua sur des tas de pierres 
des débris d'« Eléphant». Un cantonnier qu'il interrogea 
lui apprit qu'ils provenaient de travaux faits pour la rec- 
tification de la route et il lui montraunpointoù on avait 
trouvé, disait-il, des tuyauxde quelque ancienne fontaine. 
M. Cazalis comprit que ces prétendus tuyaux devaient 
être des défenses d'Eléphant et il fit faire des fouilles à 
cette place. » Les recherches, interrompues pendant nos 
désastres de 1870, furent reprises en 1873. Au fur et à 
mesure que les os sortaient de la roche ils tombaient en 
poussière ; on les enduisait de blanc de baleine dès qu'ils 
étaient mis au jour. Grâce à ce procédé, le squelette a 
été conservé dans son entier. 

L'animal avait dû s'enfoncer dans la vase du lac de 
Durfort en allant se désaltérer; c'est ce qui explique 
qu'on ait trouvé toutes les parties du squelette en con- 
nexion aaturelle. Du même gisement on a retiré des dé- 
bris de beaucoup d'animaux très bien conservés et dont 
la plupart avaient, eux aussi, probablement subi le 
même sort que leur gigantesque voisin. 



Des Hippopotames, des Rhinocéros, des Bisons, des 
Cerfs, des Chevaux, etc., vivaient dans les mêmes parages 
que l'Eléphant. Dans les eaux du lac nageaient des Pois- 
sons, en particulier le Brochet commun. 

Le cadre de ce tableau animé était formé par des forêts 
de Chênes variés (Chêne indigène du Portugal, Chêne de 
l'Italie méridionale, Chêne d'Asie, Chêne faux liège), de 
Hêtres à feuilles remarquablement petites ressemblant 
à des Hêtres japonais, de Zelcoves, de Parroties, etc. 

« L'étude des végétaux comme celle des animaux porte 
à penser que ce spectacle majestueux avait lieu vers l'é- 
poque du Forest-bed, c'est-à-dire à l'époque qui forme 
la transition du Tertiaire au Quartenaire. » 

M. Gaudry voulant savoir à quelle espèce il doit rap- 
porter l'Eléphant de Durfort le compare aux deux types 
d'Eléphants bien connus, VElephas meridionalis et VEle- 
phas primigenius (Mammouth). Le premier, le plus ancien, 
vivait au Pliocène supérieur, le second au Quaternaire 
récent. D'après l'auteur ces deux types « ne sont pas des 
entités immuables » car on trouve des témoins de leurs 
mutations. 

VElephas meridionalis « a encore quelque souvenance 
de l'état ommivore des Mastodontes » ; ses molaires sont 
courtes et peu élevées comparativement à leur largeur; 
elles ont en outre un petit nombre de collines, larges, 
basses, enduites d'un émail très épais. VElephas primi- 
genius est « l'Eléphant le plus Eléphant » et présente un 
type parfait d'herbivore. Les collines de ses molaires 
sont nombreuses et si hautes qu'elles peuvent durer 
longtemps, tout en s'usant beaucoup ; ces collines ont des 
lames minces enduites d'un émail peu épais; leur sépa- 
ration va jusqu'à la racine. Les défenses sont également 
plus longues, plus minces et plus courbées que dans VE- 
lephas meridionalis. 

VElephas antiquus est intermédiaire par son âge (il vi- 
vait au commencement du Quaternaire) et ses caractères 
entre VElephas meridionalis et VElephas primigenius, ce 
qui porte à penser M. Gaudry que « VElephas meridiona- 
lis a dû probablement passer par l'état antiquus pour 
devenir primigenius. » 

L'Eléphant de Durfort a sa place marquée entre VEle- 
phas meridionalis et VElephas antiquus. Il appartient à une 
race modifiée dite type de Nesti. 

Son squelette est le plus imposant squelette de Mam- 
mifère terrestre qui ait été rencontré : il a 4 mètres de 
hauteur et 6 mètres 80 de longueur. Ces dimensions ont 
été rarement atteintes par les animaux terrestres dans les 
temps géologiques, ainsi que nous le montre M. Gaudry 
en faisant défiler devant nous les grandes espèces terres- 
tres des temps passés. 

Aux premiers âges de la Terre, au Silurien, il n'y a pas 
d'animaux terrestres. Le premier que l'on connaisse est 
un Insecte trouvé dans le Devonien et mesurant m. 20 
de long. Dans le Rouiller de Commentry, M. Fayol a dé- 
couvert le plus grand Insecte connu, le Megancura qui 
avait m. 70 de large quand il étendait ses ailes. C'est à 
l'époque houillère, au moment où la Terre était recou- 
verte d'une végétation luxuriante que le monde entomo- 
logique atteint l'apogée de sa puissance. 

Les Reptiles se montrent dans le Devonien et le Rouil- 
ler; quelques-uns, comme l'Anthracosaurus, ont jusqu'à 
2 mètres de long. 

Pendant le Permien, de nombreux Batraciens, ainsi 
que des Reptiles, vivent aussi bien en Amérique et 
en Afrique qu'en Europe. Il faut citer VAclinodon trouvé 



LE NATURALISTE 



SI 




ci 

o 

ce 



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PL, 



X~l 



LE NATURALISTE 



àAulun et mesurant in. 80 de long, le Stereorachis et 
VKrgops des Montagnes Rocheuses ayant 1 m. COet 2m. 40 
de long. 

Mais c'est pendant les temps secondaires que les 
Reptiles atteignent d'énormes proportions. Le Dima- 
dosaurus du Trias a une taille d'environ 6 mètres. Cer- 
tes, c'est là un géant; niais quelle impression ne doit- 
on pas ('prouver quand on se trouve en présence des 
Dinosauriens des Montagnes Rocheuses, tels que le Bronto- 
saurus qui avait 15 mètres de long et VAtlantosaurus 
24 mètres. 

A l'époque Crétacée, les Iguanodon etles Mastodonsaurus 
du Wealdien helge possèdent encore des dimensions 
considérables, puisqu'ils ont de tO à 12 mètres de long. 
et les grands Reptiles volants, comme le Pteranodon in- 
gens, mesurent jusqu'à 8 mètres d'envergure. 

Au commencement de l'Ere Tertiaire, les gigantesques 
animaux à sang froid sont en décroissance, mais en re- 
vanche les Mammifères, qui ont fait leurapparition dès le 
Jurassique, prennent possession du globe. Ce sont eux 
qui donneront naissance aux espèces actuelles. 

Les Marsupiaux, aujourd'hui si localisés et si mal 
représentés, offraient pendant les temps tertiaires une 
grande variété déformes. Certains d'entre eux, comme 
le Thylacoleo , le Diprolodon étaient redoutables et pos- 
sédaient une taille élevée. 

Mais ce sont surtout les Carnassiers et les Herbivores 
qui ont les plus grandes dimensions. Tels sont, dans 
l'Eocène, le Lophiodon et le Coryphodon trouvés dans les 
environs de Paris; les Dinocer as, ces curieux Mammifères 
d'Amérique à la tète étrangement cornue, etc. 

Dans l'Oligocène les Pachydermes sont très puisssants: 
citons en particulier V Anthracotherium, précurseur des 
Rhinocéridés et le Titanotherium des Montagnes Ro- 
cheuses qui possédait la taille du Mastodon. 

« C'est seulement vers la fin des temps géologiques 
que les Mammifères sont arrivés au maximum de leur 
taille. » 

Le Dinothcrium giganteum recueilli par M. Gaudry à. 
Pikermi, n'avait pas loin de 5 mètres de hauteur ; le 
MitstodonBorsonis atteignait les dimensions de l'Eléphant 
de Durfort. Les Eléphants succèdent aux Mastodontes à 
à la fin du Pliocène et pendant, le Pleistocène; nous 
avons déjà fait rémunération des divers types qui ont 
vécu avant ces derniers. Le dernier survivant des Pro- 
boscidiens, le Mammouth n'a pas égalé, comme gran- 
deur, les espèces miocènes et pliocènes. Enfin les Elé- 
phants actuels sont plus petits que le Mammouth. 

k Ainsi le règne de la force brutale a eu lieu pendant 
les temps secondaires, alors que vivaient les Dinosauriens, 
qui ont été les plus gigantesques de tous les quadru- 
pèdes continentaux, mais sans doute étaient des êtres 
stupides. L'apogée réelle du monde animal, comprenant 
les quadrupèdes les plus beaux, les plus actifs, les plus 
intelligents, se montre a la fin des temps tertiaires, pen- 
dant les époques miocène et pliocène, c'est-à-dire immé- 
diatement avant le règne de l'homme. » 

M. Albert Gaudry termine son intéressant et curieux 
mémoire en faisant remarquer que les êtres les plus 
puissants n'ont pas été les carnivores, niais les herbi- 
vores. Ces géants de la création ont été souvent les plus 
éphémères. « Pourquoi le Dinotherium s'est-il éteint 
sans laisser de postérité? Pourquoi le Mastodon a-t-il 
disparu de nos contrées au moment où il avait atteint Le 
maximum de grandeur sous la forme du Mastodon Bor- 



sonis'.' Pourquoi l'Elephas a-t-il passé de l'état meri- 
dionalis aux états anliquus, indicus (Eléphant d'Asie) et 
priscus (Eléphant d'Afrique)? Nous l'ignorons. La loi du 
changement est la grande loi qui domine le monde. » 

Ph. Glangeaud. 



OISEAUX ACRIDOPHAGES 

L'AUTRUCHE 

(Suite.) 



11 serait présomptueux de croire qu'au début, c'est-à- 
dire dès la première année de l'organisation des parcs 
de reproducteurs, on aurait des couvées ou des pontes ; 
pour ceci aucune certitude, mais cela n'est pas impos- 
sible. Il faut tenir compte du changement d'habitat dont 
l'iniluence se fera sentir sur les Autruches à réaccli- 
maler; il est très important d'ailleurs d'étudier la com- 
position du troupeau, de manière à former des couples 
dont les sujets s'accorderont entre eux de façon à pro- 
duire l'accouplement à l'époque des amours. 

Je reproduis ci-contre le tableau de la reproduction des 
Autruches obtenue au jardin d'essai d'Alger depuis 
l'origine, 1857 jusque 1879, d'après les notes fournies par 
M. Ch. Rivière, pour le livre le Fermage des Autruches de 
J. Oudot. 

TABLEAU DE LA REPRODUCTION NATURELLE DU 

jardin d'essai de I8o7 à 1879 





Nom- 




ŒUFS 




Autruchons 




bre 












ANNÉE 


de 


- — 








" " 




couples 








inutili- 


pous- 


arrivés 




pon- 


pondus 


clairs 


incubés 


sés. 


sins 


à l'âge 




dants 








éclos 


'adulte 


1857 


1 


20 


2 


10 


8 


1 


1 


1858 


o 


28 


3 


14 


11 


12 


12 


1859 


2 


42 


4 


20 


18 


» 


>, 


1860 


2 


45 


2 


10 


33 


9 


5 


1861 


5 


95 


10 


20 


65 


17 


14 


1862 


5 


69 


12 


36 


21 


29 


13 


1863 


S 


135 


8 


20 


107 


18 


.i 


1864 


5 


112 


10 


20 


82 


13 


1.0 


1865 


6 


125 


12 


20 


93 


17 


5 


1866 


6 


129 


6 


30 


93 


23 


18 


1867 


3 


75 


4 


24 


47 


23 


20 


1868 


2 


38 


5 


22 


11 


21 


18 


1869 


5 


150 


18 


39 


93 


37 


28 


1870 


5 


127 


10 


38 


79 


38 


24 


1871 


6 


203 


18 


56 


129 


54 


31 


1872 


6 


185 


11 


65 


109 


61 


37 


1873 


6 


225 


12 


18 


165 


48 


34 


1874. 


6 


170 


20 


42 


108 


39 


22 


1875 


5 


113 


14 


38 


61 


36 


20 


1876 


5 


III 


09 


35 


57 


30 


27 


1877 


5 


1 39 


4 


64 


71 


60 


18 


1878 


4 


110 


4 


38 


68 


36 


32 


1879 


4 
10 1 


112 


21 
2î9 


2:> 


62 


26 
648 


22 


Totaux 


2558 


738 


1591 


446 


Moyenne 


i 40 


111 


10 


32 


69 


19 


1.9 



Observation. — Il est important de remarquer que ce ta- 
bleau n'indique des résultats obtenus par couvée naturelle; que 
chaque année les couples étaient il reconstituer en raison des 
ventes d'oiseaux adultes qui se sont réalisées pendant cette 
période. 

Un lot important d'autruches a été envoyé à Constantinople 
et une notable partie a fourni les meilleurs reproducteurs des 
parcs d'autruches du Mazafran, de Zcralda, etc., etc. (11 n'existe 
J plus que celui du Mazafran, sans avenir aucun. ) 



LE NÂTUiïA.LISTJR 



h:; 



Un fait peu connu, mais d'une grande importance, 
consiste dans les différences de la coquille des œufs. 
Une série d'études sur ces œufs m'amène à une consta- 
tion fort surprenante. Je suppose que l'échec des incu- 
bations artificielles par œufs d'Autruches de race 
barbaresque provient d'une conformation spéciale de sa 
coquille. Les œufs d'Autruches barbaresques ont la 
coquille lisse et de l'aspect de l'ivoire frais : les coquilles 
d'œufs de l'espèce somali et australe, généralement sont 
d'une épaisseur et de dimensions moindres; ils sont 
complètement couverts de picots dont la fonction doit 
être de faciliter l'éclosion par une absorption de calo- 
rique humide aidée par ces pores particuliers. 

La différence dans la coquille des deux espèces étant 
constante, on ne saurait admettre que ce fait physiolo- 
gique ait une cause dans le plus ou moins de calcaire 
que l'oiseau trouverait dans son alimentation. 

En Algérie, généralement, toutes les tentatives d'éle- 
vage par incubation artificielle, ont donné des éclosions 
quel que soit le modèle de l'appareil incubateur em- 
ployé; les Autruchons, fort délicats généralement, 
périssaient successivement dans une période plus ou 
moins longue. J'ai cru, et ne suis pas encore assuré du 
contraire, que ces accidents mortels provenaient du 
manque d'étendue des lieux de parcours des jeunes 
oiseaux et peut-être aussi d'une alimentation défectueuse. 
Les observations contradictoires de mon savant ami, 
M. Charles Rivière, qui pendant plusieurs années a fait 
des expériences d'incubation artificielle d'œufs d'Au- 
truches au jardin d'essai du Hamma d'Alger me rendent 
très perplexe. 11 est fâcheux queces expériences n'aient 
pas une consécration absolue en permettant de fixer 
d'une manière définitive, le plus ou moins bien-fondé 
de la croyance que la non-imperméabilité relatif des 
œufs algériens a contribué pour une notable partie dans 
les échecs d'incubation artificielle des éleveurs algériens. 
On a essayé de modifier les coquilles lisses et polies des 
œufs barbaresques par un bain d'eau légèrement dilué 
d'acide sulfurique. Le vernis qui recouvre la coquille a 
été enlevé il est vrai ; mais, à l'éclosion, l'oiseau était 
blessé et en partie difforme, il ne vivait pas. Pour le pré- 
sent, pour sauvegarder l'avenir je crois que la prudence 
la plus élémentaire commande de n'opérer que par in- 
cubation naturelle; l'essai d'incubation artificielle ne 
devra se produire que sur des œufs abandonnés par les 
parents ; la fécondité des œufs pourrait être contrôlée 
par un mirage attentif, dans une chambre noire ad hoc 
ayant une ouverture de la dimension de l'œuf présenté 
au plein soleil dans un tube en carton ou en bois. L'avenir 
de la question demeure ainsi réservé; l'expérience 
démontrera si, dans les conditions normales d'existence 
de l'Autruche, l'incubation artificielle devra venir à l'aide 
de sa reproduction et si la continuation des échecs 
attribués à la nature de la coquille nécessite de faire des 
croisements; alors il faudra se résigner à ajouter aux 
couples soudanais, quelques oiseaux du Cap et faire des 
parcs d'étude avec couple mâle barbaresque et femelle du 
Cap et inversement femelle barbaresque et mâle du Cap. 
Il y aura lieu de prêter une extrême attention à ces 
croisements à créer suivant l'âge et l'aspect physique des 
oiseaux. S'il était reconnu qu'il faut produire des œufs 
avec des pores apparents pour faire de l'incubation 
artificielle, j'aurais à grands traits, indiqué la voie à 
suivre. 

L'instinct d'assurer la reproduction d'une descendance 



bien constituée, est caractérisé par un phénomène 
bien surprenant chez l'Autruche, oiseau généralement 
stupide. Nombre d'éleveurs ont constaté dans diverses 
circonstances le refus de couver les œufs produits par 
des oiseaux d'aspect satisfaisant. Une première ponte 
abandonnée sans avoir été couvée par les parents, con- 
fiée à un appareil d'incubation, donna naissance à des 
oiseaux anormaux, difformes, non constitués pour 
l'existence normale. 

Ces mêmes parents produisirent une nouvelle ponte 
qui eut les mêmes phases et évolution, avec le résultat 
négatif de la première ponte. 

Cette expérience démonstrative pourrait servir utile- 
ment dans l'observation de la conduite à suivre en 
admettant la pratique du système de l'incubation natu- 
relle à adopter de préférence pour l'espèce barbaresque 
ou soudanaise dans les présentes circonstances. 

Les naturalistes croient à l'unité de l'espèce Autruche ; 
nous savons qu'il y a des variations très sensibles dans 
les dimensions physiques de l'oiseau, suivant la prove- 
nance et surtout dans la qualité et l'aspect des plumes. 
(Je crois que les Autruches du Cap sont le produit d'un 
croisement entre l'espèce indigène et l'espèce soudanaise 
dont un grand nombre a été importé dans le cours des 
vingt ans écoulés. ) 

Deux naturalistes anglais, MM. Sclater et Curney, re- 
connaissent deux espèces d'autruches qu'ils désignent : 
Autruche du nord Struthio camelus, et Autruche du sud 
Struihio auslralis. La controverse la plus connue, quant 
aux spécifications d'Autruches, est celle d'Anderson dans 
/Votes on the Birds of Damaraland and the adjoint countries 
of South West Africa, 1872. Aujourd'hui ces questions 
sont bien simplifiées, caria diversité des plumes classées 
suivant leur origine et ayant des qualités spécifiques ou 
distinctives très remarquables, permet de fixer en toute 
sûreté les espèces suivantes ; les caractères physiolo- 
giques d'une nature anatoniique échappent à ma com- 
pétence, il est remarquable de constater que chacune 
des espèces ci-contre a une odeur sui generis particulière 
qui, dans le commerce des plumes, est une garantie 
d'authenticité pour l'acheteur. 

1° Autruche des déserts de Syrie et de l'Arabie 
produisant la plume d'Alep tant estimée autrefois (I), 
espèce presque éleinte, sa contribution dans l'industrie 
est nulle. 

2° Autruche de l'Afrique orientale, var. nègre Struthio 
mohjbdophancs. Se trouve assez nombreuse dans les 
diverses contrées littorales de la mer Rouge, Egypte, 
Abyssinie, pays dallas, Somalie et dans les parcs de 
Mataryah. 

3° Autruches du Darfour, Kordofan, Wadaï, assez 
nombreuses, en partie domestiquées. L'espèce sauvage 
fournit la plus belle qualité de plumes au monde; les 
plumes noires, en particulier, sont d'un brillant et d'une 
fermeté très appréciables, bien supérieures aux produc- 



(1) Cette provenance fournissait les plumes merveilleuses 
ornant le cimier de la chevalerie au moyen âge. .l'ai vu une 
fresque dans la cour de l'Hôtel de Ville de Baie, représentant 
une tète de chevalier casqué, orné de 24 grandes plumes d'Au- 
truche simple d'une pièce. C'était merveilleux et d'une richesse 
inouïe, on comprend que ces gaillards défendaient avec achar- 
nement leur panache, comme entre autres Henri IV à la bataille 
d'Ivry. Ces plumes se payaient >lc< prix qui paraîtraient fan- 
tastiques aujourd'hui. 



.S'. 



LE NATURALISTE 



lions des autres espèces. — Caractère spécifique: duvet 
ferme, large, brillant. 

4° Autruches du Bornou, Darmegou, Air, Sénégambie 
pays Haoussa ; assez nombreuses, surtout domestiquées. 
L'oiseau sauvage est devenu fort rare dans cette partie 
de l'Afrique. La qualité des plumes est inférieure à celle 
des plumes fournies par le groupe précédent. Cette 
immense contrée, en partie, est plus humide que la 
précédente; conséquence spécifique : plumes à tige 
plus grosse, duvet plus étroit et barbules moins larges, 
au surplus qualités égales. 

5° Autruches australes. 

D'après Anderson il y aurait trois variétés dans l'A- 
frique du Sud. Nous admettons qu'il existe deux genres 
qui sont la transition entre l'espèce Somalie et l'autruche 
du Nord, caracte'risés par une taille généralement supé- 
rieure à l'espèce barbaresque (les soudanaises sont très 
grandes, les algériennes très petites); leur plumage est 
fort distinct. 1° Toutes les plumes noires sont plus ou 
moins veules, les plumes des ailes sont toujours plus 
blanches que celles fournies par l'oiseau du Nord, leur 
duvet est plus mou, les barbules sont moins fournies; 
ces plumes, dans l'industrie, ne peuvent s'utiliser qu'en 
les doublant, les tiges sont généralement grosses. Nous 
distinguons dans cette provenance deux sortes de 
plumes, celles fournies par l'oiseau sauvage et en demi- 



HABITAT I)F. L'AirrRrjCHE l^AFRTQUE par JF(TREST,1S92 




Cap ûë^Sc(7fj£-B^ém/;c£ 



Ua-Jtaifuari- 



Nota . les régions aaàitees par l'Autruche 
ùv'/splus ou /notas rapproches 



,.s, q 



T hachures, latjensitè est proportionnelle aux, 



Habitat de l'Autruche en Afrique 
(cliché prêté par la Société rie Géographie) 

captivité (système pratiqué par les peuplades du Kala- 
pari) ; dans le commerce cettequalité est désignée p^mes 
du Cap sauvages. Les barbules sont longues, le duvet est 
d'une forme plus élégante que celle fournie par l'oiseau 
domestique, la tète de la plume se dislingue de la plume 
de l'oiseau privé par son extrémité coiffée: cette courbe 
gracieuse de la plume simple tant prisée autrefois, 
puisque celle qualité seulement pouvait permettre les 



coiffures si gracieuses dont les gravures anciennes nous 
fournissent l'image si attrayante. Il est remarquable que 
toutes les tentatives pour obtenir l'aspect du coiffé sur 
la plume d'oiseau privé ont échoué. Aucun croisement 
ni avec oiseau du Nord, ni avec oiseau sauvage indigène, 
n'a pu améliorer l'aspect caractéristique de la plume du 
Cap, qui est plate à son extrémité à l'égal des plumes 
d'autruches femelles pareilles, dans toutes les variétés. 
Il ressort des observations précédentes que la qualité 
des plumes de l'Autruche australe est bien inférieure à 
celle de l'Autruche du Nord et que ni la sélection, ni les 
croisements n'ont modifié cet aspect constant, qui doit 
avoir pour cause le climat, l'alimentation propre à la 
nature du sol, etc. En conclusion, l'avenir appartient à 
l'espèce du Nord qui seule fournit la plume appelée à 
régénérer la mode. L'occupation de Tombouctou, qui 
clôt la conquête militaire du Soudan, est un événement 
important dont les conséquences pourront influer heu- 
reusement sur l'avenir de notre extension dans le Soudan 
occidental. Il nous appartient de relever l'emporium 
commercial africain de son rôle déchu et, par une nou- 
velle ère de prospérité civilisatrice, nous ferons accepter 
notre influence politique à toutes ces populations bar- 
bares. Tombouctou pourrait redevenir le centre commer- 
cial de la production des plumes d'autruches dites 
barbaresques, dont l'élevage devrait être provoqué par 
les sollicitations de l'administration française. Nous 
pourrions, pour cette industrie, en terre française, riva- 
liser enfin avec les Anglais du Cap et constituer l'entre- 
pôt commercial des produits manufacturés enFrance, en 
vue du débouché colonial, dont l'écoulement assuré 
devrait se trouver dans toute l'Afrique soumise à notre 
influence. Les régions qui s'alimentent par Tombouctou 
dans la plus grande étendue sont peuplées par des noirs 
mahométans qui, à peu de chose près, ont adopté les 
usages et le genre de vêtements des mahométans du 
Nord. Il est de notre devoir de ne pas laisser échapper 
ce nouveau marché fermé aux alcools allemands par les 
prescriptions religieuses du Coran, fermé aux coton- 
nades anglaises par les droits de douane protecteurs de 
notre industrie. Dans cette provision l'Autruche pourra 
devenir le grand facteur, notre auxiliaire le plus pré- 
cieux dam; l'alimentation et la fortune publique de nos 
sujets soudanais, producteurs exclusifs de la plume bar- 
baresque que nous préconisons de préférence à la plume 
du Cap. 

A l'exemple de S. M. très gracieuse Victoria, reine 
d'Angleterre, imposant l'obligation aux dames présen- 
tées et assistant au Dravvsing-Rooms, d'orner leur toi- 
lette avec des plumes d'autruche dans le but ostensible 
de produire des débouchés aux plumes d'autruche du 
Cap, il suffirait que, dans le même but patriotique, les 
dames françaises incitent leurs modistes réfractaires à 
l'emploi de la plume simple, de leur fournir cette sorte 
de plume qui possède une réelle valeur esthétique, en 
place des tapons ou assemblages de morceaux de plumes 
dont l'équivalent se trouve au rabais tous les jours 
d'affiche dans les grands magasins de nouveautés de 
Paris. Alors lamode, « Nouvelle Rédemption », reviendra 
en faveur de la plume vraie : ce sera le salut de l'indus- 
trie plumassière française ruinée par la production illi- 
mitée, le prix avilissant des plumes du Cap, dont la fabri- 
cation peu compliquée se pratique aujourd'bui plus 
grandement à l'étranger qu'à Paris, en raison d'une 
moindre inconstance de la mode et dans la recherche 



LL NATURALISTE 



8a 



d'un symbolisme nobiliaire particulier aux races anglo- 
germaniques. 

La reconstitution de l'autruche harbaresque permettra 
également la reconstitution du monopole de la « vraie 
plume », au profit exclusivement de l'industrie fran- 
çaise et de la haute élégance cosmopolite. Quand aurons- 
nous la satisfaction patriotique de constater une indus- 
trie rivale de l'étranger dans les régions favorables de 



l'Algérie et du Soudan français? 



Forest, 



CHRONIQUE 



MiiMiiiii d'histoire naturelle. 

Voici le programme des cours, pour l'enseignement spécial 
pour les voyageurs qui auront lieu cette année au Muséum. 

10 avril. Leçon d'ouverture, M. Milne-Edwards ; 12 avril. 
Anthropologie^ M. Hamy ; 14 avril. Ethnographie, M. Verneau; 
■ 17 avril. Mammifères, M. Oustalet; 19 avril. Oiseaux, M. Ous- 
lulet, 21 avril. Reptiles et poissons, M. Vaillant; 2i avril. 
Mollusques, M. Perrier ; 26 avril. Vers et Zoophytes, M. Ber- 
nard ; 28 avril. Insectes, Myriapodes, Arachnides et Crustacés, 
M. Ch. Brongniart; 1 e1 ' mai. Anatomie comparée, M. Pouchet: 
y mai. Plantes vivantes, M. Cornu: 8 mai. Botanique (Phané- 
rogames , M. E. Bureau; 10 mai. Botanique (Bois, Crypto- 
games), M. Vanïieghem: 12 mai. Paléontologie, M M. Boule: 
17 mai. Géologie, M. Stanislas Meunier; 19 mai. Minéralogie, 
M. Lacroix ; 22 mai. Météorologie, M. H. Becquerel; 24 mai. 
llyo-iène des voyageurs, M. Gréhant ; 26-29 mai. Utilisation de 
la photographie dans la construction des Cartes et Plans, 
M. le colonel Laussedat, directeur du Conservatoire des Arts 
et Métiers: 31 mai. Détermination du point en voyage, 
2 juin. Motions de Géodésie et de topographie expédiées, M. le 
commandant Delï orges, du service géographique de l'Armée. 

Ces leçons commenceront le mardi 10 avril, à dix heures du 
matin, dans l'amphithéâtre de la Galerie de Zoologie, et conti- 
nueront les jeudis et mardis suivants, à la même heure. 

Dans des conférences pratiques faites dans les laboratoires 
ou sur le terrain, les auditeurs seront initiés à la récolte et à 
la préparation des collections, aux relevés photographiques et 
à la détermination du point en voyage. 

(Les jours et heures de ces conférences seront indiquées à la 
suite des leçons.) 



ACADEMIE DES SCIENCES 



Séance du 10 février. — M. Ranvier présente une note 
de M. P. Thélohan, sur les allinités réciproques des myxospo- 
ridies. Suivant M. P. Thélohan les myxosporidies les plus 
élevées en organisation sont celles qui n'ont qu'une ou deux 
spores, tandis que les myxosporidies à un grand nombre de 
spores semblent être des organismes dégradés par le parasi- 
tisme. — MM. P. -A. Dangeard et Maurice Léger ont étudié la 
slruiure des noyaux souvent nombreux, existant dans le thalle 
des mucorinées, ils décrivent les variations que ces noyaux 
présentent, la distribution de ces éléments dans le thalle, et 
leur disposition pendant la formation du sporange et des 
spores ; suivant ces auteurs, les deux gamètes, en présence 
dans la reproduction sexuée de ces champignons, renferment 
de nombreux noyaux venant du thalle. — M. E. Guinier si- 
gnait; le rôle du Plantago alpina qui, dans les pays de mon- 
tagne, indique toujours les meilleurs pâturages entre les alti- 
tudes de 1200 à 2300 mètres. 

Séance du «6 février. — M. Edmond Perrier en 
présentant à l'Académie l'ouvrage posthume de M. de Qua- 
trekages, Les Emules de Darwin, rappelle dans une courte 
notice les travaux de ce- si remarquable et si regretté savant. — 
Suivant M. Perrier, l'émincnt naturaliste, dans son dernier 
ouvrage, combat toutes ces doctrines qui, depuis Darwin, 
mêlent les hypothèses et les faits dans un chaos presque inex- 
tricable. M. de Quatrefaoes, « dans l'intimité de son âme ne 



croit certainement pas au transformisme, mais il se déclare 
prêt à l'accepter, le jour où les données sur lesquelles on 
l'appuie lui paraîtront incontestables ; ce qu'il proscrit dans 
ses derniers livres avec une admirable rigueur de raisonne- 
ment, c'est la substitution de la métaphysique à la science, 
de l'hypothèse à l'observation et à l'expérience. Au nom de 
la science, il repousse l'évolution prédestinée, soutenue sous 
des formes diverses par Mivart, Naudin, Owen, Thury, 
Gubler, Kôlliker; au nom de l'observation et de l'expérience, 
il repousse les hypothèses plus que hardies, auxquelles s'est 
abandonné Hteckel dans des livres célèbres ; il reproche à 
Lamarck de n'avoir nulle part distingué l'espèce de la race, 
et d'avoir méconnu, par conséquent, la question fondamen- 
tale du transformisme ; il constate l'insuffisance signalée déjà 
par Romanes, Oarl Vogt et autres de la grande doctrine 
darwinienne de la sélection naturelle et s'il conclut avec quel- 
que mélancolie en disant de l'origine des espèces : « nous ne 
savons pas », il se garde de fermer la porte aux découvertes 
futures. » C'est toujours le caractère impartial de ce savant 
dont, suivant les paroles de M. Perrier, ce sera l'éternel hon- 
neur d'avoir proclamé, lui, l'adversaire déclaré de toutes les 
doctrines transformistes, qu'un homme d'aussi puissante sta- 
ture que Darwin ne pouvait demeurer en dehors de l'Aca- 
démie des sciences. — ■ M. Edmond Perrier présente ensuite 
une note de M. Bordas sur I'anatomie des glandes salivaires 
des Pliilantidœ. L'auteur montre que, jusqu'ici, on a confondu 
dans la description des glandes salivaires des Philanthus, 
deux systèmes glandulaires absolument distincts ; les glandes 
thoraciques et les glandes supracérébrales — il décrit en outre 
quatre autres groupes de glandes; les glandes mandibulaires, 
sublinguales, linguales et maxillaires. — M. Gustave Chau- 
veau adresse à l'Académie une note sur les caractères 
internes de la graine des vignes et leur emploi dans la déter 
mination des espèces et la distinction des hybrides. Ces carac- 
tères, souvent très différents suivant les espèces, sont tirés, 
suivant l'auteur : 1° de la forme, de l'épaisseur, du mode de 
cloisonnement et de la forme de la cavité des cellules, du 
tégument ; 2° de la forme de l'amande : 3° de la forme et des 
dimensions relatives de l'Embryon. — M. Stanislas Meunier 
signale à l'Académie qu'il a pu reproduire en petit artificiel- 
lement de véritables avens en faisant agir sur une dalle de 
calcaire coupée par des fissures verticales un filet mince et 
continu d'eau acidulée d'acide chlorhydriquc : il suffit pour 
obtenir cette transformation d'avens que le courant d'eau soit 
dirigé sur le point d'intersection de ces fissures. 

Séance du o mars. — M. Milne-Edwards présente une 
note de M. Peytoureau sur I'anatomie et le développement de 
l'armure génitale mâle des lépidoptères. Il résulte de ces re- 
cherches que l'abdomen des lépidoptères mâles se trouve formé 
de 10 urites, l'uncus, soudé, chez l'adulte, à l'anneau précé- 
dent, devant être regardé comme un dixième urotergite et le 
scaphium comme un dixième urosternite, d'après leur mode de 
développement. L'anus débouche au-dessous du dixième uroter- 
gite; le dixième urosternite fait souvent défaut et une mem- 
brane plissée le remplace; le neuvième urosternite donne nais- 
sance aux valves et, par un phénomène de plissement, au 
saccus. Le pénis est situé entre le neuvième et le dixième uros- 
ternite et passe à travers leur membrane d'union qui présente 
souvent des paramôres nettement développés. — M. Tourenq 
signale la présence chez Dreyssensia polymorpha d'un gan- 
glion supplémentaire réniforme, situé de chaque côté de la 
masse viscérale et en avant: ce ganglion est recouvert du côté 
de la cavité palléale par un épithélium pigmentaire ; de ce gan- 
glion partent plusieurs connectifs et nerfs que l'auteur décrit. 
— M. Léon Guignard montre que l'on rencontre chez certaines 
papayacées certains principes actifs voisins de ceux que l'on 
rencontre chez les crucifères. Les papayacées offrent donc un 
nouvel exemple d'une étroite analogie de composition et de 
propriétés avec d'autres familles, dont elles diffèrent entièrement 
par leurs caractères morphologiques. — MM. l'.-A. Dangeard 
et Maurice Léger adressent à l'Académie une note sur la repro- 
duction sexuelle des mucorinées. — MM. Paul Yuillemin ci 
Emile Leara in décrivent la symbiose de l'Heterodcra radicicola 
avec les plantes cultivées au Sahara. — M. A. des Cloizeaux 
présente une note de M. II. Lacroix sur quelques minéraux de 
la Nouvelle-Calédonie. 

Séance fin 18 mars. — M. de Lacaze-Duthiers décrit les 
organes de reproduction de l'Ancylus fluviatilis. — MM. H. Beau- 
regard et /{. Boulard signalent la présence chez les mysticètes 
d'une utricule prostatique analogue à celle des cétodontes. Ces 
observateurs ont en outre constaté que, chez la baleine et chez 



se» 



LE NATURALISTE 



le dauphin, les canaux défiirents sont pourvus d'une valvule 
spirale. — If. Caullery en étudiant les ascidies composées du 
genre distaplia croit pouvoir rapporter les phénomènes bien 
connus do dégénérescence dont sont atteints les connus de ces 
animaux à dos phénomènes de phagocytose. — M. Pierre Lesage, 
en étudiant l'influence de différences très faibles dans la tension 
de la vapeur d'eau qui remplit une atmosphère sur la végéta- 
tion des champignons qui s'y développent, a observé que cette 
influence est très nette sur la végétation des moisissures et en 
particulier du pénicillium glaucum. — MM. B. Renault et 
H. Hoche signalent la présence dans lepermien d'Autun de bois 
de conifères appartenant au genre cadroxylon, type que l'on 
croyait ne pas être antérieur à l'époque rhétienne. 

A.-Eug. Malard. 



BIBLIOGRAPHIE 



100 

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103. 

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106. 

107 
108 



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Prodoliscus Zambesim. — Xenocichla milanjensis, — 

l'hyllostrophus cercinicrnlris. — Sytviella Whytii. — 



110. 



Laniarius Berlrandi. — Hyphantornis Nyasse. — 

Francolinus Johnstoni. 

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Shufeldt, R.-W. On the Tasonomy of the Swifts and 
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117. Solger, B. Notiz tiber die Ncbenhohle des Geruch- 
sorgans von Gastcrostens aculactus L. Fig. 

Zeitsch. fiir wissensch. Zool. 1893, p. 186. 

118. Tristram, H.-B. On some Birds from Bugotu, Solo- 
mon Islands, and Santa Cruz. PL III. 

Zosterops Metcalfii. — Macrocorax végétas. 

— Rendovsp. 

— Sanctœ-Crucis. 
The Ibis. 1894, pp. 28-31. 

G, Malloizel. 



LIVRE NOUVEAU 



Census Orchidearum, par Th. Durand, aide-naturaliste au 
Jardin botanique de Bruxelles, É.u. Durand, professeur 
de sciences naturelles ; avec la collaboration de 
MM. Alf. Gogniaux et L. Lubbers. 

La famille des Orchidées, la plus nombreuse après les 
Composées, occupe le premier rang à cause de la variété 
et de la beauté d'un grand nombre de ses espèces. Les 
Orchidées sont recherchées par tous ceux qui aiment les 
Heurs ; leur culture est devenue la source d'un commerce 
important. Non seulement depuis quarante ans, les 
Orchidées ont fait l'objet d'articles innombrables dans 
les journaux botaniques ou horticoles, mais en Belgique, 
en France, en Angleterre, etc., on a vu paraître, dans 
ces dernières ann'ées, plusieurs revues spéciales où sont 
traitées les multiples questions qui touchent à cette 
famille. Il ne manque pas d'ouvrages sur les Orchidées 
cultivées; mais il restait à faire un ouvrage présentant 
la famille dans son ensemble, c'est-à-dire donnant 
l'énumération des 800 ) Orchidées connues avec leurs 
synonymes souvent si nombreux, ainsi que les nom- 
breuses variétés spontanées ou horticoles et les hybrides 
naturels ou artificiels. 

C'est ce qu'ont tenté ces auteurs qui certainement 
rendront service aux sciences botanique et horticole en 
essayant de mettre un peu d'ordre dans ce chaos, car il 
ne faut pas se dissimuler que l'anarchie la plus com- 
plète règne dans la nomenclature, la même espèce 
apparaissant parfois dans les expositions ou dans les 
catalogues sous cinq ou six noms différents, faute d'un 
guide sur servant de norme à tous. 

Pour chaque nom (espèce ou synonyme), sont indiqués : 

1° L'ouvrage ou le journal dans lequel il a paru la 
première fois ; 

2° La date de publication de cet ouvrage ou de ce 
journal. 

Ainsi le lecteur pourra toujours reconnaître que la 
nomenclature adoptée est entièrement basée sur les 
décisions des Congrès botaniques de Paris et de Gènes. 

Le Census paraîtra en cinq fascicules de plus de 
200 pages chacun. 

Le prix pour les 500 premiers souscripteurs est fixé à 
6 francs par fascicule, payables à la réception de chacun 
d'eux. 



Le Gérant: Emile DEYROLLE. 



Paris. _ Imprimerie F. Levé, rue Cassette, 17. 



l(i e ANNÉE 



± : Série 



1 Y I 



io AVRIL J894 



CORROSION DES CALCAIRES PAR LA PLUIE 



L'échantillon dont nos lecteurs ont le portrait sous les 
yeux provient du sommet d'une des plus belles mon- 
tagnes du Vorarlberg en Autriche, la Sulzfluhe,où je l'ai 
recueilli il y a quelques mois pour le déposer dans les 
collections du Muséum. Il consiste en un calcaire ma- 
gnésien ou dolomitique renfermant des fossiles peu nom- 
breux dont les plus reconnaissables sont desnérinées. 

Les caractères surlesquelsje veux aujourd'hui appeler 



Ces roches, absolument contraires à toute végétation, 
constituent au sommet de lamontagne un sol absolument 
stérile sur lequel aucune poussière ne reste adhérente et 
qui n'offre au regard que la pierre blanchâtre constam- 
ment décapée. Les lits successifs, traversés de fissures en- 
trecoisées, sont donc dans les conditions les meilleures 
pour subirl'action directe de lapluie et manifester parles 
corrosions subies les directions de solubilité plus facile. 

Or, bien que la roche soit parfaitement homogène, on 
voit tout de suite que l'usure météorique est loin d'être 
rigoureusement la même dans tous les points. Il y a des 




CALCAIRE MAGNÉSIEN corrodé par la pluie du sonimei de la Sulzfluhe, Vorarlberg (Autriche).. 
Echantillon du Muséum de Paris 1/2 grandeur naturelle. 



l'attention du lecteur ne sont du reste relatifs ni à sa 
composition, ni à son âge, mais à la manière spéciale 
dont l'eau pluviale y a imprimé sa puissance de disso- 
lution. Pour bien comprendre ce dont il s'agit, il convient 
avant tout de préciser les conditions dans lesquelles les 
choses se présentent. 

Pour faire l'ascension de laSulziluhe(2.900M), le mieux 
est de partir de Schrunz dans le Montavonerthal. On 
traverse d'abord les alluvions de l'Ill puis des couches 
fortement redressées de calcaires noirs, très compacts 
associées à des schistes parfois d'un rouge très vif. Le tout 
repose sur des gneiss de protozines. On arrive ainsi 
à laTilisuna Hutte, près de laquelle aflleureut dés veines 
de belle serpentine et où commencent les couches peu 
inclinées de la dolomie dont la Sulzfluhe est couronnée. 

Le Naturaliste, 4iï, rue du Bac. Paris. 




régions profondément excavées et d'autres au voisinage 
qui font une saillie relative très forte. J'ai analysé cora- 
parativementdes éclats provenant de ces deux conditions, 
et j'y ai trouvé la même teneur en magnésie, la même 
densité, en général une identité complète. 

Un examen plus attentif suffit pour montrer que l'iné- 
gale corrosion provient avant tout des inégalités de 
forme de la surface du sol. 

Les eaux de pluie, dirigées par les déclivités, vont s'ac- 
cumuler en certains points qui subissent une usure pro- 
portionnée, et, quand l'action est commencée, toutes les 
conditions se réunissent pour la continuer et pour 
l'exagérer progressivement. 

Bien plus, et c'est ici que l'échantillon dessiné prend 
toute sa valeur, des blocs polyédriques à surface très 



88 



LE NATUKALISTE 



régulière sont le théâtre, en plus petit, de phénomènes 
comparables. C'est-à-dire que nulle surface plane ne 
subit la corrosion pluviale sans perdre sa planimétrie. 
Il suffit d'une inégalité insensible dans ses différents 
points pour que l'érosion soit imperceptiblement plus 
forte ici qu'ailleurs, et l'inégalité commencée s'accentue 
peu à peu pour devenir bientôt très manifeste. 

Le bloc dessiné c'est le produit d'érosion du sommet 
trièdre d'un affleurement prismatique et l'on voit com- 
ment les trois arêtes, rectiliges au commencement, sont 
devenues de vraies petites chaînes de pics successifs, à 
droite et à gauche desquelles se détachent, avec une 
forme générale pennée, de petites vallées parallèles 
entre elles et séparées les unes des autres par des crêtes 
très sensibles. 

L'analogie de forme de ce tout petit ensemble avec le 
relief de bien des chaînes de montagnes est de nature à 
montrer que, sans nier l'influence des cassures profondes 
du sol dans l'orientation générale des vallées, on est 
pourtant conduit à reconnaître que dans une foule de 
cas, les vallés pennée* se seraientconstituées avec l'allure 
que nous leur connaissons des deux côtés d'une arête 
tectiforme, même si celle-ci n'avait en aucune façon été 
interrompue par des cassures transversales. 

Bien certainement ces cassures transversales ou perpen- 
diculaires à la longueur des chaînes ne se retrouveraient 
pas dans toutes les vallées des Alpes, et j'ai noté des 
séries d'exemples où rien ne permet de les supposer. J'ai 
installé à cet égard des séries d'expériences qui m'ont 
montré qu'une crête calcaire, sur laquelle tombe une 
pluie d'eau acidulée, se comporte comme les arêtes de 
roches de la Sulzfluhe et prend l'apparence denticulée 
d'une ligne de faîte dans un pays de montagnes. 

Stanislas Mkl'nier. 



GEORGES POUGHET 



Le Professeur Georges Pouchet Aient de mourir à 
Paris, à l'âge de soixante et un ans. 

Peu d'hommes se sont fait remarquer par une aussi 
infatigable activité, par une aussi grande originalité de 
caractère, et c'est pour cela qu'on ne peut rappeler les 
œuvres du savant, sans retracer d'abord les principaux 
traits de sa physionomie. 

Pouchet était grand et mince; il avait le teint animé, 
portait les cheveux courts et seulement la moustache; 
ses traits et son attitude lui donnaient la silhouette d'un 
ancien officier de cavalerie plutôt que la physionomie 
d'un homme absorbé par l'étude. Il garda jusqu'aux der- 
niers temps une vivacité de jeunesse gaie. 

.Naturellement affable et bienveillant, Pouchet ignorait 
Les allures cauteleuses et hypocrites; si par une sorte 
d'inquiétude maladive il devenait brusque et déconcer- 
tant, il restait au fond disposé à la bonté et ceux mêmes 
qui pouvaient se plaindre de ces inégalités de caractère. 
gardaient pour lui un sentiment d'indulgence. Toujours 
disposé à rendre service à ses amis, il était cependant, 
par étourdir ir, capable de leur nuire gravement, et ces 
mêmes distractions L'empêchaient quelquefois de dis- 
cerner ses ennemis. Comme la plupart des hommes qui 
parviennent à une situation éminente, il eut beaucoup à 
souffrir dans sa longue et active carrière, et ces souf- 
frances altéraient parfois en lui l'exacte appréciation 



des causes, et l'entraînaient à des accès d'humeur si 
violents qu'il cessait d'être responsable. Les dispositions 
de son testament relatives à ses collègues du Muséum 
sont assez connues pour qu'il soit inutile de les taire; 
il leur défendait d'assister à ses obsèques. Si Pouchet 
n'avait pas été si brusquement saisi par la maladie, il 
n'eût pas laissé subsister cet écrit; il était capable de 
colères irréfléchies, mais non de méchanceté calculée et 
voulue. Peut-être, une heure après avoir rédigé son tes- 
tament, ne se souvenait-il plus de l'avoir écrit. Il savait 
le bien qu'il voulait faire, il ignorait le mal qu'il faisait. 

L'idée, chez lui, n'assiégeait pas le cerveau; elle le 
prenait d'assaut, s'y installait pour un temps avec force, 
puis tout à coup disparaissait pour laisser le champ à 
d'autres pensées. Dans le domaine des travaux scienti- 
fiques, il lui restait quelque chose de cette rapidité de la 
conception et de cette mobilité ; son intelligence s'im- 
pressionnait vivement et lui donnait une grande origi- 
nalité d'opinions. 

Préoccupé d'activité, sans cesse en mouvement, Georges 
Pouchet ne savait pas prendre le repos nécessaire. Il 
dormait quatre ou cinq heures à peine, s'empressait de 
préparer et de faire son cours, partait pour l'Angleterre, 
revenait prononcer une autre leçon, donnait des ordres 
pour le travail de ses laboratoires, s'embarquait pour 
visiter l'Islande ou l'Amérique, s'arrêtait, on ne sait où, 
pour rédiger soit une note scientifique, soit une relation 
destinée aux grands journaux. Quand un peu de fatigue 
parvenait à le calmer, son travail devenait plus régulier 
et plus puissant. Alors il donnait exclusivement ses 
forces à la recherche et à l'étude, il consentait à subir 
l'influence respectueuse et bienfaisante de son plus 
aimé collaborateur M. le Professeur Beauregard. Peu de 
personnes ont prononcé ce nom quand Pouchet s'est en- 
dormi pour toujours. M. Beauregard fut cependant 
l'homme dévoué qui saisit la pensée du maitre, qui 
l'inscrit et lui donne une forme pour lui en faire sou- 
vent l'hommage anonyme. Ceux qui ont suivi de près les 
travaux de laboratoire d'anatomie comparée du Muséum 
savent cela, ils savent que le nom d'un maître s'élablil 
pour une part sur le travail de ses collaborateurs. 

Si M. Pouchet n'a pas récompensé tous ceux qui obéis- 
saientà sa direction, il a cependant donné une marque de 
son affection à quelques-uns d'entre eux, il a légué à 
MM. Beauregard, Tourneux et Rœttererson Journal de 
l'Anatomie et de la Physiologie, en même temps qu'il 
laissait toute sa fortune à la Société de Biologie. Parmi 
les hommes de science qui travaillaient auprès de Pou- 
chet, je veux citer encore un nom, celui de M. Boulard. 
qui pendant plus de vingt ans eut la charge de tout le 
travail pratique du cours, et dont le patient labeur a 
enrichi le Muséum des plus belles pièces d'anatomie 
comparée. M. Boulard me reprochera d'avoir parlé de 
lui; c'est un homme modeste et ennemi du bruit, mais 
les reproches que l'on reçoit pour avoir dit la vérité 
n'ont jamais rien de blessant. 

La mort de Pouchet est encore trop récente pour qu'il 
soit possible d'apprécier l'influence du professeur, sur le 
mouvement scientifique actuel. En général il dégageait 
ses auditeurs de la tradition classique, chaque fois que 
l'examen des faits ne lui permettait pas d'accepter cette 
tradition. 11 aimaità décrire d'une manière ingénieuse, il 
montrait les objets dont il parlait et donnait tout son soin 
à préciser les notions dans l'esprit de ses élèves, Quel- 
quefois il prenait plaisir à secouer le dogme scien- 



LE NATURALISTE 



S<t 



tifique el à le critiquer; une de ses Ihèses favorites e'tait 
de soutenir que la pale'ontologie se leurre en prétendant 
reconstituer, avec un fragment d'os, l'architecture d'un 
animal disparu. Sa critique restait courtoise et prudente, 
le professeur voulait se garder d'incursions dans les 
domaines que le principe de la division du travail lui 
tenait fermés. Admirable principe et des plus utiles pour 
le progrès de l'analyse scientifique, mais dont les esprils 
soucieux de synthèse ^e plaisent à oublier la rigueur. 
La division du travail commence les tours de Babel, mais 
ne les termine pas. 

G. Pouchet se montrait très réservé sur le chapitre 
du Transformisme. Adepte fervent du système positiviste, 
il se rapprochait cependant, en matière de philosophie 
des idées que le Professeur Huxley appelle agnostiques. 
Naturellement soucieux de la méthode expérimentale, la 
seule qui affermisse l'idée en démontrant les réalités 
qui nous sont accessibles, Pouchet donna son attention 
aux variations de couleur des animaux, sous la puis- 
sance des réllexes nerveux. Il démontra que cette sin- 
gulière propriété que possèdent certains poissons de 
modifier leurs nuances pour la confondre avec celle du 
sable, des algues ou des rochers environnants, est sous 
l'influence directe des organes de la vue et cesse de se 
manifester si l'on détruit ou si l'on paralyse les nerfs 
optiques. Ces recherches ont ouvert la voie à l'étude 
des relations du jeu des chromatophores avec les centres 
nerveux. On sait que dans plusieurs laboratoires, dans 
celui de M. le ProfesseurChauveaupar exemple, cesétudes 
ont été poursuivies. 

Les recherches de Pouchet relatives aux grands cétacés 
sont généralement connues ; parmi le monde de la mer. 
ces géants des êtres vivants l'intéressaient au plus haut 
degré. Grâce à une entente avec le service de la marine, 
les échouements de baleines étaient signalés au labora- 
toire d'anatomie comparée du Muséum et aussitôt l'as- 
sistant de la chaire, M. Beauregard, se rendait au point 
indiqué pour diriger le pénible travail de la dissection. 
Plusieurs spécimens ostéologiques, un grand nombre de 
pièces anatomiques sont ainsi parvenues dans les collec- 
' ions du Muséum. Mais le directeur du laboratoire vou- 
lut payer lui-même de sa personne, il demanda et obtint 
plusieurs missions aux mers septentrionales, et se 
rendit dans les régions où les grands cétacés peuvent 
être observés. Les voyages au Spitzberg, au Groenland 
ont été racontés dans d'intéressanls articles publiés par 
le journal le Temps, les matériaux scientifiques rap- 
portés à la suite de ces explorations ont été répartis 
dans les différents services du Muséum. 

Parmi les ouvrages de Georges Pouchet plusieurs por- 
taient en même temps la signature de l'un de ses assis- 
tants ou de ses élèves, qui devait accepter sans résis- 
tance les vues et les plans du maître. Le Traité d'Ostéo- 
logie compar.ee a été critiqué en raison de sa forme trop 
élémentaire, mais le P r Pouchet avait désiré d'abord un 
ouvrage accessible à tous et travaillait encore aune nou- 
velle édition plus étendue. En Angleterre Owen , en 
France H. Milne-Edwards ont publié en anatomie com- 
parée des traités fondamentaux et de haute importance ; 
Pouchet avait compris la nécessité, pour favoriser l'en- 
seignement, d'établir le développement de certains cha- 
pitres utiles à la spécialisation d'études. Il n'a pu 
achever ce travail comme il l'aurait désiré, mais il a fait 
néanmoins œuvre utile. 

En Histologie, cette science qui est un des moyens de 



l'Analomie générale, il a publié un Traité en collabora- 
lion avec M. Tourneux. Son dernier mémoire publié 
avec ceux de plusieurs professeurs du Muséum, à l'oc- 
casion du centenaire de cet établissement, était relatif à 
l'ambre gris. 

Nous ne citons que quelques-unes de ses œuvres; 
mais ces citations suffisent pour montrer que cet homme 
à qui l'on a pu reprocher des bizarreries d'humeur et 
une trop longue jeunesse, était doublé d'un savant de 
grand mérite. Le respect de tous se donne à la mémoire 
de ceux qui ont voué les forces de leur intelligence au 
progrès des sciences, parce que le travail est encore le 
plus beau des titres d'honneur et de noblesse. Le temps 
du repos que Tolstoï voudrait pour les vivants n'est 
guère que pour les morts; Pouchet n'a connu ce repos 
qu'à son heure dernière. 

Remy Saint-Loup 



OISEAUX ACRIDOPHAGES 

AUTRUCHE 

(Suite.) 

L'autruche pourrait-elle être utilisée comme mon* 
lure et comme bête de somme? 

L'emploi des autruches comme monture n'est pas 
nouveau, l'on sait que les empereurs romains faisaient 
concourir les autruches montées, aux jeux du cirque. 
Les dames romaines de l'aristocratie arrivaient aux re- 
présentations du cirque montées sur une autruche. 
Ce sport pourrait remplacer le cyclisme dans un avenir 
prochain, lorsque la vélocipédie aura lassé nos héri- 
tiers! D'après Vopiscus, un tyran d'Egypte les em- 
ployait à son usage : monté sur d'énormes autruches, 
il était emporté par elles et semblait voler. Pausanias 
raconte que la reine d'Egypte Arsinoé, qui vivait quel- 
que temps avant la célèbre Cléopàtre, avait fait ériger 
sur le Hélison une statue la représentant à cheval 
sur une autruche. La collection de Pinkerton repré- 
sente une autruche portant un nègre adulte. M. Meu- 
rand, le vénéré président de la Société de géographie 
commerciale, se rappelle que dans sa jeunesse ses 
amis, les fils de notre grand naturaliste Cuvier, se 
livraient à l'équitation sur les autruches du Jar- 
din des Plantes. Le général Daumas rapporte qu'un 
Arabe attaché à son service, lui a assuré qu'il n'est 
pas rare de voir, à quelque distance du douar, mettre 
un enfant fatigué sur le dos d'une autruche, qui se 
dirige avec son fardeau droit sur la tente de sou 
maître. Il est possible que ceci se pratique encore de nos 
jours dans l'Ouest de notre Extrême-Sud algérien. On 
sait que les Ouled Sidi-Cheikh possèdent quelques au- 
truches dont les plumes noires d'ailleurs, sont l'em- 
blème religieux de leur qualité de marabouts et servent 
aussi pour fabriquer des chapeaux dont ils se servent 
dans les grandes solennités. 

Les premiers essais en France d'attelage d'autruches 
remontent à 1872, leur réussite est due à une origine 
assez singulière pour être rappelée (1). 

M. le général comte de Lacroix-Vaubois, commandant 
en 1872 une colonne dans le sud de l'Algérie, reçut en 
présent une belle autruche femelle. L'idée lui vint de 

(i) Revue des Sciences naturelles appliquées, 1889, /. I, 
| p. «2. 



«.)() 



LE NATURALISTE 



l'offrir à notre établissement qui se reconstituait alors 
après les terribles événements de 1S7I. 

Mais comment amener de Ouargla, où ou était alors, 
à Constantine, ce grand oiseau. On n'avait ni caisses, ni 
chariots. Le général fit venir un indigène grand chasseur 
d'autruches et lui demanda s'il se chargeait de faire 
suivre la colonne à l'oiseau. Le fils du désert répondit 
affirmativement. Gomment s'y prit-il ? Il installa une 
sorte de bricole en tresses, y fixa deux cordes à la hau- 
teur des flancs de la bête; se plaçant derrière l'oiseau 
pour les marches, il tenait dans les mains, ces cordes 
qui formaient de véritables traits et se faisait traîner; 
quand l'oiseau n'allait pas à son gré, il le poussait avec 
son corps. C'est ainsi que voyagea l'autruche de Ouargla 
à Constantine et de Constantine à Bône. C'est ainsi qu'elle 
lit son entrée dans la cour des bureaux du jardin d'ac- 
climation toujours suivie de son Arabe. L'idée de subs- 
tituer une voiture au conducteur vint d'elle-même et le 
lendemain de son arrivée au Bois de Boulogne, l'oiseau 
était mis dans les brancards. Cette première autruche 
carrossière a vécu de longues années, jusqu'en 1889. Il 
faut remarquer que les femelles ont toujours mieux 
réussi que les mâles dans ce service. Elles sont beaucoup 
plus douces que les mâles qui, à l'époque du rut, devien- 
nent d'une violence extrême ce qui n'est pts sans des 
inconvénients sérieux. 

Devons-nous conclure de ce qui précède que l'autruche 
pourrait être utilisée comme animal de trait, ou peut- 
être comme bête de somme ? Il y a des précédents pour 
les deux modes d'utilisation subordonnés à l'état des 
routes ou des localités, et surtout dans l'observat ; on du 
naturel peureux de l'autruche qui pourrait souvent oc- 
casionner des accidents. 



Pour compléter l'étude de l'importante Question des 
Autruches au point de vue français, quelques développe- 
ments seront nécessaires. Les savantes publications sur 
l' Acclimatation et la Domestication des animaux utiles de 
M. Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire, dès 1849, ont appelé 
l'attention sur l'Autruche. Deux membres de la Société 
d'Acclimatation ont eu, à des titres divers, le mérite de 
provoquer des essais de domestication de l'Autruche : ce 
sont M. Gosse médecin genevois et M. Chagot aîné, négo- 
ciant plumassier. M. Gosse plublia en 1857 un ouvrage 
intitulé : Des avantages que présenterait en Algérie la 
Domestication de l'Autruche, qui détermina les essais 
tentés de divers côtés en Europe et dont les résultats, 
contre l'attente de leurs promoteurs, sont aujourd'hui 
un des éléments importants de la prospérité des États de 
l'Afrique australe!... 

En 1859, un fait accidentel se produisit, au Jardin 
d'Essai d'Alger : un couple avait produit huit œufs, dont 
la couvée produisait un seul poussin. Quelques repro- 
ductions se répétèrent les années suivantes ; sur le con- 
tinent, on enregistera aussi des éclosions : à San-Donato, 
près de Florence ; au Jardin du Buen Betiro, à Madrid ; 
au Jardin Zoologique de Marseille et enfin à Grenoble. 

Ces résultats qui eurent en leur temps un grand reten- 
tissement attirèrent l'attention des colons anglais du 
Gap de Bonne-Espérance et les décidèrent à tenter l'éle- 
vage des autruches en domestication, ce dont on ne s'était 
pas avisé dans la colonie jusqu'à cette époque; toute- 
fois nombre de fermiers en possédaient quelques couples 



domestiques : on cite même à ce propos un cas de cou- 
vée suivi d'éclosion, en 1866 (I). 

D'un bout à l'autre du pays, l'Autruche se rencontre 
aujourd'hui dans les régions impropres à la culture ou 
à l'élevage des bœufs du mouton ou de la chèvre angora. 
L'espace perdu par l'oiseau sauvage a été reconquis par 
l'oiseau domestique. 

L'Autruche se trouve partout à l'état captif, soit par 
troupeaux, soit par groupe de quelques-unes, dans les 
domaines même peu importants, où cet échassier fait 
partie du cheptel comme source accessoire de revenu. 

Il suffit de monter en chemin de fer pour voir, aux 
portes de Cape-Town, des autruches paissant à côté de 
chevaux et de vaches et ne tendant même pas leur long 
cou pour observer Je passage des trains, tant elles ont 
l'habitude de ce spectacle. 

Dans une seule division (département), celle d'Oudt- 
shorn, il y avait en 1888 plus de 19.000 Autruches. Les 
centres d'élevage sont Port-Elisabeth, Graham's-Town, 
Cradock. Dans ces localités, tous les samedis se tient un 
marché aux plumes. 

Nous en trouverons le plus grand nombre dans les 
provinces de l'Est et de l'Ouest et de la colonie du Cap, 
dans la Bépublique d'Orange, dans la province du West- 
Griqualand, appartenant au Cap, dans le Transwaal, le 
Natal et en plus petit nombre dans les trois royaumes 
indépendants du Bechuana méridional. 

L'Autruche sauvage se trouve encore en nombre très 
réduit dans les pays Matébélés, Bamangwatos de l'Ouest 
et de l'Est, dans le territoire du Mashona, dans diverses 
parties du Bakwena, Banquaketse, Barolong et Batlapine, 
dans l'Ouest du pays des Damaras et Namaquois. Quel- 
ques-unes encore se trouveront dans le Nord et dans 
l'Ouest du Transwaal. L'énumération des pays ci-dessus 
forme les parcs réservés (c'est-à-dire territoire de chasse 
interdit aux blancs) des Noirs Uottentots, Bechuanas. 
Korannas,Griquas et des Zoulous Matébélés qui depuis 1878 
reconnaissent les avantages de la domestication et la pra- 
tiquent. Bien que ces contrées souffrent d'une pauvreté 
d'eau sensible, elles offrent néanmoins de grands avan- 
tages pour l'élevage des Autruches ; leur terre, riche en 
calcaire et en lacs salés, est couverte de broussailles 
basses et d'immenses prairies, de plus la population est 
relativement peu nombreuse et dispose de terres d'une 
grande étendue. 

La flore agricole de la région pastorale de la colonie 
du Cap de Bonne-Espérance est caractérisée par une 
grande abondance de formes frutescentes (broussailles) ; 
plusieurs espèces constituent, pour ainsi dire, le gros 
de la nourriture des innombrables troupeaux de Mou- 
tons de la colonie. D'après M. Mac Owan, directeur du 
Jardin Botanique de Cape-Town, les meilleures, l<-s plus 
digues d'être protégées et propagées, sont (2). 



(lj Des auteurs anglais silver's Hanclbook in South-Africa, 
London 1887) admettent que ce promoteur de ce genre d'éle- 
vage clans la colonie du Cpp, M. Kinnear, s'était inspiré des pu- 
blications de la Société nationale d'Acclimatation de France 
et des succès obtenus vers 1865 par M. Hardy au Jardin d'Essai 
d'Alger. 

(■2 Plants thalfumish Stock fnod al llte Cape, troisième réim- 
pression, complétée d'un rapport, présenté en 1877 à une 
« Commission gouvernementale pour l'étude des causes de la 
décadence des pâturages et des maladies du bétail ». Extrait du 
Soutb African Àgri cul rural Almanach, de 1887. 



LE NATURALISTE 



91 



1. Pentzia virgata. Less. 

2. Adenachœna parvifolia. D. C. 

3. Diplopappus filifolius. D. C. 

Le Cactus {opuntia) à cochenille, variété presque ou 
même tout à fait énorme (ce qui lui a valu dans les 
quelques exploitations de Boërs où elle a été introduite 
le nom de « Kaalblad » semble à M. Mac-Owan mériter 
la plus grande attention, comme ressource fourragère 
en temps de sécheresse pour toutes les régions « Kar- 
roïdes » de la colonie. 

« Je suis convaincu », conclut M. Mac Owan. « que c'est 
avec le Pentzia qu'on reconstituera le mieux nos steppes 
menacées. Les gens du peuple qui l'appellent « le bon 
Karroo » savent Lien ce qu'ils disent lorsqu'ils appliquent 
à la plante cette épithète... » — « J'ai, d'ailleurs, fait ce 
que j'ai pu, pour la répandre dans les autres. J'en ai distri- 
bué des graines à profusion dans les quatre principales 
divisions de l'Australie ; et cette année encore (1887) j'en 
ai envoyé en Algérie, en Sicile et à Kew pour être ré- 
parties plus loin. » 

Le Portulacaria afra, Jacq. (Spek-boom), est une su- 
perbe espèce qui vient sur les coteaux pareils à ceux que 
caractérise le Diplopappm, mais plus ensoleillés, mieux 
partagés au point de vue de la richesse du sol, et plus 
doux, comme pente; aussi, dans ces prairies (veldts) spé- 
ciales à relief ondulé, à sol rouge, souvent quelque peu sau- 
mâtre, qui sont particulières à larégion du Karroo, où se 
pratique l'élevage des Autruches. L'élevage du mouton se 
pratique en Australie sur une grande échelle, on a voulu y 
ajouter l'élevage des Autruches comme au Gap, en raison 
d'une grande affinité de climat et de productions végétales. 
Si la Karroo Country n'y existe pas semblable à celle de 
l'Afrique australe, se trouventpar contre, dans ce continent, 
de vastes étendues où les saltbushes constituent le gros 
de la végétation et où l'élevage du bétail et des chevaux 
est basé principalement sur eux. « La famille des Salso- 
lacées présente en Australie une multitude de formes 
endémiques du plus haut intérêt botanique et comprend 
un nombre considérable de végétaux utiles, d'une im- 
portance de premier ordre dans l'économie du pays » 
(Ieonography of Austral ian salsolaeeus plants, par lebaron 
ron Mueller, paraissant depuis 1889 par décades de dix 
planches avec dénomination de figures sans texte) (I). 

Nous n'avons pas en Algérie, ni dans le Sahara, ni sur 
les Hauts Plateaux, l'équivalent de terrains avec des res- 
sources aussi variées, aussi favorables, mais l'industrie 
humaine surmontera ces difficultés locales en y créant 
et en développant les ressources nécessaires à l'Au- 
truche. 

11 me paraît intéressant de mentionner qu'on ne 
trouve pas d'autruches ni de girafes dans le Midi de 
l'Afrique centrale, dans le pays Marutsé, soit dans le 
Xord du cours central du Zambèze et dans l'Est de son 
cours supérieur, et qu'on ne les retrouve que vers les 
grands lacs dans leurs parties septentrionales. Les 
troupes d'Autruches les plus nombreuses se trouvent dans 
le Kalahari méridional, centre du pays Bechuana: on les 
rencontre en petites troupes et pendant une partie de 
l'année, en couples ou par familles de 20 à 30 individus 
du même nid, dans les grandes clairières des forêts de 
la partie septentrionale de l'Afrique du Sud. L'oiseau 

^1) Vnir: Les Pâturages du cap de Bonne Espérance, par 
M. Jean Vilbouchevitch {Bévue d<'s Sciences naturelles appli- 
quées, 20 septembre 189:t). 



solitaire, généralement, est un oiseau égaré ou ayant 
perdu ses compagnons après avoir été pourchassé par 
des hommes ou des fauves, des lions et des léopards, 
beaucoup moins dangereux pour lui que l'homme. 

Le grand iléau des Autruches domestiques de l'Afrique 
australe se trouve dans la famille des entozoaires, heu- 
reusement inconnue en Algérie. Bon an, mal an, de S à 
23 0/0 des oiseaux meurent de parasites musculaires et 
de vers intestinaux, dont ceux de petite dimension par 
milliers, d'autres de la longueur d'un mètre, dévorent 
la musculature de l'oiseau et atteignent le cœur. On a 
trouvé aussi des entozoaires dans les œufs avant le dur- 
cissement de la membrane séreuse qui tapisse l'intérieur 
de la coquille (Hobub, Beitrsege zur Ornithologie Sud- 
Africà's. Wien, 1882). 



La colonie du Gap de Bonne-Espérance, dans ses li- 
mites actuelles, est un pays plus vaste que la France 
continentale, dont la superficie embrasse, comme on 
sait, 518.830 kilomètres carrés. Elle couvre, en effet, 
une surface de 217.894milles carrés, ou plus,de560.000 ki- 
lomètres carrés (un mille carré égale 3.097.600 yards 
carrés ou 2.589.894 mètres carrés). 

Dans ce total emprunté aux plus récentes publications 
officielles, on a fait entrer deux petites possessions exté- 
rieures de la colonie : le district de Walfish-Bay 
(LU 3 kilomètres carrés), enclavé dans le protectorat 
allemand de Damaraland, et le port de Saint-John avec 
son rayon (41 kilomètres carrés), sur la côte de Pondo- 
land, pays cafre encore indépendant qui se trouve situé 
entre le territoire du Cap et celui de la Natalie. 

La population est actuellement évaluée à 1.428.729 in- 
dividus. Ce chiffre est purement estimatif, pour les dis- 
tricts d'annexion récente, et basé, pour les autres, sur 
ceux du recensement de 1875, qu'on a majoré de 
23,7 0/0, augmentation constatée durant la période dé- 
cennale de 1865 à 1875. La colonie du Cap est donc bien 
moins peuplée que l'Algérie avec 3.800.000 habitants, 
malgré ses ressources extraordinaires fournies par le 
rendement des mines de diamant, de l'élevage des autru- 
ches, des chèvres angoras et des moutons, du bé- 
tail, etc.. etc. (1). 

11 est vrai que l'élément arabe en Algérie est plutôt 
un obstacle à l'extension de la population européenne, 
alors que les populations noires de l'Afrique australe 
forment un élément considérable, très appréciable dans 
l'exploitation raisonnée du pays; presque toutes ces po- 
pulations assujetties aux Européens sont chrétiennes, 
quelques peuplades indépendantes ont également ac- 
cepté les croyances chrétiennes. J'ai pu contrôler de visu 
et auditu l'exactitude des renseignements généraux sur 
ces pays pendant une exhibition de Hottentots, au Jardin 
I d'Acclimatation de Paris; la langue allemande me per- 
I . 

(1) L'importance de la production des laines du Cap est 
i connue, celle des poils de chèvres angoras peut è^e moins; le 
poil mohair fourni par les Anglais du Cap en 1888, dans les 
ventes publiques de Bradford (Angleterre), a atteint la somme 
d'environ quatorze millions de francs, pour environ onze millions 
de livres anglaises de 460 grammes la livre ! (Comptes rendus, 
S. G. P., 20 juin 1890.) 

L'élevage des chèvres angoras aurait pu réussir très certai- 
nement en divers emplacements des Hauts-Plateaux algériens, 
dont le climat se rapproche de celui de l'Anatolie(Asie Mineure), 
leur pays d'origine, bien plus que le climat du Cap de Bonne- 
Espérance. 



9i 



LE NATURALISTE 



mettait de converser facilement avec les Hottentots par- 
lant le hollandais, qui, comme l'on sait, est une langue 
germanique. L'intelligence et la variété des connais- 
sances de ces nègres, « quantité négligeable ». pour un 
certain public, m'ont profondément étonné ; la compa- 
raison n'a pas été à l'avantage de nos Arabes algériens. 

Forest. 
(.4 suivre.) 



PHOTOGRAPHIE 



LES AGRANDISSEMENTS D'AMATEURS. 

On sait que l'agrandissement d'une épreuve est une 
des opérations les plus délicates de la photographie. Elle 
peut s'obtenir directement à la chambre noire comme 
s'il s'agissait de tirer une vue ou un portrait, en ayant 
soin, toutefois, de rapprocher plus ou moins l'objectif de 
l'épreuve et d'augmenter par conséquent l'éloignemenl 
de l'objectif à la plaque sensible dans un certain rapport- 
Toutes les chambres noires ne se prêtent pas à ce tra- 
vail, et l'on est presque toujours obligé d'avoir recours à 
une chambre à soufflet, sans parler de mille autres dé- 
tails spéciaux dont le praticien doit tenir compte pour 
réussir le mieux possible l'opération dont il s'agit. 

Voici, — spécialement pour les amateurs, — ce qu'un 
amateur même a combiné pour posséder à peu de frais 
un appareil donnant des résultats aussi bons que ceux 
que l'on obtient avec les chambres achetées a grands 
frais chez les fabricants ; il décrit son procédé de la ma- 
nière suivante dans une lettre adressée à la Photo-Revue : 

« Je commence par boucher tout un côté de la fenêtre 
éclairant la pièce où j'opère par un cadre léger en bois 
blanc sur lequel j'ai tendu une toile recouverte de papier 
noir. Les deux carreaux supérieurs de l'autre battant 
sont obturés de la même façon, la troisième ouverture 
restant, seule à découvert. 

A la place du verre, qu'on enlève, on ajuste bien exac- 
tement un panneau de bois dont les bords sont garnis de 
feutre ou de drap pour faire un joint hermétique, et qui 
est maintenu par des tourniquets permettant de l'enlever 
à volonté. Il est percé d'une ouverture dont la feuillure 
mesure 13 X 18, et peut recevoir un cliché 13 X 18, ou 
un intermédiaire 9 X 1 - et au-dessous. 

D'autre part, j'ai fait faire deux gros cylindres, ou 
manchons en zinc, qui rentrent l'un dans l'autre à frot- 
tement doux; ils mesurent chacun 20 centimètres de 
diamètre, et 18 à 20 de long. Leur assemblage forme une 
sorte de gros tube d'objectif à coulisse, dont l'intérieur 
est noir pour éviter les reflets. 

Le premier manchon est soudé par son bout, libre au 
bord d'une ouverture ronde de même dimension, percée 
dans une feuille de zinc qu'on accroche au panneau de 
bois, pardessus le cliché mis en place, au moyen de 
quatre pointes recourbées. 

Le second manchon est soudé lui-même à une autre 
plaque de zinc ayant au centre une ouverture d'un dia- 
mètre un peu plus grand que celui de l'objectif dont on 
se sert habituellement; cette deuxième plaque est desti- 
née à recevoir, dans des coulisses semblables à celles de 
la chambre noire, faites de deux bandes de zinc recour- 
bées, la planchette portant l'objectif. 

Tout étant ainsi disposé, et mettant par précaution un 



verre dépoli derrière le cliché pour égaliser l'action de 
la lumière, je bouche toutes les fissures qui pourraient 
exister, et je fais la mise au point sur un écran blanc 
placé en face de l'objectif, en donnant plus ou moins de 
tirage au manchon de zinc, selon que je veux faire un 
agrandissement de moyenne ou de grande dimension. 
L'écran doit être manœuvré en sens inverse, et d'autant 
plus éloigné de l'objectif que l'amplification doit être 
plus grande, en raison du rapprochement de l'objectif 
au cliché. 




D'un autre côté, plus l'agrandissement est considé- 
rable, plus grandes doivent être les dimensions des cu- 
vettes. Or voici un moyen de se passer de ces accessoires 
dispendieux, donné par la Photo Gazette, pour opérer 
les développements, fixages, lavages, etc., même pour 
des épreuves mesurant 1 mètre de hauteur sur 90 de 
largeur : 

Pour agrandir un cliché 9 X 12, je me sers d'une lan- 
terne à projection éclairée par une lampe au pétrole et 
munie d'un condenseur de 18 centimètres de diamètre. 
J'emploie un diaphragme moyen, et je maintiens la pose 
pendant 10 minutes environ si le cliché est exempt de 
voile. 

Le temps de pose ainsi prolongé permet d'obtenir un 
développement très lent et rend très facile le moment 
où l'on désire arrêter l'impression de l'image. 

Pour développer, je fixe la feuille impressionnée, par 
le côté gélatine, contre une planche à dessin, ou même, 
à défaut de celle-ci, contre une porte. 

Avec un large blaireau imbibé d'eau, je mouille la 
feuille sur le côté opposé à la gélatine; la feuille ainsi 
humectée est retournée, et la même opération est faite 
du côté de la gélatine; de cette façon, la feuille reste 
adhérente et très uniformément tendue sur la planche. 

Je place dans une petite cuvette un bain révélateur 
quelconque, en quantité et avec le dosage voulu pour 
développer un instantané 9 X 12 ; j'ajoute à cette quan- 
tité de révélateur 2/3 d'eau environ. Je trempe le blai- 
reau dans ce bain, et je badigeonne rapidement la feuille 
dans tous les sens ; puis je continue ainsi plus lentement, 
jusqu'à ce que l'image soit bien développée. 

Ordinairement le développement commence après 20 
à 30 secondes, et il se fait avec une lenteur remar- 
quable. Pour l'arrêter, je trempe le blaireau dans une 
certaine quantité d'eau acidulée avec l'acide tartrique 
(ou acétique), même simplement avec du vinaigre, en 
opérant de la même manière que pour le développe- 
ment. 

Pour le fixage, je procède également avec un autre 



LE NATURALISTE 



93 



blaireau que je trempe dans une 'solution saturée d'hy- 
posulfite de soude. 

Quant au lavage, qui doit enlever toute trace d'hypo- 
sulfi te, comme il ne s'agit que d'avoir de l'eau en quantité, 
on peut se servir d'un récipient quelconque, selon les 
dimensions de l'épreuve, ou bien placer celle-ci sur une 
planche et faire passer dessus un courant d'eau, au moyen 
d'un robinet muni d'une petite pomme d'arrosoir. 

E. S.VNTINI DE RlOLS. 



DESCRIPTIONS DE TROIS COLEOPTERES HETEROMEBES 

RJOIIVBAIJX 



Steropes caspins Ster. var. Obicnrans. Un peu cylin- 
drique. Tête noire; prothorax et pattes d'un rougeâtre testacé, 
ces dernières plus claires ; antennes et palpes rousses ; élytres 
à coloration foncière noirâtre, très pubescents de gris jau- 
nâtre. Antennes surtout chez c* à trois derniers articles très 
allongés. 

Long fi. 6 1 2 millimètres. Turkestan-Margelan. 

Diffère de caspius par la forme plus cylindrique, la colo- 
ration plus foncée des élytres ; les antennes paraissent aussi 
aviir leurs derniers articles plus allongés, un peu moins 
élargis. 

l'oiiiiicoiiuis caiialicnlatus Laf. var. Siilcifer. Modé- 
rément allongé. Noir verdàtre brillant avec la base des an- 
tennes et des cuisses jaunâtres ; extrémité des tibias un peu 
roussâire. Tète modérément longue, bien arrondie en arrière 
à ponctuation forte, écartée. Antennes assez grêles atteignant 
la base du prothorax, celui-ci assez long, bien dilaté, arrondi 
en avant, à ponctuation forte, écartée, marqué d'un profond 
sillon longitudinal. Elytres en ovale court avec les épaules 
anguleuses, l'extrémité obliquement arrondie, a ponctuation 
assez forte, écartée; quelques poils dressés grisâtres en dessus. 
Pattes relativement courtes avec les cuisses renflées. 

Q Long 3 1/2 millimètres. Rikatla-Pclagoa Bay. 

Je dois V.sulcifer à la générosité de M. A. Fauvel. 

A cause de son sillon longitudinal et sa coloration sem- 
blable je signale cette race seulement comme variété, bien que 
la base du prothorax foncée et la forme moins élancée l'éloi- 
gnent de canaliculatus. 

Probosca Letourueuxî, n. sp. D'un noir bleuâtre à peine 
brillant, assez densément revêtu d'une pubescence grisâtre 
plus serrée sous le dessous du corps. Pattes et antennes tes- 
3, ces dernières à articles quelquefois obscurcis ; yeux un 
peu échancrés noirs. Prothdrax à ponctuation très forte, rap- 
prochée, marqué d'une dépression sur les côtés, plus diminué 
en arrière chez cf. Elytres légèrement convexes sans lignes 
(rarement avec deux à peine marquées) longitudinales sail- 
lantes, peu diminués à l'extrémité. Dessous du corps foncé 
pubescent. q* à forme un peu plus étroite. Forme de Probosca 
viridana Sch. seulement moins acuminé en arriére avec une 
autre coloration. 

Long 7 -S millimètres. Ramlé. Egypte (Letourneux). 

A cataloguer entre l'r. viridana Sch. et unieolor Kusl. 

M. Pic. 



PRÉSERVATION DES PLANTES EN HERBIER 



M. Rouy, notre distingué collaborateur, l'un des au- 
teurs de la Flore de France, fait usage, pour la préser- 
vation de son remarquable herbier, d'un procédé dont 
l'efficacité est absolument remarquable. Nous sommes 
heureux de pouvoir faire connaître ci-après ce procédé 
dans tous ses détails. 

La solution à employer se prépare en versant dans un 
bocal (d'une contenance d'environ 6 litres ; 5 litres d'al- 
cool ordinaire à brûler, tel qu'on le trouve dans. le com- 
merce, puis 200 grammes de bichlorure de mercure (su- 



blimé corrosif), soit 40 grammes par Jitre d'alcool, et en 
agitant jusqu'à dissolution complète. Ensuite on fait 
fondre à part, dans 375 grammes d'eau chaude, 100 
grammes de chlorhydrate d'ammoniaque pulvérisé (sel 
ammoniac du commerce), et l'on verse 1j tout dans le 
bocal contenant déjà la solution alcoolique de sublimé, 
puis on agite et on laisse reposer la liqueur pendant une 
heure ou plus. Avec 5 litres de cette solution on peut 
empoisonner 500 à 600 plantes bien représentées. 

Pour s'en servir, on en verse jusqu'à mi-bord dans une 
cuvette rectangulaire en porcelaine, dont le fond a 45 
centimètres environ de longueur sur 31 ou 32 de large, 
avec un bord haut de 5 à 8, et que l'on pose sur une 
grande table ou sur un établi. A gauche de la cuvette, on 
met le paquet de plantes à empoisonner en laissant à 
côté de ce paquet une place pour les feuilles de papier 
dont on va retirer les échantillons. A droite de la cu- 
vette, on réserve aussi une place pour le paquet que l'on 
va former avec des plantes qui auront été pessées dans 
la solution. On tient encore à sa portée des feuilles de 
papier bulle fort et enfin du papier à sécher (buvard gris 
ou rouge, paille, etc.) Ces préparatifs terminés, on prend 
la première plante à empoisonner, on la plonge dans 
la solution avec une pince en bois, et on l'y laisse de 30 
à 40 secondes selon sa consistance, puis on la dépose sur 
un premier coussin formé d'une dizaine de feuilles de 
papier buvard sur lesquelles on a ajouté une feuille de 
papier bulle (1). Sur cette première plante on pose une 
deuxième feuille de papier bulle, puis successivement 
une seconde plante empoisonnée, une troisième feuille 
de papier bulle, une troisième plante, une quatrième 
feuille de papier bulle et sur celle-ci un deuxième cous- 
sin de papier buvard ; on recommence ensuite la série 
précédente en superposant de nouveau quatre feuilles de 
papier bulle dans lesquelles on intercale trois plantes 
empoisonnées, puis un coussin buvard sur le tout, et 
ainsi de suite jusqu'à épuisement des plantes à empoi- 
sonner ou que le paquet ainsi formé ait atteint 15 à 20 
centimètres de hauteur; on le recouvre alors d'un der- 
nier coussin de papier buvard et on serre le tout modé- 
rément entre trois courroies, afin que les plantes soient 
suffisamment pressées mais non froissées ou brisées, et 
on laisse le paquet sans y toucher pendant une huitaine 
dejoursau moins. Les étiquettes ont été retirées pendant 
l'opération et empilées au fur et à mesure les unes sur 
les autres; sans cette précaution, nombre d'entre elles, 
notamment celles faites avec de l'encre d'aniline ou au 
polycopie, se décoloreraient ou deviendraient à peine 
lisibles. 

Au bout de huit jours on défait le paquet, et l'on re- 
place les étiquettes avec les échantillons correspon- 
dants ; la première a été la dernière retirée, de même 
que la première plante du paquet était la dernière em- 
poisonnée, on les remet ensemble, de même pour les 
suivantes, et finalement le paquet primitif se trouve re- 
constitué dans le même ordre qu'avant l'empoisonne- 
ment. 

Ce procédé d'empoisonnement ne donne lieu à au- 
cune effiorescence, fait pénétrer suffisamment le poison 
dans le tissu des plantes pour en assurer la conserva- 
tion et n'altère que peu ou point la couleur des fleurs. 
Nous avons vu des Campanules (Campanula saxatilis, G. 

(I) Le même papier bulle sert indéfiniment et doit être mis 
de côté pour de nouveaux empoisonnements. 



94 



LE NATURALISTE 



lingulata, C. speciosa, C. stellaris, C. strigosa, elc.) dont les 
(leurs avait conservé leur couleur bleue si délicate après 
la dessiccation et qui la présentaient encore plusieurs 
années après l'empoisonnement. 



RECHERCHE ET PRÉPARATION 

DES MAMMIFÈRE S 



Un modeste naturaliste peut difficilement réunir une 
collection de grands Mammifères ; les Musées publics 
possèdent seuls ces collections qui exigent un vaste 
local; mais, en France, le zoologiste peut former une 
réunion très intéressante des Mammifères qui vivent 
sur notre sol, et les renseignements que nous donnons 
ici sur la recherche de ces animaux s'appliquent uni- 
quement aux espèces indigènes ; il sera question des 
grands Mammifères dans un chapitre spécial consacré aux 
recherches des objets d'histoire naturelle à l'étranger. 

Recherche des Mammifères. — La chasse 
au fusil et la chasse aux pièges sont les seuls moyens de 
se procurer ces animaux. Nous ne décrirons pas ici les 
nombreux pièges en usage, on trouvera ces renseigne- 
ments dans le Manuel du destructeur d'animaux nui- 
sibles (i). 

« Les personnes qui habitent la campagne, dit M. le 
l) r Trouessart (2), ont en général toutes facilités pour se 
procurer les petits quadrupèdes qui vivent dans leur 
voisinage. On emploie avec succès les pièges à ressort 
que l'on trouve chez tous les quincailliers (3), que l'on 
amorce d'un appât approprié au goût de chaque espèce, 
et dont la force et la grandeur doivent être graduées sur 
celle de l'animal que l'on veut prendre. La plupart de 
ces petits Mammifères étant nocturnes, il faut tendre les 
pièges le soir et les visiter de bon matin. Un excellent 
moyen consiste à enterrer, au niveau du sol, dans les 
lieux fréquentés par ces diverses espèces, de grands 
Tases de terre vernissés à l'intérieur, à parois verticales 
et assez profonds pour que les animaux qui y tombent 
ne puissent plus en sortir. Des tuyaux en fer-blanc, du 
diamètre de ceux qui servent aux conduits de gouttière, 
de 50 centimètres de long et garnis d'un fond, peuvent 
remplir le même but. On peut encore creuser au moyen 
d'une tarière des trous en terre ayant les mêmes dimen- 
sions ; il faut visiter ces trous assez souvent pour ne 
|,ias donner aux petits rongeurs le temps de faire, en 
creusant, des galeries latérales. 

Si l'on connaît, dans les environs, un taupier intelli- 
gent, on pourra se procurer par son entremise des 
sujets en bon état et souvent en grande quantité : les 
Campagnols, en elfet, les Musaraignes et d'autres petits 
Mammifères se prennent dans les pièges tendus pour la 
Taupe. Quant à ceux que des enfants ou des paysans 
peuvent vous procurer, il ne faut guère compter sur 
eux : écrasés à coups de bêche ou de sabots, ils feront 
triste figure dans la collection. Le mieux est de tendre 



1 Manuel du destructeur d'animaux nuisibles. I vol. in-12, 

ii Doj rolle, éditeur. 
(2 Histoire naturelle de la France : Mammifères, par le 
D" Trouessart. I vol. maison E. Deyrolle, éditeur. 
(3) La maison Monceau frères, rçpiai du Louvre, à Paris, 
de un grand assortiment de cps piégos. 



soi-même des pièges et de les visiter régulièrement afin 
d'avoir des sujets aussi frais que possible. 

Quant aux Cha\ives- souris, il est très difficile de les 
prendre au file!, ou même de les abattre à coups de 
fusil, en raison des crochets continuels qu'elles font en 
volant. On dit qu'on les attire au moyen d'une lanterne , 
allumée ou d'un drapeau blanc qu'on agite et autour 
duquel elles viennent voleter; c'est ce que nous avons pu 
vérifier. On se les procure plus facilement en visitant, 
pendant le jour, les arbres creux, les greniers, les clo- 
chers et les trous des vieux édifices, mais surtout, pen- 
dant l'hiver, en allant les surprendre, à la lueur des 
torches ou des bougies, dans les cavernes, les caves, les 
carrières et autres souterrains à température constante, 
où on les trouvé engourdies et souvent rassemblées en 
quantités considérables, lorsque la neige couvre la terre. 
11 est cependant des espèces qui ne se rencontrent jamais 
dans les souterrains et qui passent probablement l'hiver 
dans des trous d'arbres, étant apparemment moins fri- 
leuses que celles dont nous venons de parler. » 

Les grands Mammifères qui vivent en France, tels que 
l'Owrs, le Blaireau, le Putois, laLoutre, le Loup, le Renard, 
le Chat sauvage, ne peuvent être citasses qu'avec le fusil, 
et encore le plus souvent, au moyen de battues qui néces- 
sitent la présence de plusieurs chasseurs; on peut aussi 
les tuer à l'affût lorsqu'on s'est bien assuré du gîte qu'ils 
ont choisi. 

Préparation tles Mammifères. — La méthode 
ne différant qu'exceptionnellement des petits aux grands 
Mammifères, nous indiquons comment on doit procéder 
pour un animal de la grosseur d'un Chat domestique; 
nous signalons ensuite les difficultés accidentelles. 

Quel que soit l'animal à dépouiller, on ne doit entre- 
prendre ce travail qu'autant que le sujet est complè- 
tement refroidi, sinon les liquides se répandant à l'exté- 
rieur produiraient des taches souvent ineffaçables. 

On s'entoure de tous les instruments de taxidermie 
que nous avons indiqués pour la préparation des 
Oiseaux; on place devant soi, sur le dos, le corps de 
l'animal, on fait jouer les articulations et on tiraille la 
peau en tous sens afin de faire cesser la rigidité cadavé- 
rique; ensuite, au moyen d'un scalpel, on incise la peau 
depuis la fourchette du sternum jusqu'au bas-ventre, 
en ayant soin de ne pas attaquer avec la pointe de l'ins- 
trument les muscles abdominaux et faciliter ainsi une 
issue aux intestins. Ensuite, avec le manche du scalpel 
que l'on fait glisser en biais sous la peau, on la détache 
peu à peu vers le dos et on en dégage les parois abdo- 
minales. Quand on s'est assuré que l'on peut introduire 
la main entre la peau et la région lombaire, on achève 
de dégager le haut des cuisses et on sépare ces der- 
nières du tronc par une section entre lu tête du fémur 
et le bassin; on délacbe avec soin les partie? génitales 
et l'anus et l'on poursuit le dépouillement jusqu'à la 
naissance de la queue; parvenu à cette dernière, on fait 
saillir quelques vertèbres du fourreau et on les détache 
du corps par une section pratiquée près du sacrum. 

L'animal étant ainsi sommairement dépouillé dans ses 
parties inférieures, on le saisit par les reins, et, rabat- 
tant la peau sur la tête, on continue l'opération vers les 
parties supérieures du corps, en évitant soigneusement 
de distendre la peau. Lorsqu'on est arrivé aux côtes, on 
les découvre et on parvient ainsi aux membres antérieurs 
que l'on sépare de l'omoplate à leur jonction avec l'hu- 
mérus, puis on dépouille le cou, et, lorsqu'on rencontre 



LE NATURALISTE 



'.>:» 



le crâne, on le sépare de la colonne vertébrale par une 
section entre la première vertèbre et l'occiput. 

La masse du corps étant alors entièrement délachée 
de toute adhérence, on poursuit l'opération en renver- 
sant la peau sur la tête et en la tirant vers le museau, 
on arrive aux oreilles que l'on coupe le plus près pos- 
sible du crâne; parvenu à la région oculaire, on tire sur 
la membrane qui rattache les paupières au crâne, on la 
sépare à petits coups de scalpel en prenant soin de ne 
pas trouer la peau, et l'on pousse jusqu'aux fosses 
nasales et aux lèvres que l'on dédouble en évitant de 
percer le derme. On arrache les yeux en les prenant à 
leur base avec une pince à dissection dont on facilite 
l'introduction par quelques coups de pointe de scalpel. 
Avec la scie à main, on enlève la partie postérieure du 
crâne, afin d'agrandir le trou de la moelle épinière, on 
extrait la cervelle autant par cette ouverture naturelle, 
agrandie artificiellement, que par les orbites des yeux 
Iroués à cet effet; on enfonce la voûte palatine d'un 
coup de marteau ; on gratte et on arrache avec le plus 
grand soin tous les téguments, toutes les parties char- 
nues qui recouvrent les os de la tète, surtout les muscles 
pariétaux, les temporaux et le frontal. On extirpe la 
langue, on nettoie les os maxillaires, mais il faut con- 
server les ligaments articulaires de l'os maxillaire infé- 
rieur retenant cette partie delà mâchoire. Le crâne étant 
complètement nettoyé, on le rentre dans la peau en fai- 
sant reprendre sa position à la mâchoire inférieure. 

Puis on passe aux membres antérieurs que l'on traite 
tour à tour de la manière suivante : on refoule la peau 
de haut en bas en s'aidant du scalpel, on la détache par 



soulève et on l'ait tendre l'épidémie; puis, avec nu 
scalpel à tranchant arrondi, on racle et on enlève le 
tissu graisseux. Dès que les glandes adipeuses sonl enta- 
mées par le scalpel, il faut jeter du plâtre autant à leur 
surface que sur le reste de la peau, afin d'absorber la 
graisse liquéfiée qui, sans cette précaution, se répan- 
drait à l'extérieur et gâterait le pelage de l'animal; on 
doit renouveler le plâtre jusqu'à complète dessiccation 






Srie a os. 

petites portions et on pousse le dépouillement jusqu'à 
la plarJe des pieds; on fend cette dernière, ainsi que le 
dessous des doigts, et l'on extrait autant de chair que 
l'on peut en atteindre ; on gratte les os, on les nettoie 
de toutes leurs parties molles, mais en respectant les 
ligaments qui réunissent les articulations; on replace 
dans la peau les os dénudés et l'on passe aux membres 
postérieurs que l'on traite comme nous venons de l'in- 
diquer pour les antérieurs, mais en respectant le tendon 
d'Achille, essentiel à conserver pour le montage de rani- 
mai. 

Arrivant enfin à la queue, on tire les vertèbres cau- 
dales d'une main, le fourreau de l'autre, on détache 
successivement la peau de toutes les apophyses en cou- 
pant avec le tranchant du scalpel tous les ligaments qui 
ne céderaient pas d'eux-mêmes à l'action de la main, 
et, dans le cas où la partie osseuse vient à se rompre et 
qu'on ne peut la ressaisir, on fend la queue au-dessous, 
depuis l'endroit où l'accident s'est produit jusqu'à l'ex- 
trémité des vertèbres, de façon à extraire les os et les 
chairs. 

Lorsque la peau est complètement détachée, le crâne 
et les membres bien dénudés, il est indispensable de 
dégraisser les tissus avant de les soumettre à l'action du 
bain. Lorsqu'un sujet présente des loupes graisseuses 
sur une étendue plus ou moins grande de la face interne 
de la peau, on glisse entre celle-ci et le tissu adipeux 
la lame d'un couteau de bois au moyen de laquelle on 



Outils divers pour le grattage des peaux. 

de la peau. Pour les animaux d'une taille assez grande, 
on emploie des grattoirs de différents modèles à l'aide 
desquels on gratte la peau que l'on saupoudre de cendres 
chaudes, de sable ou de sciure de bois. Si, pendant 
cette opération, quelque déchirure se produisait dans 
la peau, il faudrait en rapprocher les bords en les cou- 
sant à points serrés. 

x\lberl Gbangf.r. 
(A suivre.) 



DE L'ELEVAGE DES HYMÉNOPTÈRES 



Le département de la Vaucluse est devenu un centre 
actif pour l'étude des Hyménoptères. M. Fabre, l'ento- 
mologiste si connu, qui habite Sérignan, une petite ville 
de ce département, a eu quelques imitateurs à Avignon 
même, M. Nicolas et M. Chobaut; ces trois savants 
s'adonnent à l'élevage des insectes et en étudient les 
m œurs . 

La découverte du procédé à employer pour arriver à 
ce résultat est due à M. Fabre. Il met des tiges de 
roseaux creux de différents diamètres aux endroits que 
fréquentent les Hyménoptères et ceux-ci y effectuent 
leur ponte. On peut alors transporter ces roseaux dans 
un appartement, les insectes s'y développeront et conti- 



m 



LE NATURALISTE 



nueront à les fréquenter une fois arrivés à l'état d'in- 
soetos parfaits. On possédera ainsi un laboratoire incom- 
parable où on pourra facilement étudier la vie et les 
mœurs des insectes. 

M. Nicolas a perfectionné la méthode; il a élevé ainsi 
un grand nombre d'espèces. 11 est même parvenu à 
obtenir dos pontes dans des tubes de verre. Il a été alors 
facile de voir le choix et l'arrangement des cellules, la 
ponte de l'œuf, sa position particulière, son éclosion. 
On a pu observer les phases larvaires, la nymphe et la 
transformation en insecte parfait. Enfin, on découvrit 
une foule de parasites, toute une série de Coléoptères, 
regardés auparavant comme extrêmement rares, et qui 
vivaient à leurs dépens. Et on n'est encore qu'au début! 

Un dos derniers et des plus intéressants travaux suc 
ce sujet est celui de M. Nicolas, publié au dernier congrès 
international de Zoologie. Il y a rapporté les mœurs 
des osinia. 

Les osmies, comme les Pigeons voyageurs et proba- 
blement une foule d'autres animaux, ont la faculté de 
retrouver leur lo^is sans qu'il leur soit nécessaire de 
connaître la route ou de prendre des points de repère. 
Emportant ces osmies au loin, à deux et quatre kilo- 
mètres, enfermées dans une boite, elles reviennent au 
logis lorsqu'on les met en liberté. 

L'étude des osmies apporte une donnée intéressante 
au problème de la formation des sexes. Les œufs pondus 
on série dans un tube par une osmia sont séparés les 
uns des autres par une cloison, et chacun enfermé dans 
une loge. Le plus près de l'ouverture, celui qui s'échap- 
pera le premier donnera naissance à un mâle, les autres 
à des femelles. La ponte débute donc toujours par des 
femelles et se termine par un mâle. Les cellules qui 
contiennent des femelles sont, toujours plus spacieuses 
pour faciliter leur développement, car elles sont plus 



On a soutenu celte théorie pour les abeilles. Il aurait 
suffi, dans une ruche, que les ouvrières donnent la 
pâtée royale à Une des leurs et agrandissent sa cellule 
pour en faire une reine. Si le fait est possible, les expé- 
riences de M. Nicolas prouvent en tous cas qu'on ne 
peut transformer un œuf mâle en un femelle. Il a, en 
effet, changé les œufs de position, mis un œuf de mâle 
dans une cellule de femelle, et vice versa. Rien n'a été 
changé, seulement la femelle, mal nourrie, était ché- 
tive, malingre, tandis que le mâle, largement approvi- 
sionné, contre son habitude, était superbe. 

De plus, suivant la nécessité, c'est-à-dire la longueur 
du tube, la mère pond à volonté une suite d'œufs mâles 
ou femelles. Si on offre un roseau court ou bien des 
roseaux de longueur différente, les mères pondront le 
nombre d'œufs nécessaires pour remplir le tube et ter- 
mineront toujours par un mâle, quel que soit le nombre 
d'œufs femelles pondus. 11 est donc évident que, par un 
mécanisme spécial, mais ignoré, la mère donne, au 
moment voulu, le sexe à l'œuf qu'elle va pondre. 

Parfois, les osmia se servent, pour pondre, de nids 
d'authophores abandonnés : ce sont des ampoules en 
forme de poire avec goulot étroit de sortie. La capacité 
de ces ampoules est trop petite pour contenir deux 
œufs femelles dans sa largeur et trop grande pour rece- 
voir deux œufs mâles. Dans la partie large et ventrue, 
l'osmia pond d'abord un œuf femelle, et dans la partie 
rétrécie un œuf mâle. Si on renverse le nid d'autho- 
phores, qu'on perce l'ampoule dans sa partie la plus 
large et qu'on obture le goulot, la mère commencera 
par pondre un œuf mâle dans le goulot, puis un femelle 
dans la partie lar^e. 

M. Nicolas n'a pas borné là son étude. 11 a noté l'époque 
d'apparition de chaque espèce. L'Oamia cornula se mon- 
trerait toujours en mi-février, et les osmies en général 
sont presque toutes du printemps, tan- 
dis que les Dasypodes marquent l'au- 
tomne. 

Le Melothontha fullo est du 21 juin; 
à quelques jours près, c'est le solstice 
d'été. Ne pourrait-on arriver, par la 
connaissance de ces dates, à détermi- 
ner le nombre d'années qu'ontemployé 
à se former certains dépôts géologi- 
ques? Supposez, en effet, que les cou- 
ches possédant des empreintes d'os- 
mies, et d'autres, qui en seraient dé- 
pourvues, soient régulièrement juxta- 
posées. On sait qu'en hiver, les cou- 
ches disposées ne peuvent contenir au- 
cun de ces êtres. Deux couches mar- 
queraient donc par suite une année! 

Pour terminer, rapportons un exem- 
ple de lice chez une Xylocopa violacea. 
Elle avait établi sa nichée dans un 
roseau accroché au plafond du labora- 
toire de M. Nicolas. Ce dernier la vit 
Déposition des loges d'Anthophores occupées par les Osmies. Fig. I (à gauche) pus,- , é ■ ■ premières cellules, eu 

bon naturelle, goulot en haut et partie renflée en bas ; A, oloison intérieure ; H, 8 r ' 

ouverture du goulot. Fig. 2 (adroite) position renversée, goulot en bas et rejeter les larves, pour recommencer 
partie renflée en haut; C, ouverture pratiquée dans la calotte; .4, cloison inté- ,1e l'autre côté du même roseau une 
rieure: /(, ouverture obturée. 





grosses que les mâles. La pondeuse y accumule plus de 
provisions; elle a donc conscience du sexe qu'aura l'in- 
secte sorti de l'œuf. 
Mais est-ce | a nourriture seule qui indue sur le sexe? 



ponte semblable, celte fois respectée 
et entourée de soins. 

D r Félix Regnault. 



LE NATURALISTE 



97 



LES TROIS REGNES DU MONDE ORGANISE 



RÉPONSE A M. ETIENNE RABAL'I) 

Voici ce qui frappe particulièrement l'esprit de l'obser- 
vateur, quand on e'tudie le mode de vie des êtres orga- 
nisés. Généralement les animaux décomposent la matière 
vivante pour la réduire à des termes organiques plus 
simples en organisation. C'est ainsi que, suivant leur 
régime habituel, on les a divisés en herbivores et en 
carnivores, pour indiquer qu'ils se nourrissent de préfé- 
rence d'herbes ou d'animaux. D'un autre côté les plantes 
semblent avoir pour but d"assimiler les matériaux tirés 
du monde inorganique, pour former la matière orga- 
nisée. 

Voilà donc deux règnes, bien tranchés sous ce rap- 
port. Entre ces deux règnes on voit les champignons, 
qui appartiennent évidemment au dernier, et qui ont 
cependant une manière toute différente de se comporter 
à l'égard du monde inorganique. Leur rôle semble 
être de compléter la décomposition des matières orga- 
niques, déjà effectuée par les animaux, pour les transfor- 
mer complètement en riiatériaux inorganiques primitifs. 
Ils servent donc d'intermédiaires aux animaux et aux 
végétaux. 

Quand on fume le sol pour cultiver les végétaux, on 
apporte sur le terrain les déjections solides et liquides 
des animaux, qui renferment, à côté de substances mi- 
nérales complètement réduites (telles que des phosphates, 
des chlorures, des sulfates, etc.), des substances orga- 
niques, qui ont besoin d'être ramenées à leurs éléments 
inorganiques primitifs, pour être absorbées par les végé- 
taux. C'est alors qu'interviennent les champignons 
microscopiques. L'urée par exemple, qui se trouve dans 
les urines, se transforme en carbonate d'ammoniaque, 
sous l'influence d'un champignon, le Micrococcus ure.r. 
D'autres matières azotées, provenant des déjections ou 
des dépouilles des animaux, se transforment en azotates 
alcalins sous l'influence du champignon microsco- 
pique (1), qui engendre les nitrates dans le sol. Les 
champignons ont donc pour but d'achever la décompo- 
sition des substances organiques, qui a été déjà com- 
mencée et effectuée en grande partie par les animaux. 
Si l'on considère l'état parasitaire des champignons sur 
les animaux et sur les végétaux vivants ou morts, on se 
rend compte que, partout, les champignons réduisent ces 
êtres à leurs éléments inorganiques primitifs, qui seront 
repris à leur tour par les végétaux, pour reconstilucr 
toujours une nouvelle matière organisée. 

C'est à la suite de ces considérations que nous avons 
été amenés à proposer une classification, en trois règnes 
distincts, du monde organisé. 

D r Bougon. 



LIVRES NOUVEAUX 



Monographies <l<>s Globulaires, Essai de classification 

' histotaxique, par le D' Heckel (2). 

Sous ce titre modeste. M. le professeur Heckel vient de 
faire paraître un travail magistral et de longue haleine sur la 



(1) Micrococcus rtitrifhans. 

(2) Grand in-8» de 1 78 pages avec G planches lithographiées 
et figures dans le texte. fLibrairie Deyrolle, 46, rue du Bac, 

Paris.) 



famille des Globulariées, qu'il examine au triple point de vue 
botanirpue, chimique et thérapeutique. 

La partie botanique seule doit retenir ici notre attention, 
malgré la nouveauté et la valeur des deux autres. L'auteur y 
examine les diverses espèces établies dans les Globulaires : 
il les soumet à un contrôle minutieux; élimine celles qui ne 
lui paraissent pas sullisamment justifiées; montre les rapports 
mutuels de celles qu'il conserve, et les classe dans un ordre 
de filiation que l'on a tout lieu de considérer comme définitif. 

Le côté nouveau de cet important travail, c'est qu'il est 
fondé sur l'examen anatomique des tissus, ainsi que sur les 
faits physiologiques, l'auteur étant persuadé, avec raison, que 
cette voie le mènerait à une certitude qui a fait défaut jusqu'à 
présent à la plupart des travaux de morphologie pure dont 
cette famille avait été l'objet. 

Ce serait pourtant méconnaître singulièrement la portée de 
ce travail, si l'on s'imaginait que son but unique fût d'élucider 
la question des Globulaires, si intéressante qu'elle soit en elle- 
même. Il veut expérimenter une méthode nouvelle et encore 
controversée ; il tient à montrer quels résultats sont capables 
de donner les études histotaxiques lorsqu'elles sont appliquées 
avec discernement à la classification d'une famille judicieuse- 
ment choisie. 

Ce n'est pas qu'il entre le moins du monde dans la pensée 
de M. Heckel de méconnaître les services rendus par la mor- 
phologie pure et par l'étude exclusive des formes extérieures. 
Il a voulu s'expliquer dès le début sur ce point et ne laisser 
subsister aucun malentendu. 

Mais la morphologie pure s'est laissé quelquefois convaincre 
d'impuissance, certains esprits avisés se sont adressés à 
l'anatomie et à la physiologie. Peut-être celles-ci livreront-elles 
le secret que leur sœur aînée a trop bien gardé. Peut-être 
parleront-elles là où elle a refusé de donner la réponse. Tel 
est le but louable que se propose l'école nouvelle; c'est là le 
programme qu'elle s'est tracé, et on ne saurait trop applaudir 
à ses efforts. M. Heckel en est un des adeptes, que dis-je, un 
des promoteurs les plus zélés. Nous pouvons dire dès à présent 
que l'essai a réussi, et nous pouvons ajouter également qu'au 
point de vue particulier des Globulaires, il n'était pas inutile. 

En cet état de choses, nulle famille n'était mieux désignée 
pour servir de champ d'expérience. La morphologie avait bien 
dit son dernier mot ; on pouvait donc donner la parole aux 
méthodes nouvelles. 

Dans les cas où les morphologistes n'arrivent pas à se 
mettre d'accord entre eux-mêmes, l'histotaxie vient trancher 
le différend de sa pleine autorité. Le Globularia lenella nous 
en offre un exemple probant. Il était promené de groupe en 
groupe, sans trouver nulle part une place tranquille. Le pro- 
fesseur Lange, son créateur, le mettait d'abord près du Gl.vul- 
paris, ensuite près du Gl. Willkommii. Nymann le reléguait 
loin de là dans le groupe des cordifolia. M. Rouy le reprend 
et le replace près du Gl. vulgaris. Où se trouve sa place légi- 
time ? où cet éternel proscrit trouvera-t-il un asile ? L'histologie 
va nous le dire. Il a un faisceau médian libéro-ligncux sus- 
pendu ; il est donc parent du vulgaris et doit se placer dans 
son voisinage immédiat. 

Mais si le Gl. lenella a été mis à couvert de nouvelles tribu- 
lations, d'autres espèces, moins chanceuses, ont complètement 
disparu. Xe demandez pas ce que sont devenus Gl. Valenlina, 
Bythinica, macraniha, tricliocalyx, tihrichosanthti,, humifusa 
et d'autres. Elles n'existent plus. L'examen histologique y a 
découvert si peu de caractères propres, une conformité si 
absolue avec les espèces dont on les avait détachées, qu'il ne 
pouvait y avoir aucune hésitation. M. Heckel les a suppri- 
mées, et elles auront de la peine à ressusciter. 

« En somme, il découle de cotte étude que les caractères 
épharmoni'ques ont sulli à établir et à confirmer le plus souvent 
les sections spécifiques basées jusqu'ici sur la morphologie. 
Mais elles ont permis aussi de comprendre ce groupe d'une 
façon plus synthétique et d'en dresser une filiation satisfaisante 
en se reposant sur la fixation de certains caractères épharmo- 
niques, qui sont devenus véritablement iiliatifs (héréditaires) 
par leur constance : tels l'état du faisceau médian cIj la feuille 
qui peut être suspendu ou immergé; la présence de glandes 
foliaires bicipitées, sécrétant ou non du calcaire, etc. Enfin, 
grâce à ces caractères épharmoniques, il a été possible de 
résoudre certaines espèces litigieuses. A ces divers titres, ces 
caractères s'imposent à l'attention des botanistes. 

Centenaire de la fondation du Muséum d'Histoire naturelle, 
10 juin 1793-10 juin 189:1. Volume commémoratif publié par 



98 



LE NATURALISTE 



les professeurs du Muséum. Paris. Imprimerie nationale, 
1 vol. gr. in-4«, 1893; 511 pag.,15 pi. 

1 K. T. Hamv. Les derniers jours du Jardin du Roi et la 

fondation du Muséum d'Histoire naturelle, pp. 1-162. 

2 H. Becquerel. Notice sur Charles-François de Cisternay du 

Fayj physicien, intendant du Jardin Royal des plantes 
(1698-1739), pp. 165-185. 

3 A. Milne-Edwards et M. E. Oistalet. Notice sur quelques 

espèces d'oiseaux actuellement éteintes qui se trouvent 
représentées dans les collections du Muséum d'Histoire 
naturelle, pp. 189-232, pi. 1-5 (Mascarinus Dubosi — Fre- 
gilupus varius — Alectrœnas nitidissima — Camptolœ- 
mus labradorius — Dromaius ater). 

4 Léon Vaillant. Les tortues éteintes de l'île Rodriguez 

d'après les pièces conservées dans les galeries du Mu- 
séum, pp. 255-288, pi. 1-3 (Testudo Vosmacri — Testudo 
peltastes). 

5 Km. Blanchard. La Chaire de Zooiosric (Animaux articulés). 

1)1.. 201-307. 

6 G. Pouchet. Sur l'ambre gris, pp. 311-323. 2 pi. 

7 Alb. Gaudry. L'Eléphant de Durfort, pp. 327-347. 1 pi. 

8 En. Bureau. Les collections de Botanique fossile du Muséum 

d'Histoire naturelle, pp. 351-373. 

9 P. -P. Dehkrain. La nitrification dans la terre arable, 

pp. 31^-398. 

10 St. Meunier. Notice historique sur la collection de météo- 
rites du Muséum d'Histoire naturelle, pp. 401-448. 2 pi. 

H A. Lacroix. Aperçu des développements de la minéralogie 
pendant le siècle qui vient de s'écouler et contribution des 
professeurs du Muséum à ce progrès, pp. 451-467. 

12 Ed. Perruîr. Lamarck et le transformisme actuel, 

Pli. 471-527. 

13 G. Ville. L'analyse de la terre par les plantes, pp. 531-571. 

2 pi. et lig. 



CHRONIQUE 



Cire, végétale du Japon. •— L'arbre à cire du 
Japon, Rhus succedanea, produit des fruits brun ver- 
dàtre, de la grosseur des cerises, dont on extrait la cire 
végétale. C'est en octobre et novembre que l'on récolte 
la cire: elle se conserve pendant quelques mois dans des 
sacs de paille qui doivent en bonifier la qualité et lui 
donner une couleur plus belle. Les fruits sèches sont pul- 
vérise's; ebauffée cette poudre devient une masse pâ- 
teuse que Ton met dans des sacs de toile de lin pour 
l'exposera une température plus élevée. Puison la presse 
follement pour en tirer la cire vierge. Après l'avoirblan- 
cbie au soleil, qui lui donne une jolie couleur blanche, 
ou la conserve dans des vases de porcelaine. 

Par sa composition chimique, cette cire du palmier; 
elle diffère de celle des abeilles en ce qu'elle est plus 
molle et plus soluble dans l'alcool. 

Avec la cire brute on fabrique surtout des cierges, 
nommés rosocos, qui servent généralement à l'éclairage 
des habitations. 

On leur donne des formes gracieuses et il n'est pas 
rare d'en rencontrer qui sont décorés de peintures ar- 
tistiques. 

Les arbres provenant de semis donnent, vers l'âge de 
7 ou 8 ans, une première récolle de 3 à 7 kilos Suivant 
l'âge de l'arbre, le lerrain dans lequel il se trouve, et 
aussi les soins qu'il reçoit, cette récolte peut varier de 25 
à 37 kilos, quelquefois même elle atteint le double. Vers 
40 ans environ, la production diminue. Le kilo de fruit 
donne 17 0/0 de cire. 

Concourt de ISotnni<|iie. — La Société de physi- 



que et d'histoire naturelle de Genève a ouvert un concours 
pour le prix A. -P. de Candolle. Ce prix, de 500 francs, 
sera décerné, en 1895, à l'auteur de la meilleure mono- 
graphie inédite d'un genre ou d'une famille de plantes. 
Les manuscrits peuvent être écrits en français, latin, 
allemand, anglais ou italien, mais en caractères latins; 
ils seront reçus jusqu'au 15 janvier 1895. 

Mammifères «le Togoland. — La galerie zoo- 
logique du Musée royal d'histoire naturelle de Berlin a 
reçu, au commencement de mars, le premier envoi de 
l'explorateur Baumann, stationné à Misahoche dans le 
Togoland. Entre autres, il s'y trouve quelques mammi- 
fères fort intéressants, parmi lesquels on signale un 
curieux exemplaire de Colobus qui marque très nette- 
ment le passage de la jeunesse à l'âge adulte. Le pelage, 
blanc de neige chez les jeunes, devient noir à cette 
époque. 

Il est à remarquer que, parmi les mammifères qui vi- 
vent dans les environs de Misahoche, un certain nombre 
présentent les caractères de ceux de la région des 
steppes du nord-ouest, tandis que la plupart appartien- 
nent à la fauue des forêts de l'Afrique occidentale. 

Congrès international «le Géologie. — Le 

sixième congrès international de géologie se tiendra 
cette année à Zurich, du 29 août au 2 septembre. 11 sera 
divisé en trois sections : Géologie générale ; Stratigraphie 
et Paléontologie ; Minéralogie et Pétrographie. 

Le Bureau est formé de MM. les Professeurs : 

E. Renevier, de Lausanne, Président; 
Alb. Heim, de Zurich, Vice-Président ; 
P. Colliez, de Lausanne, Secrétaire. 

Les rapports et communications d'objets scientifiques 
devront être adressés à M. le P r Heim. 

De nombreuses excursions sont projetées à cette occa- 
sion. Dès avant l'ouverture, on visitera les diverses par- 
ties des monts du Jura, sous la direction de savants pro- 
fesseurs et géologues. Après la clôture d'autres profes- 
seurs guideront les excursionnistes à travers les Alpes. 

On compte faire en outre deux voyages circulaires. Le 
premier du 15 au 18 août, sur un parcours de 852 kilo- 
mètres, comprendra Genève et ses environs, Lausanne, 
Yverdon, Sainte-Croix, Neufchàtel, Chaux-de-Fonds, 
Bienne, Bàle et ses environs pour se terminer à Zurich. 
Le second aura lieuaprès les sessions, du 3au 15septem- 
bre, et compte 913 kilomètres. Les Alpes en sont le but. 
Partant de Zurich on gagnera le Saint-Gothard, la région 
de la Jungfrau, les lacs de Thunes et de Genève, la vallée 
du Rhône, le mont Rose, le Simplon et les lacs Majeurs. 

Diverses autres localités, importantes au point de vue 
géologique, attireront également bon nombre de visi- 
teurs. 

I es cotisations, fixées à 25 francs, sont reçues chez 
M. Carp. Escher-Hess, rue de la Gare, à Zurich, chez qui 
on peut se procurer, moyennant 10 francs, l'indicateur 
des excursions géologiques. 



Le Gérant: Emile DEYROLLE. 



Paris. — Imprimerie F. Levé, rue Cassette, 17. 



16 e ANNÉE 



2 e série — i* i y» 



1" MAI 1894 









LES VOLCANS PRIMAIRES 



Les récents progrès de nos connaissances géologiques 
nous ont fait assister à une résurrection de types orga- 
niques extrêmement curieux. Mais si les découvertes 
paléontologiques ont été nombreuses, l'étude des modifi- 
cations de notre planète, dans les divers âges géologiques, 
a marché aussi à grands pas. Il est surtout un chapitre 
de l'histoire de la Terre qui a été l'objet jde nombreux 
travaux; je veux parler du volcanisme (sous toutes les 
formes où il s'est manifesté) dans les temps Primaires. 

Ce n'est que par l'observation scrupuleuse et la com- 
paraison avec les phénomènes volcaniques actuels que 
l'on pouvait comprendre la façon dont étaient venues au 
jour les roches dites cristallines. 

L'emploi du microscope polarisant a d'abord permis de 
dévoiler le secret 
de la véritable 
constitution des 
roches que l'ana- 
lyse chimique n'a- 
vait pu résoudre. 
Les travaux de 
synthèse de MM. 
Fouqué et Michel 
Lévy, ainsi que 
les remarquables 
études de MM. Ch. 
Sainte-Claire- De- 
ville et Fouqué 
sur les volcans 
méditerranéens 
ont été des gui- 
des précieux 
dans les recher- 
ches relatives à 
la sortie des ro- 
ches éruptives. Fi 

S'il avait été 
possible, en ef- 
fet, il y a plus 
d'un siècle, à 
Guettard de 
Malesherbesde 
reconnaître 
dans les monts 
d'Auvergne, 



IS^-Ï 



fe^%,.j ^^i^^j^^^L,^$sAti% 



Fig. 1. — Vue du Largo-Law. Sur la gauche, à la base du cône, on aperçoit 
une partie de la coulée basaltique. 




grande que celle de la France. Mais nos connaissances 
sont moins avancées pour l'histoire volcanique des ères 
antérieures au Tertiaire. La plupart des roches cristal- 
lines de ces périodes reculées n'ont été encore étudiées 
qu'au point de vue de leur composition minéralogique; 
elles ont été considérées généralement comme des ro- 
ches filoniennes ou intrusives. On ne connaît, en effet, 
que des racines ou cheminées des venues volcaniques 
anciennes, aussi s'est-on refusé longtemps à admettre 
que pendant les temps Primaires il y avait eu des 
volcans. 

M. Geikie a, le premier, établi que l'action volcanique 
aux anciennes périodes géologiques, ne différait par 
aucun trait essentiel des conditions des volcans actuels 
et tertiaires. 

L'éminent géologue anglais a reconstitué, avec un 
talent merveilleux, un grand nombre de volcans des Iles 

Britanniques. La 
Grande - Bretagne 
et l'Irlande, qui 
aujourd'hui sont 
dans une phase de 
repos, formaient 
aux époques Pri- 
maires une terre 
essentiellement 
volcanique. M. 
Geikie a montré 
que l'une des ré- 
gions où les phé- 
nomènes volca 
niques avaient 
atteint une gran- 
de intensité était 
la Midland Val- 
lée (I). A l'épo- 
que carbonifère, 
à la faveur des 




! ■"<- 



Coupe à travers le Largo-Lav. 1,1, couches du Carbonifère inférieur; /, l, tufs; mouvements 0- 
B, B, dykes basaltiques; B', coulée basaltique. Les lignes pointillécs indiquent les con- , . , 

tours primitifs du volcan. rogeniques, des 

bouches éruptL 
ves s'ouvrirent 
dans cette con- 
trée et émirent 
des laves ana- 
logues aux 
laves tertiaires 
_ (basaltes , la- 




Fig. 3. — Coupe à travers le Binn de Burntisland. 1, grès; 2, calcaires; 3, schistes, etc.; 
grâce a leur 6,6, basaltes interstratifiés; t, t, lits de tufs; T, tufs de la grande cheminée du Burntisland; bradontes,tra 
belle conserva- B > apophyses basaltiques. 



tion, d'anciens 

volcans analogues à ceux de l'Italie, quelles difficultés 
n'y avait-il pas à surmonter quand on se trouvait en 
présence de roches et de terrains bouleversés, masqués 
par la végétation et érodés par les eaux! De minutieuses 
et souvent laborieuses recherches, l'emploi des moyens 
d'investigation dont nous avons précédemment parlé, et 
aussi le talent de l'observateur, pouvaient seuls permettre 
de rétablir l'ordre chronologique et la véritable signifi- 
cation des faits observés. 

On a d'abord constaté que pendant toute l'ère Tertiaire 
de multiples volcans s'étaient édifiés en différents points 
du globe et avaient couvert de leurs laves et de leurs 
projections des espaces parfois considérables. Tels ceux 
d'Amérique dont les coulées occupent une surface plus 

Le Naturaliste, 46, rue du Bac. Paris. 



chytes, etc.), 
des projec- 
tions, des tufs, des brèches et tout le cortège de ma- 
tériaux que l'on observe dans les éruptions actuelles. 
Les laves et les tufs atteignent en certains points une 
grande épaisseur. 

M. Geikie a parfois retrouvé, assez bien conservées, les 
cheminées ou necks par lesquelles les laves se sont 
épanchées. Un exemple des plus frappants est celui 
fourni par le volcan de Largo-Law (fig. 1 et 2). La figure 2 
le montre formé de deux cônes volcaniques accolés qui 
devaient probablement fonctionner d'une façon indé- 
pendante. Tous les deux possèdent un dyke central 

(1) Comprise entre les monts Grampians et les monts Che- 
viots. 




100 



LE NATURALISTE 



terminé par un chapeau basaltique représentant un culot 
solidifié de l'ancien cratère. Les tufs qui constituent le 
reste du volcan sont à double pente : à l'intérieur vers 
l'orifice de la cheminée et à l'extérieur vers la base de 
la montagne; enfin une coulée s'étale sur la pente du 
cône. De pareils faits se constatent fréquemment dans 
les volcans actuels. 

D'autres volcans (fig. 3) laissent voir, intercalés au 
milieu des tufs, des lits de laves indiquant les différentes 
phases de l'énergie volcanique. 

Des éruptions analogues avaient lieu également au 
Carbonifère, dans différentes régions de la Grande- 
Bretagne. Mais dès les périodes géologiques les plus 
anciennes, les phénomènes éruptifs s'étaient manifestés 
avec une ampleur remarquable. Si l'on ne retrouve pas, 
à cause des érosions qui les ont fait disparaître, les cônes 
de ces premiers volcans, l'arrangement des matériaux 
qui subsistent ne laisse aucun doute sur la façon dont 
ils sont venus au jour. D'ailleurs le paysage de certaines 
régions, comme 
celle duTremadoc, 
présente encore 
une analogie frap- 
pante avec celui 
des contrées vol- 
caniques actuel- 
les. 

Dans la région 
de Snowdon , on 
trouve des épais- 
seurs de tufs et de 
cendres volcani- 
ques, atteignant 
jusqu'à 2,500 mè- 
tres. 

A ces époques 
les plus reculées, 
dès le Cambrien, 
la plupart des roches qui ont fait éruption sont des por- 
phyrites, des diabases, des orthophyres, de tout point 
campaiables aux andérites, basaltes et trachytes ter- 
tiaires. La ressemblance est si grande que M. Teall a pu 
dire : « Si une collection de dolérites diabases carboni- 
fères était placée à côté d'une collection de dolérites 
tertiaires, on éprouverait une certaine difficulté à les 
distinguer. » 

Si les géologues anglais, MM. Geikie, Teall, Hicks ont 
retracé jusque dans ses détails l'histoire des éruptions 
anciennes des Iles Britaniques, des géologues français 
ont retrouvé dans notre pays des faits analogues, aussi 
bien dans le Plateau Central, comme l'ont établi les 
études de M. Michel Lévy sur le Morvan, le Beaujo- 
lais, etc., qu'en Bretagne, ce massif également ancien, 
ayant des rapports si étroits dans sa constitution avec 
le pays de Galles et le Cornouaille. 

liràce à certaines particularités, l'Armorique montre 
quoique à un degré de conservation moindre l'existence 
d'anciens volcans. 

M. liarrois, se basant sur les découvertes de M. Geikie 
et prenant également pour guide les études de M. Fou- 
qué à Santorin, a reconstitué l'histoire des manifesta- 
tions éruptives qui ont eu lieu dans l'Armorique et 
principalement dans la chaîne du Menez-Hom, petit 
massif montagneux isolant la presqu'île de Crozon du 
reste du Finistère. Il a montré qu'à l'époque du Silurien 




\ ])i ait as as et porpluivltes 

!■ Tins et sédiments mëhr///on?7ùmres. 



LEGENDE 

I' ■■' ■''•il ■' .'-1 Terrain âèvonieii, etc 
Terrain Sih 



moyen et du Silurien supérieur, des bouches éruptives 
s'étaient formées dans cette région, soit sur le rivage, 
soit sous les eaux, et avaient donné naissance à des 
produits aériens ou sous-marins. 

L'étude des couches siluriennes où les produits 
volcaniques sont aujourd'hui interstratifiés lui a appris 
que « les éruptions siluriennes du Menez-Hom ne débu- 
tèrent pas par des explosions, qui auraient projeté les 
débris voisins des bouches desortie; elles ne débutèrent 
pas par des émissions acides ; les premières manifesta- 
tions de l'activité volcanique de la région se traduisirent 
par la sortie tranquille et l'écoulement sur de vastes 
étendues du fond de mer silurien, de laves basiques très 
fluides. Ces émissions sous-marines de produits en fusion 
se répétèrent fréquemment pendant le silurien moyen 
et, à la fin de cette époque, la profondeur de la mer se 
trouva très réduite dans la région. A partir de ce mo- 
ment la région fut une contrée littorale où des faunes 
de rivage, des lits arénacés, alternèrent avec des couches 

un peu plus pro- 
fondes à graptoli- 
tes, et avec des 
tufs à blocs pro- 
jetés, provenant de 
cheminées exon- 
dées. » 

Ces tufs où l'on 
trouve des bom- 
bes, des éclats, 
des lapillis, des 
cendres , indi - 
quent qu'il y eut 
formation de sco- 
ries huileuses et 
des émanations 
gazeuses dans les 
volcans siluriens. 
On distingue 
dans le massif deux espèces de tufs ; les uns subaériens 
ont eu pour origine les débris projetés en l'air par les 
bouches émergées, débris qui sont retombés sur le lit- 
toral où la mer apportait d'abondants sédiments; les 
autres ou tufs palagonitiques auraient été rejetés par des 
bouches d'éruptions sous-marines. 

Les volcans du Menez-Hom émettaient lentement leurs 
projections et leurs cendres comme le prouve la min- 
ceur des lits alternants; généralement plus épais dans les 
éruptions rapides, leur activité s'est manifestée pendant 
une longue période géologique s'étendant du Silurien 
moyen au Silurien supérieur. 

Au Menez-Hom. les coulées n'ont pas conservé leur 
horizontalité primitive par suite des divers mouvements 
du sol qui ont relevé jusqu'à la verticale toutes les 
couches antérieures au Carbonifère (fig. 4). 

Les deux travaux, aussi curieux que remarquables, 
que nous venons d'analyser sont les seuls dans lesquels 
la restauration des volcans primaires ait été établie \ 
mais s'il n'a pas été possible de reconstituer jusqu'à 
présent tous les volcans des premières périodes géolo- 
giques, on a pu du moins conclure par analogie des faits 
observés. Et l'on ne s'avance pas trop en disant que dans 
la plupart des massifs anciens, comme l'Ecosse, la Bre- 
tagne, le Plateau Central, le Hartz, etc., où l'on observe 
la venue au jour de roches éruptives accompagnées de 
tufs, de cendres, de brèches, il a dû probablement 



errant swirœit supérieur, 
terrain, silm-ien rrwyeil 



V>/ : :'& Grès armoricain. 



LE NATURALISTE 



101 



exister des Louches volcaniques analogues à celles que 
MM. Geikie et Bar-rois ont retrouvées, analogues aussi à 
celles des volcans tertiaires ou modernes. 

En un mot l'activité volcanique s'est montre'e la même 
à toutes les périodes géologiques. 

Ph. Glangeaud. 



L'ASTHENA ANSERARIA Gn. 
(Rare géomètre de la faune française) 



En cherchant des chenilles d'Antispila sur de Cor nus san- 
ç/uinea, dans une forêt des environs de Paris, en 1890, je 
trouvai, par hasard, entre deux feuilles reliées par quel- 
ques soies, une petite chenille d'arpenteuse offrant beau- 
coup de rapport avec celle de la vulgaire Asthcna candi- 
dat a. Cette petite chenille, qui était toute rosàtre, paraissait 
prête à se transformer; malheureusement, elle était pa- 
rasitée, et il en sortit quelques jours plus tard une larve 
d'hyménoptère. Malgré mes recherches les plus atten- 
tives, je ne pus trouver un second individu de cette es- 
pèce de géomètre. 

Cependant, aucune espèce de chenille d'Asthena n'étant 
signalée comme vivant sur le Cornus, je pris honne 
note de la localité et me proposai d'y revenir l'année 
suivante à pareille époque, mais quelques jours plus 
tôt, pensant bien que l'insuccès de mes recherches tenait 
à ce que la saison était trop avancée pour ces bestioles, 
qui avaient dû en conséquence abandonner leur arbre 
nourricier et gagner leurs quartiers d'hiver afin d'y subir 
leur métamorphose. 

En effet, en 1891, j'eus la chance de récolter dans le 
même endroit une trentaine de cette sorte de chenille 
que j'emportai bien précieusement, me promettant de 
surveiller avec soin la fin de leur éducation. 

Ces chenilles étaient toutes d'un vert bleuâtre et res- 
semblaient beaucoup à celle de Candidata; mais elles ne 
présentaient pas les bandes et les taches ferrugineuses 
de cette dernière et n'avaient pas les taches latérales du 
quatrième, segment si caractéristiques chez Candidata. 

Quand le moment de la nymphose approcha, mes pe- 
tites chenilles changèrent de couleur : de vertes, elles 
devinrent roses, puis elles descendirent à terre et se 
façonnèrent un petit cocon de soie et de terre à la sur- 
face du sol. 

A la fin d'avril 1892, j'obtins une dizaine de papillons 
tous exactement pareils et ressemblant aussi beaucoup 
au papillon d'Asthena candidata, tout en présentant des 
différences sensibles et très caractéristiques. 

Etait-ce une espèce bien distincte ou simplement une 
race, une variété de Candidata"! — Avant de me pro- 
noncer, je résolus de consulter de nouveau les chenilles : 
par elles, j'étais sûr de trouver la solution de la ques- 
tion. Si, par exemple, les chenilles de Candidata man- 
geaient du Cornus et si les chenilles que je trouvais sur 
le Cornus se nourrissaient également de charme et de 
noisetier, comme les Candidata, n'y aurait-il pas là une 
présomption en faveur de l'identité des deux sortes de 
chenilles? 

Si le contraire arrivait, il faudrait bien admettre que 
ces chenilles sont spécifiquement séparées. 

En 1892, je pus encore récolter sur le Cornus quelques 
chenilles n'ayant pas atteint toute leur taille et se pré- 
sentant dans de bonnes conditions pour tenter l'expé- j 



rience. Au lieu de Cornus sanguinea, je leur donnai seu- 
lement du charme, du noisetier, de l'aune. Elles ne tou- 
chèrent à aucun de ces végétaux et se laissèrent dépérir. 

Plus tard, je fis la contre-épreuve. Ayant capturé une 
dem-idouzaine de chenilles d'Asthena candidata, je leur 
servis exclusivement des feuilles de Cornus. Elles refu- 
sèrent absolument d'en manger et périrent également. 
C'était concluant. 

J'avais affaire à une espèce distincte. Je lui aurais donné 
bien volontiers le nom significatif d' Asthena corneata, si je 
n'avais trouvé dans Guenée mention d'une Asthena sem- 
blable que cet illustre entomologiste rapporta à l'Anse- 
varia d'Herrich Schœffer, — espèce, à mon humble avis, 
plus que douteuse, attendu qu'aucun texte n'accompagne 
la figure qu'en donne Herrich Schœffer et que cette 
figure est à ce point défectueuse que M. Staudinger a cru 
reconnaître en elle une Acidalia caricaria. 

Quoi qu'il en soit, mon Asthena étant identique àl'As- 
thena Ç dont parle Guenée (Phal., I, 436), prise dans la 
forêt de Compiègne, ainsi que l'a constaté M. Ch. Ober- 
thûr en comparant mon papillon à celui de la collection 
Bellier actuellement en sa possession, je crois devoir lui 
conserver le nom d'Anseraria imposé par Guenée, tant 
qu'il ne sera pas prouvé que VAnseraria d'Herrich 
Schœffer est spécifiquement différente; mais je pense 
qu'il n'est pas inutile de donner du papillon une des- 
cription un peu plus détaillée que celle du Species. 

Comme la Candidata, l'Anseraria a les ailes blanches; 
les supérieures sont ornées de lignes ou plutôt de taches 
disposées en lignes sinueuses, interrompues, subparal- 
lèles, d'un jaunâtre pâle, chargé par places d'atomes 
bruns (la côte présente bien six taches, ce qui indi- 
querait par conséquent six lignes, mais la plus rappro- 
chée de la base est indistincte); les inférieures n'ont que 
trois lignes. Les quatre ailes ont un point discoïdal noir 
très marqué. Ceux des ailes supérieures sont placés près-' 
que sur l'extra-basilaire ; ceux des inférieures bien avant 
la première ligne. On voit, en outre, une série de points 
noirs antémarginaux. 

Le dessous des ailes supérieures est blanc, lavé de 
brunâtre à la base et vers la côte et reproduisant les li- 
gnes du dessus presque aussi nettement; dessous des 
ailes inférieures sans lignes distinctes. 

Antennes à articles alternativement blancs et noirâtres 
en dessus; celles du mâle faiblement pectinées. Corps 
entièrement blanc; yeux noirs. 

Asthena Anseraria se distingue principalement de Can- 
didata : 

1° Par la disposition des lignes, continues et plus 
étroitement serrées au milieu de l'aile chez Candidata, 
interrompues et plus espacées au contraire chez Anse- 
raria. 

2° Par la place du point discoïdal qui, sur les supé- 
rieures, se trouve bien avant l'extrabasilaire et, sur les 
inférieures, est placé exactement sur la première ligne, 
chez Candidata (lorsque ce point est distinctement mar- 
qué); c'est l'inverse chez Anseraria. 

Il ne m'a pas été possible jusqu'à présent de constater 
si, comme Candidata, Anseraria avait deux générations, 
l'une en avril-mai, l'autre en juillet. 

C'est peu probable, car d'après les dates de capture du 
papillon et de la chenille, VAnseraria me paraît plutôt 
avoir les habitudes de Lutcata que celles de Candidata. 

Un mot maintenant sur la Flammcolaria de Borkhausen : 
c3 qu'en dit Guenée n'est pas de nature à démontrer 



10-2 



LE NATURALISTE 



suffisamment la non-identité de la Flammeolaria et de 
VAnseraria. 

La Flammeolaria de Borkhausen « n'est probablement, 
dit Guenée (Phal., I, 43G), qu'une variété de Candidala, 
mais on pourrait la supposer être Anseraria, à cause de 
la présence du point cellulaire aux quatre ailes, s'il était 
probable que cette rare géomètre eût été déjà observée 
du temps de cet auteur ». 

On ne voit pas bien l'impossibilité où se trouve une 
rare espèce d'avoir été connue par un auteur du siècle 
dernier. Le basard, qui préside le plus souvent à la décou- 
verte des espèces rares, est de t.ous les temps. J'aime 
mieux examiner de près la description de Borkhausen et 
ne pas m'arrèter à une raison aussi spécieuse. 

Selon Borkhausen, sa Flammeolaria diffère de la Candi- 
dala : 

1) Durcit die gekàmmten Fùhlhôrner des Mannchens, — 
les antennes de Candidala o" sont également peclinées; 

2) Durch cine mindere Weise der Fliigel, — affaire d'ap- 
préciation, en raison surtout de la fraîcheur des sujets 
examinés; 

3) Durch den deutlichern Ausdrùck der gestammten Zeich- 
nungen, — les lignes de Cundidata sont au contraire plus 
distinctes et plus accentuées que celles à.' Anseraria. 

Mais le vrai caractère qui se'pare Candidala de VAnse- 
raria est passé sous silence par Borkhausen, ce qui prouve 
qu'il n'avait pas sous les yeux une Anseraria, mais bien 
probablement une variété de Candidala. 

Je ferai en outre remarquer que Borkhausen dit de sa 
Flammeolaria: In der Mitle eines jeden Flùgels ist ein kleiner 
brauner Punkt, tandis que le papillon de Bellier et les 
miens ont le point discoïdal noir, et que certaines Can- 
didata présentent parfois un point brun. 

C'est dans le cabinet, la collection de Scriba, que 
Borkhausen a trouvé sa Flammeolaria, sans indication de 
provenance, sans date de capture, sans rien... 

L'Asthena Anseraria se présente maintenant avec tous 
ses papiers en règle, si je puis ainsi parler : la nourri- 
ture de sa chenille, l'époque de son apparition, sa loca- 
lité déterminée, en un mot son état civil au complet (\). 

Je ne donne pas aujourd'hui la description de sa che- 
nille; elle sera mieux à sa place avec celle que je me 
propose de publier des chenilles des autres Asthcna : les 
Asth. candidala, testaceata, Blomeri, luleata, chenilles que 
je possède dans ma collection et dont au moins deux 
sont très imparfaitement connues. 

P. Chrétien. 



1 Puisqu'on ne possède aucun renseignement précis sur le 
papillon qu'a ligure Herrich Schœffer, — la façon cependant 
dont les ailes sont étalées indiquerait une provenance anglaise 
— on peut dire que la vraie patrie de YAsthena Anseraria est 
la France. 

11 y ;i longtemps que Bellier l'a capturée à Compiègne; elle 
fréquente plusieurs forêts des environs de Paris, et Paris même 
puisque je l'ai prise près de la gare do Montrouge (Ceinture) ; 
"um rail également dans les environs de Bordeaux, ainsi 
que le constate le catalogue supplémentaire de la faune du sud- 
ouesl de MM. Brown et Breignet, p. 21. 

Néanmoins, on en chercherait vainement la description dans 
la Faune française de Berce. 11 en est de même pour YAsthena 
Blomeri, bien que cette dernière ait été prise par Bruand dans 
les environs de Besançon Soc.d'Emul. du Doubs, 1853, p. 167). 



L'ASPERGE ET SES SUCCÉDANÉS 



L'asperge brille du plus vif éclat au rang des légumes; 
quand elle n'est encore qu'à l'état de primeur, on la 
recherche pour sa rareté plutôt que pour la finesse de sa 




saveur. Plus tard seulement elle développe toutes ses 
qualités, et alors on ne saurait s'en rassasier. 

Rare autrefois dans les cultures, l'asperge se trouve 
maintenant partout. Au fond de la dernière des campa- 
gnes on sait la cultiver, et les palais paysans savent en 
apprécier la saveur. 

Nous ne voulons pas faire ici l'éloge de l'asperge, mais 
rappeler seulement que, depuis fort longtemps, on a 
recherché pour l'alimentation des végétaux qui ont avec 
elle plus ou inoins de rapports ou d'affinités. Ne seraient- 
ce que les diverses espèces du genre Asparagus qui habitent 
les lieux secs du midi de la France ou de l'Algérie. Les 
Asparagus amarus, albus, acutifolius, sont en effet recueil- 
lis et consommés. Ce sont bien des asperges — botani- 
quement parlant; — mais quelle différence entre ces 
pâles représentants de la famille des Asparaginées et l'as- 
perge d'Argcnteuil! Quel abîme entre ses gracieux et 
succulents turions à la pointe verte ou violacée et ces 
pousses fiasques, minces et amères ! si seulement on 



LE NATURALISTE 



103 



pouvait faire servir ces asperges sauvages à fabriquer 
des omelettes aux pointes d'asperges, passe encore; 
mais elles communiquent aux préparations culinaires 
une saveur qui n'a rien de bien agréable. 

Mais il n'y a pas que parmi les Asparagus qu'il faut 
chercher des succédanés à l'asperge de nos jardins 
N'y a-il pas en premier lieu le Houblon aux pousses 
délicates qui jouit en Belgique d'une grande réputation 
quine présente, paraît-il, rien d'usurpé? Le Houblon est 
presque une panacée : il sert à tout. La bière devait jadis 
son amertume au Houblon: jadis peut-on dire, car l'écorce 
de buis et le sulfate de strychnine ontfait depuis quelques 
années une concurrence désastreuse à la jolie liane de 
nos baies et de nos buissons. Il était amer à la bouche 
et bon au corps et ses propriétés toniques, excitantes, dé- 
puratives — toute la lyre en un mot — le faisaent employer 
envers et contre tout. N'était-il pas hypnotique et ne l'avait- 
on pas conseillé en oreiller contre l'insomnie? Mais assez 
parler des usage du Houblon dans l'art de guérir! 

En Belgique on recueille avec soin les jeunes pousses 
de cette plante et on les fait servira l'alimentation. Rien 
ne vaut, paraît-il, le jambon d'Yorck aux pousses de 
Houblon. Nous n'en parlons que par ouï-dire n'ayant 
jamais eu la bonne fortune d'être appelé à déguster ce 
plat délicat, 

En certaines parties de la France c'est l'Ornithogale des 
Pyrénées, Ornithogalum pyrenaicum, qui tient lieu d'as- 
perges. Nous avons eu l'occasion de goûter les jeunes 
plantes au moment ou elles sortent de terre, et nous n'avons 
été frappé que de leur fadeur à nulle autre pareille. Si 
pourtant, ce que nous ne conseillerons cependant pas outre 
mesure — quelqu'un de nos lecteurs voulait déguster les 
pousses de cette liliacée qui habite nos bois humides, il 
pourrait reconnaître la plante qui les fournit aux carac- 
tères suivants : 

Tige pouvant atteindre un mètre, terminée par une 
grappe florale longue de un à deux décimètres et compacte 
au sommet; fleurs d'un jaune pâle et verdàtre aux bords 
et sur la face supérieure, marqué sur le dos d'une strie 
verte ; feuilles linéaires, étalées, marquées d'un sillon plus 
ou moins apparent, plus courtes que la tige, mais fré- 
quemment détruites au moment de la floraison; bulbe 
ovoïde assez volumineux. 

Nous pourrions citer bien d'autres végétaux ceux qui 
sont usités aux lieu et place de l'asperge, mais à quoi bon ? 
ne seraient-ce que les Polygamum sachalinense et autres 
horreurs culinaires ejusdem farinas. Goûtez-en si le cœur 
vous en dit; vous n'en ferez certainement jamais deux fois 
l'expérience, et vous en reviendrez toujours à la succu- 
lente asperge. 

P. Hariot. 



Recherche et préparation des Mammifères 

(Suite.) 



Bain. — Avant de monter le sujet dépouillé, il faut 
lui faire subir une opération destinée à conserver l'inté- 
grité de la peau et qu'on nomme le bain. 

Pour les petits Mammifères, le bain n'est pas indis- 
pensable, et il suffit d'une couche de préservatif passé à 
l'intérieur pour assurer leur conservation, mais il n'en 
est pas ainsi pour les Mammifères d'une taille plus 
grande. 



Jusqu'ici on plongeait la peau de l'animal dépouillé 
et amincie dans un bain contetenant de l'alun en dis- 
solution; on l'y laissait séjourner un temps plus ou 
moins long, suivant l'épaisseur de la peau; le bain 
d'alun assurait la conservation, mais avait le grand in- 
convénient de rétrécir la peau d'une façon considé- 
rable qui ne permettait pas de rendre à l'animal, après 
la préparation, l'ampleur qu'il avait lorsqu'il était vivant; 
de plus, il fallait ne la laisser séjourner que juste le 
temps nécessaire et calculer cette durée en la compa- 
rant à la force du bain. 

Après avoir essayé tous les procédés recommandés 
par nos devanciers, nous nous sommes servi depuis 
quelques années et cela avec plein succès, de la solution 
suivante, qui nous a été communiquée par M. le D r de 
Montessus : 

Dans un baquet contenant environ un hectolitre d'eau, 
nous mettons 10 kilos d'alun imlvérisé et 10 kilos de 
sulfate de zinc. Dès que la dissolution est achevée, on 
plonge les peaux dans ce bain, en prenant garde seu- 
lement de ne pas en mettre une trop grande quantité, 
afin que toutes soient bien submergées ; on place un 
poids sur celles qui surnageraient, ou mieux encore, on 
fait construire un couvercle en bois de chêne assez 
lourd et de telle dimension qu'il entre aisément dans le 
baquet; ce poids suffit pour assurer l'immersion. 

On peut laisser les peaux presque indéfiniment dans 
ce bain; nous en avons laissé séjourner trois mois sans 
qu'elles aient subi la moindre avarie ». 
M. Lataste (1) recommande le bain suivant : 

Eau 8 litres. 

Sel marin 1 kilo. 

Alun 0.500 

Acide phonique ... . 0.Û4D L n8n 

Alcool à 90° 1.040 ] 

Cette formule est celle du bain tannant ordinaire, à 
chaque litre duquel on a ajouté dix grammes de mélange 
à poids égaux d'acide phénique et d'alcool. Les parties 
de la peau dont le derme n'a pas été mis à nu ne se 
décomposent nullement et se tannent comme les autres ; 
on est ainsi dispensé de dépouiller les oreilles et les 
extrémités, et on peut choisir son temps pour achever 
de nettoyer la peau; ce nettoyage se fait avec la plus 
grande facilité après le bain. 

Pour un animal de la taille du Chat, un séjour de vingt- 
quatre heures dans le bain suffit pour saturer convena- 
blement l'épiderme ; mais, pour les Mammifères d'une 
taille supérieure, tels que l'Ours, le Sanglier, huit jours 
sont nécessaires. D'ailleurs, il esta peu près sans danger 
de laisser séjourner plus longtemps une peau dans le 
bain, pourvu qu'on ait le double soin de renouveler celui- 
ci et de retourner les peaux toutes les vingt-quatre heures. 

Lorsqu'on retire la peau du bain, et après l'avoir 
laissé égoutter, on complète l'opération par le montage. 

Conservation «les Mammifères en peau, 
Si on veut conserver le sujet en peau, on passe une 
couche épaisse de préservatif clans les fosses nasales et 
sur toutes les parties du crâne tant intérieures qu'exté- 
rieures; on bourre les orbites et les fosses nasales avec 
de la filasse et l'on rabat la peau sur le crâne en rame- 
nant les paupières et les oreilles à leur position natu- 
relle; on passa aux membres antérieurs et postérieurs; 
on applique sur les os une forte couche de préservatif 

(1)]Lataste : Sur la préparation et la conservation des 
petits Mammifères (Feuille des Jeunes Naturalistes). 



404 



LE NATURALISTE 



que l'on fait pénétrer aussi loin que possible dans les 
moindres replis de la peau, on entoure les membres de 
filasse et on les repousse dans la peau, on passe égale- 
ment une couche de préservatif dans l'intérieur de la 
queue ; puis on la coud, s'il y a lieu, mais sans la 
bourrer. On fait pénétrer du préservatif dans les inci- 
sions pratiquées sous la plante des pieds, on y introduit 
de la filasse; puis, après avoir soigneusement garni ces 
cavités, on rapproche les bords de l'incision et on les 
coud à points peu serrés. En cet état, il ne reste plus 
qu'à lisser le poil et à faire sécher le sujet dans un 
endroit aéré, à l'abri du soleil et encore plus de l'humi- 
dité. 

Difficultés accident elles. — 1° Certains Mam- 
mifères, tels que les Didelphes, les Phalangers, etc., pré- 
sentent sur la région inférieure du corps des particu- 
larités qui ne permettent pas de les dépouiller par le 
système que nous avons indiqué ; la poche dans laquelle 
ces animaux portent leurs petits devant être ménagée, 
on commence par la bourrer d'étoupe pour en prévenir 
la dépression ou le retrait, on place ensuite le sujet sur 
le ventre ; avec la pointe du scalpel on pratique une 
incision entre les deux omoplates, on prolonge cette 
ouverture au long de la colonne vertébrale jusqu'à la 
naissance de la queue et l'on continue le dépouillement 
comme à l'ordinaire. Ce même système est appliqué avan- 
tageusement à tous les Chiroptères. 

2° Quand on dépouillera un Singe, un Chien ou un 
Loup, il sera bon de dépouiller non seulement la plante 
des pieds, mais encore les doigts jusqu'aux ongles. 

3° Chez les Quadrumanes, il est utile de conserver 
intégralement les os des membres antérieurs et posté- 
reurs, c'est-à-dire dans les premiers jusqu'à l'omoplate 
inclusivement, et dans les derniers jusqu'au fémur inclu- 
sivement. Quand il s'agira de monter ces animaux, la 
présence de ces ossements sera d'un puissant secours 
pour leur rendre exactement leurs formes primitives. 

4° Quelques Mammifères ayant la tête plus grosse que 
le cou, cette partie ne peut être dépouillée comme dans 
les autres animaux. On pratique alors une incision 
depuis l'occiput, entre les oreilles jusqu'au garrot, et l'on 
complète le travail par cette ouverture que l'on recoud 
ensuite avec soin. 

5° Pour dépouiller les animaux qui portent des cornes, 
on peut opérer de deux manières: l°En fendant la peau 
de la région occipitale entre les oreilles, jusqu'au milieu 
des cornes; faisant à cette hauteur une incision latérale 
à droite et à gauche en forme de croix, on détache 
ensuite la peau du crâne en tranchant à petits coups de 
scalpel les ligaments qui l'y fixent; après l'opération du 
bain, on rapproche les bords de ces incisions et on les 
recoud à points serrés. 2° On peut scier sur le crâne la 
base des cornes et les laisser adhérentes à la peau; de 
cette manière, on retourne cette dernière sans la diviser, 
et, lorsqu'il s'agit de rétablir la tête dans son état 
normal, on replace chaque fragment dans le trait de scie, 
après l'avoir enduit d'une bonne couche de colle forte 
légèrement additionnée d'arsenic en poudre. 

6° Les grands animaux, tels que le Buffle, le Cheval, le 
Lion, ne sauraient être dépouillés comme il a été indiqué 
pour les Mammifères de taille moyenne; la difficulté de 
manier des corps d'un poids aussi considérable oblige à 
modifier ce que nous avons dit précédemment à cet 
égard. 

Pour obvier à celte difficulté, il faut : 1° fendre la peau 



du cou de l'occiput au garrot; 2° pratiquer deux autres 
incisions dont la première, commençant à la partie infé- 
rieure interne remonterait jusqu'à la poitrine, au long 
de l'humérus, pour suivre parallèlement le même trajet 
sur l'autre membre antérieur, tandis que la seconde 
suivrait le même parcours au long de la face interne des 
membres antérieurs, mais de manière à ne pas léser les 
organes de la génération. Au moyen de ces incisions, le 
dépouillement des grandes pièces sera notablement 
facilité et pourrait être considérablemeut accéléré au 
moyen du soufflage pratiqué par les bouchers lorsqu'ils 
écorchent le bétail. 



(A suivre.) 



A. Grakger. 



DIAGNOSES DE COLÉOPTÈRES NOUVEAUX DE L'INDE 



1. Osdora granosa, Ail. 

Long 10 à 11 mill. Larg. 5 1/2 mill. 

Cette espèce a absolument la morne taille, le même profil que 
VOsdora l'icipes Walk. Mais elle est toute noire, le corselet 
est criblé de granulations assez fortes, uniformes, sans appa- 
rence d'aucun sillon longitudinal à la base. Les élytres ont 
cinq lignes régulières de granulations égales et très serrées 
avec les bords latéraux plus densement et plus confusément 
granulés. Les intervalles de ces lignes granulées sont lisses 
avec quelques granules. L'extrémité des élytres est confusé- 
ment granulée. 

Cette espèce vient de Maduré au sud de Pondichéry. 

2. Chariotheca caraboides, Ail. 
Long. S 1/2 mill. Larg. 2 1/2 mill. 

Cette espèce est caractérisée par un prolongement de son 
prosternum qui s'avance en une pointe horizontale sur le mi- 
sosternum. Les antennes sont courtes et déprimées et à ar- 
ticles élargis à leur extrémité ; elles sont rousses. L'insecte est 
ovale, médiocrement convexe, ressemblant un peu à une 
amara. Les articles 1 à 10 des antennes sont transversaux; 
^onzième est arrondi et plus gros que 10. Les pattes sont 
noires de poix avec les tarses ferrugineux. Le dessus de l'in- 
secte est d'un noir brillant. Le pronotum est trapézoïdal et 
tronqué à la base, un peu plus large que long, rebordé en 
gouttière, lisse, avec quelques points épars extrêmement fins. 
Les élytres ont quatre stries ponctuées superficielles à partir 
de la suture et des points épars dans les interstries et au delà 
latéralement. 

Cette espèce vient de Maduré au sud de Pondichéry. 

2. Chariotheca ovalis. Ail. 

Long. S mill, Targ. 2 mill. 

Elle est plus étroite, plus convexe que la Char, caraboides , 
mais le prolongement du prosternum est le même. Elle est en- 
tièrement d'un brun ferrugineux avec les pattes et les an- 
tennes plus] claires. Le pronotum, trapézoïdal et tronqué à la 
base, a les côtés presque droits obliquement, et est rebordé ; il 
est aussi large que les élytres. Celles-ci se rétrécissent à par- 
tir du milieu et ont six ou sept lignes d'assez fort points, et 
entre ces lignes il y a d'autres points plus fins. 

Maduré, au sud de Pondichéry. 

Ali.akd. 



SINGE ET CHAT 



Singe et chat n'ont pas toujours eu la réputation de 
vivre en parfaite intelligence, du moins nous ne le 
croyons pas. Les quatre figures ci-contre, reproductions 
directes de photographies prises en instantanée par un 
de nos abonnés et qu'il a bien voulu nous communi- 






LE NATURALISTE 



105 



quer, sembleraient prouver le contraire. Nous ne vou- 
lons pas tirer de conclusion quelconque de cette scène 





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touchante, nous la livrons à la méditation de nos lec- 
teurs. 



LA FLORE DE L'INDE 

DANS SES RAPPORTS AVEC LA FLORE DE FRAfiCE 



Saxifragacées 

Saxifraga hirculus L. Lieux humides des montagnes. — Thibet 
occidental, Cachemir, Sikkim. — D. Régions arctiques : Du 
Caucase aux Alpes d'Europe. 
Variété : Indica 3.300 à 5.100 mètres. Cachemir au Nord, 

Sikkim. 
Variété : Hirculoïdes S.iOO mètres, Cachemir, Thibet occi- 
dental, passe de Balch. 
Variété : Subdioeca 4.500 à 5.100 mètres, Thibet occidental, 
passe de Lanak. 
Saxifraga oppositifoiia L. Jura, Auvergne, Alpes, Pyrénées. 
— Thibet occidental 4.500 à 5.100 mètres. — D. Alpes 
d'Europe et d'Asie, Régions arctiques. Baie de Lady 
Franklin. 
Chrysosplenium alternifolium L. (Paris). Lieux humides des 
montagnes. — Sikkim, 3.600 à 4.500 mètres. Kankola. 
Philadelphées 
Philadelphus coronarius L. Cultivé. — Himalaya tempéré, du 
Cachemir au Bhoutan 1.500 à 2.700 mètres, fréquent dans 
le Garhwal et le Cumaon. 

Grossnlariées 
Ribes grossularia L. Haies. Cultivé (Paris). — Himalaya occi- 
dental alpin, de Cumaon au Cachemir, 2.100 à 3.600 mètres, 
fréquent. — D. Europe septentrionale et alpine, Atlas, 
Caucase, montagnes de la Grèce. 
Ribes nigrum L. (Paris). Bois. Cultivé. — Région tempérée de 
l'Himalaya occidental de Kumawar au Cachemir, 2.100 à 
3.600 mètres. — D. Nord de l'Europe, Nord de l'Asie. 



Ribes rubrum L. Bois, montagnes de l'Est. Cultivé. — Himalaya 
occidental, de Camaon au Cachemir, 2.400 à 3.600 mètres, 
fréquent. — D. Europe alpine, Caucase, Altaï. 

Crassulacées 

Tillœa L. 2 espèces. 

Crassula L. 1 espèce. 

Sedum Rhodiola DC. Rhodiola rosea L. Sommet des Alpes, 
des Pyrénées, des Vosges. Région alpine de l'Himalaya 
occidental, de Cumaon au Cachemir, 3.600 à 5.100 mètres, 
fréquent. — D. Régions alpines et arctiques de l'Europe, 
de l'Asie, de l'Amérique. 

Sempervivum L. Himalaya, 3 espèces. 
Droséracées 

Drosera L. 3 espèces. 

Parnassia palustris L. Paris, prés humides. — Thibet occi- 
dental, Skardo dans le Baltistan, 2.200 mètres. — D. Ré- 
gions subalpines et subarctiques. 

Aldrovanda vesiculosa L. Midi, Eaux stagnantes. — Salines 

au Sud de Calcutta. — D. Europe centrale, Australie. 

Hippuricacées 

Hippuris vulgaris L. (Paris). Marais, fossés, étangs. — Thibet 
occidental, 3.000 à 4.500 mètres. — D. Caboul, eaux froides 
et fraîches de l'hémisphère nord, détroit de Magellan. 
Mjriopliyllacées 

Myriophyllum verticillatum L. (Paris). Marais. — Cachemir. 

— D. Perse, Nord de l'Asie, Europe, Nord de l'Amérique. 
Myriophyllum spicatum L. (Paris). Marais. — Cachemir, 

1.500 mètres, descend jusqu'à 300 mètres le long de la 
frontière nord du Panjab, fréquent, Cumaon, 1.500 mètres. 

— D. Caboul, régions froides et teméprées de l'hémis- 
phrèe nord. 

Callitrichacées 

Callitriche stagnalis Scop. Montagnes de l'Inde ; des Hima- 
layas 1.500 à 3.000 mètres, au Décan 1.500 mètres. — D. 
Europe, Nord de l'Asie, Afrique tropicale, Malaisie, Aus- 
tralie et Nouvelle-Zélande. 

Callitriche verna L. Himalaya tempéré occidental, 1.500 à 
2.400 mètres. Cachemir 2.000 mètres. — D. Europe, Asie 
froide et tempérée, Amérique du Nord. 
Lythracées 

Punica granatum L. Provence, Roussillon. — Cultivé dans 
l'Inde, probablement spontané dans le nord-ouest. — 
Spontané dans le Caboul et la Perse. Cultivé dans les 
contrées plus chaudes du globe. 

Œnothéracée s 

Œnothera L. Nilgiris, Himalaya. 

Epilobium angustifolium L. (Paris). Haies, bois. — Himalaya 
tempéré occidental, 2.400 à 3.600 mètres ; du Cachemir au 
Gharwal. — D. Asie occidentale, Europe, Amérique du 
Nord. 
Epilobium hirsutum L. (Paris). Le long des ruisseaux. — Hi- 
malaya tempéré occidental, 1.500 à 2.100 mètres; du Cache- 
mir au Cumaon. — D. Europe, Afrique, Asie, Himalaya 
vers le nord et l'ouest. 
Variété : Sericeum. 
Variété : Lsetum. 
Epilobium parvittorum Schreb. (Paris). Lieux humides. — Hi- 
malaya occidental. — D. Asie occidentale, Europe, Nord 
de l'Afrique. 
Epilobium roseum Schreb. (Paris). Lieux humides. — Hima- 
laya tempéré, 1.500 à 3.300 mètres. — D. Asie occidentale 
et Europe. 
Variété : Indicum. 
Variété : Daihouseianum. 
Variété : Anagallidifolium. 
Variété : Cylindricum. 
Epilobium palustre L. (Paris). Lieux humides. — Nord du 
Cachemir, Baltistan, 2.400 à 4.200 mètres. — D. Nord de 
l'Asie, de l'Europe, de l'Amérique ; les trois formes in- 
diennes s'éloignent toutes du type européen quant à leurs 
graines plus petites. 
Variété : Typicum. 
Variété : Majus. 
Variété : Minimum. 
Epilobium origanil'olium Lam. Ruisseaux des montagnes. — 
Région alpine de l'Himalaya, 2.700 à 4.200 mètres : du Ca- 
chemir au Sikkim. — D. Zone septentrionale tempérée 
froide et arctique. 
Variété : Villosum. 



100 



LE NATURALISTE 



Epilobium alpinum L. Hautes montagnes. — Sikkim, 3.600 
mètres. 

Epilobium tetragonum L. (Paris). Lieux humides, marais. — 
Sikkim, 1.500 à 3.600 mètres ; très commun. Monts Khasias, 
1.200 à 1.900 mètres; commun. — D. Zone froide des deux 
hémisphères et zone tempérée des montagnes qui sont 
situées dans les contrées plus chaudes. 

H. LÉ VEILLÉ. 



BACTÉRIES ET ENT0Z0AIRES E0SSILES 



Il me paraît d'un grand intérêt de signaler aux lec- 
teurs du Naturaliste une très intéressante découverte que 
M. Bernard Renault vient d'ajouter à la longue série de 
celles dont il a enrichi la paléontologie. Il s'agit de la 
trouvaille, au sein de coprolithes datant des temps pri- 
maires, de parasites justifiant dans une certaine mesure 
la dénomination pittoresque de choléra fossile qu'on leur 
a donnée. 

Les coprolithes dont il s'agit sont disséminés dans le 
boghead qu'on exploite à Igornay, aux environs d'Autun, 
dans les couches du terrain permien. On en retrouve 
dont les caractères sont analogues, en plusieurs autres 
points du même bassin, ainsi qu'à Montceau-les-Mines 
où j'en ai recueilli moi-même lors de la dernière excur- 
sion géologique publique du Muséum d'histoire natu- 
relle. 

La figure 1 représente la forme de ces coprolithes. 




Fig. i. — Coprolithe du terrain permien d'Igornay (Saône- 
et-Loire) montrant sa structure hélicoïdale. Double de la gros- 
seur naturelle. 

Comme on le voit, c'est celle d'un ellipsoïde irrégu- 
lièrement aplati dont la surface antérieure montre la 
trace d'une ligne en hélice. Cette ligne révèle- la struc- 
ture de l'objet qui est en réalité une bande ou ruban 
épais enroulé sur lui-même et dont les tours se recouvrent 
de l'axe vers le périphérie, avec un retrait sensible d'ar- 
rière en avant. 

L'origine d'une semblable structure pour un excré- 
ment de poisson n'a rien de mystérieux, car on sait que 
dans la plupart des squales le tube intestinal est muni 
d'uin- » valvule spirale » qui force les résidus de la di- 
gestion a. sheminer suivant les tours d'une hélice jus- 



qu'au moment où ils sont rejetés au dehors d'une sorte 
de cloaque terminal par une ouverture latérale. 

Comme les matières ainsi laminées et turbinées n'ont 
en général qu'une très faible consistance on pouvait se 
demander si la texture spirale continuerait à se montrer 
dans les portions internes du coprolithe. Les sections pra- 
tiquées par M. B. Renault montrent qu'il en est vraiment 
ainsi. Une section perpendiculaire à la longueur fait 
voir autour de l'axe une spirale continue et parfaitement 
régulière. 

On peut distinguer à l'œil nu et beaucoup mieux encore 
à la loupe à la surface externe des coprolithes, une foule 
de débris qui trahissent le régime exclusivement animal 
des poissons d'où ils proviennent. Ce sont des écailles, 
des fragments d'os et d'autres objets analogues. 

Dans les coupes on voit de tous côtés « des sections d'é- 
cailles quelquefois admirablement conservées montrant 
les cellules osseuses avec leur cavité centrale, leurs cana- 
licules multiples allant se mettre en communication avec 
les canalicules des cellules voisines et les cellules pris- 
matiques de l'ivoire ou de l'émail recouvrant la face 
supérieure de l'écaillé; les débris osseux ont conservé 
également une structure parfaitement reconnaissable 
dans ses moindres détails ». 

Tous ces débris sont reliés entre eux par une masse 
amorphe renfermant un nombre considérable de bactéries, 
visibles surtout dans les derniers tours de la bande 
excrémentitielle. 

On voit dans la figure 2, au grossissement de 400 dia- 
mètres environ, l'apparence de ces microbes qui consis- 




Fjg. 2. — Bactéries renfermées dans les coprolithes d'Igor- 
nay. Grossissement de 400 diamètres, environ. 

tent en bâtonnets cylindrique arrondis à leurs extrémités. 
Les plus longs mesurent environ 8 millièmes de milli- 
mètre avec une largeur d'un millième de millimètre. 
Beaucoup d'entre eux sont en voie de multiplication par 
scissiparité et constituent alors des chaînes comprenant 
deux ou trois bâtonnets. Entre ces corps bien définis, se 
montrent de tous les côtés de très fines granulations qui 
tout naturellement font songer à, des spores sans qu'on 
puisse toutefois affirmer qu'il s'agisse réellement de cor- 
puscules reproducteurs. 

« Malgré les dimensions des organismes que nous dé- 
crivons, nous n'hésitons pas, dit M. Renault, à les con- 
sidérer comme des bactéries développées dans les mi- 
lieux azotés, résidus de la digestion des poissons carnas- 
siers qui se nourrissaient de poissons cartilagineux si 
nombreux à cette époque. Leurs caractères généraux les 



LE NATURALISTE 



107 



rapprochent des Tyrothrix; mais on comprendra facile- 
ment que nous ne pouvons, au début de cette étude, 
chercher à les rapprocher des genres de bactéries vi- 
vants qui ont été suivis par des cultures méthodiques et 
appropriées, nos observations ne pouvant porter que sur 
des stades de développemement rendus définitifs par la 
minéralisation. Nous les désignerons sous le nom de 
Bacterium permiense. » 

C'est en poursuivant l'examen des coprolithes, qui 
déjà lui avaient fourni tant de documents intéressants, 
que M. Bernard Renault y a trouvé les objets que repré- 
sentent la figure 3. Ce sont des corps cylindriques très 




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Fig. 3. — Vers intestinaux contenus dans les coprolithes 
d'Igornay. Grossissement 50 diamètres. 

allongés, bizarrement contournés sur eux-mêmes et dont 
les caractères visibles sont de nature à les faire consi- 
dérer comme étant des vers intestinaux plus ou moins 
défigurés. Dans beaucoup d'entre eux l'auteur a distin- 
gué des traces d'un tube analogue à un intestin et peut- 
être des indices d'autres organes encore. Mais la mau- 
vaise conservation des spécimens ne permet guère d'être 
affirmatif dans la détermination de ces organes et il faut 
se borner à dire que, selon toute vraisemblance, les pois- 
sons permiens étaient déjà les victimes d'invasions d'en- 
tozoaires. 

En tous cas les observations nouvelles de M. Renault 
ont le mérite d'ouvrir des voies nouvelles aux recher- 
ches paléontologiques. Nous y applaudissons sansréserve. 

Stanislas Meunier. 



LA NYIVIPHE DU IVIELANOTUS RUFIPES Herbst 



J'ai donné dans le naturaliste n° 73, du 13 mars 1890, 
Le résumé dénies observations sur un certain nombre 
de larves de Melanotus rufipes que j'avais trouvées dans 
une souche de chêne au bois de Boulogne. 

La description complète et fort bien faite de cette 
larve se trouvant dans « l'Histoire des Insectes du Pin ma- 
ritime » de Perris (1), il n'y a pas lieu d'y revenir ici et 
c'est à cette description que devront se reporter ceux 
des lecteurs du Naturaliste que les métamorphoses des 
insectes intéressent. 

(1) Ann. Soc. Entom. de France, 18.Ï4, p. 135-140, pi. 5. 




Quant à la nymphe, elle a été également fort bien dé- 
crite par le savant entomologiste des Landes, mais ce 
dernier, suivant en cela son habitude, n'en a pas donné 
la figure ; il est juste, d'ailleurs, de dire que les nymphes 
d'Élatérides se ressemblent beaucoup entre elles. 

Cependant je pense que les lecteurs du Naturaliste me 
sauront gré de compléter l'étude que je rappelle ci-des- 
sus par un dessin de la nymphe du Melanotus rufipes, 
nymphe dont j'ai recueilli quelques individus tout for- 
més au mois de juillet de l'année dernière dans les bois 
du Vésinet (Seine-et-Oise). Ces nymphes qui se trouvaient 
sous l'écorce d'un vieux chêne, vers le pied de cet arbre, 
ont donné naissance à l'insecte parfait quinze jours 
après, c'est-à-dire seize ou dix-sept jours après leur éclo- 
sion. Il ne saurait donc y avoir de doute à leur égard ; 
elles correspondent, d'ailleurs, fort bien à la description 
que Perris en a donnée, et que je répète ici : 

« Blanche avec les yeux roussàtres ; antennes couchées 
« sous le thorax ; chacun de leurs ar- 
« ticles muni de quatre tubercules poin- 
« tus, spinii'ormes, disposés par paires, 
« une en dehors, une en dedans ; deux 
« longues soies coniques, roussàtres, sub- 
« cornées, au bord antérieur du protho- 
« rax, une près de chaque œil; deux 
« soies semblables, rapprochées et diri- 
« gées en avant au bord postérieur, tout 
« près de l'écusson; une à chaque angle 
« postérieur et deux divergentes à l'ex- 
« trémité de l'abdomen. » 

Il convient d'ajouter que ces deux der- 
nières sont plus robustes que les autres. 
Quant aux phases de la coloration, elles ne présentent 
rien de bien particulier. Ainsi que cela parait se passer 
chez tous les Coléoptères, ce sont les ailes et les élytres 
qui se colorent et se durcissent en dernier. Au reste, 
l'insecte qui éclôt de douze à quinze jours après le pas- 
sage à l'état de nymphe, reste beaucoup plus longtemps 
(15 jours de plus environ) avant d'acquérir sa colora- 
tion et sa dureté complètes. Encore ne sort-il de sa 
retraite que longtemps après, souvent plusieurs mois, 
(voir Naturaliste du 15 mars 1890). Perris a signalé la 
larve du Melanotus rufipes comme se trouvant sur l'é- 
corce des gros pins morts, déjà labourée par les larves 
des Rhagium et des (Edilis qui y ont laissé des amas 
d'excréments et de vermoulures. 

Cette larve doit évidemment se rencontrer dans beau- 
coup d'autres arbres; pour ma part, je l'ai trouvée no- 
tamment dans le saule et dans le chêne, mais toujours 
dans des souches ou dans des arbres vermoulus et déjà 
attaqués par d'autres insectes. 

C'est ainsi que celles dont j'ai suivi l'évolution se trou- 
vaient, les unes, dans une souche de chêne à moitié ron- 
gée par les larves du Lucanits cervus et de la Celonia au- 
rata, les autres dans l'écorce d'un très vieux chêne 
miné, en cet endroit par les larves de ce dernier coléop- 
tère et par la chenille du Cossus gâte-bois (Cossus ligni- 
perda). 

Il est très probable, comme semble le croire Perris, 
que la larve du Melanotus rufipes se nourrit d'excré- 
ments d'au très larves; mais cequiest certain c'est qu'elle 
sait suffisamment creuser le bois pour se former une 
loge au moment de sa transformation en nymphe. Cette 
loge n'a, d'ailleurs, rien de remarquable et n'est sou- 
vent qu'une amélioration assez sommaire d'une cavité 



108 



LE NATURALISTE 



déjà existante et dans laquelle la larve trouve un abri 
suffisant. 

Louis Planet. 



LIVRES NOUVEAUX 



Applications de la photographie aux Sciences naturelles, 
par le D r Kœhler. 

Notre distingué collaborateur M. le D r Kœhler a publié 
dernièrement, dans « l'Encyclopédie scientifique des aide-mé- 
moire », un manuel très pratique sur les applications de la 
photographie aux sciences naturelles. 

En histoire naturelle le dessin est d'une importance capi- 
tale ; la meilleure description ne vaut pas un dessin; mais il 
est certaines choses qu'on a peine à représenter en un dessin, 
quelque fidèle que soit la reproduction, soit à cause des dé- 
tails du document, soit à cause de l'interprétation qui peut 
prêter matière à la discussion. Par la photographie, on obtient 
la reproduction des objets les plus simples comme les plus 
compliqués, avec toutes les garanties possibles sans contesta- 
tion aucune. Dans l'ethnographie, par exemple, la figure des 
types de races reproduits en photographie est un document 
d'une autorité indiscutable; par un dessin on peut accuser son 
auteur d'avoir donné cours à son imagination, d'avoir inter- 
prété un type avec un caractère qui ne lui est pas propre, d'a- 
voir composé un individu tel qu'il pourrait être, mais qu'il 
n'est pas, etc. : par la photographie, c'est la nature vivante elle- 
même que vous montrez. Grâce aux procédés des clichés en 
photogravure, qui se sont tant perfectionnés ces dernières 
années, on peut représenter dans des livres mêmes ces photo- 
graphies reproduites en clichés typographiques avec tous les 
détails de l'original. 

La photographie s'impose donc en histoire naturelle. Il ne 
faut pas conclure de cela qu'il faut à jamais bannir le dessin : 
loin de là ; certains objets gagneront certainement à être des- 
sinés plutôt que photographiés, telles les dissections fines par 
exemple, etc. 

L'application de la photographie à l'étude des différents mou- 
vements, et en particulier de la locomotion, a fourni aux phy- 
siologistes les plus brillants résultats. 

Une application importante de la photographie, c'est son 
emploi dans la microscopie ou microphotographie. La chrono- 
photographic permet d'obtenir des images successives dans 
des temps connus, d'objets en mouvement; les belles re- 
cherches de Marey, si universellement admirées, prouvent l'im- 
portance des résultats que la chronophotographie a donnés. 

Il manquait toutefois un ouvrage pratique pour guider non 
seulement le débutant ou l'amateur, mais même le profes- 
sionnel, si nous pouvons nous exprimer ainsi : l'ouvrage du 
D 1 ' Kœhler répond à tous les désirs et à toutes les atteintes. 

L'ouvrage (l)cst divisé en deux parties : l'une consacrée à la 
microphotographie, l'autre aux applications de la photographie 
à la physiologie. Nous voyons successivement étudier pour la 
microscopie les appareils, les objectifs et oculaires, l'éclairage, 
les préparations, les méthodes et opérations. Pour la physiolo- 
gie, nous signalerons l'étude de la chronophotographie, des 
appareils enregistreurs, puis la photographie des cavités pro- 
fondes de l'organisme, oreille, vessie, de fond l'œil, larynx, etc. 

Nous terminerons en mentionnant que cet ouvrage fait par- 
tie de l'excellente P^ncyclopédie scientifique des aide-mémoire 
publiée sous la direction de M. Leauté, de l'Institut. 

Puisque nous parlons de l'Encyclopédie scientifique des aide- 
mémoire, signalons les trois ouvrages suivants parus récemment. 
Chaque ouvrage vaut broché, 2 fr. 50 (2 fr. 75 franco), et 
cartonné 3 francs (3 fr. 30 franco). (Aux bureaux du journal.) 

Les Organes de relation chez les Vertébrés, 
par Joanncs Chatin. 
Dans ce volume, M. Chatin étudie les téguments, le sque- 
lette, la musculature, les organes électriques, le système ner- 
veux et les organes des sens, décrivant leur structure dans les 
ntes classes de l'embranchement des Vertébrés. Exposer 
sous leur forme la plus simple les notions essentielles, per- 
mettre à l'étudiant de les résumer aisément et sûrement, tel 
est le luit que s'est proposé l'auteur. 

(1; 1 vol. in-8" avec ftg. broch. 2 fr. 50, franco 2 fr. 15; 
cart., 3 francs, franco 3 fr. 30. (Aux bureaux du journal.) 



Les Organes de nutrition et de repi-oduction chez les Vertébrés, 
par Joannes Chatin. 

Ce volume forme le complément naturel du précédent. S'ins- 
pirant des travaux les plus récents, s'attachant à présenter les 
dispositions anatomiques sous leur forme la plus démonstra- 
tive et en les dégageant de toute conception théorique, l'au- 
teur nous fait ainsi connaître : l'appareil digestif, l'appareil 
circulatoire, l'appareil respiratoire et les organes de la pho- 
nation, l'appareil excréteur, les organes génitaux. Accompagné 
dans toutes ses modifications essentielles, chacun de ces appa- 
reils se trouve successivement décrit chez les Mammifères, les 
Oiseaux, les Reptiles, les Batraciens et les Poissons. 

L'Influence du milieu sur les animaux, par L. Cuénot. 

Dans ce livre, M. Cuénot a rassemblé avec ordre et clarté 
tous les documents sur ce sujet si controversé et d'une impor- 
tance capitale pour la compréhension de la doctrine transfor- 
miste. Dans la première partie, il étudie les modifications 
(forme, couleur, sexe, etc.) qui se produisent dans l'animal 
vivant lorsqu'il y a changement dans les conditions extérieures 
(nourriture, température, lumière, salure, etc). Dans la se- 
conde partie, il passe en revue les adaptations 'si curieuses à 
certains milieux, tels que les îles, les grands fonds de mer, les 
lieux secs, etc., de façon à mettre rapidement le lecteur au 
courant de l'état actuel de la science. 

J. Hubner. Papillons exotiques, nouvelle édition revue et 
corrigée par \V. J. Kirby, du British Muséum. 

Les deux premières livraisons de cette intéressante publi- 
cation viennent de paraître. Disons-le tout de suite, les 
planches sont magnifiques, comme coloris et comme gravure. 

Cette nouvelle édition a reçu un très bon accueil parmi les 
Lépidoptéristcs à en juger par la liste des souscripteurs que 
nous avons sous les yeux et qui est déjà longue. 

Le texte sera revu et corrigé par M. Kirby, il ne pouvait 
être en de meilleures mains. 

Nous félicitons M. P. Wyttsman, libraire (79, rue Neuve) à 
Bruxelles, qui a eu l'heureuse idée de nous publier ce nouveau 
livre, qui sera très utile aux Lépidoptéristcs. 

L'ouvrage se publie en livraisons de chacune 10 planches, il 
est donc d'une acquisition très facile, aussi nous ne pouvons 
qu'engager les collectionneurs à y souscrire. 



ACADEMIE DES SCIENCES 



Séance dn 19 mars. — M. L. Banvier, à la suite d'é- 
tudes qu'il a entreprises pour découvrir le mécanisme de 
l'absorption intestinale, décrit les chylifères du Rat. L'auteur 
donne une description anatomique et histologique des villosi- 
tés intestinales de ce rongeur, aussi complète que possible; et, 
à la suite de cette description, il montre comment les matières 
grasses sont absorbées par, les cellules épithéliales cylin- 
driques. La graisse absorbée Ipar une cellule est ensuite reje- 
tée et transmise à une autre de proche en proche à la façon de 
l'eau que l'on se passe de main en main dans une chaîne pour 
éteindre un incendie. Le plateau strié des cellules cylindriques 
semble jouer le rôle d'un filtre, d'une très grande délicatesse; 
c'est sans aucun doute, grâce à lui, que les animaux évitent 
nombre d'intoxications qui pour eux seraient rapidement mor- 
telles. — M. Ranvier présente ensuite à l'Académie une note 
de M. Portier, élève de M. Balbiani sur les sacs anaux des 
Ophidiens. En résumé le sac anal, qui existe chez les mâles 
aussi bien que chez les femelles, est un organe tapissé inté- 
rieurement d'un épithélium de revêtement, tout en s'adaptant 
à des fonctions sécrétoircs. — M. Edmond Perrier présente une 
note de M. Bordas sur l'anatomie.du système trachéen des 
hyménoptères ; en résumé, on peut se représenter l'appareil tra- 
chéen des larves comme formé de deux longs cylindres laté- 
raux, parallèles, émettant transversalement de nombreuses ra- 
mifications, unies antérieurement par un gros tronc et posté- 
rieurement par deux branches d'inégale grosseur, constituant 
un anneau périrectal. — M. Caullevy soumet à l'Académie une 
note sur la dégénérescence des produits génitaux chez les 
polyclinidés. — MM. Prilleux et Delacroix signalent à l'Aca- 
démie l'action de certains bacilles capables de produire des 
maladies chez divers végétaux. — M. B. Renault communique 
à l'Académie ses recherches sur les Ptcrophyllurn. — M. Fou- 
quô présente une note de MM. L. Duparc et A. Delebecque sur 



LE NATURALISTE 



109 



les Gabbros et les Amphiboliles, et une note de M. Emile 
Haug sur les zones tectoniques des Alpes de Suisse et de Sa- 
voie. — M. Stanislas Meunier communique le résultat des 
recherches expérimentales qu'il a imaginées pour étudier les 
effets des épanchements boueux. 

Séance dn 2? mars. — M. Chauveau présente une note 
de M. Kaufmann sur le mode d'action du Pancréas dans la 
régulation de la fonction glycoso-formatrice du foie, et sur de 
nouveaux faits relatifs au mécanisme du diabète pancréatique. 
— M. A. Calmette adresse une note sur les propriétés du sé- 
rum des animaux immunisés contre le venin des serpents ; et 
E. G. Racovitza sur l'accouplement de quelques céphalopodes. 
Sepiola Rondeletii (Leach) et Octopus vulgaris (Lam). 

Séance du 2 avril. — MM. Prilleux et Delacroix ont étudié 
une maladie qui avait attaqué un grand nombre de plantes de 
culture maraîchère, et surtout les semis des serres de multipli- 
cation (Bégonia, Alternanthera, Echeveria, etc.) des environs 
de Fontainebleau; de cette étude résulte que cette maladie, 
qui fait dépérir les plantes en entourant les racines d'une véri- 
table toile, qui les réunit entre elles, n'est autre qu'une mani- 
festation de l'activité du Botritis cinerea, Le Botritis cinerea 
est la forme conidienne d'un pezize à sclérotes, le sclerotinia 
Fuckeliana, dont les sclérotes peuvent produire aussi bien des 
Conidiophores de Botritis cinerea que des apothécies de Pe- 
zizes. On doit donc considérer le Botritis cinerea comme un 
ennemi fort redoutable de Thorticulture ; mais il semble cepen- 
dant qu'il sera possible toutefois d'en atténuer les effets per- 
nicieux par l'emploi des sels de cuivre, et en particulier par la 
Bouillie au saccharate de cuivre àla dose de 4 0/0. — M. Ed. 
Viette adresse une note relative à la race de l'homme des ca- 
vernes. D'après l'auteur, les races anciennes qui ont occupé 
notre sol doivent être rattachées aux Nègres et aux Hottentots 
et non aux Esquimaux. 

Séance du 9 avril. — MM. Ed. Terrier et A.-T. de Roche- 
brune signalent à l'Académie un Octopus nouveau de la basse 
Californie (Octopus Digueti), habitant les coquilles de Mollus- 
ques bivalves : comme Aristote semble l'avoir observé pour 
certains céphalopodes, l'Octopus Digueti parait devoir couver 
ses œufs. On trouve dans ce cas une marque de plus de la vé- 
racité de ce principe que «lorsqu'un animal présente une forme 
o d'instinct remarquable, cette forme d'instinct peut toujours 
« être considérée comme une spécialisation ou un perfection- 
« nement d'un instinct plus général et plus vague, très répandu 
« dans le groupe zoologique auquel appartient l'animal consi- 
« déré. » — M. Ad. Chatin, en étudiant la signification de l'her- 
maphrodisme, dans la mesure de la gradation des végétaux, 
pose en principe « que l'hermaphrodisme, attribut naturel des 
végétaux, est ainsi que la limitation du nombre des parties 
homologues, que la variété et la localisation des organes, le 
caractère plus spécial des corolliflorcs, les plus élevés, sous 
tous les rapports, de leurs espèces. — M. Edmond Perrier, au 
nom de M. Edwards et au sien, présente à l'Académie son ou- 
vrage sur l'histoire des Étoiles de Mer recueillies durant les 
expéditions scientifiques du Travailleur et du Talisman. Il fait 
remarquer à l'Académie la différence qui existe entre les faunes 
profondes d'Echinodermes constatées par les récoltes du 
Challenger, du Blake et du Travailleur et du Talisman. 
11 est encore très remarquable qu'aucun des types recueillis 
ne soit exclusivement propre aux abîmes. Chaque famille 
abyssale a des représentants littoraux en quelque point du 
globe; mais la réciproque n'est pas vraie et nombre de fa- 
milles littorales (Asteriidte, Echinasteridœ, Solasteridœ, Aste- 
rini(he) n'ont aucun représentant dans la faune profonde. — 
M. A. Chauveau fait hommage à l'Académie d'un opuscule inti- 
tulé : « la Vie et l'énergie chez l'animal. — M. A. Giard signale 
un nouveau Ver de terre de la famille des Phréoryctidœ 
(Phréoryctes Endeka, G d.) qu'il a trouvé dans les environs 
de Boulogne-sur-Mer. —M. Ch. Janet a étudié les nerfs de l'an- 
tenne et les organes chordotonaux des Fourmis. — M. A.Milne 
Edwards présente à l'Académie une note de M. Denis Lance sur 
la reviviscence des Tardigrades. — M. Godfrin a étudié le 
Trajet des canaux résineux dans les parties caulinaires du sapin 
argenté. — .1/. Ch. Depéret signale un gisement sidôrolithique 
de mammifères de l'éocène moyen, dont il se propose de décrire 
la faune en détail. Ce gisement, situé à Lissieu près de Lyon, 
semble être un des plus riches gisements de vertébrés éocènes 
que l'on connaisse. — M, Edouard Hurlé annonce la découverte 
d'ossements d'byônes rayées dans la grotte de Montsaunès 
(Haute-Garonne.) —M. Edouard Pietle donne les caractères de 
la race glyptique ou de l'homme qui occupa notre sol durant 
l'époque Eburnéenne ou Taraudienne. A.-Eug. Malard. 



OFFRES ET DEMANDES 



— M. Benderitter, rue Champs-Maillets, Rouen, offre un 
lot de Lépidoptères d'Europe, parfaitement préparés et 
déterminés (45 espèces, 60 individus) contre Coléoptères 
d'Europe ou exotiques bien déterminés. 

— A vendre, une collection de Chrysomélides euro- 
péens et exotiques comprenant 2,420 espèces et 2,953 
exemplaires en 49 cartons, prix, 300 francs. (S'adresser 
aux bureaux du journal.) 

— M. A. Duchaussoy, 156, rue de la République, à 
Sotteville-les-Rouen, offre des Hyménoptères en échange 
d'autres Hyménoptères ; demander liste. 

— M. Georges Mautin, 54, quai de Billy, Paris, 
demande par échange des Orchidées et des ouvrages con- 
cernant les Orchidées. 

— Les Fils d'Emile Deyrolle, naturalistes, 46, rue du 
Bac, Paris, possèdent en ce moment de belles et bonnes 
espèces de Papillons, exotiques, principalement sud- 
américains; des envois à choix seront faits sur demande. 
Prix très modérés. 



BIBLIOGRAPHIE 



119. 
ISO. 

18! . 

128. 
123. 

124. 
125. 



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wurmer. PI. IV. 

Zeilschr. filr wissensch. Zool. 1893, pp. 57-75. 
Ureoh, F. Beitrage zur Kenntnis der Farbe von In- 
sektenschuppen. 

I. Zur Kenntnis der Farbe der Lepidopterenschuppen. 

II. Zur Kenntnis der Farbe von Kaferschuppen. 
Zeilschr. fur wissensch. Zool. 1893, pp. 306-374-384. 

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sandakanensis. 

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talum. 

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— Tayloriana. PI. CCCXL. 
Joum. of Bot., 1894, pp. 65-70. 
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ticee. 

Joum. of Bot., 1894, pp. 78-84. 
129. Botanical Magazine (janvier et février 1894). 

7332 Barringtonia samoensis. 

7333 Veronica lycopodoides. 

7334 Penlaraphia longiflora. 

7335 Dyckia Desmetiana. 

7336 Elsegnus multiflora. 

7337 Sobralia Xanthôleuca. 

7338 Kalanchoe marmorata. 

7339 Erythroxylon coca. 

7340 Prunus humilis. 

7341 Mschynanthus obeonica. 

128. Boutroux, L. Revue des travaux sur les bactéries et 
les fermentations. 
Rev. gén. de Bot., 1894, pp. 30-40; 76-82. 

Le Gérant: Emile DEYROLLE. 

Paris. — Imprimerie F. Levé, rue Cassette, 17. 



110 



LE NATURALISTE 



MICROBES 

PRÉPARATIONS MICROSCOPIQUES DE MICROBES EN CULTURE PURE OU IN SITU 

IPrix clo <*1iïic|\xo préparation : 1 fr». 50 



1. Bacille de la fermentation lactique. 

2. Bacillus alvei (Bacille de | la. maladie des abeilles 
connue sous le nom de Fool-brod). 

3. Bacille du charbon. 
Bacillus brunneus. 

Bacille de la fermentation butyrique. 
Bacillus capsulatus de Pfeiffer. 
Bacillus anthracoïdes. 

8. Bacillus cavicida (fermentation propionique). 

9. Bacille du choléra des poules. 

10. Bacillus crassus sputigenus. 

11. Bacillus cuniculicida. 
Bacillus cyaneofuscus. 
Bacille du lait bleu. 
Bacille de la diphtérie des pigeons. 
Bacille de la diphtérie de l'homme. 
Bacillus disciformans. 
Bacillus endocarditis griseus. 

18. t Bacille du rouget du porc. 
19." Bacillus erythrosporus. 

Bacillus fluorescens aureus. 

Bacille de la septicémie de la grenouille. 

Bacillus fuscus. 

Bacille de la septicémie des oiseaux. 

Bacillus helvolus. 

Bacillus indicus ruber. 

Bacille de Kiel. 

Bacille de l'entérite membraneuse du lapin. 

Bacillus lateritia. 

Bacille de la morve. 

Septicémie de la souris. 

Bacillus megatherium. 

Bacillus mesentericus fuscus. 

Bacillus mesentericus vulgalus. 

Bacillus miniaceus. 

Bacillus murisepticus. 

Bacillus mycoïdes. 

Bacillus Neapolitanus d'Emmerich. 

Bacillus ochraceus. 

Bacille de la septicémie gangreneuse. 

Bacillus oxalaticus. 

Bacillus oxytocus perniciosus. 

Bacille de la pneumonie de Friedlander. 

Bacillus pseudo-pneumonicus. 

Bacillus pseudo-tuberculosus. 

45. Bacille pyocyanique (du pus bleu). 

46. Bacillus pyogenes fœtidus. 



4. 

5. 
6. 

7. 



12. 
13. 
14. 
15. 
16. 
17. 



20. 
21. 
22. 
23. 
24. 
25. 
26. 
27. 
28. 
29. 
30. 
31. 
32. 
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37. 
38. 
39. 
40. 
41. 
42. 
43. 
44. 



Bacillus radicicola. 

Bacillus ramosus. 

Bacillus ramosus non liquefaciens. 

Bacille du charbon symptomatique. 

Fièvre du Texas. 

Bacille du Rhinosclérome. 

Bacille rouge de l'eau. 

Bacille de Plymouth. 

Bacille de la peste porcine (Epidémie danoise). 
.'ili. Bacille de la peste porcine (Epidémie allemande). 
57. Bacillus spinosus. 

B. Billings swine-plague. 

B. Salmons swine-plague. 

B. subtilis. 

B. synxanlhus. 

B. du tétanos. 

B. ib: la tuberculose humaine. 

B. de la tuberculose aviaire. 

B. de la coqueluche. 



W 
50 

:;i 

.12 
53 
54 
55 



59. 

60. 
01. 
62. 
63. 
64. 

65. 



66. B. de la fièvre typohïde. 

67. Bacillus ureac. 

68. Bacillus vernicosus. 

69. Bacillus vermiculosus. 

70. Bacillus violaceus. 

71. Bacille delà gangrène. 

72. Yorl choléra. 

73. Yorlenteritis. 

74. Bacillus lactis acrogenes. 

75. Bacillus lactis erythrogenes. 

76. Bacillus tremeUoïdes. 

77. Bacillus Zopfi. 

78. Bacille de la diarrhée verte. 

79. Bacillus termo. 

80. Bacterium coli commune. 

81. Photobacterium balticum. 

82. Ph. Fischeri. 

83. Ph. Indicum. 

84. Ph. luminosum. 

85. Ph. pathogène. 

86. Ph. Pflugeri. 

87. Ph. phosphorescens. 

88. Proteus hominis. 

89. Proteus mirabilis. 

90. Proteus vulgaris. 

91. Proteus Zenkeri. 

92. Micrococcus agilis. 

93. M. aurantiacus. 

94. M. béribéri albus. 

95. M. béribéri flavus. 

96. Micrococcus candicans. 

97. Micr. cinnabareus. 

98. Micrococcus concentricus. 

99. Micrococcus rodocbrous. 

100. Micrococcus roseus. 

101. Micr. sordidus. 

102. Micr. tetragenus. 

103. Micr. ureœ. 

104. Micr. versicolor. 

105. Micr. violaceus. 

106. Sarcine jaune. 

107. Staphilococcus pyogenes albus. 

108. Sta. pyogenes aureus. 

109. Sta. pyogenes citreus. 

110. Streptococcus de l'érysipèle. 

111. Spirille du choléra asiatique (Koch). 

112. Spirille du choléra nostras (Finckleret Prior). 

113. Spirillum concentricum (Kitasato). 

114. Vibrion avicide (Gameleia). 

115. Spirille de Miller. 

116. Spirillum rubrum. 

117. Spirillum de Deneke. 

118. Actynomycose. 

119. Cladothrix alba. 

120. Cladothrix astéroïdes. 

121. Cladothrix dichotoma. 

122. Streptothrix du farcin du bœuf. 

123. Gonococcus de Neisser. 

124. Diplocoque de la pneumonie (Fraœnkel). 

125. Bacille de la tuberculose dans le poumon. 

126. Item dans les crachats. 

127. Item dans le foie. 

128. Diplocoque de la pneumonie dans les crachats. 

129. Bacille du charbon dans le rein. 

130. Bacille du charbon dans le foie. 

131. Bacille du charbon dans la rate. 



Toutes ces préparations sont de premier choix et d'une rigoureuse détermination 
EN VENTE: CHEZ LES FILS D'ÉMUE DEYROLLE, NATURALISTES, 46, RUE DU BAC, PARIS- 



1(>* ANNÉE 



-2' Série — 1%° 1 >3 



15 MAI 1894 



LES MOUTONS A CORNES BIFURQUÉES 



Dans l'ordre des Ruminants, la quadruplieité réelle 
des cornes existe seulement chez les mâles d'un genre 
de la famille des Antilopidés, genre que cette particula- 
rité a fait nommer Tetracera, et qui renferme d'élégants 
animaux habitant l'Asie méridionale. 

Chez différentes espèces de Ruminants, on a observé 
l'apparence de trois, quatre, cinq, six, et même sept et 
huit cornes distinctes, qui sont produites par la bifurca- 
tion, trifurcation ou la quadrifurcation des deux cornes 
habituelles, et cette anomalie est fréquente dans une 
race de Moutons. Toutefois, on a observé aussi dans cet 
ordre d'animaux, des cornes surnuméraires provenant 
d'une troisième saillie osseuse de l'os frontal, mais c'est 
là un fait très exceptionnel. 

Il va quelques mois, mon ami Paul Noël, le savant et 
1res zélé Directeur du Laboratoire régional d'Enlomolo- 



a quelques années, sur les marchés de Paris et de ses 
environs. 

La race de Syrie, dit André Sanson (1), auquel j'em- 
prunte les renseignements suivants qui la concernent, a 
le front plat, avec les deux saillies osseuses de l'os fron- 
tal à base elliptique, éloignées l'une de l'autre, dirigées 
obliquement d'avant en arrière et contournées en spirale 
très allongée. Parfois, ces chevilles osseuses sont divi- 
sées en deux ou trois parties ayant des sens différents 
de telle sorte que la tête paraît avoir quatre, ciiiq ou six 
cornes. Cette race de Moutons est la seule chez laquelle 
se montre la furcation des cornes qui résulte de la divi- 
sion des deux chevilles osseuses normales. Ce mode de 
production de ce phénomène est rendu évident par les 
cas assez fréquents dans lesquels la division, ayant eu 
lieu dès la base, est restée incomplète, la corne étant 
bifide ou sillonnée dans sa longueur. 

En outre, la race de Syrie présente, dans le plus grand 
nombre des cas, une remarquable particularité qui lui 




Tète anomale d'un Mouton de la race do Syrie. (1/5 de la grandeur naturelle.) Reproduction directe d'une photographie 

de l'auteur. 



gie agricole de Rouen, m'a communiqué la tète possé- 
dant deux cornes bifurquées dès la base avec étuis cor- 
nés distincts, d'un Mouton tué, il y a environ dix ans, à 
l'abattoir municipal de Rouen. J'ai envoyé une photogra- 
phie de cette tête à mon distingué collègue M. A. Rail- 
liet, professeur d'Histoire naturelle à l'École vétérinaire 
d'Alfort. Ce savant reconnut en elle la tête d'un Mouton 
de la race de Syrie (Ocùs ariesasiatica), et pour une com- 
plète certitude, il a communiqué cette photographie au 
professeur André Sanson, l'éminent zootechnicien qui 
confirma sa détermination. 

Quoique la furcation des cornes soit une anomalie fré- 
quente et bien connue chez certaines variétés de Moutons 
de la race syrienne, dont certaines autres variétés de 
de cette race sont acères, il n'en est pas moins intéres- 
sant d'y consacrer quelques lignes dans ce journal de 
vulgarisation et de publier une figure très exacte de cette 
anomalie, qui a été peu représentée d'une manière satis- 
faisante. 

La iigure ci-jointe montre la tête du Mouton en ques- 
tion, qui était un mâle jeune, mais adulte, probable- 
ment importé d'Algérie, d'où il en venait beaucoup, il y 

Le Naturaliste, 46, rue du Bac. Paris. 



est exclusivement spéciale et qui l'a fait, à tort, considé- 
rer comme une espèce distincte, nommée par Desmarest 
Ovis laticauda, et qui reçut aussi l'appellation d'Oiu's stca- 
topyçja. 

Cette particularité, que traduisent ces deux noms spé- 
cifiques, consiste en la présence, à chaque côté de la base 
de la queue, toujours assez courte, de masses adipeuses 
plus ou moins développées, qui sont parfois tellement 
volumineuses et pendantes, que l'on est obligé de les faire 
traîner à l'animal sur un petit chariot, car il ne peut les 
porter. Chez d'autres sujets d'une même variété de cette 
race syrienne, ces deux, masses adipeuses sont très fai- 
blement prononcées, ou même n'existent nullement. 

Que les Moutons de la race syrienne aient ou non des 
masses adipeuses aux fesses, le nom de laticauda (à large 
queue) est mauvais, attendu que la queue n'est pas large 
mais noyée entre les deux masses graisseuses, qui ne 
sont que des exagérations d'un phénomène constant chez 
tous les Moutons s'engraissant, à savoir la formation du 
maniement appelé bord ou abord chez les Bovidés. 

(1) André Sanson, Traité de zootechnie, 3 e edit., revue et 
corrigée. Paris, 1886, t. V, p. 119 et suiv. 




^~- 



1P2 



LE NATURALISTE 



Quant au terme de steatopyga (à fesses graisseuses), il 
est exact pour la plupart des sujets de la race syrienne, 
mais non pour tous, puisque tous ne possèdent pas les 
masses adipeuses en question. 

Il importe de faire observer que chez les mâles du 
genre Tétracère, les cornes, que ne possèdent pas les 
femelles, sont véritablement au nombre de quatre, puis- 
qu'il existe quatre saillies osseuses distinctes de l'os 
frontal, quatre chevilles osseuses, tandis que chez les 
Moutons dont nous venons de parler, et chez les autres 
Ruminants multiples, — sauf quelques rares exemples où 
l'os frontal à cornes d'apparence présente trois chevilles 
osseuses avec étuis cornés, — il n'y a que deux chevilles 
osseuses, dont la division basilaire anomale en deux ou 
plusieurs parties, avec des étuis cornés indépendants, 
produit l'aspect de cornes multiples. 

Dans le langage scientifique, il est donc nécessaire de 
dire que la tête de tel Mouton ou de tel autre Ruminant, 
présente des cornes bifurquées, soit dès leur base, avec 
étuis cornés distincts, soit au-dessus, — ou que la corne 
droite est bifurquée et la gauche trifurquée — ou que les 
deux cornes sont trifurquées, — au lieu de parler de 
Moutons ou autres Ruminants anomaux à quatre, cinq ou 
six cornes. 

Ces Moutons à cornes plurifurquées nous offrent un 
exemple de plus, — ils sont très nombreux, — de la 
grande influence que la domestication et la culture 
exercent sur la production et l'augmentation des cas téra- 
tologiques. 

Ajoutons que la furcation des cornes des Ruminants 
n'est pas assez fidèlement héréditaire pour constituer une 
race distincte. 

Henri Gadeau de Kerville. 



EXPÉRIENCES SUR LES CILS VIBRATILES 



Les éléments anatomiques, les cellules, se prêtent gé- 
néralement assez mal, à cause de leur petitesse, à des 
expériences physiologiques. Il est un cas cependant que 
l'on peut étudier presque macroscopiquement avec quel- 
ques détails : c'est celui où les cellules sont pourvues 
de ces appendices très fins et très mobiles, que l'on dé- 
signe sous le nom de cils vibratiles et qui sont très ré- 
pandus dans le règne animal. Ces cils vibratiles, en 
nombres variables suivant les points où on les considère, 
sont toujours des émanations du protoplasma et sont 
doués de mouvements d'abaissement et de redressement 
successifs parfois très rapides. Généralement les cellules 
vibratiles sont placées en grand nombre les unes à côté 
des autres en revêtant une surface et en formant ce 
qu'en histologie on appelle un épithélium. Les cils sont 
loujours tournés d'un même côté et font ressembler 
celui-ci à une brosse très touffue et dont les crins se- 
raient constamment en mouvement. 

Rien n'est plus facile que d'observer des cils vibratiles 
en mouvement. Pour cela, il suffit d'ouvrir une moule 
vivante et de recueillir la petite quantité de liquide qui 
s'écoule. On prend une petite goutte de cette eau et on 
la dispose sur une lame de verre dite porte-objets. D'autre 
part, avec une pince, on prend un fragment très petit de 
filaments branchiaux et on le dépose dans la goutte 
d'eau. En regardant alors, à l'aide d'un microscope, 
même à un grossissement très faible, on voit que ces 



filaments sont recouverts d'une multitude de cils extrê- 
mement puissants et qui s'inclinent tous dans le même 
sens pour se redresser presque immédiatement après. Ce 
mouvement se communique au liquide ambiant qui, 
grâce aux particules étrangères qu'il tient en suspension, 
montre des tourbillons fort curieux à observer. C'est un 
spectacle certainement aussi intéressant à contempler 
que la circulation du sang dans la patte ou la langue 
d'une grenouille. 

La moule se prête encore à une autre expérience en- 
core plus facile à répéter. Pour cela, il est nécessaire 
de se procurer une petite quantité d'eau de mer, ce qui 
ne souffre aucune difficulté en s'adressant aux mar- 
chands d'huîtres. A l'aide d'un couteau on entr'ouvre pe- 
tit à petit la coquille, ainsi que l'animal. Un aide y in- 
troduit alors les deux doigts et écarte déplus en plus les 
deux parties qui pivotent autour de la charnière. L'ani- 
mal est bien un peu endommagé, quelques muscles sont 
bien brisés, mais peu importe pour notre expérience. 
L'animal ainsi étalé est placé dans une petite cuvette 
avec l'eau de mer : on aperçoit les deux lobes du man- 
teau, les branchies, le pied, les palpes labiaux, la bouche. 
Ceci étant fait, on fait tomber sur cette surface une pluie 
de particules étrangères, du sable, des poussières di- 
verses, etc. Onvoitainsi que les particules volumineuses 
tombent sur le manteau et sont rapidement amenées le 
long d'un sillon parallèle au bord épaissi de celui-ci. Là, 
on s'aperçoit bien vite que les particules s'engluent peu 
à peu de mucus et sont entraînées, par le jeu de cils vi- 
bratiles puissants, à la partie postérieure du manteau 
où on les voit sortir en boules gélatineuses ou en un 
cordon mucilagineux. Mais la chose la plus intéressante 
à voir, c'est de suivre les particules qui tombent sur le 
bord libre des branchies : elles se tiennent là, on ne sait 
trop comment et progressent rapidement vers la bouche ; 
on croirait voir un danseur se promener sur une corde 
ou un fil de fer. Quand ces particules arrivent à la bouche, 
elles y pénètrent et sont absorbées. 

Une expérience analogue, et encore plus instructive, 
peut être faite sur la Pholade, le Dayl des côtes nor- 
mandes (1). Un de ces volumineux mollusques étant 
sorti de sa coquille, étalons-le sur le dos et fendons le 
manteau et le siphon ventral dans toute sa longueur; 
cette opération n'altère en rien la vitalité de l'animal. 
Comme nous l'avons fait tout à l'heure pour la moule, 
laissons tomber une pluie de particules étrangères sur 
les tentacules buccaux et voyons quelle direction elles 
vont prendre. On assiste à un spectacle très net. Les 
particules tombées sur les tentacules dorsaux sont en- 
traînées, avec une rapidité remarquable, latéralement et 
surtout en arrière. Elles sont ainsi ramenées dans cette 
région du manteau qui est comprise à droite et à gauche, 
entre l'organe lumineux antérieur et le palpe. Dès lors 
elles sont entraînées rapidement vers la région sipho- 
naire, en même temps qu'un mucus les réunit, les con 
crête en boules plus ou moins volumineuses. Les cou- 
rants de droite et de gauche sont d'abord distincts, mais 
ils se réunissent un peu plus bas que les cornes de l'or- 
gane lumineux antérieur, en un courant unique qui suit 
toute la ligne longitudinale ventrale du siphon ventral. 
Arrivées à l'extrémité du siphon, les particules sont en- 
traînées au dehors. Les faits que nous venons d'exposer 
et qui sont faciles à vérifier, montrent que les palpes 



(1) Académie des Sciences. 



y 

! 



LE NATURALISTE 



IL! 



labiaux, chez la Pholade, sont destinés à empêcher les 
particules volumineuses d'arriver à la bouche. Ils ex- 
pliquent aussi ce que deviennent les matériaux désagré- 
gés par la Pholade qui perce son trou soit dans l'argile, 
soit dans un rocher. Ces particules détachées par le jeu 
du pied et de la coquille, s'introduisent naturellement 
dans l'espace qui sépare le pied des bords de l'orifice 
pédieux du manteau, et arrivent jusque dans la région 
buccale. Là, elles rencontrent les palpes labiaux qui les 
conduisent de proche en proche jusqu'à l'orifice du si- 
phon ventral et, par suite, au dehors. Dans ce cas, les 
cils se transmettent les particules à la manière des 
hommes qui, pendant un incendie, font la « chaîne » et 
se prennent des seaux d'eau. 

Chez les animaux marins, et particulièrement les 
Mollusques, les cils vibratiles, comme nous venons de 
le voir, jouent un rôle considérable. Chez les animaux 
plus élevés, leur importance est moins grande, mais se 
prêtent néanmoins à plusieurs expériences amusantes. 
Sur une grenouille étalée sur le dos, on dissèque l'œso- 
phage en l'isolant des tissus voisins et en le coupant 
Iransversalement à ses deux points extrêmes, c'est-à-dire 
au voisinage de l'estomac et de la bouche. On obtient 
ainsi un tube cylindrique creux ouvert aux deux bouts 
et dont toute la face interne est tapissée de cils vibra- 
liles. Nous allons pouvoir montrer la puissance de ces 
derniers; pour cela, enfilons une paille dans la cavité 
de l'œsophage et supportons-la d'une façon quelconque, 
par exemple à l'aide de deux supports également en 
paille. Par deux traits d'encre, on marque sur la paille 
horizontale les limites occupées par le tronçon œsopha- 
gien. Peu de temps après, on voit que ce dernier s'est 
déplacé d'environ un centimètre au bout de cinq mi- 
nutes. 

On peut disposer les choses autrement pour obtenir 
^expérience dite de la loche artificielle, et due à M. Ma- 
thias Duval(l). Pour cela, on fend l'œsophage longitu- 
dinalement; on obtient ainsi une plaque couverte d'un 
côté de cils vibratiles. D'autre part, on humecte d'eau 
la <urface d'une plaque de liège et on applique sur 
celle-ci l'œsophage de façon que la face ciliée soit en con- 
tint acre le liège. On ne tarde pas à voir glisser l'œso- 
phage comme une limace qui se promène. On peut aussi, 
sur le trajet que va parcourir l'œsophage, placer vertica- 
lement soit un crayon, soit un scalpel, soit une baguette 
de verre : quand la membrane animale vient a rencon- 
trer cet objet, elle grimpe dessus, toujours comme s'il 
s'agissait d'un Escargot ou d'une Limace. 

Quand l'œsophage s'est livré à ces prouesses variées, 
on peut encore le faire « travailler» autrement (2). Pour 
cela, sur une plaque de liège, on étale le lambeau œso- 
phagien en sens inverse de celui de l'expérience précé- 
dente, c'est-à-dire que l'on met la face qui ne porte pas 
les cils vibratiles en contact avec le liège. D'autre part, 
pilons très finement un fragment de charbon de bois et 
déposons la poudre sur un tamis fin ou, au besoin, sur 
une passoire. En agitant ce tamis au-dessus de notre 
lambeau nous ferons tomber une pluie de fine poussière 
noire qui se répartira uniformément sur la surface que 
nous considérons. Recouvrons le tout d'un verre ren- 
versé pour empêcher le dessèchement et attendons une 
heure ou deux. Bientôt nous verrons changer la réparti- 



(i) Société de Biologie. 
(2) La Science moderne. 



tion de la poudre de charbon. Tout se passe, en un mot, 
comme si l'on balayait la surface en dirigeant le balai 
de la bouche à l'estomac. Et ainsi, petit à petit, la poudre 
impalpable est repoussée jusqu'à l'extrémité stomacale. 
Finalement, la surface œsophagienne est devenue aussi 
nette qu'au début de l'expérience, tandis que la poudre 
de charbon s'est accumulée, en un petit tas, au point 
où l'œsophage se continuait naguère avec l'estomac. 

Voici enfin, pour terminer, un dispositif fort ingénieux 
qui permet d'étudier d'une manière plus précise la vi- 
tesse du mouvement vribratile. Dans une cuvette A, on 
place un axe vertical et mobile B, sur lequel on dispose 
un disque de verre horizontal très léger C, pouvant tour- 
ner à une faible distance d'un petit support D immuable 
et parallèle à lui. C'est entre C et D que l'on place le 
lambeau œsophagien, de façon que les cils vibratiles 
soient en contact avec le disque mobile. Ceux-ci, en se 
mouvant, font tourner le disque sur lui-même : une 
aiguille E indique la distance parcourue pendant un 
temps donné, c'est-à-dire la vitesse du mouvement. Cette 
horloge vibratile, c'est ainsi qu'on l'appelle, permet d'é- 
tudier l'influence de la température sur la vitesse du 
mouvement vibratile : on trouve ainsi qu'à 8°, il faut 
3.ï minutes pour faire un tour complet; à 15°, 5 mi- 
nutes; à 3.'i° une minute. Les mouvements s'arrêtent à 4!j°. 
L'électricité les active tandis que les acides les diminuent. 
Quant au curare, il n'a aucune action sur eux. 

Henri Coupin. 



BENGALIS ET SÉNÊGALIS 



On a longtemps confondu sous les noms de Bengalis et 
de Sénêgalis un groupe de petits Passereaux que les 
anciens ornithologistes : Brisson, Daudin, etc., avaient 
ainsi nommés selon qu'ils les croyaient originaires du 
Bengale ou du Sénégal; mais ces dénominations repo- 
saient souvent sur des erreurs de provenance. « On se 
tromperait fort, dit Buffon, si d'après les noms de Sénê- 
galis et de Bengalis on se persuadait que ces oiseaux ne 
se trouvent qu'au Bengale et au Sénégal ; ils sont ré 
pandusdansla plus grande partie de l'Asie et de l'Afrique 
et même dans plusieurs îles adjacentes, telles que celles 
de Madagascar, de Bourbon, de Java, etc.. » Les orni- 
thologistes modernes ont divisé les Berigalis en deux 
groupes : les Bengalis proprement dits (Mariposa) et les 
Astrilds (Estrilda) ; les premiers sont caractérisés par 
des formes élancées, un bec une fois et demie plus long 
qu'il n'est haut et large, et entamant le front anguleu- 
sement, des ailes moyennes, à quatrième rémige plus 
longue que les autres, une queue allongée et conique, 
un plumage épais et soyeux. Les Astrilds ont également 
des formes élancées, une queue longue et conique; mais 
diffèrent par les caraclères du bec qui est presque aussi 
haut et aussi large qu'il' est long et par leur plumage de 
couleur tendre et souvent finement ondulé. Enfin les 
Sénêgalis composent aujourd'hui le genre Lagonosticta, 
caractérisé par un bec relativement long, comprimé 
latéralement et une queue arrondie; leur plumage est 
généralement rougeàtre et parsemé de petits points 
blancs. 

Cabanis avait placé ces différents groupes dans sa 
famille des Plocéidés; leur nidification justifie, en effet, 
cette classification, car ces oiseaux construisent des nids 



lit 



LE NATURALISTE 



offrant quelque ressemblance avec ceux de nos Moineaux 
domestiques, et qui sont composés d'un amas d'herbes 
desséchées, au milieu desquelles l'oiseau ménage une 
cavité arrondie, comme dans les nids de nos Mésanges 
et de nos Roitelets. 

Ces petits Passereaux étant importés en grand 
nombre en Europe où ils font l'ornement de nos volières, 
nous indiquons les espèces les plus connues et que l'on 
Irouve le plus fréquemment chez les oiseliers : 

Bengali Cordon-bleu (Mariposa phœnicotis. Cab.). — 
Cette espèce, type du genre Mariposa, est connue dans le 
commerce des oiseliers sous les noms de Cordon bleu et 
i'Astrild papillon. Elle a la partie supérieure du corps 
brun clair; la face, le haut de la poitrine et les lianes 
d'un beau bleu de ciel, l'abdomen brun clair. Les joues 
sont marquées d'une tache allongée rouge-carmin ; le 
bec est rouge et les pieds couleur de chair. La femelle 
ne diffère du mâle que par l'absence de la tache rouge 
des joues. 

Cet oiseau habite une grande partie de l'Afrique ; on 
le trouve aussi bien sur la côte occidentale que dans 
l'intérieur, jusque dans les pays du Nil et plus loin 
encore vers l'est. 

Astrild gris (Estrilda cinerea. Vieil.). — Bien connu 
sous le nom vulgaire de Bec de corail, ce petit oiseau est 
de la taille de notre Roitelet; son plumage est gris brun 
sur le dos, plus clair sur toute la face inférieure du corps 
qui a une teinte rosée ; un trait rouge partant de la base 
du bec, traverse l'œil et se prolonge jusqu'à l'oreille; le 
bec est rouge de corail, les pieds sont bruns. 

Cette espèce est répandue dans une grande partie de 
l'Afrique; elle est très commune en Sénégambie. Le 
docteur Dohrn l'a observée au Cap-Vert, mais sa présence 
dans ces parages ne serait due, d'après ce voyageur, 
qu'à un fait accidentel et proviendrait d'oiseaux échappés 
en 18(55 d'un navire qui les transportait en Europe et 
avait fait naufrage dans ces parages. 

Astrild ondulé (Estrilda astrild. L.). — Cette espèce 
offre une grande ressemblance avec la précédente : sa 
taille est à peu près la même, un trait rouge s'étend 
également de chaque côté du bec qui est rouge; toute la 
partie supérieure du corps est d'un gris sombre, la partie 
inférieure et les lianes sont d'un gris clair ; la poitrine, 
le ventre et les flancs sont teintés de rose; mais elle 
diffère de l'Astrild gris par les lignes grises très fines 
qui sillonnent son plumage et simulent sur la gorge et 
la poitrine des ondulations. 

Les oiseliers désignent cet oiseau sous le nom Astrild 
Sainte-Hélène. Répandu dans presque tout le continent 
africain, on le trouve même à Madagascar, à Bourbon, à 
l'île Maurice et à Sainte-Hélène. 

Astrild a joues orange (Estrilda melpoda. Vieil.). — 
La taille de cet oiseau est plus grande que celle du pré- 
cédent; il a la partie supérieure du corps d'un brun 
clair, le sommet de la lête gris cendré, toute la face 
inférieure du corps d'un gris clair satiné, une belle tache 
orange s'étend sur chaque joue et se prolonge jusqu'à la 
base du bec qui est rouge; les pieds sont bruns. Cette 
espèce est répandue depuis le Sénégal jusqu'au Cap- 
Lopez et à Angola. 

Astrild vert (Estrilda viridis. Vieil.). — Cet Astrild, 
connu sous le nom de Bengali vert, est de la grosseur 
du Bec de corail ; il a toute la partie supérieure du corps 
-ris olivâtre, les ailes et la queue d'un vert plus foncé, 
la face inférieure du corps d'un jaune verdâtre, les flancs 



zébrés de gris et de blanc, le bec rouge et les pieds 
couleur de chair. 

Cette espèce habite la Sénégambie où elle est peu 
commune ; elle est importée en Europe plus rarement 
que les espèces précédentes. 

Astrild a ventre orangé (Estrilda subflava. Hart.). — 
Cet Astrild est de la taille du précédent; il a également 
toute la partie supérieure du corps olivâtre, mais d'une 
nuance plus foncée ; le croupion et les rectrices supé- 
rieures de la queue sont d'un rouge orangé. La gorge 
est jaune clair, le haut de la poitrine et l'abdomen d'un 
beau jaune orangé; les flancs sont olivâtres et striés de 
lignes qui se prolongent jusqu'à la poitrine; un trait 
rouge surmonte l'œil et s'étend jusqu'à la base du bec 
qui est rouge. 

Cette espèce, connue dans le commerce des oiseliers 
sous le nom de Ventre orange, habite l'Afrique occidentale 
et est commune en Sénégambie. 

Astrild moucheté (Estrilda amandava. L.). — Bien 
connu de tous les amateurs d'oiseaux de volière sous les 
noms de Bengali piqueté et d' Amandava, cet oiseau est de 
la grosseur de notre Roitelet; son plumage est d'une 
belle nuance d'un rouge vermillon, principalement sur 
la poitrine, avec de petits points blancs semés sur toute 
la face, les flancs, les ailes et la queue. 

Ces oiseaux habitent l'Inde et le Bengale ; on les trouve 
également à Malacca et à Java. 

Sénégali rouge (Lagonostirta Senegala. L.). — Cette 
espèce, type des Sénégalis, est de la taille du Bec de 
corail ; elle est bien conuue sous le nom vulgaire d'Ama- 
rante. Elle a la partie supérieure du corps brune, la tête 
et toute la partie inférieure du corps d'un rouge carmin, 
les flancs et le croupion semés de petits points blancs à 
peine visibles, le bec et les pieds rougeâtres. On trouve 
des individus d'un rouge plus ou moins foncé avec ou 
sans points blancs. 

Ces oiseaux qui habitent toute l'Afrique, de la côte 
orientale à la côte occidentale, sont fréquemment im- 
portés, confondus avec des espèces voisines : Lagonos- 
licta minima et vinacea et L. nigricollis que les oiseliers 
vendent sous le nom d'Amarante masqué. 

Sénégali gris bleu (Lagonoslicta cœrulescens. Vieil..) 
— Tout le plumage de cet oiseau est d'un gris cendré 
bleuâtre, à l'exception du croupion et de la queue qui 
sont d'un beau rouge cramoisi, ce qui ne justifie guère 
le nom vulgaire de Queue ' de vinaigre sous lequel le 
désignent les oiseliers. 

Il habite l'Afrique occidentale et est commun en 

Sénégambie. 

Albert Cranger. 



DES MOIALIES DENTAIRES CBEZ LES ANIMAUX 



On n'a d'abord étudié les anomalies dentaires que chez 
l'homme. Il semblait qu'il dût être seul à offrir des 
anomalies dans le nombre et la structure des dents. On 
recherche aujourd'hui ces anomalies chez les animaux 
et de plus en plus on note leur fréquence. 

Tout d'abord les anomalies de nombre sont loin d'être 
exceptionnelles chez les vertébrés. Et ce fait n'est pas 
sans importance, puisque la formule dentaire est actuel- 
lement pour le naturaliste un excellent moyen *de 
classification. 



LE NATURALISTE 



115 



Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire avait indiqué dans son 
traité des anomalies de l'organisation, une loi qui s'ap- 
plique parfaitement aux anomalies dentaires, à savoir 
que : « les variations numériques des organes multiples 
sont d'autant plus fréquentes et plus importantes que 
les organes sont disposés en séries plus nombreuses». 
Les dents canines n'étant qu'au nombre de quatre chez 
les animaux qui en possèdent, offrent très peu d'anomalies 
numériques. Les prémolaires et les incisives offrent 
également moins d'anomalies que les molaires. Parcou- 
rons successivement les divers ordres des mammifères. 
Les herbivores ont fréquemment une augmentation dans 
le nombre des dents; les anomalies par diminution sont 
exceptionnelles. Néanmoins chez la femelle des rumi- 
nants on observe assez souvent la suppression de la 
canine inférieure. Il en est de même pour la jument. 
Lafosse et Goubaux ont marqué que certains chevaux 
présentent une double rangée d'incisives. M. Magitot a 
noté une incisive supplémentaire chez un mouton, une 
chez un rhinocéros et deux chez un hippopotame ; un 
bœuf lui a montré une molaire supplémentaire supé- 
rieure gauche. 

Les anomalies que l'on retrouve chez le Carnivore 
portent plutôt sur les molaires que sur les incisives. Ces 
différences dans le nombre des molaires constituent 
dans certaines variétés de chiens un caractère pour 
ainsi dire immuable. 

Chez le chien en général on trouve 12 molaires supé- 
rieures et 14 molaires inférieures, mais certaines races 
ont 14 molaires supérieures. 

Dans la race du bouledogue au contraire et dans les 
petites races à tête ronde la formule des molaires n'est 
plus, comme Henri Millier et plus tard Toussaint l'ont 
montré, quedeo/7 oudeo/6; on trouve même des sujets 
où elle est de 4/6 et de 4/5. Ici c'est le changement de lon- 
gueur de la partie faciale qui a retenti sur les dents. L'ar- 
cade alvéolaire, étant moins allongée, chez le bouledogue, 
ne peut plus fournir de place à six molaires. Les chiens 
turcs ou chinois privés de poils présentent aussi une 
réduction notable du nombre des dents. Cela [n'a pas lieu 
d'étonner puisqu'on sait que les dents comme les poils 
sont des produits épidermiques. Toute cause qui frappe 
les unes peut atteindre également les autres. Jockville 
relate l'observation d'un chien qui n'avait aucune dent. 

Chez le singe, les principales anomalies dentaires 
portent également sur les molaires. Cependant on a 
signalé quelques exemples d'incisives supplémentaires 
comme il s'en produit chez l'homme. 

M. le docteur Alex. Barillet nous a fourni quelques 
formules d'anomalies dentaires. 

Le gorille, qui a ordinairement 32 dents, peut avoir, 



molaires 



— 4 



c'est-à-dire 34 dents. 



3 — 3 

L'atèle pendactylus peut présenter une molaire sur- 
numéraire aux deux mâchoires du côté gauche seulement ; 
d'où 38 dents au lieu de 36. Le sapajou enfin peut avoir 
deux molaires surnuméraires supérieures. 

Après les anomalies de nombre, un mot sur les ano- 
malies de structure. M. Fournier s'est beaucoup préoc- 
cupé de ces altérations chez l'homme et leur attribuait 
une grande valeur pour le diagnostic de maladie 
spécifique. Or, ces lésions sont fréquentes chez les 
animaux, et tout dernièrement, en examinant les crânes 
des singes du Muséum nous avons pu nous assurer de 
l'existence de malformations dentaires nombreuses et 



variées. Il peut arriver qu'une dent soit atrophiée au 
point de ne plus représenter que la moitié ou le tiers 
du volume de la dent voisine. Telles les figures 2 et 4 
qui nous représentent l'atrophie des incisives latérales 
supérieures chez un orang et semnopithèque. 

Souvent il existe des intervalles entre les dents qui 
peuvent quelquefois prendre des proportions considé- 
rables, jusqu'à 5 et 8 millimètres. D'autres fois les dents 
chevauchent, ce fait est surtout fréquent chez les cyno- 
céphales qui possèdent une forte denture. 

Les dentelures, si fréquentes chez l'homme, du bord 
libre des incisives sont plus rares chez le singe. Elles 
doivent en effet s'user rapidement. La figure 1 montre 
la dentition d'un orang-outang dont l'incisive latérale 
gauche présente des dentelures très manifestes, qui ont 
été préservées par la longueur un peu plus grande de 
l'incisive médiane. 

Nous avons noté des cas d'irrégularités de surface de 
la dent formant des facettes multiples. Quelquefois 
l'incisive est divisée par une barre verticale pro- 
fonde et creusée aux dépens de l'émail, qui coupe la 
dent du tiers à la moitié de sa hauteur. 

L'émail peut offrir des érosions en cupule. Trasbot a 
indiqué la fréquence de ces érosions chez le chien et en a 
attribué la cause à la variole. Elles sont fréquentes chez le 
singe. D'autres fois des sillons coupent transversalement 
l'émail de la dent. La figure i en offre un bel exemple 




Fig. 1. Orang-outang. 
C'est un sillon unique, transverse, marqué sur toutes les 
dents, sauf l'incisive latérale gauche qui est dentelée. 
Ces sillons ont été retrouvés sur les dents des bœufs et. 
des chiens. 

Reste enfin l'altération dentaire décrite par Hutchin- 
son sur les incisives humaines. C'est une incisive qui 
s'usant davantage à la partie médiane, offre un bord 
libre concave. La dent deviendrait un signe typique de 
maladie spécifique, quand les angles en sont émoussés 
et que l'émail ne recouvrirait plus l'ivoire du bord libre 
dentaire. 

Nous avons retrouvé dans la denture de quelques 
singes cette concavité des incisives supérieures. En 
quelques cas elle correspond à une convexité des inci- 
sives inférieures (fig. 2 et 3). On s'explique bien alors 




Fig. 2. Orang-outang. 



m; 



LE NATURALISTE 



le mode d'usure des incisives. Mais en d'autres cas les 
bords libres des incisives supérieures et inférieures 





Pig. 3. Cercopithèque blanc-nez. 



Fis 



Semnopithèque. 



offrent deux concavités qui se regardent (fig. 4). Quant 
à l'usure de l'émail plus rapide que celle de l'ivoire, 
elle peut s'observer également chez les jeunes singes. 

La dent d'Hutchinson n'existe pas, il est vrai, chez les 
animaux à un degré aussi marqué que chez l'homme : ce 
fait est uniquement dû à ce que les singes qui possèdent 
des dents aussi altérées doivent succomber rapidement. 

Félix Kei;naui/i'_ 



DESCRIPTIONS DE COLÉOPTÈRES NOUVEAUX 



Chariothcca angusta, AU. 

Long. 4 mill. Larg. 1 1/2 mill. 

Elle est très curieuse par sa forme étroite et par le prolon- 
gement du prosternum entre les hanches antérieures qui forme 
une bande horizontale non pointue, mais tronquée au bout. 

Le corps est d'un noir brillant avec une tache ferrugineuse 
transversale en biais au delà du milieu de l'élytre. Les pattes 
et les antennes sont ferrugineuses. Le pronotum est aussi 
long que large, rebordé et arrondi latéralement; sa partie la 
plus large au milieu est de la [largeur des [élytres. Il est uni 
avec des petits points très épars. Les élytres sont très lisses. 
un peu élargies après les épaules, puis diminuent progressive- 
ment de largeur jusqu'à l'extrémité. Elles sont finement ponc- 
tuées en stries avec les intervalles des stries lisses. 

Madura. 

Pscudhelopsfasciatus, Ail. 

Long. 6 mill. Larg. 2 1/2 mill. 

Cette espèce se range dans le genre Pseudhelops parce que 
c'est une misolampide à prosternum et mcsostcrniim contigus. 
Elle n'a pas la forme du type du genre (Ps. tuberculatus), 
mais plutôt celle du Pseud. Harpaloides Wh. Elle est ovale et 
large, médiocrement convexe, d'un noir très brillant avec la 
base des élytres et une bande transversale en zigzag après le 
milieu, rousses. Les pattes sont noires, moins les tarses qui 
sont, ferrugineux ainsi que les antennes. Ces dernières ont les 
six premiers articles obeoniques, les quatre suivants transver- 
saux, comprimés, le onzième plus gros que le dixième, ova- 
laire. Le pronotum est<] presque aussi large que les élytres, un 
peu atténué en avant, fortement rebordé en gouttière latéra- 
lement, et très finement ponctué. Sa base est bissinuée, ce qui 
rend les angles postérieurs aigus et produit une courbure du 
pronotum qui s'avance au-dessus de l'éeusson. Les élytres 
sont planes, superficiellement ponctuées striées, avec les inter- 
valles des stries plus fortement ponctuées que le corselet. 

Cett espèce provient de Madura. 

Diei j mis piim-ticollis. AH. 

Long. 9 à 10 mill. 

Il est d'un noir bronzé cuivreux comme le Dict. confusus 
Pasc. ; il en a également la taille et est cependant le plus sou- 
vent un peu plus petit et plus étroit, mais s'en distingue 
particulièrement en ce que le corselet qui est lisse dans le 
Dict. confusus est ici ;issez densement et fortement ponctué. 
En outre les points des stries des élytres sont entourés d'une 
légère auréole irisée qui n'existe pas chez le Confusus. 

Cette espèce m'a été donnée par M. Lefèvre de Saint-Mandé 
comme provenant de Madura. 

Allahd. 



LA FLORE DE L'INDE 

DANS SES RAPPORTS AVEC LA FLORE DE FRARCE 



t'ircéacées 

Circiea Lutetiana L. (Paris). Croît à l'ombre. — Himalaya tem- 
péré du Cumaon au Sikkim, 2.100 à 3.000 mètres. — I>. 
Hémisphère nord, s'étend au Sud jusque auprès du tropique 
du Cancer. 

Circiea alpina L. Forets humides des hautes montagnes. — 
Himalaya tempéré du Cachemir au Sikkim, 2.100 à 3.300 
mètres: monts Khasias, Nilgiris, mont Pulney 2.100 mè- 
tres. — D. Hémisphère, nord tempéré. 
Variété : Himalaica. 

Trapaeées 

Trapa natans L. (Paris). Etangs, marcs. — Cachemir, Silliet. 
— D. De la Perse à l'Europe centrale, Nil supérieur. 

Cucurbitacces 

Lagcnaria vulgaris Seringe (Paris). Cultivée. — Cultivée dans 
l'Inde. — D. Cultivée dans les tropiques et les zones tem- 
pérées et chaudes du monde entier. 

Cucumis Mels L. Cultivé. — Cultivé dans l'Inde. — Cultivé 
dans la plupart des contrées chaudes, peut-être est-ce lu 
forme cultivée du Cucumis trigonus indigène de l'Inde. 

Cucumis sativus L. Cultivé. — Cultivé dans l'Inde. — D. Cul- 
tivé dans toutes les contrées chaudes et tempérées, patrie 
inconnue. 

Cucurbita maxima DC. Cultivé dans l'Inde. — Cultivé dans 
toutes les parties chaudes et tempérées du globe. 

Cucurbita Pepo DC. Cultivé dans l'Inde. — Cultivé dans toutes 
les parties chaudes et tempérées du globe. 

Bryonia L. 

Cactées 

Famille représentée dans l'Inde par plusieurs espèces amé- 
ricaines : Opuntia, Ccreus, et par une seule espèce indigène, 
Rhipsalis, Cassylha Gaertn. 

Oinbelllfères 

Hydrocotylc L. 

Eryngium L. 

Sanicula Europïea L. Lieux humides, boisés. — Himalaya du 
Cachemir au Bhoutan, 1.200 à 3.600 mètres. — Commun. 
Monts Khasias commun. — D. Birmanie, Asie, Europe, 
Afrique. 

Buplcurum diversifolium Rochel. Alpes, Pyrénées. — Nord- 
Ouest de l'Himalaya, 2.100 à 2.700 mètres. Cachemir et 
Baltistan, 2.700 à 3.600 mètres. — D. Asie occidentale, 
Sud-Est de l'Europe. 

Buplcurum falcatum L. Coteaux, bords des chemins. — Hima- 
laya, 900 à 3.600 mètres du Cachemir au Bhoutan, fré- 
quent ; monts Khasias 900 à 1.800 mètres, fréquent. — 
D. Asie centrale et occidentale, Sud de l'Europe. 
Variété : Marginata. 
Variété : Holfmeisleri. 
Variété : Nigrocarpa. 

Apium graveolens L. Prés humides, marais de Midi. — Vient. 
communément dans les terres salées (Paris). — Pied de 
l'Himalaya au nord-ouest, montagnes limitrophes du 
Panjab. — D. Caboul, Asie occidentale, Europe, Nord de 
l'Afrique. 

Circuta virosa L. (Paris). Marais. — Cachemir, Srinagar 
1.300 mètres. — D. Europe, Asie tempérée, Marais et 
fossés. 

Carum carvi L. Est rare dans le Centre et le Nord (Paris i. 
Bois, prairies. — Baltistan, Cachemir et Garhwal 
2.700 à 3.600 mètres. — D. Asie occidentale et septen- 
trionale, Europe (souvent cultivé). 

Carum Bulbocastanum Koch. Bunium Bulbocastanum L. 
Paris, champs cultivés. —Cachemir. — D. Bélouchistan, 
Nord de l'Asie, Europe, Nord de l'Afrique. 

Sium L. 1 espèce. Cachemir et Baltistan. 

l'impinella saxifraga L. (Paris). Lieux secs, pâturages. — 
Cachemir 3.900 mètres, Thibct occidental. Caracorum 
4.200 mètres. — Europe, Nord et Ouest de l'Asie. — Ce 
n'est pas le type, c'est la variété dissectifolia. 
Chœrophyllum L. Himalaya. 

Scandix Pecten Vencris L. (Paris). Moissons. — Cachemir 
Panjab, Sait Hills. — D. Caboul jusqu'à l'Europe occi- 
dentale, Maroc. 



LE NATURALISTE 



117 



Anthriscus Hoff. Cachemir, 1 espèce. 

Seseli L. 

Kœniculum vulgare Gœrtn. (Paris). Vignes, lieux secs ; très 
commun dans le Midi. — Cultivé dans l'Inde, à 1 .800 mè- 
tres. Souvent spontané. 

(Enantho L. 

Ligusticum L. Himalaya. 

Selinum L. 

Plcurospermum Hoffm. 

Angelica L. 1 espèce. 

Ferula L. Cachemir, Baltistan. 

Peucedanum L. 

Ileracleum L. 

Coriandrum sativum L. (Paris). Cultivé. — Cultivé. — D. 
Tripoli subspontané. 

Daucus carota L. Cachemir, Himalaya occidental, 1.500 à 
2.700 mètres. — Cultivé ailleurs dans l'Inde. — D. Région 
méditerranéenne, Asie tempérée, Nord de l'Amérique, Aus- 
tralie. 

Turilis anthriscus L. (Paris). Bords des routes, baies, huis- 
sons. — Himalaya, 900 à 2.700 mètres, du Cachemir au Sik- 
kim, fréquent. — D. Nord de l'Asie, Europe, Nord de 
l'Afrique. 

Gaucalis leptophylla L. Midi. Lieux cultivés. — Cachemir, 
1.200 à 1.800 mètres Panjab. — D. Asie occidentale, Sud 
de l'Europe, Nord de l'Afrique. 

Oaucalis latifolia L. Turgenia latifolia Hoff. (Paris). Moissons. 
— Cachemir, 1.500 à 2.400 mètres. 

Hector Léveillé. 



IÏKEURS ET MÉTAMORPHOSES 

DU STAPHYLINUS MURINUS Linné 

Coléoptère de la famille des Staphylinides 

Larve : Longueur 18 millimètres; largeur 2 milli- 
' .mètres. 

Corps hexapode, allonge', linéaire, mou, charnu, corné 
et rougeàtre luisant à la région antérieure, gris terne à 
la région postérieure, en entier couvert de courts cils 
bruns, convexe en dessus comme en dessous, arrondi 
en avant, atténué en arrière. 

Tète grande, déprimée, quadrangulaire, noir luisant, 
à angles arrondis, finement chagrinée sur sa première 
moitié, lisse et luisante sur sa deuxième, avec poils 
épars sur les côtés, ligne médiane entière obsolète s'ar- 
rètantà hauteur des antennes; épistome et labre con- 
fondus avec la lisière frontale qui est rougeàtre et qua- 
dridentée; mandibules longues, étroites, falciformes, 
se croisant au repos, à base rougeàtre, à extrémité noire 
et unidentée ; mâchoires à base géniculée, à tige longue 
Bt ciliée; lobe petit, denté, à bout Utri cilié; palpes longs, 
grêles, de quatre articles arqués en dedans,' le premier 
court, deuxième un peu plus long et obeonique, troi- 
sième arqué, bicilié, quatrième grêle, conique ; lèvre in- 
férieure très étroite, en partie rétractile, bituherculeuse, 
courtement garnie de cils dorés; palpes labiaux longs, 
de deux articles, le basilaire obeonique, le terminal co- 
nique à bout obtus; languette longue triangulaire ; an- 
lennes latérales de quatre articles, le troisième denté 
avec deux cils au-dessous de la dent, le quatrième à 
bout quadricilié ; ocelles composés de quatre petits tu- 
bercules subcornés, disposés, trois en demi-cercle, un 
quatrième en arrière. 

Segments thoraciques rougeâtres, cornés, convexes, 
lisses et luisants, le premier plus étroit que la tête dont 
il est séparé par un court col,quadrangulaire, presque 
aussi long que les deux suivants réunis qui sont égaux, 
courts, transverses, à bord postérieur relevé en légère 
carène. 



Segments abdominaux gris terne, diminuant de largeur 
vers l'extrémité, avec ligne médiane pâle, le premier 
très court couvert d'une plaque écailleuse lisse et lui- 
sante, les suivantes avec plaque noirâtre incisée en demi- 
cercle, neuvième étroit terminé par deux longs appen - 
dices biarticulés; en-dessous, ce même segment est muni 
d'un long pseudopode tubuleux sur lequel s'appuie la 
larve durant sa marche. 

Pattes longues, latérales, rougeâtres, spinuleuses ; 
hanches subcomprimées, à base incisée, trochanters 
coudés, cuisses comprimées à bout élargi, jambes 
courtes, épineuses, tarses unguiformes, à extrémité aci- 
culée. 

Stigmates petits, roux, à péritrème blanchâtre, la pre- 
mière paire transversalement elliptique au bord posté- 
rieur du premier segment thoracique, les suivantes ova- 
laires au tiers antérieur des huit premiers segments ab- 
dominaux. 

Celte larve, au moindre danger, se défend à l'aide de 
ses mandibules, elle dégorge aussi un liquide acre et 
rougeàtre ; elle se fait remarquer par la ligne médiane 
bifurquée du dessous de sa tête, ligne qui n'existe pas 
à cette région dans toutes nos larves de coléoptères et 
qui chez elle apour objet, en crevant sous les fortes dila- 
tations imprimées au moment de sa transformation nym 
phale, de donner, de concert avec la ligne médiane su- 
périeure qui s'ouvrira en même temps, passage à cette 
partie antérieure si massive qui caractérise le corps de 
la nymphe : on la trouve de fin août à mi-septembre au 
Canigou. à 1,600 mètres d'altitude et au-dessus, vivant 
de nombreuses larves de Lamellicornes, en particulier 
d'Aphodiens qui grouillent dans les déjections des rumi 
nants, en un instant elle vide par succion une larve de 
grosseur moyenne; sans cesse à la recherche de sa proie 
favorite, son existence larvaire s'écoule rapidement; au 
moindre contact avec une larve nourricière, elle ouvre 
ses longues mandibules falciformes qu'elle enfonce faci- 
lement dans le corps mou de sa victime incapable de 
fuir ou de se défendre; en un instant la larve percée est 
vidée, délaissée aussitôt pour une autre, elle porte ainsi 
la mort et le carnage parmi cette population si paisible 
dont la triste mission consiste à dissocier les restes des 
solipèdes et des grands ruminants; fin août, prévoyant 
sa fin larvaire prochaine, dans la bouse même qui lui a 
fourni et vivres et couvert, elle se façonne une grande 
loge où en quelques jours elle se dépouille de sa pre- 
mière forme pour apparaître sous les traits différentiels 
suivants : 

Nymphe. — Longueur 7 millimètres; largeur 4 milli- 
mètres. 

Corps ovalaire, jaunâtre, lisse et luisant, déprimé 
en dessus, subconvexe en-dessous, arrondi à la région 
antérieure qui est large, atténué à l'extrémité opposée. 

Tête déclive, masque frontal convexe, grand, lisse; 
premier segment thoracique, grand, convexe, scuti- 
forme, à angles arrondis, à bord antérieur relevé de 
chaque côté de la ligne médiane par sept longues soies 
roussâtres arquées; deuxième segment court, transver- 
salement ridé, prolongé en pointe triangulaire sur le 
troisième qui est subcordiforme et tronqué; segments 
abdominaux déprimés, diminuant progressivement vers 
l'extrémité, les huit premiers étroits, transverses, avec 
bord latéral en forme de lame tranchante et stigmates 
pédoncules très saillants aux premiers segments, un 
peu moins aux suivants, un long cil sur le rebord latéral 



us 



LE NATURALISTE 



du septième segment, neuvième petit, arrondi, échancré 
au milieu du bord latéral ; les antennes reposent près 
des genoux des deux premières paires de pattes, les 
jambes de la deuxième paire avec une double rangée 
d'épines, les tarses delà troisième paire avec une rangée 
de courtes protubérances coniques. 

La pbase nymphale a une durée de douze à quinze 
jours. 

Adulte. — Arrivé à l'état parfait, l'insecte est alerte, 
très vif et difficile à prendre; on le voit rarement de 
jour parce que son vol est aussi rapide que sa démarche 
est prompte; à peine posé, il disparaît et lorsqu'on sou- 
lève la pierre ou l'abri sous lequel il se réfugie, instan- 
tanément il se dérobe à la vue par une fuite précipitée : 
c'est sous les déjections des solipèdes et des ruminants 
qu'on le trouve sur les terrains de pacage du Canigou. 

Dans un recueil étranger publié en 1788 et que nous 
n'avons pu nous procurer, Strœm se serait occupé de la 
larve de cette espèce que nous venons de faire connaître 
au double point de vue descriptif et biologique. 

Capitaine Xambeu. 



L'ORIGINE DES ALGUES 



Quand on remonte progressivement des Dicotylédones 
aux Monocotylédones, des Angiospermes aux Gymnos- 
permes, et de celles-ci aux Cryptogames, en allant ainsi 
jusqu'aux êtres les plus simples, on finit par arriver aux 
Algues, en laissant de côté les Champignons et les Lichens. 
C'est donc au fond des eaux que la vie des plantes a pris 
naissance, quand notre globe refroidi a laissé déposera 
sa surface les vapeurs condensées, qui se sont précipi- 
tées sous forme de pluies diluviennes. Il est intéressant 
de rechercher d'où proviennent les premières Algues 
elles-mêmes. C'est ce que nous allons tenter, tout en 
avouant les difficultés qui se présentent pour résoudre 
la question dans le peu d'espace dont nous disposons 
ici. 

En histoire naturelle, il est bon de ne pas trop se 
laisser arrêter par l'intervention si commode d'une créa- 
tion originelle. On aura bien assez tôt l'occasion de s'ar- 
rêter à cette notion fondamentale, quand on se trouvera 
dans l'impossibilité absolue de remonter plus loin dans 
l'origine des êtres. 

Les premières Algues ont-elles apparu spontanément 
sur la terre; ou bien ne dériveraient-elles pas elles- 
mêmes d'autres êtres préexistants? On trouvera la dé- 
monstration de cette dernière hypothèse dans un ou- 
vrage qui paraît chez 0. Doin, l'éditeur, intitulé Nature 
végétale des Euglénes,, que nous venons de publier. 
Chose bien inattendue : les Algues procèdent, comme 
les Champignons d'ailleurs, d'animaux inférieurs, qui les 
ont précédées au fond des eaux. Rien n'est plus curieux 
que de rechercher minutieusement comment des ani- 
maux microscopiques ont pu donner naissance aux pre- 
mières Algues. Et d'abord, I es végétaux inférieurs ne pro- 
viennent pas d'un animal unique. Les origines des Algues 
sont multiples, et elles ne sont pas les mômes que celles 
des Champignons. Alors que ces derniers dérivent géné- 
ralement des Monadinés-Zoosporés, les Algues procèdent 
de différents groupes d'Infusoires, plus avancés encore 
en organisation : elles dérivent des Infusoires fiagellés. 

Les Infusoires munis d'un seul flagellum antérieur, 



de la famille des Paramonadiens, doués de mouvements 
de métabolie, ont produit les Astasiées. Or les Astasia ne 
sont déjà plus des animaux, bien qu'elles soient incolores 
comme les Paramonadiens eux-mêmes; parce qu'elles 
n'avalent déjà plus leurs aliments. En outre, leur mem- 
brane d'enveloppe renferme de la cellulose : indice de 
leur tendance dans le sens de leur évolution vers le 
règne végétal. Enfin elles se nourrissent par endos 
mose. 

Aux Astasiées succèdent les Euglénacées, qui sont des 
Algues parfaites munies de chlorophylle, sous forme de 
chromoleucites et non de zoochlorelles. D'ailleurs, la 
première Euglène, l'Euglenahyalina, est incolore comme 
les Astasia qui lui ont donné naissance. Comme les Pa- 
ramonadiens dont elles dérivent, les Astasiées et les Eu- 
glénacées sont des êtres essentiellement métaboliques. 
Quand elles rampent sur les corps solides, ellesse défor- 
ment comme une limace, pour reprendre bien vite leur 
aspect primitif. A leur tour, les Euglénacées ont engen- 
dré les Desmidiées et les Diatomées, à différentes hau- 
teurs dans leur évolution. C'est pour cela que ces deux 
familles d'Algues sont si remarquables par la motilité 
dont elles jouissent. Leurs mouvements singuliers déri- 
vent de la métabolie des Euglénes. En effet cette métabo- 
lie a éprouvé des modifications intéressantes, quand le 
protoplasma s'est trouvé renfermé dans une enveloppe 
rigide. L'évolution n'est pas allée plus loin que les Diato - 
mées, dans cette direction. 

D'où proviennent donc les autres Algues? La plupart 
d'entre elles proviennent d'Infusoires munis de deuxfla- 
gellums antérieurs, au lieu d'un seul. C'est ainsi que 
les familles animales des Zygoselmidés et des Chrysomo- 
nadiens ont produit respectivement les Cryptomonadi- 
nées et les Chlamydomonadinées, pourvues de Chloro- 
phylle; par l'intermédiaire des Chilomonas et des Poly- 
toma incolores, qui déjà n'avalent plus leurs aliments 
mais se nourrissent par endosmose, et qui contiennent 
de l'amidon dans l'intérieur de leur protoplasma. Ainsi 
donc, partont les Algues vertes inférieures primitives 
ont été précédées d'êtres incolores, dérivant d'Infusoires 
flagellés, mais différant essentiellement de ceux-ci par 
l'occlusion de leur orifice buccal ; occlusion qui les a 
mis dans la nécessité de vivre par endosmose, puisqu'elle 
ne leur permettait plus d'avaler leurs aliments. En outre 
la différenciation de ces êtres intermédiaires, dans le sens 
végétal, a toujours été marquée par laprésence d'éléments 
ternaires dans leursonstitution : cellulose chez les As- 
tasia, amidon chez les Chilomonas et les Polytoma. C'est 
directement de ces familles d'Algues vertes, des Crypto- 
monadinées el des Chlamydomonadinées, que sont sor- 
ties les Volvocinées. C'est ensuite qu'arrivent les Tétras- 
porées, les Pleurococcacées, les Hydrodictyées, les 
Endosphéracées, les Characiées, etc., qui dérivent direc- 
tement les unes des autres par évolutions successives. 

Nous nous bornerons à indiquer les origines qui pré- 
cèdent, parce qu'elles sont les plus connues et les mieux 
étudiées; mais il y en a encore plusieurs autres. Nous 
dirons seulement que les Infusoires munis de quatre 
llagellums et plus ont donné naissance aux Polyblé- 
pharidées. De même, les Infusoires cilio-flageliés ont 
mis au jour une famille d'Algues des Péridiniées, voisine 
des Péridiniens animaux; elle en diffère toutefois parce 
qu'elle se nourrit par endosmose, sans pouvoir avaler 
des aliments, et parce que toutes les espèces sont colo- 
rées de teintes très riches par de la chlorophylle jointe 



LE NATURALISTE 



119 



à différentes matières colorantes, comme on en rencontre 
chez les Floridées. 

D r Bougon. 



OBSERVATION NOUVELLE 

sur la nourriture des Lucanides de France et de leurs 

larves et Note sur une 

déformation antennaire d'un Ctenoscelis maj or. 



On se trompe souvent en histoire naturelle, même sur 
les choses qui semblent, au premier abord, les mieux 
connues, et l'on est parfois tout surpris d'observer des 



daignent pas de s'attaquer parfois à d'autres bestioles 
dans le but de s'ennourrir, mais je crois que, jusqu'à ce 
jour, la seule observation précise que nous ayons à ce 
sujet est celle de Chevrolat qui a signalé avoir vu Dorcus 
paralellipipedus en train de dévorer un Helops. 

Je crois donc intéressant de signaler ici deux autres 
observations de même nature faites par moi qui viennent 
corroborer le dire du savant entomologiste. 

La première de ces observations a trait à une femelle 
de Dorcus de la même espèce, que j'ai prise cette année 
dans une vieille souche de peupliers où elle était attablée 
devant une larve de Cétoine dorée qu'elle avait coupée 
en deux et qu'elle suçait avidemment vers le milieu de 
la région abdominale. 




Ctenoscelis pfésentant une déformation antennaire. 



faits qui se trouvent être en contradiction avec ceux que 
l'on croyait connaître à fond. 

C'est ainsi que l'on considère généralement notre Lu- 
canus et notre Dorcus comme suçant la sève qui découle 
des arbres et leurs larves comme se nourrissant exclusi- 
vement des bois vermoulus ou du terreau dans lesquels 
on les trouve. 

Or cette manière de voir, qui repose à la fois sur des 
observations faites sur place et sur des considérations 
tirées de la disposition des pièces de la bouche chez ces 
insectes, est exacte, car telle est en effet la nourriture 
habituelle des Lucanus et des Dorcus, mais elle n'est 
pas absolument vraie. 

Ces insectes en effet, les Dorcus tout au moins, ne dé- 



La seconde, plus intéressante en ce sens qu'elle n'a 
pas encore, je crois, été faite, se rapporte aune larve de 
L. cervus que j'ai surprise en train de dévorer, non pas 
avidement, mais gloutonnement, une assez grosse larve 
à peau blanche et nue, très vraisemblablement une larve 
de Curculionide. 

Cette larve, bien qu'elle se débattît de toutes ses forces, 
était engloutie jusqu'à mi-corps dans la bouche de la 
larve du L. cervus, laquelle, assise pour ainsi dire, sur 
ses derniers arceaux recourbés en arc de cercle, parais- 
sait prendre un très grand plaisir à ce petit exercice de 
déglutition en vue duquel elle faisait mouvoir ses palpes 
et ses mandibules avec une grande activité, mais sans 
pour cela déchirer sa proie. 






120 



LE NATURALISTE 



Comme cette larve était arrivée à peu près à terme el 
i|ueje la destinais à la nymphose, je ne voulus pas la 
déranger plus longtemps et j'ignore si elle s'est con- 
tentée de sucer sa proie ou si elle l'a absorbée en entier. 

La figure qui accompagne cette note estd'unbel exem- 
plaire de Ctenoscelis major qui m'a été récemmentcom- 
muniqué et qui présente une curieuse déformation 
antennaire. Comme on peut le voir par ce dessin, l'antenne 
droite se trouve réduite à 8 articles dont le sixième est 
évidemment la réunion de 2 articles soudés. Telle qu'elle 
se compose, cette antenne ne dépasse pas la base du 
tliorax. L. Pi.anet. 

LE MACERON 

(Smyrnium Olusatrum L.) 

La plupart des Ombellilères sont remarquables par 
leurs propriétés aromatiques- et excitantes qui depuis 
longtemps les ont fait rechercher pour l'usage médical 
ou alimentaire. Quelques-unes sont passées de mode, 
par exemple le chervi ; d'autres ont été, il y a peu de 
temps encore, l'objet d'un engouement mérité comme le 
cerfeuil bulbeux. Le cerfeuil, le persil, le panais, lacarotte, 
le céleri, à des titres divers, sont restés dans la pratique 
courante. Il n'en est pas de môme, tant s'en faut du 
Maceron. Maintenant qui connaît cette plante ou si vous 
préférez lui donner sa qualification botanique, le Smyr- 
nium Olusatrum? Certes nous n'aurions jamais songé à 
en parler si on n'en avait recommandé l'emploi il y a 
quelques années. L'odeur forte et répugnante des feuilles 
n'est pas engageante : on croirait avoir affaire à une 
Livêche exagérée dans son parfum et dans son àcreté. 
On se demande si véritablement on a pu, à une époque 
plus ou moins éloignée, utiliser cette ombellifère comme 
aliment. 

Théophraste.Dioscoride et son commentateur Matthiole, 
Pline, Daléchamp qu'il faut toujours citer, parlent lon- 
guement du Smyrnium, en exaltent les vertus mais exclu- 
sivement au point de vue médical : le Smyrnium alors 
guérissait tout et si M. Géraudel eût vécu en ce temps-là il 
l'aurait certainement mis en pastilles. Galien, par contre, 
tout en en parlant en médecin, signale l'usage qu'on on 
fait dans l'alimentation : au printemps il donne une tige 
qu'on peut manger crue, cuite, accommodée à l'huile, au 
Garum, au vinaigre ou au vin. 

Il paraît queCharlemagne — on l'a dit du moins — pu 
avait recommandé la culture dans ses villas impériale*. 
Nous n'avons trouvé aucune trace de cette recommanda- 
lion dans Sprengel, ni dans E. Meyer qui ont relevé les 
noms des plantes médicinales et alimentaires indiquées 
dans les Capitulaires de l'empereur à la barbe florie. 

D'où vient ce mot de Maceron sous lequel le Smyrnium 
est habituellement connu? Nous ne savons trop. Toujours 
esl il que Matthiole de Sienne, dit que l'ombellifère dont 
nous parlons, porte en Etrurie le nom de Maicrone. 
Au xvir siècle, le Maceron est indiqué pour ses qualités 
médicales mais nullement à litre de produit alimen- 
taire, dans le Dictionnaire universel de messire Antoine 
Furetière, abbé de Chalivoi, de l'Académie française 

Notre ami Dybowski, qui s'est fait en 188(1 l'apôtre du 
Smyrnium, reconnaît que les feuilles mangées en salade 
oui un goût trop fort pour nos palais délicats mais il 
vante la saveur agréable des racines. Il faut les faire cuire 
à grande eau avant de les jeter dans la friture. La culture 
en est facile ; les graines germent facilement sans même 



qu'il soit besoin d'arrosage. A ce point de vue c'eût été 
le légume idéal pour nos cultures de l'été 1893. Au bout 
de trois mois les racines sont suffisamment développées, 
atteignent 2.'i centimètres de long avec la grosseur du 
doigt. 

Mais, avant de le cultiver, il serait bon d'avoir le signa- 
lement du Maceron : 

Tige dressée, striée, fistuleuse, rameuse, à rameaux 
supérieurs opposés ; racine épaisse, fusiforme, rameuse; 
feuilles d'un vert gai, luisantes et comme lustrées en 
dessus, pâles en dessous, les radicales grandes,péliolées, 
profondément et plusieurs fois découpées, à divisions 
ovales, crénelées, celles de la tige moins développées et 
moins divisées; ombelle convexe à 5-15 rayons sillonnés 
glabres, épaissis à la maturilé, sans involucre et à invo- 
lucelle très réduite, fruits gros, arrondis, noirs et à 
côte très saillante. Toute la plante, les feuilles et les 
fruits principalement, répandent quand on les froisse 
une odeur forte que les anciens avaient comparée à celle 
de la Myrrhe. 

On rencontre le Maceron en France dans le Midi et dans 
l'Ouest, de préférence dans la région maritime. Il se 
plaît au voisinage des vieux châteaux où on l'a longtemps 
cultivé. 

Devez-vous déguster le Maceron? je n'ose trop vous le 
conseiller. Goûtez-le du bout des dents, si vous n'êtes 
pas trop hardi. Peut-être alors vous y ferez-vous et le 
mettrez-vous en bonne compagnie, sur le même rang que 
le cerfeuil bulbeux et que l'excellent chervi....? 

P. Hariot. 



DESCRIPTION D'UN MOLLESQUE ÏOBTEAU 



Ampiillaria Iciiiiissiiii.i . 

Testa tenuissima, umbilicata. ovata, nitens, lutoo-alba, spira 
exserta, scalata, apice crosa, anfracti ad suturam impressi 
canaliculati, deinde rotundati, tenuissime striati ; apertura 
oblongo-ovalis, fauce allia. 

Dimensions : longueur, G7 millimètres; largeur, 50 milli- 
mètres; épaisseur, 42 millimètres. Ouverture : longueur, 50 mil- 
limètres; largeur, 28 millimètres. 

Coquille remarquable par la minceur de son test et sa cou- 
leur d'un blanc jaunâtre. Sa forme est ovoïde et sa surface 




luisante. Son sommet, ((unique crodé, permet do distinguer 
cinq tours de spire convexes et arrondis se, développant d'une 
façon régulière et rapide, le dernier formant à lui seul la 
presque totalité de la coquille; en arrière, les tours s'inclinent 
brusquement du côté de la suture, qui occupe le fond d'une 



LE NATURALISTE 



121 



cavité profonde et anguleuse. Le sommet, de forme conique et 
formé par des tours qui semblent s'emboîter les uns dans les 
autres, s'élève au-dessus du dernier tour de quinze millimètres 
environ. Sur les premiers tours, on aperçoit à la loupe de 
fines stries longitudinales, presque droites, régulières et ser- 
rées; sur le dernier tour, indépendamment de ces fines stries, 
l'on voit largement espacées des saillies d'accroissement, qui 
suivent dans leur direction le contour du bord externe. L'ou- 
verture, légèrement déprimée par l'avant-dcrnier tour, est de 
forme ovale; son intérieur est d'un blanc opaque; son bord 
externe, droit, mince et tranchant, décrit une courbe arrondie 
dont l'extrémité postérieure vient s'unir à l'avant-dernier 
tour par une courbure étroite. Un dépôt calcaire, appliqué 
sur la base de l'avant-dernier tour, se réunit sans solution de 
continuité au bord coluinellaire; ce dernier, très large, mince 
et saillant, se déjette légèrement en dehors; il entoure un om- 
bilic assez large et profond qu'il recouvre un peu en dehors. 
Hab. : La Coca, province d'Orient (Equateur). Cette espèce 
m'a été remise par mon excellent ami M. Cousin, l'auteur de 
nombreuses découvertes et d'un important mémoire sur les 
Mollusques de l'Equateur. . . 

D r Jousseaume. 



ACADEMIE DES SCIENCES 



Séance du 16 avril. — M. A. Giard, en montrant qu'en 
biologie la statistique ne dispense pas de l'étude analytique 
des faits enregistrés, signale cependant certains cas de dédou- 
blement, des courbes, de Galton, qu'il pense pouvoir expliquer 
par le parasitisme. En appliquant la méthode de statistique 
graphique des courbes de déviation (1) à divers organes va- 
riables (longueur des pinces de Forficules mâles, longueur des 
cornes céphaliques du scarabée Xyloptrupes Gideon, largeur 
frontale de la carapace de Carcinus Mœnas) Bateson et Weldon 
ont trouvé .que les individus ne peuvent pas toujours se grou- 
per en un ensemble unique ; mais que parfois ils se groupent 
en deux ensembles. M. Giard pense pouvoir expliquer ce fait 
pour Carcinus Mœnas par l'action do Portunion Mœnadis, de 
même pour les Forficules et Xylotrupes Gedéon parla présence 
des Grégarines. Les deux ensembles représenteraient donc, 
d'une part, les individus sains, de l'autre les individus, 
infestés. — Af. Edmond Verrier présente une note de M. Bor- 
das sur l'appareil venimeux des Hyménoptères. M. Bordas, de 
l'étude d'une centaine d'espèces appartenant à une cinquan- 
taine de genres pris parmi les Aculeata, les Ichneumonidte, les 
Tentbrcdime, etc., conclut à l'existence de deux glandes chez 
tous les Hyménoptères : 1° une glande acide composée de 
trois parties : la portion glandulaire, le réservoir à venin et le 
canal excréteur; 2» la glande alcaline ou glande de Dufour; 
3° chez la plupart des Hyménoptères, on constate, en outre, 
l,i présence d'une troisième glande impaire granuleuse rectan- 
gulaire ou lancéolée, dont l'orifice excréteur débouche à côté 
de celui de la glande alcaline. — M. L. Cuénot, contrairement 
à Magretti (1881), Beauregard (1890), de Bono (1889), pense 
que le suc coloré, rejeté par certains insectes, comme moyen 
de défense (Timarclue, Coccinellse, Vésicants), n'est pas dû à 
un produit do sécrétion, mais est bien du sang comme l'a 
soutenu Leydig en 1859. — M. de Lacaze-Dulhiers présente 
une note de M. Frédéric Guitel sur les bourgeons musculaires 
des nageoires paires du Cycloptcrus lumpus. — M. Louis 
Mangin, à propos de la note de M. Prillicux et Delacroix sur 
te parasitisme d'une espèce de Botrytis, signale à l'Académie 
une note qu'il a présentée sur le même sujet à la Société de 
Biologie le 3 mars 1894 et dans laquelle il est arrivé au même 
résultat. — M. \Y. Russell étudie les modifications anato- 
miques des plantes de la mémo espèce dans la région méditer- 
ranéenne et dans la région des environs de Paris. En résumé, 
les plantes végétant sous le climat méditerranéen diffèrent 
ies mêmes espèces qui habitent la région parisienne par les 
caractères suivants : 1» épidermes à plus grandes cellules, 
plus régulières, à parois plus épaisses ; 2" écorce à tissu assi- 
miiatcur, l'emportant sur le parenchyme sans chlorophylle, ce 
dernier se transformant en tissu prolecteur; 3>> accroissement 
du diamètre des vaisseaux ; 4° augmentation du tissu palissa- 



(1) Francis Galton. Natural inheri tance. 
Millan et C°, p. 37 et suiv., 188(1. 



London, Mac 



dique et, par suite, de l'épaisseur des feuilles. — M. P. Fliclie 
signale la présence de fruits de Palmier trouvés dans le Céno- 
manien aux environs de Sainte-Menehould. — M. Stanislas 
Meunier a observé un mode de striage des roches dû à des 
glissements sur des galets et indépendant des phénomènes 
glaciaires. 

Séance dn 23 avril. — M. Albert Gaudry , à propos des 
fossiles de Montsaunès. recueillis par M. Harlé, montre que 
non seulement la mandibule de magot, mais tout l'ensemble de 
la faune, prouve un climat tempéré, plutôt chaud à cette 
époque dans la région des Pyrénées. — M. Perrier présente 
une note de M. Kiinckel d'Herculais sur les Diptères parasites 
des Acridiens, les Bombylides. Ces Diptères présentent un état 
d'hypnodie analogue à celui qu'on rencontre chez les Vési- 
cants. La métamorphose des Bombylides est partagée en deux 
stades; dans le premier, la nymphe, qui succède à une larve 
mixte, est active comme la nymphe d'un insecte à métamor- 
phose incomplète; dans le second, elle est inactive, plus inerte 
qu'une nymphe d'insecte à métamorphose complète. — M. Tou- 
reng a étudié l'appareil circulatoire de Dreyssensia poly- 
morpha, l'absence complète d'aorte postérieure la distingue 
facilement du reste des Mytilidés. — M. P. A. Dangeard sou- 
met à l'Académie le résultat de ses recherches' sur la structure 
histologique des Lichens. — M. Paul Vuillemin signale une 
Ustilaginée (Ustilago Vriesiana) capable de produire des 
tumeurs ligneuses chez les Eucalyptus. — M. Chauveau com- 
munique à l'Académie une réclamation de priorité de MM.. Phi- 
salix et G. Bertrand à propos de la note de M. Calmette rela- 
tive au venin des serpents. A ce propos, il rappelle que 
l'immunisation par accoutumance avait déjà été signalée par 
M. Kaufmann en 1888. — M. Chauveau expose à l'Académie 
les recherches de M. Kaufmann sur le lieu de formation de 
l'urée dans l'organisme animal et le rôle prépondérant du foie 
dans cette formation. 

A.-Eug. Malard. 



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Le Gérant: Emile DEYROLLE. 



Paris. — Imprimerie F. Levé, rue Cassette, 17. 



, 



16 e ANNÉE 



2 e SÉRIE 



X" 1 Ï4 



1" JUIN 1894 



GALET STRIÉ DE L'AFRIQUE AUSTRALE 



M. le D r Stapff, bien connu, outre d'autres travaux, par 
le percement du Saint-Gothard, a adressé plusieurs 
objets intéressants à l'exposition des actualités géolo- 
giques ouverte au Muséum d'histoire naturelle. Je veux 
seulement aujourd'hui appeler l'attention sur un galet 
strié particulièrement intéressant par sa provenance et 
dont le lecteur a la reproduction sous les yeux. 

A première vue, et sans hésitation possible, c'est un 
galet glaciaire reconnaissable aux stries qui recouvrent 
sa surface en faisceaux diversement orientés et qui ne 
sauraient se produire ni même subsister sur des galets 
roulés dans les torrents ou les fleuves ou sur le littoral 
de la mer. 

Aussi est-ce avec surprise que l'on apprend l'origine 
d'un semblable échantillon extrait du terrain carboni- 
fère d'Elandsfontein, près de Griquatown, dans la co- 
lonie du Cap de Bonne- 
Espérance. Des traces gla- 
ciaires provenant du Cap 
et datant de l'époque car- 
bonifère, voilà qui est bien 
invraisemblable. 

Aussi, malgré l'appa- 
rence, voilà qui n'est pas 
vrai et l'intérêt du galet de 
M. Stapff, loin d'en être 
amoindri, en est considé- 
rablement augmenté. 

Il montre en effet que 
des stries toutes pareilles 
à celles que portent les 
galets et les roches gla- 
ciaires peuvent être pro- 
duites par des agents tout 
autres que les glaciers. Il 
invite par conséquent à 
une très grande prudence 
toutes les fois qu'il s'agit 
de conclure la preuve d'un 

ancien glacier maintenant disparu, de la découverte de 
« stries glaciaires ». 

Le sujet, comme on le voit, mérite de nous arrêter un 
moment. 

Les couches d'où provient le galet qui nous occupe et 
où il était accompagné d'innombrables galets tout pareils 
consistent en un conglomérat surtout bien visible dans 
la localité de Dwyka et qu'on est assez d'accord pour 
rapporter à l'époque carbonifère. Ce conglomérat est 
recouvert par les schistes de Kymberley dans lesquels se 
rencontrent des glossoptéris et qui datent ou du carboni- 
fère supérieur ou du permien inférieur ; puis viennent 
les couches inférieures de karoo avec bois silicifié et qui 
correspond au grès rouge. Au-dessus s'étalent les assises 
du karoo supérieur, évidemment synchroniques de notre 
trias et contenant des dicynodontes et d'autres reptiles. 
Enfin l'infra-lias (rhétien) est représenté par les lits 
de Stornebergavec Phytlotcca, Equisetites, Cycadées et rep- 
tiles ne comprenant du reste pas de dicynodontes. 

Le conglomérat de Dwyka se montre entre Prieska, 

Kimberley, Hopetown où se réunissent les vallées du Vaal 

et de la rivière Orange et s'étend à partir de là sur un 

territoire considérable. Le géologue Dunn, qui 1' 

Le Naturaliste, 46, rue du Bac. Paris. 




Galet strié de Dwyka, Afrique du Sud. 1/2 de la grandeur naturel! 




déjà en 1872, le considère comme glaciaire et son opinion 
a été adoptée par beaucoup de savants. 

Cependant les difficultés ne manquent pas pour adop- 
ter cette conclusion et le contraste entre le dépôt et les 
masses qui le recouvrent au point de vue des conditions 
dans lesquelles auraient pris naissance les uns et les 
autres ne résulte aucunement de leur caractère. 

M. Stapp, après une étude très approfondie, est d'avis 
que M. Dunn et ses adeptes ont été victimes d'illusion. 
C'est tout à fait mon sentiment aussi et je crois que quand 
on les cherchera, on trouvera de tous les côtés des traces 
d'apparence glaciaire qui ne doivent en nulle façon leur 
origine à des glaciers. 

C'est ainsi qu'en 1870 M. Julien, actuellement profes- 
seur de géologie à la Faculté des Sciences de Clermont- 
Ferrand, pensait reconnaître des moraines profondes dans 
des couches remaniées de divers points de la vallée de 
la Seine. 
D'après cet observateur, le banc de grès de Fontaine- 
bleau qui forme la sur- 
face du plateau entre les 
petites rivières d"Esson- 
nes et d'Ecole est recou- 
vert d'un limon dans le- 
quel abondent les galets 
striés. « L'aspect de ces 
cailloux est remarquable, 
disait M.Julien; leur for- 
me polyédrique, les traces 
de frottement, leurs stries 
nombreuses, les font res 
sembler, à s'y méprendre, 
aux cailloux d'une morai- 
ne profonde. » 

D'un autre côté, et com- 
me pour compléter ces 
indications, plusieurs géo- 
logues, Belgrand et Col- 
lomb surtout, annoncè- 
rent l'existence, aux en- 
virons de Paris, de ro- 
ches en place, polies et 
cannelées comme le sont celles qui servent de support 
aux glaces. 

Collomb a étudié surtout à cet égard la colline de la 
Padole, en Seine-et-Marne, dont la surface, sensiblement 
horizontale, est en grès exploité par le pavage. Ce grès 
est sillonné de nombreuses stries, sensiblement paral- 
lèles et rectilignes, parfois très rapprochées, parfois à 
quelques cents mètres les unes des autres et dont la 
longueur varie de cinquante à soixante centimètres. Sur 
certains points, elles se croisent légèrement sous un 
angle très aigu; elles suivent les ondulations de la sur- 
face, exactement comme les stries qu'on observe sur 
les roches qui ont été frottées par les glaciers. Lorsque 
le grès est couvert pai'le calcaire delà Beauce, les stries 
ne se poursuivent pas sous ce revêtement. 

A trois kilomètres au nord de la Padole, près du vil- 
lage de Champcueil. il y a une autre butte de grès de 
Fontainebleau, faisant suite au même massif : sur le 
sommet très aplati, Collomb signalait un régime de 
stries en tout pareilles aux précédentes. Le grès y forme 
un petit plateau dénudé, presque horizontal, ondulé 
comme celui de la Padole. Sur un point du côté sud, les 
de grès s'infléchissent brusquement ; on y 



1-2'. 



LE NATURALISTE 



remarque un couloir rétréci par le bas, une espèce de 
harrenfelder à forte pente ; les stries y sont fortement 
accentuées; elles remontent le long des parois, comme 
on en voit au pied du pavillon Dollfus, au glacier de 
l'Aar. 

Sans hésiter, Collomb concluait que des glaciers seuls 
ont pu produire de semblables effets. Et certainement il 
émettrait la même opinion à l'égard d'un gros bloc de 
grès, récemment découvert à Gentilly, et dont je viens 
d'exposer un volumineux fragment sous le péristyle de 
la galerie de géologie du Muséum. 

Avant d'avoir été brisé, le bloc dont il s'agit était une 
grande table de 50 centimètres dont le contour était 
limité par sept pans. Partout la surface est polie, 
presque émaillée, comme il arrive aux roches qui ont 
été longtemps soumises à la friction de sable charrié par 
l'eau ou même par le vent. Les diamètres principaux de 
la table gréseuse étaient de 2™, 10 et de l m ,75. Les sept 
côtés mesuraient respectivement m ,84, ,r -,83, 1 mètre, 
0"',88, m ,76, ra ,60 et l m ,10. 

En examinant la surface supérieure du prisme sur- 
baissé qui constitue la masse gréseuse, on y remarque 
des rayures évidemment fort anciennes, disposées par 
groupes ou faisceaux et ressemblant, à première vue, 
d'une façon tout à fait frappante, aux Stries caractéris- 
tiques des blocs glaciaires. En certaines régions, ces 
délinéaments sont si serrés qu'on en compte jusqu'à une 
vingtaine sur une largeur de 30 centimètres. Leur lon- 
gueur est très variable, depuis quelques millimètres 
jusqu'à 10 centimètres. 

Un caractère tout à fait remarquable, c'est que beau- 
coup de ces stries, les plus longues, commencent par 
une partie un peu élargie, une sorte de cupule mesurant 
jusqu'à 6 millimètres de diamètre et se continuant 
avec une largeur progressivement moindre, jusqu'à ce 
qu'elles deviennent invisibles. 

Il y avait, sur la dalle, au moins trois directions prin- 
cipales de stries disposées en faisceaux distincts faisant 
avec un même bord, pris comme ligne de comparaison, 
des angles de 40, de 60 et de 90 degrés. Et il faut 
remarquer que toutes les stries parallèles constituant 
un même faisceau sont dirigées de la même façon, c'est- 
à-dire que leurs cupules sont toutes à une même extré- 
mité et leurs pointes à l'autre, ce qui paraît témoigner 
éloquemment d'une uniformité complète dans les fric- 
tions d'où elles résultent. 

Comme on le voit, la plupart de ces caractères coïn- 
cident avec ceux des blocs glaciaires striés, et je répète 
que Collomb, par exemple, aurait été d'avis que le bloc 
de Gentilly témoigne de l'existence d'anciens glaciers 
dans la région parisienne. 

Toutefois, bien des objections peuvent être faites à 
cette manière de voir. Ainsi, M. de Mortillet, qui a 
recueilli au Pecq, près de Saint-Germain, des silex très 
nettement striés, n'admet pas pour cela que les glaciers 
les aient apportés au point où on les ramasse aujour- 
d'hui : « Les glaciers, dit-il, en glissant sur le sol, pro- 
duisent, par leur poids, une trituration et un amalgame 
de tous les matériaux sous-jacents. C'est ce qu'on désigne 
>>ous le nom de boue glaciaire. Cette boue est caractérisée 
par le mélange d'éléments de toutes grosseurs qui se 
tiennent associés sans aucune trace stratificative et sans 
aucun ordre. Or, dans le diluvium du terrain quater- 
naire de Paris, il n'y a pas la moindre trace de cette 
boue glaciaire. Les éléments, au contraire, sont bien 



lavés et groupés suivant leur grosseur ou leur poids. Le 
sable est séparé du gravier et le gravier des cailloux. 
Il y a toujours une stratification bien nette, bien mar- 
quée. Les cailloux striés se trouvent évidemment là dans 
un dépôt de formation fluviatile. Les glaciers, pesant 
lourdement sur le sol et triturant les éléments sous- 
jacents, détruisent surtout les débris fossiles en phos- 
phate et en carbonate de chaux; aussi ne trouve-t-on pas 
de débris fossiles dans les formations glaciaires propre- 
ment dites, les formations dues à de véritables placiers. 
Il en est tout autrement dans les dépôts quaternaires du 
bassin parisien. Ils contiennent en abondance des 
coquilles remaniées provenant de diverses assises ter- 
tiaires, ef très fréquemment aussi des ossements d'ani- 
maux de l'époque même du dépôt. Les Elephas primi- 
genius sont commuas, et parmi leurs débris, ceux de 
jeunes individus se trouvent proportionnellement très 
nombreux; ce qui est très naturel dans les dépôts du 
grand cours d'eau, où les jeunes se noient plus facile- 
ment que les vieux, et ce qui est inexplicable avec un 
glacier. A l'époque quaternaire il y avait donc, dans la 
vallée de la Seine, un grand cours d'eau et non un gla- 
cier. Quant aux stries, elles ont dû se former par l'effet 
des glaces flottantes. » 

Peut-être cependant ne voit-on pas bien tout de suite 
comment des glaces flottantes peuvent strier des galets 
de silex. Pour le bloc de Gentilly, il y a des remarques 
spéciales à faire. Belgrand, Collomb et d'autres géo- 
logues, partisans de l'intervention glaciaire à Paris, 
avaient été obligés de rattacher cette intervention à une 
époque antérieure à celle où le diluvium s'est déposé. 
A la Padole comme à Champcueil, la direction des stries 
n'est pas en rapport avec celle du phénomène qui a 
façonné le relief actuel du pays. Les rivières, les vallée», 
les dénudations du plateau de la Brie sont, en moyenne, 
orientées vers le nord-ouest, tandis que les stries vont 
au nord-est, dans une direction presque perpendiculaire. 
On en devait conclure que les vallées n'existaient pas 
encore lorsque ces stries se sont produites, parce que 
les glaciers, quel que soit leur volume, se moulent tou- 
jours sur les reliefs du sol. Us cheminent comme les 
rivières, en suivant le thalweg existant. Si les vallées de 
la Seine, de l'Essonne, etc., eussent existé à cette 
époque, les glaciers auraient naturellement pris la 
direction du nord-ouest. Le relief était donc différent de 
ce qu'il est aujourd'hui ; ce qui ferait remonter la date 
de ces prétendus glaciers jusque vers la fin des temps 
pliocènes. 

Sans insister sur l'incompatibilité de cette conclusion 
avec les autres données actuellement acquises au sujet 
de la climatologie quaternaire aux environs de Paris, il 
faut noter que le bloc de Gentilly n'est pas en place, 
mais noyé, au contraire, en pleine masse de diluvium. 
S'il était strié depuis l'époque pliocène, il est bien sûr 
que les traces glaciaires en auraient été effacées par le 
long passage à sa surface des eaux et des sables dans 
lesquels il était enfoui. Et le glacier tertiaire étant éli- 
miné au moins pour ce bloc ainsi que les glaces flot- 
tantes, dont l'action semble devoir être incessamment 
inefficace comme outils de butinage, il faut nécessaire- 
ment rechercher ailleurs l'origine des stries qui nous 
occupent. 

Or, il semble que le problème soit tout à fait acces- 
sible et que la production des stries soit compatible 
avec le régime d'un gros bloc gisant dans les conditions 



LE NATURALISTE 



125 



de celui de Gentilly. On a dit qu'il faisait partie du revê- 
tement caillouteux étalé sur le flanc du coteau de Ville- 
juif. Par le fait seul de la déuudation consécutive au re- 
nouvellement et à l'infiltration des eaux sauvages, il 
descend depuis bien longtemps, suivant une direction 
dont la verticalité est plus ou moins modifiée par la dé- 
clivité du terrain. C'est un mouvement très lent qui a 
pour résultat de concentrer tous les résidus insolubles 
ou très cohérents des couches désagrégées et dissoutes, 
dont l'épaisseur du sol était naguère constituée avec un 
relief que parfois on peut évaluer. 

Dans ce mouvement progressif, un bloc, suffisamment 
gros, exerce sur les grains placés au-dessous de lui une 
pression considérable, et le moindre glissement doit des- 
siner à sa surface la trace de ces corps durs qui sont 
plus ou moins solidement enchâssés dans les masses 
voisines : à de très faibles variations dans la direction 
de glissement du bloc doivent correspondre des faisceaux 
spéciaux de stries. 

Il semble que la forme indiquée plus haut pour chacun 
de ces petits sillons soit caractéristique : la cupule 
placée à leur tète provient de la pression, sensiblement 
verticale, antérieure au glissement, et la diminution 
progressive de la strie du broyage progressif du petit 
burin qui, après quelques centimètres de friction, doit 
être complètement porphyrisé. 

La surface striée du bloc est d'ailleurs très certaine- 
ment sa face inférieure qui s'est présentée en haut par 
suite de la bascule du rocher lors de son éboulement 
provoqué par le travail des carriers. 

Celte histoire du bloc parisien s'applique très exacte- 
ment au galet de l'Afrique australe. Ici encore c'est au 
tassement subi par la couche caillouteuse que le creuse- 
ment des stries doit être attribué. Il faut remarquer tou- 
tefois que de semblables stries ne peuvent pas résulter 
d'un tassement pur et simple, et c'est ce qui explique 
1 absente de galets d'apparence glaciaire dans le nagel- 
iluhe ou dans les poudingues si fréquents à tous les 
étages. Il faut que le tassement soit accompagné d'un 
glissement relatif des parties juxtaposées, et ceci suppose 
des conditions qui ne sont pas fréquemment réalisées. 
C'est surtout sous l'inlluence de la dénudation que le 
phénomène peut se développer, et d'habitude alors, 
comme il s'agit de terrains superficiels, la pression n'est 
plus suffisante pour que les stries soient déformées. 
C'est parce que des conditions diverses doivent être réu- 
nies que des spécimens analogues à ceux de Gentilly ou 
de Dwyka sont si rarement rencontrés. Leur rareté ajoute 
à leur intérêt, et il importe de leur attacher à l'avenir 
une sérieuse attention. 

Stanislas Meumeb. 



LES INSECTES DES TEMPS PRIMAIRES 

[Mémoire lu à l'Académie des Sciences le 21 mai 1894.' 



Les Insectes des temps primaires sont restés pen- 
dant longtemps inconnus, vivant à la surface de la terre 
ou fréquentant le bord des eaux ; ils étaient après leur 
mort entraînés par les pluies ou les ruisseaux, et leurs 
dépouilles ne pouvaient se conserver que dans les sédi- 
ments accumulés au fond des lacs ou des estuaires : or 
les assises géologiques de ce genre ne se rencontrent 
qu'isolément et elles sont relativement de peu d'impor- 
tance. 



Au contraire lesZoophytes, les Mollusques et les Crus- 
tacés qui habitaient les mers à cette époque sont très 
répandus dans les collections, et les conditions qui ont 
présidé à leur enfouissement expliquent leur abon- 
dance dans les dépôts littoraux si développés aux épo- 
ques siluriennes, dévonienne, ou carbonifère; aussi ont- 
ils été l'objet de publications importantes. 

Le premier indice de l'existence ancienne des Insec- 
tes a «té signalé en 1833 par Victor Audouin lorsqu'il fit 
connaître l'emprunte d : une aile de Névroptère (1) prove- 
nant des nodules de minerai de fer de Coalbrooke Dale 
qui appartient à la période houillère. 

Depuis ce moment Germar, Goldenberg, Heer, H. Wood- 
ward et S. -H. Scudder décrivirent divers insectes du 
même âge représentés par des empreintes dont la netteté 
laissait beaucoup à désirer et ne donnait que des ren- 
seignements peu certains sur la nature des animaux 
dont elles provenaient. 

Jusque dans ces dernières années la France semblait, 
sous ce rapport, moins bien partagée que l'Allemagne, 
la Grande-Bretagne ou surtout l'Amérique du Nord, car 
elle n'avait donné aucun débris d'Insecte. 

Aujourd'hui, au contraire, ce sont les couches pri- 
maires de notre pays qui fournissent les documents les 
plus certains sur l'histoire des Insectes des époques 
anciennes, car d'admirables collections en ont été faites 
par M. H. Fayol dans les houillères de Commentry. — 
Depuis une quinzaine, d'années, de nombreux Insectes 
fossiles ont été découverts par le savant ingénieur, qui 
avec la plus grande libéralité s'estdessaisi de ses récoltes 
pour me permettre de les étudier. 

J'ai reçu de lui des matériaux de travail aussi variés 
qu'intéressants, révélant l'existence d'une faune des 
plus riches. J'ai examiné et comparé près de 1,500 échan- 
tillons à l'aide desquels il m'est maintenant possible 
d'établir les caractères des Insectes contemporains des 
végétaux qui ont formé la houille. L'étude en a été 
longue et diJficile, et si j'ai tardé à en faire connaître les 
résultats, c'est que je voulais multiplier les observations 
et ne présenter que des déterminations sérieusement 
contrôlées. Je suis arrivé maintenant à des conclusions 
qui me paraissent certaines et je demanderai à l'Acadé- 
mie la permission de les lui exposer. 

Les Insectes existaient dès la période silurienne : 
mais on n'en connaît qu'une empreinte qui provient des 
grès de Tarques (Calvados) et que j'ai décrite sous le 
nom de Palaeoblattina Douoillei. Dans les terrains Dévo- 
niens du Nouveau Brunswick plusieurs espèces ont été 
aussi rencontrées. 

Mais nous avons la preuve que dès la période houillère 
les Insectes étaient nombreux en espèces et qu'ils appar- 
tenaient au moins à quatre ordres : les Névropl ères, les Or- 
thoptères, les Thysanoures et les Homoptères. Beaucoup 
d'entre eux étaient de taille gigantesque et quelques-uns 
dépassaient par leurs dimensions les plus grands des ani- 
maux de ce groupe qui vivent actuellement ; quelques- 
uns en effet mesuraient près de 70 centimètres d'enver- 
gure. 

Bien que leur organisation soit, dans ses traits géné- 
raux, la même que celle des Insectes qui vivent autour 
de nous, elle présente dans certains types des caractères 
d'une grande importance, car ils jettent une vive lu- 

(1) Il fut nommé Corydalis Brongniarti par Audouin et Man- 
tell. 



I2i; 



LE NATURALISTE 



mière sur certains points obscurs de la morphologie de 
ces animaux et marquent les étapes successives que le 
type Insecte a subies avant d'arriver à sa forme défini- 
tive. 

Je ferai d'abord remarquer que le thorax est divisé en 
trois segments toujours reconnaissables, au lieu de for- 
mer une masse unique comme on le voit généralement ; 
on peut en conclure que les ganglions nerveux de cette 
partie du corps étaient distincts les uns des autres. 

Le premier segment tboracique des Insectes actuels 
porte la première paire de pattes, mais il est toujours 
dépourvu d'ailes. Ces organes de vol, au nombre de deux 
paires au maximum, sont insére's sur le méso et sur le 
métathorax. 

Quelques-uns des Insectes de l'époque carbonifère 
offrent déjà cette disposition, mais il en est d'autres où 
le nombre des ailes répond à celui des pattes et où une 
première paire d'ailes occupe le premier segment thora- 
cique. Ces Arthropodes sont donc hexaptères comme ils 
sont hexapodes. Ces premières ailes, plus petites que les 
autres ressemblent aux élytres rudimentaires du méso- 
thorax des Phasmides ; elles affectent l'apparence de 
lames arrondies à leur extrémité, soutenues par des 
nervures et rétrécies à leur base. 11 est probable que 
lorsque l'on connaîtra les Insectes qui ont précédé ceux 
de la période houillère on constatera que les dimensions 
des ailes prothoraciques étaient presque égales à celles qui 
viennentaprès, ou bien que les troispaires d'ailes étaient 
petites et égales entre elles. Ces appendices alaires du 
prothorax ont disparu chez les Insectes actuels; ils sont 
télraptères ou même diptères et parmi les premiers nous 
remarquons une réduction notable dans la longueur de 
l'une des paires d'ailes, tantôt de la paire mésothora- 
cique (quelques Coléoptères, Forficules, Phasmes, etc.), 
tantôt de la paire métathoracique (Lépidoptères, Hymé- 
noptères, Ephémères, etc.). 

En outre plusieurs de ces anciens insectes ont conservé 
à l'état adulte, des caractères qui ne se retrouvent de 
nos jours que chez des nymphes ou chez des larves. Ainsi, 
chez quelques-uns, les membranes supérieure et infé- 
rieure des ailes n'étaient pas intimement soudées l'une 
à l'autre, comme cela se voit encore dans les moignons 
alaires des nymphes et par conséquent devaient per- 
mettre au sang de circuler librement. Ces mêmes insectes 
et d'autres de groupes différents offrent, à l'état adulte, 
des appendices latéraux de l'abdomen qui nous parais- 
sent comparables aux lames respiratoires de certaines 
larves de Névroptères dans lesquelles se distribuent de 
nombreuses trachées, mais qui n'ont qu'une courte 
durée, excepté dans certaines espèces de la famille des 
Perfides; doit-on en conclure que l'existence de cet 
appareil pseudo-branchial était lié aux nécessités de la 
vie d'Insectes constamment plongés dans une atmos- 
phère chaude et humide comme celles des rivages du 
lac de Commentry, nous ne saurions l'affirmer et nous 
nous bornons à en indiquer la possibilité. 

Si maintenant nous examinons les Insectes fossiles 
primaires au point de vue des rapports qu'ils offrent 
avec la faune actuelle, nou§ voyons qu'ils diffèrent tout 
à fait des types vivants, non seulement spécifiquement 
et génériquement, mais même qu'ils ne peuvent rentrer 
dans les familles créées pour les types qui vivent de nos 
jours; il a été nécessaire de former des groupes nou- 
veaux qui prennent place dans les ordres actuels. Les 
Névroptères sont largement représentés et offrent déjà 



une grande variété de formes. Nous y avons reconnu six 
familles qui ont des rapports avec les Éphémérides, les 
Odonates et les Perfides. C'est parmi ces Névroptères 
qu'il existe des types à six ailes ou possédant des lames 
respiratoires abdominales et des espèces de très grande 
taille se rapprochant de nos Libellules. 

L'ordre des Orlhoptères est représenté par des Blattes, 
des Phasmes, des Locustes et des Criquets, c'est-à-dire 
à peu de chose près par les groupes qui sont encore 
vivants. Cependant on remarque des différences secon- 
daires assez notables entre ces anciens insectes et leurs 
représentants actuels, différences qui résident princi- 
palement dans la disposition des ailes. Ainsi tandis que 
les ailes postérieures de nos Orthoptères offrent un 
champ anal très large, traversé par des nervures dis- 
posées en éventail et qui se replie sous les champs anté- 
rieurs, les insectes houillers avaient les deux paires 
d'ailes moins différenciées et les postérieures ne pré- 
sentaient pas un champ anal très développé. 

Un autre caractère du plus haut intérêt se rencontre 
chez les Blattes. Les espèces de notre époque pondent 
leurs œufs contenus dans une capsule ovigère ; d'autres 
sont ovipares ; les Paléoblattides étaient pourvus d'un 
oviscapte et pondaient leurs œufs un à un, comme le 
font nos Sauterelles et nos Phasmes. 

Les Phasmes actuels ont les ailes de la première paire 
réduites à l'état d'écaillés; les Protophasmides houillers 
avaient les quatre ailes bien développées. 

Les Protolocustides et les Paléacridides représentaient 
les Orthoptères sauteurs; mais leurs ailes postérieures 
égalaient les antérieures et ne se repliaient pas en 
éventail. De plus les Paléacridides avaient de longues 
antennes tandis que celles de nos Criquets sont courtes. 

Les Homoptères étaient représentés dans les temps 
primaires par des types dont la nervation des ailes rap- 
pelle beaucoup celle des Fulgorides, mais tandis que ces 
derniers ont des antennes très réduites, ces organes 
étaient au contraire très développés chez les Protoful- 
gorides. 

Enfin quelques espèces présentaient les pièces buc- 
cales allongées, ce qui permet de penser que ces 
insectes puisaient à l'aide de ces instruments les sucs 
des végétaux. 

Je n'entrerai pas aujourd'hui dans plus de détails, car 
la description de toutes ces espèces forme l'objet d'un 
travail spécial accompagné de nombreuses planches et je 
me contenterai de dire que, en mettant de côté les 
Blattes dont une étude détaillée sera faite ultérieurement, 
j'ai reconnu 62 genres représentés par 137 espèces, sur 
lesquels 46 genres et 103 espèces sont nouveaux et pro- 
viennent de Commentry. 

Cette étude éclaire d'un jour nouveau l'histoire et le 
développement des insectes: elle prouve leur antiquité"; 
elle montre qu'ils n'avaient pas acquis, malgré leur 
grande taille, le perfectionnement organique que nous 
leur connaissons de nos jours. 

L'étude des insectes fossiles primaires vient enfin 
corroborer les données fournies par les végétaux rela- 
tivement à la climatologie de la période houillère et 
prouver que l'atmosphère était alors humide et chaude, 
et qu'il y avait sans doute une lumière intense. 

Charles Brongniart, 

Assistant de Zoologie 

au Muséum d'Histoire naturelle. 



LE NATURALISTE 



127 



PHOTOGRAPHIE 



EPREUVES POSITIVES DIRECTES OBTENUES A LA 
CHAMBRE NOIRE 

Il y a souvent intérêt, dit M. G. Balagny dans la Science 
en Famille, à obtenir directement un positif à la chambre 
noire, ou bien à faire immédiatement d'un cliché néga- 
tif que l'on possède un autre négatif augmenté ou réduit. 

Continuant en cela nos premières études sur les 
contre-types par contact au moyen des plaques simples 
bichromatées, nous avons cherché à rendre plus cou- 
rante, pour ainsi dire, et absolument pratique, une mé- 
thode au moyen de laquelle on peut obtenir directement 
par la chambre noire un positif d'un objet photographié : 
paysage, portrait, reproduction, etc. La plupart de nos 
prédécesseurs en la matière travaillent en plein jour. 
Nous, nous travaillons à l'obscurité et nous croyons que 
là est le secret d"une réussite à peu près certaine. Sans 
doute, l'on pourra avoir quelques insuccès de pose ; 
mais en général, nous le répétons, si l'on suit bien ce 
que nous allons écrire, on réussira d'une façon absolu- 
ment satisfaisante. 

Nous prenons toujours des pellicules, des plaques 
souples, mais les glaces vont naturellement aussi bien. 
Toutefois, vu la quantité d'acide nitrique employée, il y 
a quelquefois, avec le verre, des soulèvements. 

Qu'allons-nous reproduire? 

Supposons un cliché négatif à réduire en positif plus 
petit : nous chargeons notre châssis, comme d'habitude, 
avec une bonne plaque autant que possible exempte de 
voile, et nous faisons cette opération à la lumière de la 
lanterne de notre laboratoire, comme si nous faisions un 
cliché ordinaire. 

Notre négatif à reproduire est fixé, au moyen d'un 
cadre, sur un volet éclairé du dehors, par une glace 
à 45 degrés; tout a été disposé pour que la lumière du 
jour seule puisse passer à travers le sujet que nous vou- 
lons reproduire. 

Pose à volonté, suivant le cas. 

Nous développons avec un bain vieux ou lent d'hydro- 
quinone ainsi composé: 

Eau 1000 grammes. 

Sulfite 250 — 

Hydroquinone 15 — 

Pour développer, prendre un volume de ce mélange 
et ajouter un volume d'eau; puis, bromure de potas- 
sium à 10 p. c, 6 à 10 centimètres cubes; nous ajoutons 
alors le carbonate de soude en solution à 25 0/0, portion 
par portion, jusqu'à ce que l'image se montre bien, et 
nous laissons celle-ci monter, en blancs et noirs très éner- 
giques, en évitant que les blancs puissent s'entamer ni se 
griser. 

Nous lavons alors bien complètement, de manière à 
éliminer toute trace du révélateur ; il faut au moins dix 
minutes d'eau courante. 

Ce lavage doit être fait à la lumière de la lanterne. 
Nous retirons alors l'épreuve de l'eau pour la déposer 
sur une plaque d'ébonite, toute humide, couche en des- 
sous, et nous l'exposons pendant 10 à 20 secondes à la 
lumière diffuse derrière le carreau d'une fenêtre. 

On comprend que dans cette opération les blancs du 
positif seront impressionnés, puisque les noirs formés 
d'argent réduit ont servi d'écran à la couche sous-jacente 
de bromure d'argent. 



Nous relevons alors notre positif pendant quelques 
instants, juste le temps de préparer le bain suivant : 

Eau 1000 grammes. 

Bichromate de potasse 30 — 

Acide nitrique 12 cent, cubes. 

Nous mettons le positif dans une cuvette en verre, et 
nous jetons ce bain à la surface. 

Son action est d'effacer les noirs du positif. L'argent 
réduit, comme l'a très bien dit le capitaine Bing, repasse 
à l'état de nitrate d'argent, lequel, en présence du 
bichromate, donne lieu à un dépôt pulvérulent de chro- 
mate d'argent, qui présente une image en ton brique se 
détachant sur les blancs non attaqués de notre positif. 
Il faut arrêter l'action quand, par transparence, on com- 
mence à percevoir l'image formée par les blancs, et qui 
ont très légèrement noirci lors de la deuxième exposition 
derrière la fenêtre. 

On lave alors vigoureusement, de manière à enlever 
tout le bichromate, et quand toute trace en a disparu, on 
redéveloppe, soit avec le bain neuf d'hydroquinone, soit 
avec l'acide pyrogallique, qui va aussi très bien. 

Pour développer, nous ajoutons 2 cent, cubes de bro- 
mure de potassium à 10 p. c, et 10 cent, cubes de car- 
bonate de soude à 25 p. c. 

SOLUTION PYROGALLIQUE 

Eau 1 00 grammes. 

Sulfite 25 — 

Pyrogalloi 1 — 

Les blancs du positif primitif vont donc se réduire et, 
comme ils correspondent exactement aux noirs du mo- 
dèle, nous aurons un négatif direct. 

Sous les parties qui ont été protégées par le bichro- 
mate, et qui constituaient auparavant les noirs de notre 
positif, il y a encore un peu de bromure d'argent qui n'a 
pu être altéré lors de la deuxième exposition. Nous enlè- 
verons tout ce bromure en fixant notre contre-type dans 
une solution d'hyposulfite à 25 p. c. 

Bien laver après le fixage. 

On doit obtenir ainsi des contre-négatifs très beaux, 
très détaillés et très énergiques. 

Si l'on a employé une plaque souple, on la laisse pen- 
dant deux heures au moins dans le bain suivant : 

Eau 1000 grammes. 

Glycérine 30 cent, cubes. 

On l'essore ensuite en le plaçant sur une glace, couche 
en dessous, sans laver, et on la met à sécher à plat sur 
une table, couche en dessus. 

Voilà tout le procédé dans sa simplicité. 

Nous nous séparons du capitaine Bing en ce que, après 
le premier développement, il lave rapidement, de ma- 
nière à laisser, malgré ce lavage, beaucoup d'oxalate de 
fer dans l'épaisseur de la couche. Il expose alors à la 
lumière; mais, dit-il, il faut arrêter cette action à temps, 
sinon on aurait plus tard un mélange de positif et de 
négatif dans l'image. 

Il y a dans cette manière d'opérer, croyons-nous, une 
grande incertitude ; ce qui fait dire à l'auteur du pro- 
cédé, un peu plus loin, dans la communication, que 
malheureusement ces images ont rarement l'intensité 
désirable. 

Aussi recommande-t-il le renforçage au bichlorure. 

Dans notre méthode, au contraire, nous avons une 
très grande énergie; c'est assurément ce qui la distingue 
de la précédente. 

Entre autres applications du procédé, nous citerons la 
réduction de l'agrandissement des clichés par contre- 



128 



LE NATURALISTE 



types directs, la formation des positives directes à lu. 
chambre noire; et, par voie de conséquence, si on inter- 
cale une trame dans le châssis, l'obtention directe de po- 
sitifs graines à la chambre noire, devant servir immédia- 
tement à l'impression du zinc pour la photographie. 

C'est là, pour nous, la grande application du procédé 
actuel, car celte question des impressions dans le texte 
est bien certainement celle qui est le plus à l'ordre du 
jour parmi toutes celles qui intéressent aujourd'hui la 
photographie. 

(Photo-Gazette). E. Santini de Riols. 



LA FLORE DE L'INDE 

DANS SES RAPPORTS AVEC LA FLORE DE FRAfTCE 



Héiléracées 

Hedera hélix L. (Paris). Rochers, bois, murs. — Himalaya 
1.80» à 3.000 mètres, monts Khasias 1.200 à 1.800 mètres. 

— D. De l'Europe occidentale au Japon. 

Cornacées 
Cornus sanguinca L. (Paris). Haies, Bois. — Cachemir 2.100 mè- 
tres. — D. Asie occidentale et septentrionale, Europe. 
Caprifoliacées 

Adoxa Moschatellina L. (Paris). Haies, bords des ruisseaux. 

— Vêlizy, Cachemir 3.400 mètres. — D. Nord de l'Europe, 
Asie, Amérique. 

Sambucus Ebulus L. (Paris). Bons terrains. — Abondant au 
Cachemir 1.800 à 3.000 mètres. — D. Europe, Nord de 
l'Afrique et jusqu'aux monts Elbourz (Perse). 

Viburnum L. 17 espèces. 

Lonicera alpigena. L. — Alpes, Pyrénées, Auvergne : du 
Cachemir au Cumaou 2.700 à 3.600 mètres. — D. Alpes 
d'Europe. 

Rnbîacées 

Cette famille qui est représentée aux Indes par 91 genres 

ne présente de communes que les espèces suivantes : 

Rubia tinctorum L. Cultivé. — Cultivé au Cachemir et dans 
le]Sindh. — D. De l'Afghanistan en Espagne, Tripoli. 

Galium rotundifolium L. Bois des montagnes. — Monts Hima- 
layas et Khasias 1.200 à 300 mètres, commun; ouest de 
la Péninsule Nilgiris. — D. Europe, Nord de l'Afrique, 
Ouest de l'Asie. 

Galium boréale L. Lieux humides dans le nord. — Himalaya 
tempéré occidental 1.500 à 3.300 mètres. Cachemir. — 1). 
Nord et centre de l'Europe, Asie, Amérique Caucase, 
Arménie. 

Galium aparins L. (Paris). Haies, bois, lieux cultivés. — Hima- 
laya tempéré, Thibet occidental, monte jusqu'à 3 600 mètres, 
du Cachemir et du Sait Range au Sikkim. — D. Europe, 
Nord de l'Afrique, Nord, ouest et centre de l'Asie, Maroc. 

Galium Mollugo L. Haies, Bois. — Parties montagneuses de 
l'Inde; 900 à 3.000 mètres. Himalaya, monts Khasias, 
parties les plus élevées des Ghattes et des montagnes de 
Ceylan. — D. Birmanie, Europe, Nord de l'Afrique, Asie 
tempérée. 

Galium tricorne W'ith. Paris). Moissons. — Himalaya occi- 
dental, Cachemir 4.000 mètres. Thibet occidental, collines 
;'i Attock. — D. Europe centrale et méridionale, Afrique 
septentrionale, Asie occidentale. Tripoli, Maroc. 

Galium spurium L. (Paris). Haies, bois, lieux cultivés. — Ca- 
chemir. 

Galium verum L. (Paris). Prairies, coteaux, haies. — Hima- 
laya occidental, Cachemir. — D. Europe, Nord de l'Afri- 
que, Nord et ouest de TAsie. 

Galium selaccum Lam. Provence. — Panjab à Ilussar. — D. 
mehistan, Afghanistan, Asie-Mineure et Grèce. 

Galium vernum Scop. Midi, Alpes, Pyrénées. — Himalaya 
occidental. Chumba, 2.700 mètres. — D. Centre et sud do 
l'Europe, Sibérie. 

Asperula cynanchica L. (Paris). Lieux arides. — Himalaya 
occidental, Cachemir 2.400 mètres, Kistwar 2.100 à 2.700 
mètres, Garhwal 3.400 mètres. — D. Europe, Asie-Mineure. 



Valcrianacées 

Valeriana dioïca L. (Paris). Nord, lieux humides. — Himalaya 
tempéré occidental du Cachemir au Caracorum 3.300 à 
4.000 mètres, fréquent. — D. Asie du Nord-Ouest, Europe. 

Valeriana ollicinalis L. (Paris). Lieux humides. — Nord du 
Cachemir, Sonamurg 2. 400 à 2.700 mètres. Kunzhvan. — 
D. Nord et Ouest de l'Asie, Europe. 

Valerianella microcarpa. Lois, Midi, Cachemir. — D. Europe, 
Asie, Nord de l'Amérique. 

Dipsacécs 

Dipsacus L. Himalaya (1), Khasias (2), Nilgiris (3), Ceylan (4). 

4 espèces (I). 
Scabiosa L. 

(A suivre.) 

H. LÉVEILLK 



L'IGNICOLORE 

(Euplectes franciscanus .) 



De tous les petits Passereaux exotiques de volière, 
l'ignicolore est sans contredit l'un des plus remarquables 
par la beauté de son plumage; tous les amateurs con- 
naissent cet oiseau dont la couleur d'un rouge de feu lui 
a valu le nom (L'ignicolore. La taille du mâle est celle 
d'un moineau, mais son plumage de noces est resplen- 
dissant, : sa tête et ses joues sont recouvertes d'une ca- 
lotte d'un noir de velours; la même teinte s'éfend sur 
l'abdomen, mais elle est séparée de celle de la tête par 
un plastron d'un rouge brillant; les ailes sont brunes, 
marquées de brun fauve, le bord des plumes étant plus 
clair que le centre ; le bec est noir et les pieds jaunâtres. 
La femelle a le dos semblable à celui de notre moineau, 
le ventre brun clair, l'œil surmonté d'un trait jaune. 
C'est aussi le plumage du mâle en hiver et sous cette 
livrée on reconnaîtrait difficilement l'oiseau au brillant 
plumage que nous venons de décrire. 

L'ignicolore avait été placé par Cray dans la famille des 
Tisserins, par de la Fresnaye dans celle des Veuves, par 
Vieillot dans ses Loxies; pour les ornithologistes mo- 
dernes, c'est l'Euplecte franciscain ou flamboyant (Eu- 
plectes franciscanus) ; il habite toutes les contrées humi- 
des de l'Afrique, depuis la Nubie centrale jusque dans 
l'intérieur. 

Lorsque dans le sud de la Nubie, dit Brehm, les verts 
dourrahs, qui couvrent tous les endroits cultivés des 
bords du Nil, commencent à mûrir, le voyageur est 
témoin d'un superbe spectacle : un gazouillement attire 
son attention sur un point du champ et là il voit sur un 
des épis les plus élevés, brillant comme une flamme, un 
oiseau splendide qui se tourne et se retourne de tous les 
côtés. C'est le chanteur dont il a entendu la voix; mais 
son chant trouve de l'écho : d'autres lui répondent et 
des douzaines, des centaines de ces oiseaux d'un rouge 
éclatant se détachent sur le vert des végétaux; chacun 
en se montrant semble vouloir faire admirer la beauté 
de son plumage; il lève les ailes, il se baigne dans les 
rayons du soleil; puis, aussi vite qu'il a apparu, il dis- 
paraît pour se montrer de nouveau quelques minutes 
plus lard. Il préfère les endroits cultivés au désert et ce 
n'est qu'en dernière ressource qu'il s'établit au milieu 
des herbes et des roseaux. Ln champ de dourrah est 
pour lui un paradis d'où il se laisse difficilement chas- 
ser. Il vit à la faconde l'Effarvaielte : il grimpe lelong des 



'1) Les chiffres placés près (les noms indiquent qu'à chaque 
icalité correspond une espèce différente. 



LE NATURALISTE 



129 



tiges, soit en montant, soit en descendant, court sur le 
sol entre les chaumes, au milieu desquels il se cache 
quand un danger le menace. Lorsque les champs sont 
moissonnés et qu'il n'y trouve plus d'asile, il rôde dans 
le pays. On ne peut pas dire que l'Euplecte franciscain 
forme réellement des colonies, cependant c'est un 
oiseau sociable. Leurs nids, formés de tiges vertes, sont 
aussi artistement construits, mais plus légèrement que 
ceux des autres Tisserins. L'oiseau ne les suspend pas, 
il les cache dans de petits buissons entourés de hautes 
herbes, au milieu des tiges de dourrah, ou même dans 
les herbes. Ces nids varient beaucoup de forme et de 
grandeur: les uns sont arrondis, les autres allongés. En 
moyenne, ils ont de 19 à 22 centimètres de long et 11 à 
14 centimètres de large. Les parois en sont treillages et 
si lâches qu'on peut y apercevoir les œufs. Ceux-ci, dont 
le nombre varie de trois à six, sont bleu de ciel. Souvent 
on trouve dix à douze de ces nids dans un espace de 
quelques mètres carrés. 

Petit et Quartier-Dillon, qui ont observé ces oiseaux 
en Abyssinie, ont remarqué qu'ils muent en août et que 
leur plumage n'est complet qu'à la fête de la Croix 
(7 septembre) : d'où le nom donné dans le pays à cette 
espèce. La dernière mue a lieu en décembre et c'est alors 
que les Euplectes revêtent leur plumage d'hiver. 

On peut dire que si l'Ignicolore ressemble à ce mo- 
ment à notre moineau, il offre avec lui d'autres rapports 
frappants : ces oiseaux se réunissent à certaines époques 
en bandes nombreuses et se jettent sur les champs cul- 
tivés où ils causent des dégâts considérables. Les mal- 
heureux indigènes, qui n'ont d'autres ressources pour 
vivre que la récolte d'un coin de terre, sont obligés de 
poster des enfants, toujours en alerte, pour éloigner ces 
pillards. Dans le but de préserver leurs récoltes, ces gar- 
diens font mouvoir des épouvantails et emploient tous 
les moyens d'intimidation dont nous nous servons pour 
éloigner les moineanx : mannequins habillés des cos- 
tumes les plus grottesques, lambeaux d'étoffes suspendus 
sur des fils, etc. On prend aussi des quantités considé- 
rables d'Ignicolores au moyen de différents pièges, c'est 
ce qui explique le graud nombre de ces oiseaux impor- 
tés en Europe. 

L'Ignicolore s'habitue facilement à la captivité et se 
contente pour nourriture de menues graines et de pain 
détrempé dans du lait; mais il se reproduit rarement par 
suite de sa surexcitation à l'époque des amours. Autant, 
en plumage d'hiver, il est doux et sociable avec les com- 
pagnons de volière, autant il devient désagréable lors- 
qu'il a revêtu son beau plumage: il semble que l'orgueil 
s'empare alors de cet oiseau qui devient agressif et que- 
relleur; il redresse sans cesse les plumes du sommet de 
sa tête et, pris d'accès continuels de jalousie, il poursuit 
sans relâche sa femelle et les autres oiseaux, principale- 
ment ceux de son espèce. 

Son beau plumage s'altère en captivité et, après plu- 
sieurs mues, le rouge brillant prend une teinte orangée 
et quelquefois jaune pâle. 

Son chant n'a rien d'harmonieux et consiste en un 
mélange de sons aigus et durs qui imitent le bruit de la 
scie sur une pierre ou celui que fait le rouage d'une pen- 
dule qu'on remonte. 

Ces défauts n'empêchent pas l'Ignicolore d'être recher- 
ché par les amateurs, car il est l'un des plus beaux 
ornements des volières d'oiseaux exotiques. 

Albert Granger. 



METAMORPHOSES 

DU CARYOBORUS TAMARINDI 

Coléoptère de la famille des Bruchides. 



Désirant étudier et analyser le fruit du Tamarinier \Tama- 
rindus Indica) au point de vue de ses propriétés médicinales 
et alimentaires, nous nous étions fait envoyer des Indes fran- 
çaises des gousses de cet arbre à divers états de leur crois- 
sance. Au cours de nos recherches, nous avons rencontré dans 
les semences de ces fruits la larve d'un insecte coléoptère de 
la famille des Bruchides et du genre Caryoborus (Schœnherr) 
qui vit à leurs dépens. 

On connaît plusieurs Bruchides du genre Caryoborus vivant 
à l'état de larve dans les fruits de Palmiers et de Cassia divers : 
Germar (Mag. der Entom., III, 1818, p. 1, tab. 1) a signalé 
comme attaquant les noix de Coco aux Antilles, le Caryoborus 
ruficornis, qu'il rapporte plus loin au C. Curvipes de Latreille 
(Humboldt's, voy. 1, p. 158, tab. 16, fig. 5, 6) et qu'il décrit et 
figure à ses divers états. Plus tard, le professeur E. Blanchard 
{Histoire des insectes, vol. 2, p. 114, pi. 10, fig. 5 à 8), décrit 
une espèce nouvelle, le C. Pandani (Blanch.) trouvé à ses trois 
états dans les graines du Pandanus Vacoa envoyées de Mada- 
gascar au Muséum d'histoire naturelle de Paris. Ed. Lefèvre 
et A. Poujade (Soc. Ent. de France, 1884) font connaître les 
métamorphoses du C. Nucleorum (Fab.) qui vit dans les fruits 
de YOrbignyia humilis (Mart.). Enfin F. Decaux (Soc. des 
Agriculteurs de France, 1890) a obtenu l'éclosion du C. Bactris 
(Lin.) des fruits du Bactris setuloso (Mart.) provenant du Ve- 
nezuela, du C. Gonagra (Fab.) des gousses de V Adenanthera 
falcata, provenant des Indes françaises, et du C.Pallidus (Oliv.) 
des gousses du Cassia Occidentales venant du Gabon. 

D'après la comparaison que nous avons faite de notre 
Caryoborus avec les espèces déjà connues, et spécialement avec 
les exemplaires du C. Gonagra (Fab.) de la collection du 
Muséum de Paris (revus par Chevrolat d'après les types de 
Schœnherr), et après avoir consulté Fabricius (Ent. syst.) et 
Schœnherr (Gênera et species curcul. 1839), notre insecte 
serait une espèce nouvelle se rapprochant du C. Gonagra (F a.b.) 
par la taille, mais en différant par plusieurs autres caractères 
et surtout par les mœurs. 

Caryoborus Tamarindi A. Sp. (Cn. Decaux). Longueur 7 
à 8 millimètres, largeur3à 3 millimètres 1/2, elliptique allongé, 




Fig. A. Caryoborus Tamarindi (n. sp.j. 
de tamarinier. 



Fi<r. B. Semence 



brun rougeàtre, recouvert en entier d'une pubescence gris 
jaunâtre (lorsque cette pubescence se trouve enlevée par le 
frottement, on aperçoit sur les interstries de petites taches noi- 
râtres irrégulières). 

Télé arrondie, abaissée; couleur de poix, carinée au front 
entre les yeux, fortement mouchetée, finement velue avec bec 
saillant dirigé en bas. Cou de la largeur de la tète, arrondi en 
sphère. Yeux noirs, un peu échancrés en avant par le point de 
fixation des antennes, à surface fortement bombée, paraissant 
granuleux à la loupe. 

Antennes attachées sur les côtés du front, immédiatement 
devant les yeux, atteignant à peine la moitié du corps ; 4 pre- 
miers articles claviformes courts, les suivants grands, aplatis, 
en forme de scie, article terminal (onzième), moins plat, un 
peu plus long, presque en massue; tous ces articles sont brun 
rouge clair et velus ; le premier est un peu plus foncé. 



130 



LE NATURALISTE 



Lèvre supérieure brun foncé à bord clair et transparent, 
comme du parchemin, plus large que longue. 

Mandibules cornées, fortes, brun foncé; bord externe finis- 
sant par une pointe légèrement courbe et assez forte. 

Lèvre inférieure, menton parehemineux, une fois plus large 
que long, rétréci en avant; bord antérieur profondément 
creusé, droit au milieu, les cotés arrondis en arc et fortement 
saillants, surface velue. Palpes de 3 articles ; le premier le 
plus court, presque cylindrique, le deuxième deux fois aussi 
long que le premier, claviforme, à pointe mousse, le troisième 
un peu plus long, presque ovale. Tous ces articles sont couverts 
de poils isolés assez forts. 

Thorax court, 1 1/2 millimètre de long sur 2 1/2 de large en 
arrière, base bisinuée, angles postérieurs presque droits, sur- 
face fortement ponctuée, couverte de poils serrés. 

Écusson petit, plus étroit que long, divisé par un creux lon- 
gitudinal, couvert de poils serrés grisâtres. 

Eli/ très ovales, allongées 4 1/2 à o millimètres de longueur, 
2 1 2 à 3 millimètres de largeur, maximum de largeur vers le 
tiers antérieur, rétrécies légèrement en arriére, ne recouvrant 
pas le pygidium ; saillie des épaules brillante, fortement accu- 
sée, surtout à cause d'un léger enfoncement situé du côté in- 
terne près du cinquième interstrie qui se soulève légèrement 
et forme saillie; bord de la suture médiane un peu saillant au 
milieu, dix lignes de points vont de la base de l'élytre à la 
pointe; l'élytre est recouverte entièrement de poils serrés gris 
jaunâtre. 

Aile étalée 8 millimètres de longueur, 3 millimètres de lar- 
geur couverte de poils très fins qui, au bord, dépassent comme 
une frange et sont plus visibles sur les nervures. La ner- 
vure la plus forte est la marginale. 

Pattes insérées en trapèze, les hanches de la première paire 
se touchant presque, celles de la troisième se trouvant à deux 
millimètres l'une de l'autre ; les deux premières paires sont 
grêles, testacées; les postérieures ont les cuisses très renflées 
et aplaties légèrement sur les côtés, dentelées du milieu au 
sommet en forme de peigne, recouvertes de poils serrés gris 
jaunâtre, tibias arqués, cylindriques, tarses longs, un peu di- 
latés. 

Anneaux abdominaux. Le premier est aussi long que tous les 
autres ensemble, pourvu de pointes dirigées en avant, et s'en- 
fonçant sous le métathorax, au milieu et sur les côtés; la sur- 
face entière est bombée surtout au milieu; segment anal petit, 
un peu saillant. Toute la face inférieure est ponctuée et cou- 
verte de poils serrés. 




Fig. C. Caryoborus Tamarindi (n. sp.) — 1. Larve grossie. — 
2. Larve grandeur naturelle. 

Larve. Corps blanc ivoire, longueur 10 millimètres, étendu, 
charnu, convexe en dessus, aplati en dessous, anneaux thora- 
ciques plus gros que l'abdomen qui diminue de grosseur vers 
l'arrière, finement pubescent, composé de 12 segments et de 
6 pattes extrêmement réduites. 

Tête petite, enfoncée dans le premier segment, cornée, 
brune avec un sillon longitudinal s'alténuant peu à peu sur le 
front. 

Labre, ressemble à du cuir brun, plus large que long, cou- 
vert de poils isolés. 

Mandibules cornées, fortes, triangulaires, à côté interne avec 
une forte carène, sans dent terminale. 

l 'ni les insérées en trapèze sur le thorax, courtes, formées 
de drux articles, terminées par un tarse aigu et brun. 

Anneaux abdominaux, le troisième anneau thoracique et les 
huit segments abdominaux suivants portent un sillon trans- 
versal qui divise chaque anneau en deux parties, dont chacune 
est divisée elle-même en trois sillons longitudinaux de faible 
profondeur; ces bourrelets ou mamelons sont plus ou moins 



marqués selon les contractions de l'animal. La face ventrale, 
plus aplatie et à faibles saillies. Segment anal, plus petit, for- 
tement bombé en haut, sans sillon, plat en dessous, l'anus en 
fente transversale. 

SI ir/mates ronds, au nombre de neuf paires : la première pla- 
cée au bord latéral du mésot/iorax sur les bourrelets latéraux 
près du prothorax; les huit paires suivantes sur les bourrelets 
latéraux des segments abdominaux, à la partie antérieure de 
chacun d'eux. 

La larve fortement courbée parait se servir du segment anal 
pour se pousser en avant. 

Ni/mphe. Blanche, molle ; la tête montre les yeux très gros, 
à sillons puissants découpant les facettes; les antennes se pla- 
cent sur le dos par-dessus les épaules; les gaines des antennes 




Fig. D. — 3. Nymphe grossie. 

permettent de reconnaître nettement la forme de chaque ar- 
ticle; les étuis des Èlytres laissent le dos libre et s'étendent 
sur les côtés vers le ventre, leurs pointes se rapprochent et at- 
teignent le dernier anneau de l'abdomen. On voit les pattes 
antérieures; les postérieures, ayant la jambe repliée contre la 
cuisse, sont presque entièrement cachées par les étuis des 
élytres, qui ne laissent voir que l'extrémité de la cuisse et le 
tarse. Les élytres présentent quatre côtes élevées qui chez l'in- 
secte parfait deviennent des stries pointillées, le ventre et le 
dos montrent la segmentation normale jusqu'à l'anus. La peau 
de la nymphe est mince, semblable à du parchemin et couverte 
de poils fius. 

MŒURS 

Le Tamarindus Indica est un arbre élevé, faisant partie de la 
famille des Lér/umineuses. Il produit des gousses de 10 à 
13 centimètres renfermant une pulpe épaisse, molle, gluante, 
brunâtre, au milieu de laquelle on trouve une, deux, trois et 
rarement quatre semences, luisantes, comprimées, anguleuses, 
à enveloppe ligneuse, lorsqu'elles sont arrivées à maturité. 

Nous avons pu élever une quarantaine de ces insectes et 
suivre leurs métamorphoses, depuis la larve jusqu'à l'insecte 
parfait (nous n'avons pu observer la ponte). Nous supposons, 
par analogie avec les Lruchidcs connus, que le C. Tamarindi 
vient consacrer son union sur les branches et les feuilles du 
Tamarindus Indica quand il a cessé de fleurir et que ses fruits 
sont en formation. La femelle choisit un jeune fruit encore 
rudimentaire, perce l'épidcrmc avec son oviducte et y dépose 
un oeuf, puis va en faire autant à un autre fruit jusqu'à ce 
qu'elle ait fini de pondre. La petite larve aussitôt éclose s'ins- 
talle dans l'intérieur d'une des semences encore embryonnaires 
que renferme le fruit, et croit en se nourrissant des cotylédons. 
Molle, peu active, elle vit recourbée en arc sans beaucoup se 
déplacer; arrivée à son complet développement, elle quitte la 
gousse pour aller se chrysalider en terre, point sur lequel nous 
attirons spécialement l'attention. Elle perfore la paroi dure et 
presque ligneuse de la semence (le fruit étant arrivé à matu- 
rité) (fig. 2,) et, rencontrant des difficultés trop grandes, essaie 
en plusieurs points jusqu'à ce qu'elle réussisse à percer la 
paroi d'un trou rond de 1 à. 2 millimètres de diamètre pour 
s'échapper. En ouvrant une semence attaquée, on pourrait 
supposer, en voyant les traces de ces essais, qu'elle contenait 
plusieurs larves: il n'en est rien, et nous n'avons jamais trouvé 
qu'un seul insecte par semence. 

La larve adulte sort donc du fruit, s'enfonce en terre à 
quelques centimètres de profondeur et s'enveloppe d'une 
coque cylindrique, opaque, d'un blanc sale; examinée au mi- 
croscope, cette coque se présente sous la forme d'un réseau 



LE NATURALISTE 



■131 



irrégulier de gros filaments enchevêtrés et soudés entre eux 
(fig.5). La larve fabrique ce cocon à l'aide d'un mucus qu'elle 




Réseau de la coque vu au microscope. 



dégorge, et sans y faire entrer aucune autre matière; deux 
jours lui suffisent pour opérer ce travail. C'est dans cette 
coque qu'a lieu la transformation en nymphe ; dans nos caisses 
à éclosion, l'insecte parfait est sorti environ 30 à.3o jours après 
la formation du cocon; nous supposons qu'à l'état libre, il doit 
rester en terre jusqu'au printemps sous forme de nymphe et 
attendre la floraison du Tamarinier pour éclore. 

CONCLUSION 

Par sa métamorphose en terre dans une coque, le Caryo- 
borus Tamarindi diffère essentiellement des Caryoborus et des 
Hriicluis connus dont le développement se fait en entier dans 
la graine. Par exception, le C. Gonagra v Pab.) et le C. Pallidus 
(Oliv.), d'après les observations de Fabricius et de F. Dccaux, 
se transforment en nymphe après avoir quitté la graine, mais 
toujours sans sortir de la gousse, en s'entourant d'une coque", 
parfois même ils restent dans la graine comme les autres Caryo- 
borus. 

On voit donc que le Caryoborus Tamarindi, tout en se rap - 
prochant du C. Gonagra par les formes extérieures, en diffère 
complètement par ses mœurs et sa façon de se transformer en 
terre. Nous aimons ces sortes de comparaison parce qu'elles 
aident à fonder la véritable philosophie de la science. 

Cil. Decaux. 



DESCRIPTIONS DE MOLLUSQUES NOUVEAUX 



Dosinia Spaldingi. 

Testa suborbicularis, antice rotundata, depressapostice obtuse 
truncata, apice angulata interne arcuata,solida compresiuscula, 
nitida alba, apice roseotincta, concentrice lirata, liris confertis 
subelevatis versus utramque extremitatem lamellaribus,paucio- 
ribus in spinis acutis postice terminatis, striisque evanidis 
radiantibus decussata. Lunula cordata, striata profunde efl'osa ; 
area ovato-oblonga, oblique striata, in spinis crectis acute 
marginata ; ligamentum productum, lamellis altis amplcctum. 

Dimensions : long., 45 à 60 millimètres; larg., 58 à 65 milli- 
mètres ; épaiss., 24 à 31 millimètres. 

Coquille déprimée orbiculairc à sommet saillant, à extrémité 
antérieure déprimée, arrondie et plus petite que la postérieure, 



qui est légèrement anguleuse ;Vla jonction des bords supérieur 
et inférieur. Ce dernier décrit une demi-circonférence assez 
régulière. La face externe des valves, brillante et d'un blanc 
pâle teinté de rose au sommet, est ornée de petites côtes con- 
centriques régulières, assez élevées, se terminant en lamelles 
saillantes à l'extrémité antérieure. Ces lamelles, de longueur 
inégale et dont quelques-unes sont très saillantes, se recouvrent 
sans se toucher. A l'autre extrémité, ces lamelles sont plus 
épaisses et moins saillantes ; quelques-unes se prolongent en 
dehors et forment autour de l'écusson une couronne de pointes 
épineuses ; à la partie moyenne, ces côtes concentriques sont 
découpées par des stries rayonnantes, superficielles et à peine 
visibles à l'œil. Les crochets, assez saillants et recourbés du 
côté de la lunule, se touchent presque par leur base interne : 
la lunule, convexe, en forme de cœur et profondément enfoncée 
chez les sujets adultes, est obliquement et assez profondément 
striée. L'écusson, dont la forme est celle d'un ovale très allongé 
et anguleux aux extrémités, est orné de stries obliques, fines, 
assez saillantes et serrées. Le ligament, qui occupe à peu près 
la moitié de la longueur totale de l'écusson, est enveloppé par- 
deux lamelles saillantes, qui dépassent de beaucoup les bords 
de l'écusson desquels elles sont séparées par, un large sillon. 
Une crête saillante, couronnée d'épines, circonscrit l'écusson 
du sommet à la base. La face interne des valves ne présente 
de particularités spéciales que dans la profondeur et l'étendue 
de la fossette ligamentaire et dans la très forte dépression que 
forme l'extrémité inférieure de la lunule. Les bords sont lisses 
et les dents de la charnière s'élèvent sur une large surface 
plane qui s'étend sur les côtes jusqu'aux extrémités latérales. 

Hab. : Aden, Suez. Je n'ai recueilli que deux jeunes dans cette 
dernière localité. Les coquilles adultes que j'ai rapportées ont 
été draguées dans le port d'Aden. 

Cette dédicace à M. Spalding, directeur de la Perim Coal 
Company est un bien faible témoignage de ma reconnaissance. 
Son bienveillant accueil et l'empressement désintéressé qu'il a 
mis à me procurer les moyens qui pouvaient faciliter mes 
recherches m'ont révélé chez lui tout l'intérêt qu'il attachait 
aux recherches scientifiques. 

Mactra SKellwegerï. 

Testa ovato-oblonga, subtriangularis, tumida, antice trans- 
versim striata, postice lsevigata, hians, opaca, cinereo-flava. 







Fiï 



1. — Mactra Zellwc 



epistesta inferiore vestita; umboncs nudi, 
lunulaquc planiusculis livido violaceis, 



gen. 

fulvo radi 
exquisito 



ita : area 
striatis ; 



132 



LE NATURALISTE 



cardo latior, dentibus cardinalibus elongato-prominentibus ; 
pagina interna pallide violacea. 

Dimensions : long., 73 millimètres; larg., 50 millimètres; 
ëpaiss. . :>1 millimètres. 

Coquille ayant la forme d'un ovale allongé, dont les sommets 
assez distants dépassent le bord supérieur; cette saillie angu- 
leuse des sommets donne au contour de la coquille un aspect 
triangulaire. La face externe des valves est recouverte, excepté 
près îles crochets où elle a été usée par le frottement, par un 
épitest adhérent, assez épais etd'un gris jaunâtre; sur les bords, 
cet épiiest s'exfolie en lamelles plus ou moins longues. Il 
existe sur la moitié inférieure de cette face des sillons concen- 
triques, régulièrement espacés, qui vont de l'extrémité anté- 
rieure jusque vers le milieu des valves où ils finissent en mou- 
rant. Les inférieurs se prolongent plus que les supérieurs, qui 
s'arrêtent avant d'atteindre la ligne médiane, alors que les 
inférieurs la dépassent. Tout l'espace compris entre les sillons 
et les crochets ainsi que la moitié antérieure des valves est 
lisse et un peu luisante. La couleur est d'un gris jaunâtre, 
interrompue par une ou deux zones concentriques de couleur 
bleue. Des sommets, qui ont une teinte lilas, partent des rayons 
nombreux d'un brun pâle; les deux extrémités sont arrondies, 
déprimées, la postérieure plus longue, plus atténuée, est bail- 
lante à la partie supérieure de son extrémité. La lunule et 
Lécusson, large et déprimé, sont ornés de stries obliquement 
dirigées sur chaque valve, de haut en bas et de dedans en 
dehors : les stries inférieures de la lunule continuent avec celles 
que nous avons indiquées sur la face externe des valves. Les 
sommets saillants et recourbés sont séparés et distants. Le 
bord inférieur, assez mince, décrit une longue courbe arrondie. 
L'intérieur des valves, terne sous les crochets, un peu brillant 
sur les bords et aux extrémités, est d'un blanc violacé au centre 
et d'un brun violet aux extrémités. La charnière sur la- 
quelle s'élèvent des dents lamclleuses, longues et saillantes, 
est très étendue et large. Le ligament interne, très fort, est 
logé dans des fossettes profondes, et l'externe fait une légère 
saillie en dehors. 

Mah. : Zanzibar. Je dois la connaissance de cette espèce à la 
générosité dé M. Zellweger, auquel je suis heureux d'en offrir 
la dédicace. D^ Jqcsseaume. 



CHRONIQUE 



Une usine française aai Cap de Bonne-Es> 
pérance. — Au commencement de l'année 1893, une 
maison française a fait construire, non loin de Cap-Town 
une factorerie pour la conserve des langoustes. 
Tout l'outillage a été importé de France. L'Établissement 
est dirigé par un de nos compatriotes et le travail exé- 
cuté par des hommes ou des femmes indigènes, sous la 
surveillance d'excellents ouvriers français. On fabrique 
de 13 à 20,000 boîtes de conserves par journée de travail; 
mais il y a forcément des temps d'arrêt, lorsque l'état de 
la mer ne permet pasdese livrer à la pêche. On prend la 
langouste dans une eau peu profonde, au moyen d'un 
(ilet rond, ouvert par en haut et au fond duquel est at- 
tachée solidement, comme appât, de la chair de lan- 
gouste. Le (ilet, amarré au bateau par une corde, est 
lancé à 3 ou 4 mètres dans la mer et retiré au bout de 
quelques minutes, généralement plein. Le prix des lan- 
goustes, dont le poids varie de 1 à 5 livres, est d'en- 
viron 3 fr. 75 le cent, c'est-à-dire moins élevé que celui 
d'une seule langouste à Paris. 

La totalité des produits de la factorerie est exportée en 
France, et les demandes dépassent de beaucoup la pro- 
duction. Au mois d'août, il a été expédié 3,000 caisses 
contenant 300,000 boîtes de conserves, à destination de 
la France. 

Il existe, en outre, sur les côtes de la colonie, 37 sta- 
tiona de pêche, occupant 300 embarcations montées par 
1,408 pécheurs, dont 142 seulement sont européens. Le 



produit total de la pêche, pour l'année terminée au 

31 mars 1892, a été de 14,200,000 poissons de toutes es- 
pèces. (Bulletin des Pêches.) 

Le Polj'goniim Saccalinense aux. Indes. — 

D'après VIndian Agriculturist, la Saccaline serait fort 
connue et employée comme fourrage dans la province 
du Bengale. 

Elle y affecte, paraît-il, la même forme éminemment 
traçante que chez nous, pénètre dans les sols les plus 
durs et se développe avec une étonnante rapidité. 

Les tiges sont nombreuses et serrées ; elles entrent de 
bonne heure en végétation et atteignent rapidement une 
hauteur de 3 mètres. 

Les expériences qui ont été faites démontrent d'une 
façon indiscutable sa valeur comme plante fourragère et 
l'ardeur avec laquelle le bétail s'en nourrit. 

Une jeune plante arrive vite à couvrir avec ses feuilles 
un espace de 1 mètre carré. 

La première récolte est faite quand les tiges atteignent 
1 mètre à 1 m. 50. Si la seconde pousse est assez vigou- 
reuse, on fait une nouvelle coupe. Les années suivantes 
on fait couramment trois ou quatre coupes. 

La quantité de fourrage récolté est évaluée de 250 à 
475 tonnes par hectare. (Revue horticole.) 

Paons vivant à l'état sauvage en Hon- 
grie. — Les quatre paons domestiques, un mâle et trois 
femelles, lâchés depuis quelque temps dans le domaine 
de Szanny (Com d'OEdembourg) appartenant au prince 
Esterhazy, se sont multipliés. On compte maintenant 

32 paons qui vivent librement dans la forêt; plusieurs 
sont des oiseaux de toute beauté. D'allures peu sauvages, 
ils ne font preuve de défiance qu'à l'époque où ils con- 
duisent leurs petits : à la moindre alerte, ils s'enfoncent 
dans les plus épais taillis. En plein hiver, vieux et jeunes 
se montrèrent résistants aux froids en se juchant, pen- 
dant la nuit, au sommet des arbres élevés. La chair du 
Paonneau acquiert en liberté, comme on sait, une saveur 
toute particulière (Société d'Acclimatation). 

L'Horticulture delaFrance, — Cette revue des 
serres, des parcs et des jardins, qui est publiée à Lyon 
par MM. Gusin père et fils, comprend la description, 
suivant l'ordre alphabétique, de tous les végétaux d'or- 
nement, leur utilisation et leur emploi dans les cultures, 
leur mode de culture, etc. 

De nombreux dessins, fort bien exécutés par Mme (>an- 
gneron-Rachat, accompagnent le texte. La dernière li- 
vraison du 1 er mai contenait l'étude des genres Aira, Ai- 
zoon, Ajuga, Abebia, Alaugium, Alberta, Albuca, Alche- 
milla, Aletris, Aleurites, etc.. (Abonnement : 12 francs 
par an). 

Excursions de l'École d'Anthropologie. — 
L'École d'Anthropologie (15, rue de l'École de médecine 
Paris) fera les 3, 17 juin etl 01 ' juillet prochain des excur- 
sions, sous la direction de MM. G. et A. de Mortillet, dont 
voici le programme : 

Dimanche 3 juin. — Départ de Paris à 8 h. 15. — Dol- 
men de Trie-Chateau. — Dolmen de Villers-Saint-Sépul- 
cre. — Retour à Paris à 10 h. 25. (Rendez-vous à la Gare 
Saint-Lazare, salle des Pas-Perdus du côté de la Cour du Ha- 
vre, à 7 //,. 55 dumalin). — Dimanche 17 juin. — Départ de 
Paris à 8 h. i 5. — Dolmen avec sculptures de la Hellehaye, 
à Houry. — Dolmen avec sculptures d'Aveny, à Damps- 
mesnil. — Dolmen de Copière. — Retour à Paris à 11 h. 50. 
(Rendez-vous à la Gare Saint-Lazare, salle des Pas-Perdus, 
du côte de la Cour du Havre, à 7 h. 55 du matin). — Di- 



LE NATURALISTE 



133 



manche 1 er juillet. — Départ de Paris à 8 h. 40. — |Dol- 
men des Mureaux. — Dolmen de la Justice, à Epône. — 
Dolmen avec sculptures du Trou-aux-Anglais, à Epône. 
— Retour à Paris à 6 h. 2S. (Rendez-vous à la Gare Saint- 
Lazare, salle des Pas-Perdus, du côté de la Cour du Havre, à 
8 h. 20 du matin.) 

[Vota. — Les personnes qui désireraient prendre part 
à ces Excursions sont priées d'en aviser M. A. de Mor- 
tillet, à Saint-Germain-en Laye (Seine-et-Oise). 

Association française pour l'avancement 
des sciences. — Le prochain Congrès de l'Association 
se réunira à Caen du 9 au 15 août prochain. 



OFFRES ET DEMANDES 



— Les fils d'Emile Deyrolle. naturalistes, 46, rue du 
Bac, Paris, demandent en quantité des Calosoma syco- 
phanta. 

— M. Moberly, 9,Rockstone Place, Southampton, offre 
des chenilles de Callimorpha duminula en échange de 
chenilles ou de chrysalides de Prunaria, Lunaria, Albici- 
liata. 

— Belles collections de Ténébrionides européens et 
exotiques à vendre, contenant 1350 espèces et 1480 exem- 
plaires en 27 cartons, prix 275 francs. (S'adresser aux 
bureaux du Journal.) 

— M. Lionel Stones, Northwood, seymour Grove, old 
Trafford, Manchester, offre en échange des papillons de 
sa région. 



ERRATUM 



— Dans le résumé de la séance de l'Académie des Sciences du 
23 avril la note de M. Toureng doit être rectifiée ainsi : « Le 
Dreisscnsia se distingue des autres Mytilidés par l'existence 
d'une aorte postérieure pérircctale. » 

— Dans l'article de M. Gadeaude Kerville, précédent numéro, 
p. 112, col. 1, 1. 10, lire : « et chez les autres Ruminants à 
cornes d'apparence multiple, — sauf quelques rares exemples 
où l'os frontal présente trois chevilles osseuses avec étuis cor- 
nés, » — au lieu de : « et chez les autres Ruminants multiples, 
— sauf quelques rares exemples où l'os frontal à cornes d'ap- 
parence présente trois chevilles osseuses avec étuis cornés. » 

D°, 1. 30, lire : « la furcation animale des cornes des Rumi- 
nants, » au lieu de : «la furcation des cornes des Ruminants. » 



BIBLIOGRAPHIE 



*»(>. 



un 



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SOI. 
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203. 

«04. 

205. 

200 
20? 

208 
209 

210 

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from Tasmania. 
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Ann. Mag. Nat. Hist. 1894, pp. 349-351. 
Traustedt, M. und Weltner, W. Bcricht iiber die 
von Herrn D r Sander gesammelten Tunicaten. PL II. 
Archiv fiir Naturgesch. 1894, pp. 10-14. 

Le Gérant: Emile DEYROLLE. 
Paris. — Imprimerie F. Levé, rue Cassette, 17. 



Les Fils d'EMILE DEYROLLE, Naturalistes, 46, rue du Bac, PARIS 
FOSSILES DU DÉVOMEN ET DE L'HETTANGIEN 

DE L'EIEEL, DES ABMOES ET DU LUXEMBOURG 



LES PRIX SONT MARQUÉS EN FRANCS 
DÉVONIEN MOYEN 



Région de PEifel 

Crustacés. 

Phacops lalifrons, Bron 1 » 

Dalmania caudata, Sov 2 » 

Homalonotus laticaudata, Sand i 50 

» Ahrendi, Rcemer 

Céphalopodes. 

Nautilus Lntermedius, Sow 

Gomphoccras clathratum Sand 1 50 

Orthoceras regulare, Schlot 1 » 

» crassunii ftœmser 2 » 

» anello-undulainm , Goldf 

Cyrtoceras Dubiosus, Stein 2 50 

Gastéropodes. 

Pleurotomaria delphinuloidos, Goldf 75 

o crenato-striala 50 

Brachiopodes. 

Productus produçtoidcs, d'Orb 

Leptcena depressa, Daim 

Strophomena rhomboidalis, Wahl 

Orihis Eifelensisi de Vecn 

» tetïagona , Schnur 

» canaliculata. Schnur 

Orihis striatulai d'Orb 

Spirifer balcidcnsis', d'Orb 

» lasvicosta, Valenc 

» spcciosus. l'hill 

» cultrijugatus, Rœm 

» curvatus, de Buch 

» rostratus 

» Venus, d'Orb 

» Arduenncnsis, Schnur 

» concentricus, Schnur 

» Vcrneuilli, Murch 

Hcmithiris subwilsonnii d'Orb 

Slringoccphalus Burlini, Del' 

Athrvpa microrhyncha, d'Orl 

Pentamerus galcatus, Daim 

Spirigera concentrica, Buch 

» reticularis, d'Orb 

» » var. aspera, d'Orb 

» prisca, Schlot 

» squammifera, d'Orb 

» allinis, d'Orb.... 

» ferita, d'Orb 

Rhynchonella subeordiformis, Schnur 

» acuminata, Mart 

Terebratula squammifera, d'Orb 

» daleidensis. R<r>m 

» primipilaris, do Buch 

» angulosa , Schm 

» cassidea, Quenst 

» formosa, Schm 

Echinodermes, Crinoïdes. 

Cupressocrinus abhrevialus, Goldf 

Rhodocrinus crenatus, Goldf 

Cyathocrinitcs rugosus, Goldf 

Zoophytes. 

I Jj athophj 11 u m hippocrateriforme, Goldf 

» cospitosum, (ioldf "0 

" ceratites, Goldf 50 



2 50 



5 » 

2 50 



2 50 



75 


i » 


50 


i » 


4 


60 


50 


75 




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30 


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i » 




75 




75 




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75 


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75 


50 


1 » 


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75 


40 


75 




70 


sn 


2 » 



75 



Discophyllum liclianthoides, d'Orb 1 » 

Favosites Goldfussi, d'Orb 1 » 3 » 

Alvéolites suborbicularis, Goldf 1 25 

Calamophora Gothlandica, Goldf 50 1 » 

Aulopora conglomerata, Goldf 50 1 25 

DÉVO^IEIV SUPÉRIEUR. 

Etage Famennien de Viller» s.Lesse 



Céphalopodes. 



Cyrtoceras sp 

Orthoceras sp 

Lamellibranches. 

Myalina aduaticorum, de Ryck. 

» sabesiana, de Ryck 

Dammonicnsis, Phill 

Pteronites nova sp 

Nucula nova sp 

Bracliicpodes. 

Productus scabriusculus, Sow 

» subaculeatus, Murch 

Strophalosia nova sp 

Orihis striatula, d'Orb 

Rhynchonella acuminata, Mart 

» Dumonti Goss 

» Trhequalis, » 

» Omaliusi, » 

» Gonthicri, » 

Athrypa reticularis, L 

Athyris Roissyi, Lev 

» concentrica, Buch 

Spirigera reticulata Goss 

Cyrtia murchisoniana, de Kow 

Spirifer Vcrneuilli, Murch 



1 50 



60 



50 

30 

50 

50 
50 
75 
50 
50 
60 

75 

75 



1 ») 



60 
75 
S0 
50 
50 



75 

I) 75 
80 
50 
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60 
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1 » 
75 
80 
75 

75 

1 » 
1 » 



HETTAUGIEM RU LUXEMBOERG 

Gastéropodes. 

Ncritina Hettangiensis, Tcrq 75 

Pleurotomaria Warnimonti, Kint 75 1 25 

» cepa, Dcslongch 50 1 

Lamellibranches. 

Cardinia infera, Agas 50 1 

» securifornis, Agas 75 1 

hybrida, Agas 50 1 50 

Pcctentextorius, Schl 75 1 50 

» Hehlii, d'Orb 30 50 

Gryphœa arcuata, Sow 30 1 » 

Lima gigantea, d'Orb 1 » 5 

lirachiopodes. 

Rhynchonella variabilis, d'Orb 30 

1JASII>\ 

Macigno d'i%.utmiige 

Littorina clathrata, Sow 50 1 

Pla^iostoma duplicata, Sow 50 1 

Pccten sequivalvis, Sow 50 1 

Aslarte detrita, Gold 50 12 

XOiVRCIEJV 

Ammonites radians, d'Orb 30 -M 

» Jurcnsis, d'Orb 50 lljfl 

Rhynchonella tetraedra, d'Orb 25 1 



16* ANNÉE 



2 e série — iv ir» 



lo JUIN 1894 



SUR QUELQUES PARASITES 

DES LÉPIDODENDRONS DU CULM 



, r etaux 
leurs 




Pis- 1. 



Dans une note précédente (1), nous avons appelé l'at- 
tention du lecteur sur quelques résultats intéressants 
que pouvait fournir l'étude de la botanique fossile, soit 
en faisant connaître l'organisation curieuse de plantes 
disparues, soit en fournissant l'occasion de découvrir de 
nombreux parasites 
animaux ou vé 
ayant vécu à 
dépens. 

Aujourd'hui nous 
dirons quelques mots 
sur des œufs d'Arthro- 
podes déposés dans 
l'intérieur de radi- 
celles de Lepidoden- 
drons. 

Chacun sait que les 
Lépidodendrons for- 
ment une famille de 
plantes d'origine fort 
ancienne , et l'une 
des premières appa- 
rues sur le globe ; le 
Lepidodendron nothum 
à structure conservée, 
décrit par Unger, da- 
te des formations di- 
voniennes. Les mem- 
bres de cette famille 
sont très nombreux 
dans leCulm, et nous 
pouvons citer deux 
espèces françaises re- 
cueillies l'une dans 
les environs de Ré- 
gny, àCombres, le L. 
rhodumnense, l'autre 
dans les environs 
d'Autun, à Esnost, le 
L. esnostense, conser- 
vées par la silice et 
constituant un type 
différent de celui re- 
présenté par le L. 
nothum de la Thuringe et le L 
beiiand. 

On admet généralement que les Lépidodendrons ont 
eu des racines sligmariformes analogues à celle des Si- 
gillaires, mais on sait peu de choses sur leur structure 
interne. Voici, résumée en quelques lignes, l'organisation 
des radicelles en forme de baguettes cylindriques, quel- 
quefois bifurquées, dont nous avons parlé précédemment 
et qui partent de la partie inférieure de la tige ou rayon- 
nent autour du corps principal de la racine, organisa- 
tion reconnue sur les échantillons silicifiés provenant 
des deux localités citées plus haut. Dans l'axe se trouve 
un faisceau vasculaire bi-centre a (fig. 1) à section trans- 
versale elliptique, des radicelles très grêles portent laté- 

(1) Le Naturaliste, 16 mars 1891, p. 69. 
Le Naturaliste, 46, rue du Bac. Paris. 



Section transversale d'une radicelle de Lepidodendron 
provenant d'Esnost, prés Autun. 




Fig. 2. — Œufs d'Artliroon Rochci dans le tissu parenchymatcux 
du liber d'une racine. 



Harcourtii du Northum- 




ralement des deux pôles. Lorsque la racine se bifurque, 
le faisceau vasculaire est seulement monocentre par 
division du faisceau principal en deux parties égales et 
rappelle sous ce rapport les racines des Selaginelles. 

Le cylindre vasculaire de la racine est entouré de 
parenchyme libérien 6 dont les cellules plus hautes que 
larges sont à très minces parois; la couche est assez 
épaisse, mais le plus souvent cette assise libérienne peu 
résistante est écrasée contre le cylindre central. 
Plus extérieurement se trouve une large zone de tissu 

cortical d composée 
de grosses cellules 
également à parois 
minces , cependant 
un peu plus solides 
que celles de la gaine 
libérienne, par con- 
séquent moins apla- 
ties; le tissu paren- 
chymateux del'écorce 
se continue jusqu'à 
la périphérie, il est 
limité par une assise 
de cellules épider- 
miques peu différen- 
tes mais seulement 
un peu plus petites ; 
il n'y a aucun tissu 
qui rappelle soit du 
liège soit de l'hypo- 
derme, on ne trouve 
pas les trois couches 
que l'on remarque 
dans l'écorce des ra- 
dicelles des Sigillai- 
res ; hors de l'eau ces 
racines devaient s'é- 
craser à la moindre 
pression, aussi sur 
lesempreintes les ren- 
contre-t-on sous la 
forme de simples ru- 
bans. 

C'est entre l'assise 
libérienne et la cou- 
che parenchymateuse 
corticale, quelquefois 
dans cette dernière, 
que se trouvent logés 
des corps ovoïdes e (fig. 1). Ils sont extrêmement nom- 
breux; sur des coupes successives faites dans une même 
radicelle, toutes en renferment, on peut en compter de 
huit à vingt-quatre, dans une même préparation; dès 
lors sur une longueur de plusieurs centimètres, le nom- 
bre, difficile à apprécier, doit cependant être fort grand. 
Ils présentent la forme d'un ellipsoïde de révolution 
dont le grand axe mesure mm ,16, et le petit axe 0,10 
en moyenne ; à Combres (Loire), à Esnost près Autun, 
tous ont à peu près les mêmes dimensions. 

L'une des extrémités est munie d'un pédicelle droit ou 
recourbé (fig. 2) long de mm ,03 qui parait creux ; ces 
corps ovoïdes ne peuvent être des sporanges, car il n'y a 
aucune trace de mycélium; dans les tissus en contact, les 
cellules sont simplement déformées, aplaties, on ne voit 
aucun indice de tissu réparateur ou de séquestre, autour 



136 



LE NATURALISTK 



d'eux; leur introduction s'est faite après ou peu avant 
la mort de l'organe. Il n'y a pas davantage de mycélium 
qui leur soit adhérent, car le petit pédoncule que nous 
avons signalé ne peut être pris ni pour un fragment de 
mycélium, ni pour un col ou un rostre de sporange, un 
prolongement semblable se .remarque souvent du reste, 
à l'une des extrémités des œufs d'insectes vivants. De 
plus, leur taille uniforme, observée dans des échantillons 
provenant de deux localités très éloignées l'une de 
l'autre, exclut encore l'idée de sporange, car si on avait 
affaire à des organes de ce genre développés sur place, il 
est évident que l'on devrait constater des stades divers 
parmi les nombreux individus qui sont réunis ; dans la 
plupart des cas les enveloppes se touchent, se com- 
priment, comme si ces corps avaient été introduits dans 
une même cavité et pressés les uns contre les autres ; des 
sporanges prenant naissance dans des tissus seraient 
moins serrés et ne se comprimeraient pas de manière à 
gêner leur développement. 11 n'y a donc pas à douter 
que ce ne soient des œufs. 

R. Renault 



DESCRIPTION D'UNE COQUILLE NOUVELLE 

Biriimits du (poupe des Cochlostyla 
Phengus Groulti 



Testa imperforata, ovato-pyramidàta, solidula, oblique te- 
nuiter striata, nitida, alba, nigro rubcscentefaciata, infra sul- 
phurea, ad umbilicum nigro maculata; apicc obtuata; anfr. 
G 1/2 convexiusculi, subcarinati, regulariter cresccntes : apertura 
obliqua, lunato-ovalis, intus lactea, peristomum subincrossa- 
tum, breviter rcflexum, infra nigro-limbatum margine dextro 
arcuato, columollari subrecto, incrossalo, infra nigro basin 
albo. 

Dimens. : longueur 38 millimètres, diam. 20 millimètres. — 
Apert.long. 15 millimètres, lat. 12 milllimètres. 

Coquille oblongue à spire conique, à base convexe et arron- 
die et à sommet obtus. Sou test, assez épais et un peu lui- 
sant, est sillonné à la surface de stries effacées et obliques. Sa 
couleur blanche est recouverte à la base par une zone jaune 
orangé ; sur les individus les mieux colorés la partie blanche 
est séparée de la jaune par une étroite bande brune qui remonte 
dans la suture des trois derniers tours. La base de la colume 
est entourée d*un croissant spiral d'un noir de jais. Cette partie 




Phengus Groulli. 

est quelquefois séparée du jaune par un étroit liséré 

d'un brun rougeâtre. Les tours de spire, au uombre de (i 1/2 

i onvexesetobtusement carénés se développent, régu- 

lièrement; ils sont séparés par une suture hnéaire, marginée in- 

urcment d'un très petit liséré crénelé; l'ouverture deseen- 

el très oblique par rapport à l'axe, a la forme d'un ovale, 

très largement échancrée en arrière par la base de l'a van t- 

dernier tour ; dans son intérieur d'un blanc de porcelaine on 

oit par transparence les zones colorées do la surface. Le 

-i assez épais et très légèrement déjeté en dehors: 



ses deux extrémités sont reliées entre elles par une couche 
d'enduit si minco qu'on ne peut en constater la présence qu'à 
l'aide d'un verre grossissant; le bord externe décrit une courbe 
arrondie, alors que le columellaire beaucoup plus épais et 
blanchâtre est presque droit; la torsion qu'il produit pour s'u- 
nir au bord externe forme dans l'intérieur de l'ouverture une 
gouttière supcrlicielle ; la tache noire qui embrasse la base du 
bord columellaire se continue sur le bord externe jusqu'au 
milieu où elle s'arrête brusquement, l'autre moitié du bord 
externe est blanc ou très légèrement teintée de brun rougeâtre. 

Hab. Cette jolie coquille provient des Philippines ; MM. Dey- 
rolle ont reçu quelques individus de cette espèce nouvelle. Je 
dédie à M. Groult, de la maison Deyrollc, cette espèce dont il 
est le détenteur. 

Cette espèce est très voisine du B. Romblonensis Pfr. mais 
s'en distingue par son sommet plus obtus, la coloration jaune 
de la base et l'épaisseur de son bord columellaire. 

D 1 ' Joi'SSKAUME. 



LES CHENILLES M GENRE ASTHENA 



11 esl assez difficile, en général, de réunir en collection 
toutes les chenilles d'un même genre, encore faut-il que les 
espèces qui constituent ce genre ne soient pas très nombreuses 
et qu'elles habitent la même région, conditions permettant 
d'espérer de capturer ces espèces un jour ou l'autre. 

Le genre Asthena n'est pas nombreux en espèces ; il n'en 
compte que cinq vivant en France : quatre se trouvent dans 
les bois des environs de Paris. Malgré ce petit nombre, quel 
lépidoptôriste pourrait se flatter de les connaître toutes"? 

Nos auteurs n'en ont guère connu qu'une, la plus commune, 
YAsth. candidate/, et ce qu'ils ont dit des autres prête à confu- 
sion. 

Je pense être utile à îmes collègues en lépidoptérologie, qui 
s'intéressent aux chenilles, en leur donnant une description 
sommaire des chenilles du genre Asthena que, gvàce à de 
nombreuses recherches, j'ai pu me procurer, et en leur indi- 
quant les arbres sur lesquels vivent ces chenilles. 

11 est oiseux, n'est-ce pas, d'entamer la question de classifi- 
cation et d'examiner même superficiellement si le genre 
Asthena appartient aux Acidalidse ou s'il serait mieux placé 
dans les Larentidse, si l'on a agi sagement en le mettant près 
du genre Acidalia ou si l'on ne serait pas plus en droit de le 
laisser se débrouiller dans le meli-mélo du genre Cidaria (Ca- 
talogue Staudinger et Wocke) : il me suilit de dire que ces 
chenilles médiocrement allongées, un peu épaisses, à peau 
molle, tuberculeuse, et vivant sur les arbres, ne sont ni des 
Acidalia ni des Cidaria, au sens que nous attachons à ces 
mots : ce sont des chenilles cYAslhena. 

Asthena candidata, Schiff. 

Longueur: 13 à 15 mm., à peau tendue. Corps subcylindrique, 
un peu renfle aux segments intermédiaires et postérieurs, à 
verruqueux saillants et tuberculeux : sa couleur est d'un vert 
: aunâtre. Le plus généralement, cette chenille est ornée d'une 
bande dorsale finement divisée au milieu, d'un rouge brique 
ou ferrugineux, visible seulement sur les quatre premiers ci 
quatre derniers segments. Les segments intermédiaires (4 à 8 ; 
sont marqués de larges taches de même couleur, placées laté- 
ralement, deux sur le dos et deux sur le ventre. Quelquefois, 
ces taches sont confluentes principalement sur le 4 e segment, 
qu'elles envahissent presque tout entier. 

Les verruqueux se détachent en clair, à l'exception de ceux 
du 4 e segment, surtout les stigmataux, qui sont d'un ferrugi- 
neux foncé et sont en outre plus saillants. Ils portent tous un 
poil assez long, raide et de couleur foncée, allant du châtain au 
noirâlre. 

La tète est d'un verdàtre assombri de mouchetures brunes; 
chaque calotte présente au sommet une sorte do couronne ou 
ligne circulaire brune, non fermée latéralement; les ocellés 
sont noirâtres appuyés d'une tache ferrugineuse près du 
1er segment. 

L'écusson du 1 er segment est très étroit. Les pattes sont 
teintées de rougeâtre, les stigmates bruns. 

La chenille de V Asthena candidata varie. Elle est parfois 
entièrement verte, sans autre tache qu'un point ou deux ferru- 
gineux sur les verruqueux stigmataux du quatrième segment et 



LE NATURALISTE 



137 



un faible indice delà ligne circulaire brune des calottes de la 
tête. 

Cette Asthena a deux générations : la première, en juin, pro- 
vient dos papillons qui ont paru en avril et mai; la seconde, en 
septembre et octobre, provient des papillons éclos en juillet- 
août. 

Vit généralement' sur le Carpinus betulus et plus rarement 
sur le Corylus avellana. 
Asthena anscraria, Gn. 

De la taille de Candidata, un peu plus épaisse cependant, 
aux 7 1 ', S c et 9° segments surtout, et à verruqueux moins sail- 
lants. Corps d'un vert blanchâtre ou bleuâtre, un peu vitreux, 
sans aucune tache ferrugineuse ou rouge brique, mais devenant, 
vers l'époque de la nymphose, d'un rosâtre uniforme. Tête 
verte, ocelles noirs. 

Sur une cinquantaine de chenilles de cette Astkena que j'ai 
trouvées, deux seulement ont présenté une légère variation. 
Elles avaient quatre gros points noirs à la tête : deux aux 
ocelles qu'ils englobaient tous et les deux autres au sommet de 
chaque calotte, rappelant les points noirs de l'Eupisteria 
obliterata Hfn. Aucune n'offrait la moindre trace de la ligne 
circulaire brun noirâtre des calottes de Candidata. 

L'écusson du l 01 ' segment est indistinct; les verruqueux sont 
de la couleur du fond, légèrement saillants, et portent un 
poil blond sensiblement plus court que celui des verruqueux 
de Candidata. Pattes et stigmates également concolorcs. 

Cette chenille vit exclusivement sur le Cornus sanguinea 
dont elle mange les feuilles, en les trouant ou en les attaquant 
par les bords. Quelquefois on trouve des Anscraria entre deux 
feuilles attachées par des fils de soie, mais j'ai remarqué que 
celles qui s'abritaient ainsi étaient presque toujours parasitées. 
Le plus souvent, elles se tiennent dessous la feuille, accrochées 
à la nervure principale, tantôt allongées, tantôt courbées ou 
repliées comme en charnière. 

La chrysalide d'Anseraria, qui passe l'hiver, est un peu plus 
courte et plus épaisse que celle de Candidata. Elle est en 
outre d'un brun marron moins foncé et a les incisions des 
segments plus claires que Candidata. 

Je ne puis dire encore si Y Asthena anseraria a deux géné- 
rations comme la Candidata. 
Asthena lutcata, Schiff. 

C'est la plus grêle et la plus allongée des chenilles d'Asthena. 
Elle mesure de 18 à 20 mm. Corps médiocrement atténué an- 
térieurement et un peu renflé postérieurement, couvert de 
petites granulations, plissé surtout aux premiers segments et 
près des incisions; couleur vert pâle; vasculaire fine, d'un vert 
foncé; sous-dorsales jaunâtres, faiblement indiquées; pas de 
stigmatales proprement dites; pas 'de ventrale; incisions 
jaunes; granulations blanc jaunâtre. Tète d'un vert pâle, plus 
clair que le fond : pattes écailleuses blondes, membraneuses, 
de la couleur du fond ; stigmates jaunâtres. Points verruqueux 
peu distincts, blanc jaunâtre : ils ne se voient bien, à la loupe, 
que sur les derniers segments où ils seraient plutôt bleuâtres; 
poils blonds, courts et raides : ceux des premiers segments 
dirigés en avant et ceux des derniers en arrière, ceux des in- 
termédiaires droits. 

Je n'ai trouvé nulle part la description de cette' chenille (1). 
Guenée et Berce disent qu'elle est inconnue. Aussi pendant 
longtemps n'a-t-on été réduit qu'à des suppositions au sujet de 
la nourriture de cette espèce d'Asthena. M. Barrctt, dans YEn- 
tomologist monthly Magasine, numéro d'octobre 1886, dit avoir 
trouvé quantité de Luteata (insecte parfait) dans un endroit où 
ne poussaient que quelques Aunes qui ont dû nourrir la che- 
nille, et il ajoute que dans l'est et le sud de l'Angleterre la 
Luteata vit certainement sur l'Érable. M. Carter, dans le nu- 
méro suivant, dit qu'il a toujours trouvé la chenille de la 
Luteata sur l'Aune, en compagnie de YEupisteria obliterata et 
qu'il était persuadé que l'aune était la nourriture naturelle de 
la Luteata au moins dans le nord de l'Angleterre. 
Rœsslcr avait déjà indiqué les chatons de l'Aune. 
Dans les environs de Paris, où j'ai cherché longtemps cette 
Asthena, je l'ai trouvée sur plusieurs espèces d'arbres et dans 
les proportions suivantes : 

60 0/0 sur l'Erable (Acer campestre et pseudoplalanus) ; 
25 0/0 sur le Bouleau (lietula alba) ; 
10 0/0 sur l'Aune (Betula alnus) ; 



(1) 11 est impossible de tenir compte delà description d'O. 
Wilde, 444. 



5 0/0 sur le Marceau (Salix caprsea) et Peupliers divers 
{Populus t remit la, etc.). 

La chenille de YAsthena luteata se tient sous les feuilles, ac- 
crochée aux nervures, entamo les feuilles de tous côtés, mais 
non sur les bords, et respecte les nervures principales. Elle 
vit du 15 juillet au 15 septembre. 

Elle se chrysalide dans un cocon formé de terre et de soie 
à la surface du sol. Le papillon éclôt en mai et juin de l'année 
suivante. 

L'espèce n'a qu'une génération. 
Asthena testaceata, Don. 

La moins répandue de nos Asthena parisiennes, la Testaceata 
ne se prend guère que dans les parties très humides de quelques 
forêts des environs de Paris. La forêt de Montmorency par 
exemple est celle où on a le plus de chance do rencontrer cette 
espèce. 

La chenille de la Testaceata est la plus grosse des Asthena, 
c'en est aussi la plus belle. Bien que figurée d'une façon 
exacte par Hubner sous le nom de Sglvata, cette chenille a été 
considérée longtemps par les lépidoptéristes comme inconnue, 
Guénée et d'autres après lui n'ayant voulu voir dans le dessin 
d'Hubner, éclairé et appuyé d'aucune note, d'aucune descrip- 
tion, qu'une variété de la vulgaire Candidata. 

Il y a quelques années, Hellins étudia les premiers états de 
YAsthena testaceata et en publia une description complète 
dans le numéro de février 1877 de YEntomologist monthly Ma- 
gasine. Sa description donna raison au grand iconographe 
allemand. 

La chenille de YAsth. testaceata ressemble, à la vérité, 
beaucoup à celle de Candidata, tachée de rouge-brique ou fer- 
rugineux, dont j'ai donné la description plus haut, mais elle en 
diffère principalement par les caractères suivants auxquels je 
me bornerai sans entreprendre la description complète de la 
chenille. 

La Testaceata est plus grosse ; sa tête est entièrement d'un 
brun noirâtre. A l'exception de ceux des derniers segments, 
tous les verruqueux de Testaceata sont brun ferrugineux, les 
trapézoïdaux sont en outre cerclés de vert jaunâtre, les stigina- 
taux les plus saillants et en même temps les plus chargés de 
brun ferrugineux sont ceux des 5 e , 6°, 7 e et 8 e segments : tandis 
que chez Candidata les plus saillants et les plus colorés sont 
ceux du 4 e , leur poil est court ot blond. Les pattes écailleuses 
et membraneuses n'ont aucune tache rouge et sont d'un vert 
jaunâtre. 

La chenille de Testaceata vit sur l'Aune, mais non unique- 
ment, car j'en ai reçu deux sujets trouvés en septembre sur le 
Saule Marceau, l'un par M. Lelièvre dans le département du 
Nord, et l'autre par M. Renaut dans le département de la 
Haute-Marne. 

La Testaceata fait son cocon de terre et de soie à la -surface 
du sol, "passe l'hiver en chrysalide et donne son papillon en 
juin suivant. 

L'espèce n'a qu'une génération par an. 

Asthena Blomeri, Curt. 

Bien que n'appartenant pas à la faune parisienne, la dernière 
espèce d'Asthena dont la chenille soit connue doit avoir aussi 
sa petite place à côté des autres dans cette revue rapide des 
chenilles de son genre. 

La Blomeri participe à la fois de la Luteata et de la Can- 
didata : de la Luteata, par sa forme élancée et salongueur qui 
est presque la même ', de la Candidata, par sa bande dorsale 
d'un brun ferrugineux ne s'étendant cependant que sur les trois 
premiers segments, par ses taches de même couleur qui occu- 
pent les côtés. Ces derniers n'existent pas toujours et, sous ce 
rapport encore, beaucoup de chenilles de Blomeri varient 
comme celles de Candidata. Mais c'est de la Luteata qu'elle se 
rapproche davantage. Elle est cependant plus moniliforme et 
sa tète n'est pas entièrement verte, mais rembrunie et marquée 
de noirâtre longitudinalcment sur chaque calotte. 

Cetto chenille a été élevée d'oeuf en 1874 et décrite par 
Hellins dans le numéro de septembre 1874 de YEntomologist 
monthly Magasine. Milliére l'a aussi décrite brièvement et figu- 
rée exactement dans les Annales de la Société entomologique 
de France de 1875. 

La chenille de Blomeri vit sur l'Orme, elle a deux générations. 

L' Asthena Blomeri ne parait pas avoir été trouvée en France 
depuis Bruand. 

Les deux tableaux suivants serviront, je pense, d'utile ré- 
sumé à ce qui vient d'être dit sur les chenilles du genre As- 
thena ; 



138 



LE NATURALISTE 



I. Nourriture 

Charme [Carpinus belulus) 4sth. 

Noisetier [Corylus avellana) 

Cornouillier {Cornus sanguinea Aslli. 

Erable (Acer campeslre) isth. 

Aune {Bel nia al nus) 

Bouleau (Bel nia alba) 

Marceau (Salir caprea) 

Tremble (Pop u lus tremula , ctc 

Aune (Betula alnvs) Asllt . 

Marceau (Salix caprea) 

Orme (Ulmus campes! ris) Astli. 



candidata. 
id. 

anseraria. 
luteata. 
id. 
id. 
id. 
id. 

leslaceata. 
id. 
Blomeri. 



II. Clef dichotomique 



1. Tête 



en majeure partie verte 2 

— — — brun noirâtre 5 

■2. Tète avec lignes ou taches noires autres que les ocelles. . . 3 

Tête sans points noirs autres que les ocelles 4 

3. Ligne circulaire couronnant les calottes 

de la tète Aslh. candidata 

Gros points noirs, de face, prés du som- 
met des calottes inseraria. 

i . < 'orps épais, ramasse Anseraria. 

Corps grêle, allonge Luteata. 

5. Calottes entièrement d'un brun 1 1 < • 1 — 

ràtre luisan t Teslaceala . 

Calottes présentant seulement une bande 
noirâtre longitudinale Blomeri. 

P. Chrétien . 



LA FLORE DE L'INDE 

DANS SES RAPPORTS AVEC LA FLORE DE FRARCE 



Composées 



Kupatorium cannabium L. (Paris). Bords des eaux. — Hima- 
laya tempéré, abondant de 900 à 3.300 mètres, monts 
Khasias 900 à 1.800 mètres. — D. Birmanie, Asie tempérée, 
Europe. 
Solidago virga aurea L. (Paris). [Lieux boisés, élevés. — 
Himalaya tempéré; du Cachemir en se dirigeant vers l'est : 
1.500 à 2,700 mètres, monts Khasias 1.200 à 1.800 mètres. 
— D. Europe, Asie et Amérique tempérée, Kong-Kong. 
Variété : Leiocarpa. 
Variété : Pubescens. 
Aster L. 

Krigeron Canadcnsis L. (Paris). Originaire d'Amérique, natu- 
ralisée et très commune. — Himalaya occidental. Panjab, 
montant jusqu'à 900 mètres : Rohïlcund. — D. Toutes les 
contrées chaudes. 
Krigeron alpinus L. Hautes montagnes. — Régions tempérées 
et alpines de l'Himalaya occidental, Khasias, Nilgiris. — 
D. Montagnes du Nord de la zone tempérée. 
Variété : Multicaulis. 

; Semibarbata. 
: Khasiana. 
Wightii. 
Unillora. 
Conyza Less. 

Filago Germanica L. Moissons (Paris). — Plaines et montagnes 
■ lu Nord-Ouest de l'Inde, de Cawnporc dans les plaines et 
de Cumaou dans l'Himalaya à l'ouest jusqu'à l'Afghanistan, 
s'élève jusqu'à 2.400 mètres dans le Thibet. — D. A 
l'ouest jusqu'aux Canaries. 
Filago arvensis L. (Paris' 1 . — Moissons, sols siliceux. Nord- 
Ouest de l'Inde, Thibet occidental. Iskardo et Dras2.100à 
2. 100 mètres. — D. A l'ouest jusqu'aux Canaries. 
Anlennaria R. Br. 

Leontopodium alpinum Cass. Jura, Pyrénées, Alpes. — 
Région alpine de l'Himalaya. Thibet de 3.000 à 5.400 
mètres. — D. Alpes de l'Europe, Asie centrale. 
Variété : Stracheyi. 
l'iagnalon Cass. 1 espèce Himalaya. 
Gnaphalium luteo-album L. (Paris). Lieux sablonneux. — A 



Variété 
Variété 
Variété 
Variété 



travers l'Inde, monte jusqu'à 3.01)0 mètres dans le Sikkim. 
— D. Les contrées les plus chaudes et d'une chaleur 
tempérée. 
Variété : Multiceps. 
Variété : Pallidum. 

Helicrysum Gœrtn. 

Inula graveolens Desf. Cupularia graveolens G. G. (Paris). 
Lieux humides. — Nord-Ouest de l'Inde, Peshawer, Ter- 
rains vagues. — D. A l'ouest jusqu'à l'Espagne. 

Pulicaria vulgaris Gœrtn (Paris), Lieux humides. — Cachemir 
1.500 à 1.800 mètres. Peshawer. — I). Nord et centre de 
l'Asie, Perse à l'ouest jusqu'à l'Algérie et la Bretagne. 

Pulicaria dysenterica Gœrtn (Paris). Lieux humides. — Ca- 
chemir 1.500 à 1.800 mètres. — D. A l'ouest jusqu'à 
l'Algérie et la Bretagne. 

Carpesium cernuum L. — Alsace, Dauphiné, Roussillon. — 
Himalaya tempéré. Khasias, Nilgiris. — U. Du Caucase à 
la France, Java, Japon. 

Bidens cernua L. (Paris). Lieux humides. — Himalaya occi- 
dental, Cachemir, Chumba 1.500 à 1.800 mètres; rare. — 
D. Nord de l'Asie, Nord et centre de l'Europe, Nord de 
l'Amérique. 

Bidens tripartita L. (Paris). Lieux humides. — Himalaya cen- 
tral et occidental dans les marais, 900 à 1 .500 mètres du 
Népal au Cachemir, Thibet occidental, Iskardo. — D. 
Nord de l'Asie, Japon, à l'ouest jusqu'au nord de l'Afri- 
que, Europe occidentale, et nord de l'Amérique. 

Achilkea millefolium L. Seule espèce dans l'Inde (Paris). 
Lieux incultes. — Himalaya occidental; du Cachemir au 
Cumaou. 1.800 à 2.700 mètres. — D. Nord de l'Asie, Eu- 
rope, Nord de l'Amérique. 

Anthémis cotula L. (Paris). Moissons Sindh. — D. Nord de 
l'Asie, à l'ouest jusqu'à la Bretagne et les îles Canaries. 

Chrysanthemum L. 

Matricaria Chamomilla L. (Paris). Moissons. — Plaine supé- 
rieure du Gange, Panjab. — D. Nord de l'Asie, à l'ouesl 
jusqu'à TAtlantique. 

Tanacetum L. — Himalaya et Thibet occidental. 

Artemisia maritima L. Côtes de l'Océan. — Himalaya occi- 
dental, du Cachemir au Cumaou, 2.100 à 2.700 mètres. 
Thibet occidental; abondant dans les plaines salées. 2.100 à 
4.200 mètres. — D. Côtes de l'Europe et salines du Nord 
de l'Asie. 

Artemisia vulgaris L. (Paris). Lieux stériles — Districts mon- 
tagneux de l'Inde, 1.500 à 3.600 mètres, dans l'Himalaya 
à 1 500 mètres dans le Sikkim, les Khasias, monts Abou 
dans le Marwar, Ghattes occidentales du Concanà Cey- 
lan.— D. Europe et Asie tempérée, Ava, mont Martaban, 
Siam, Java. 

Artemisia Absinthium L. (Paris). Lieux incultes. — Cachemir, 
1.500 à 2.100 mètres. — D. Nord de l'Asie, Afghanistan 
jusqu'à l'Atlantique. 

Tussilago farfaraL. (Paris). Terres fortes, humides. — Hima- 
laya occidental : du Cachemir au Cumaou, 1.800 à 3.300 
mètres. — D. Nord et ouest de l'Asie, Nord de l'Afrique, 
Europe. 

Doronicum L. — Himalaya, Cachemir. 

Scnecio L. 63 espèces. 

Calcndula ollicinalis L. Cultivée. — Champs dans le Panjab et 
le Sindh, douteusement indigène, Peshawer. — D. Afgha- 
nistan, à l'ouest jusqu'au sud de l'Europe. 

Calcndula arvensis L. Terres cultivées (Paris . — Cachemir. — 
D. Sud de l'Europe, Asie occidentale, Tripoli. 

Echinops L. — Himalaya. 

Carduus nutans L. (Paris). Lieux incultes. — Himalaya occi- 
dental, du Cachemir à Simla, 1.800 à 3.600 mètres. Hazara, 
dans le Panjab; Thibet occidental, Nubia 3 900 mètres. - 
D. Nord de l'Asie jusqu'au Nord de l'Afrique et Europe 
occidentale. 

Cnicus L. 

Cirisum arvense Scop. (Paris). Bords des routes, terres cul- 
tivées. — Bengale et plaines du Gange, depuis les Souder- 
bauds jusque dans le Panjab. Himalaya occidental; du 
Cachemir au Cumaou, Thibet occidental, 3.300 à 3.900 
mètres. — D. Nord de l'Asie et à l'ouest jusqu'à l'Atlan- 
tique. 
Silybum Marianum Gœrtn. Taris). Lieux incultes. — Panja! 
et Nord-Ouest de l'Himalaya, Peshawer, Hazara et dï 

Cachemir à Jamu, 1.800à 2.400 mètres.— D. A 1' »1 

jusqu'au nord de l'Afrique. Europe, Maroc. 



LE NATURALISTE 



139 



Saussurea DC. 39 espèces. 

Jurinea Cass. 

Scrratula L. 

Centaurea Cyanus. L. (Paris). Moissons. —Dans les champs 
de blé et les lieux cultivés du nord-ouest de l'Inde; spora- 
dique D. Caucase et à l'ouest jusqu'à l'Atlantique. 

Centaurea melitcnsis L. — Lyon, Corse, Nilgiris 1.800 à 
2.100 mètres ; sporadique. — D. A l'ouest jusqu'à l'Atlan- 
tique. 

Centaurea calcitrapa L. (Paris). Lieux stériles. — Nord Ouest 
de l'Inde; Panjab et Cachemir, monte jusqu'à 1.000 mètres. 
Mysore, sporadique. — D. Asie occidentale et Europe; in- 
troduit dans presque toutes les contrées du monde. 

Carthamus tinctorius L. Cultivé. 

Carthamus lanatus L. Kcntrophyllum lanatum DC. (Paris). 
Coteaux arides. — Cachemir 1.500 à 1.800 mètres. — D. A 
l'ouest jusqu'à l'Atlantique. Tripoli. 

Cichorium Intybus L. (Paris). Lieux incultes. — Nord-Ouest 
de l'Inde. — D. A l'ouest jusqu'à l'Atlantique. 

Lampsana communis L. (Paris 1 . Bois, Lieux cultivés. — Ca- 
chemir, 1.500 à 1.800 mètres. — D. Nord et Ouest de l'Asie, 
Europe, Nord de l'Afrique. 

Rhagadiolus Juss. 1 espèce. Cachemir. 

Pieris hieracioides L. (Paris). Lieux incultes, dicombes. — 
Himalaya tempéré de Murree au Bhoutan, 1.800 à 2.400 m. 
monte jusqu'à 3.000 mètres dans le Sikkim, monts Kha- 
sias, 1.200 à 1.800 mètres, Nilgiris, 1.500 à 1.800 mètres.— 
D. Du Nord de l'Asie au Japon, Asie occidentale, Europe, 
Nord de l'Afrique. 

Crépis blattarioïdes. Vill. Hautes montagnes. — Cachemir, 
Sonamurg, 3.400 mètres. — D. Midi et Ouest de l'Europe. 

Barthausia fœtida DC. (Paris). Lieux incultes. — Panjab et 
Himalaya occidental ;. du Cachemir au Cumaou, dans les 
champs, 1.800 à 2.400 mètres. — D. A l'ouest jusqu'à 
l'Atlantique. 

Hieracium sylvaticum. Lam. Bois. Lieux incultes. — Hima- 
laya occidental: du Cachemir au Garhwal. 1.800 à 
3.000 mètres. — D. Nord de l'Asie, Europe, Amérique 
arctique. 

Hieracium prenanthoïdes Vill. Alpes. — Nord du Cachemir 
2.400 à 3.000 mètres.— D. Nord de l'Asie, Caucase, Nord 
et centre de l'Europe, Algérie. 

Hieracium umbellatum. L. Bois, Lieux secs. — Himalaya 
occidental; du Cachemir au Garhwal, 1.500 à 3.000 mètres. 

— D. Nord de l'Asie jusqu'au Japon, Nord de la Perse, 
Caucase, Nord et centre do l'Europe, Nord de l'Amérique. 

Hieracium villosum Pall. Alpes. — Cachemir, Srinagar 
2.100 à 2.400 mètres. — D. Nord de l'Asie jusqu'au centre 
de l'Europe. 

Hypochœris glabra L. (Paris). Lieux arides, champs sablon- 
neux. — Nilgiris, 2.100 à 2.400 mètres; introduite. — D. 
Europe. 

Taraxacum officinale Wigg. — Himalaya, Thibet occidental, 
3.000 à 5.400 mètres, monts Mishmi, Nilgiris. — D. Régions 
froides et tempérées des deux hémisphères. Baie de Ladv 
Franklin. 
Variété : Glaucescens. 
Variété : Eriopoda. 
Variété : Parvula. 

Chondrilla L. 

Lactuca sylvestris Lam. Lieux incultes. (Paris). — Himalaya 
occidental de Marri à Kunawar, 1.800 à 3.300 mètres. 
Thibet occidental, 2.700 à 3.600 métrés. — D. Sibérie et à 
l'ouest jusqu'aux îles anglaises et aux Canaries. 

Prenanthes L. — Himalaya. Khasias. 

Picridium Desf. 1 espèce. Panjab. 

Sonchus asper. Vill. 'Paris). Lieux cultivés. Inde. Champs et 
lieux cultivés ; monte dans l'Himalaya jusqu'à 3.600 mètres. 

— D. Indigène ou introduit dans toutes les régions tropi- 
cales. 

Soachus oleraccus L. Lieux cultivés. — Inde, champs et lieux 
cultivés, s'élève jusqu'à 2.400 mètres dans l'Himalaya. — 
D. Cours, l'espèce précédente. Tripoli. 

.Sonchus arvensis L. (Paris . Lieux cultivés. — Inde. Indigène 
et lieux cultivés; rare dans les plaines, commune dans les 
monts Khasias et l'Himalaya. — D. Comme Sonchus asper. 

Sonchus maritimus L. Ouest et Midi, littoral. — Panjab, 
Peshawer. — 1). A l'ouest jusqu'à l'Atlantique, Tripoli. 

Tragopogon pratonse L. Paris, prairies et pâturages. — Hima- 
laya occidental, Thibet occidental. — A l'ouest jusqu'à 
l'Atlantique. 



Tragopogon ponifoliuin L. Midi, cultivé. — Thibet occidental, 
Simla, lieux cultivés. — D. A l'ouest jusqu'à la Méditer- 
rannée, Algérie. 

Scorzonera purpurea L. Est, Midi. — Cachemir, Banahal, 
2.400 mètres. — D. Asie Mineure. 

Pterotheca. Cass. 

H. Léveillk. 



PHOTOGRAPHIE 



LES PETITES MISÈRES DU PHOTOGRAPHE 

Les pêcheurs à la ligne connaissent tous, pour l'avoir 
ouï dire ou pour l'avoir parfois éprouvé eux-mêmes, ce 
qu'il y a d'infiniment désagréable à avoir vu une su- 
perbe tanche ou une copieuse carpe s'ébattre au sein 
d'une eau limpide, à convoiter immédiatement le succu- 
lent poisson, à jeter une ligne qui jusqu'ici fut toujours 
infaillible, à en sentir le crin se tendre violemment, à 
lever l'objet avec des précautions infinies, en s'aidant 
soigneusement du moulinet, comme cela se fait toujours 
lorsqu'on a ferré quelque grosse et turbulente pièce, et 
à voir soudain surgir de l'eau — oh! combien impassi- 
bles! — une tige de botte ou une vieille casserole. 

Le photographe est, lui aussi, sujet à ces mécomptes. 

Ainsi, supposons que l'opérateur veuille prendre un 
cliché de la devanture d'un beau magasin ; cette image 
doit servir ultérieurement à illustrer un catalogue quel- 
conque et à allécher le poisson, — le client, veux-je 
dire. Mais, l'opération terminée, lorsqu'on regarde le 
cliché développé, qu'y voit-on? Au lieu de la façade du 
magasin, on découvre un immeuble inconnu. D'où vient 
donc celui-ci? il était tout bonnement derrière le photo- 
graphe, le regardant faire sournoisement, et se substi- 
tuant ensuite au magasin sur la plaque sensible..: Com- 
ment cela? Par un simple changement d'éclairage du 
magasin, conséquence de la marche du soleil. A un mo- 
ment donné, la devanture a fait miroir; la maison d'en 
face s'y est réfléchie, masquant complètement l'étalage 
du commerçant, et la plaque sensible, qui accepte tout 
ce qu'on lui offre, a accueilli complaisamment la nou- 
velle image qu'on lui présentait. C'est absolument ce qui 
se passe au théâtre lorsque, grâce à des glaces sans tain 
convenablement éclairées, on nous montre des fantômes 
se mouvant au milieu des acteurs et leur donnant, par 
leurs gestes, une muette réplique. 

Notre confrère Photo-Revue' publie, précisément à ce 
sujet, la lettre d'un amateur-photographe que nous repro 
duisons ici, avec une épreuve de la photographie... 
intruse : 

« J'ai la foi qui transporte les montagnes, mais qui, 
en photographie, fait gâcher pas mal de plaques et de 
produits. 

J'avais consciencieusement mis au point une boutique 
que je voulais photographier, et j'avais sur la glace dépo- 
lie de votre appareil une image merveilleusement détail- 
lée qui accusait les moindres objets placés en étalage, 
à leur valeur relative d'éclairage. 

J'étais d'avance enchanté de ma petite opération, et 
c'est le cœur battant d'aise que je criai à la personne 



1. l'hoto-Rriue, 1 IV. par an. Cit. Mertdel, rue d'Assas 118. 



ltf) 



LE NATURALISTE 



placée sur le seuil: «Attention! » Une pression sur la 
poire de mon Perpétuel, et c'était fait. 




Au développement, tout marcha normalement, et c'est 
seulement quand mon cliché fut fini et que je l'exami- 




de l'emploi [des appareils à main et à magasin, genre 
détective. Il est, en effet, curieux de remarquer que le 
maniement de ces appareils soi-disant sim- 
plifiés, qu'on croit imaginés pour faciliter 
les opérations, exige plus d'expérience, plus 
de sang-froid, plus de virtuosité, en un mot, 
que les appareils sur pied dont s'effrayent 
à tort les débutants. 

Ceci nous rappelle incidemment une fan- 
taisie d'un conférencier bien connu, M. Go- 
derus, de Gand, lequel s'était complu à pro- 
duire volontairement, sur une série de douze 
plaques, le cycle des résultats... négatifs ob- 
tenus par l'amateur qui, sur la foi d'un 
prospectus, est persuadé qu'il n'y a qu'une 
ficelle à tirer ou un bouton à pousser pour 
faire de la photographie, — et qui obtint à 
peu près ceci : 

1° Par suite d'un mélange erroné de déve- 
loppateur et de bain de fixage, la première 
plaque donne du noir absolu. 
2° Dans la deuxième, un contre-jour fait fondre les 
toits dans le ciel. 

3° Plaque : une gaffe est aussi grande 
qu'un bateau et traverse toute l'é- 
preuve (quelle gaffe !). 

4° Pour avoir voulu mettre sur une 
seule épreuve une maison et des gens, 
on trouve un poteau télégrapbique 
comme sujet principal; 

5° un bateau passant sous un pont; 
seulement, on ne voit que le pont; 

6° un paysage coupé par la trace de 
la courroie de suspension, qui a flotté 
devant l'objectif; 

7° un horizon en diagonale, l'appa- 
reil n'ayant pas été tenu horizonta- 
lement; 
8° une Voile sans bateau, etc., etc. 

E. N. Santini de Riols. 



nai par transparence qu'une première inquiétude me 
vint : je ne retrouvais pas dans les demi-teintes les détails 
qui étaient si bien accusés sur le verre dépoli. 

Mon édification fut complète quand la première 
épreuve fut à moitié venue; l'éclairage de mon sujet 
s'était modifié pendant les quelques minutes qui avaient 
séparé la mise au point de l'opération proprement dite : 
un mouvement de lumière avait reflété dans les glaces 
du magasin l'image de ce qui se trouvait en face, et 
mon épreuve me donnait, non pas la vue détaillée de 
l'étalage que j'avais voulu reproduire et qu'on avait 
fourbi en mon honneur, mais une image vigoureuse des 
maisons qui lui faisaient vis-à-vis. » 

Voici maintenant une vue du Trocadéro, assez bien 
réussie, comme on en jugera d'ailleurs, mais dans la- 
quelle les coins inférieurs de la plaque renversée — 
le côté du ciel, par conséquent — ne sont pas couverts, 
l'opérateur, par suite d'un oubli commun aux débutants, 
ayant négligé de descendre l'objectif en face de la pla- 
que placée horizontalement. 

Du reste, la plupart des insuccès proviennent surtout 



SIGNIFICATION BIOLOGIQUE DE LA SPORE 



La spore est un organe très constant dans la réalisa- 
tion végétale, et, à partir du point où le progrès physio- 
logique en a provoqué pour la première fois l'apparition, 
elle a sa place marquée dans l'évolution individuelle de 
tous les types, à la base de cette évolution dont elle 
constitue le point de départ. Mais il est souvent difficile 
de la retrouver, et les processus de sa genèse sont si 
variés, ses formes si diverses, qu'elle n'est bien isolée, 
bien caractérisée, bien autonome que chez les crypto- 
games cellulaires et chez les vasculaires isosporées. Dans 
ces deux groupes , elle représente véritablement un 
genre, et elle joue en apparence le rôle d'une graine, 
quoique sa valeur biologique soit bien différente de celle 
de la graine. 

La spore s'offre sous une foule d'aspects; en général, 
c'est une vésicule ténue (fig. 1), formée de deux enve- 
loppes qui limitent une cavité renfermant des granula- 



LE NATURALISTE 



141 



tions protoplasmiques, amylacées, huileuses et quelque- 
fois la phyllochlore ; cette vésicule est elliptique ou glo- 
buleuse, plus rarement anguleuse, lisse ou chargée d'é- 
pines, de verrues, de tubercules; la paroi est assez 
souvent colorée; les dimensions sont toujours très res- 
treintes, et la plupart des spores ne peuvent guère s'a- 
percevoir qu'à l'aide d'un fort grossissement; elles sont 
endogènes ou exogènes, c'est-à-dire se forment soit à 
l'intérieur, soit à l'extérieur de leurs cellules-mères im- 
médiates. 

Les spores ont des origines très diverses, dont les va- 
riations coïncident avec les modifications organiques 
des types. A la base de la série végétale, la spore, mieux 
nommée dans ce cas « cellule durable », est simplement 
un élément quelconque de l'individu qui se sépare des 
autres, s'entoure d'une membrane épaisse et acquiert la 
faculté de germer. Cette multiplication agame, processus 
primitif de l'acte, se conserve d'ailleurs jusque dans les 
Algues supérieures, mais comme mode supplémentaire, 
accidentel, et s'accompagnant de la formation régulière 
de spores normales par les voies ordinaires de la sexua 
lité. Les produits de ce mode supplémentaire de repro- 
duction sont très souvent des spores amimées, ou zoo- 
spores, qui s'agitent dans l'eau à l'aide de cils vibratiles, 
et qui, en se fixant, développent un appareil végétatif. 

Une première phase dans l'évolution de la sexualité 
est réalisée chez les Spirogyrées, les Diatomées, qui co- 
pulent en rapprochant deux branches de leurs fila- 
ments (fig. 2), à la jonction desquelles se développent, 
grâce à la résorption de la portion confluente des pro- 
cessus rapprochés, une zygospore. Toutefois, si cette 
conjugaison offre, dans sa marche générale, les phéno- 
mènes extérieurs de la véritable fécondation, les élé- 
ments protoplasmiques qui copulent ne sont encore 
visiblement ni mâles ni femelles. La sexualité s'ajoute 
au mécanisme de l'acte dans quelques Algues, encore 
assez peu élevées en organisation, chez lesquelles les 
zoospores ciliées sont de taille inégale et copulent entre 
elles pour former des oospores; les plus petites parais- 
sant renfermer le protoplasme mâle et jouer par suite 
un rôle fécondateur. La reproduction sexuée des Sipho- 
nées oogames (Vauchériacées), représente réalisé un 
nouveau progrès : les zoosphores mâles deviennent, 
dans ce groupe, des anthérozoïdes, qui fécondent une 
oosphère renfermée tout entière dans un rameau femelle 
spécial, nommé oogone. Mais l'oosphère se transforme 
encore en une cellule fertile unique, qui ne se divise 
point pour germer. Les véritables caractères du fruit 
polysporene sont acquis que chez les Confervacées, dont 
les oosphères se partagent, après la fécondation, en un 
nombre variable de zoospores agames,qui représentent 
chacun le point de départ d'un appareil sexué. 

Réalisé pour la première fois, le sporogone, c'est-à- 
dire l'appareil polysporejdont l'évolution est consécutive 
à l'acte fécondateur, subit une différenciation jamais 
stable, qui le conduit aux formes les plus complexes, 
les plus diversifiées, les plus nobles. D'abord simple 
cystocarpe parenchymateux chez les Floridées, puis cap- 
sule incluse chez les Ricciées, capsule exserte et munie 
d'élatères chez les Hépatiques, urne pédicellée chez les 
Mousses, il devient chez les Champignons, un chapeau 
garni de feuillets, de pointes, de tubes, une mitre, un 
cône alvéole, chez les Fougères, un bouquet de frondes 
produisant des sores à la page inférieure, chez les Équi- 
sétacées une tige articulée émettant des verticilles de 



rameaux, et, finalement, chez les Phanérogames un en- 
semble harmonieux de feuilles, de branches, de fleurs, 
qui atteint souvent des proportions considérables et 
même parfois gigantesques. 

11 arrive très souvent, chez les Algues, que les carpo- 
spores , c'est-à-dire, les spores développées au sein 
du fruit, ne représentent pas les agents uniques de la 
reproduction, et qu'il y a, intercalées dans le cycle de 
l'évolution individuelle et à la base de chacune des con- 
ditions successives qui constituent cette évolution, des 
spores spéciales, ne provenant point d'une fécondation. 
Ainsi, dans le genre Balbiania, par exemple la carpospore 
donne naissance à un protonéma rudimeritaire, lequel 
produit des spores de deuxième formation, d'où émanent 
des individus sexués ; ceux-ci se reproduisent dans leur 




Fig, 1. Spores de Mnium. — Fig. 2. Mesocarpus. Pro- 
cessus de la formation de la zygospore. — Fig. 3. Proto- 
néma de Muscinée. — Fig. 4. Coupe dans le prothalle d'une 
Ophioglossée ; ar, anthéridie; an, archégone. — Fig. S. Pro- 
thalle mâle très réduit d'une Gymnosperme (microspore , 
grain de pollen). 

forme par des spores agames, et portent aussi des or- 
ganes sexuels qui copulent, et d'où dérivent des cysto- 
carpes renfermant des carpospores ; de telle manière 
que le cycle individuel se ferme par la succession de 
deux générations asexuées (fruit et protonéma), et d'une 
génération sexuée (thalle à anthéridies et à carpogones), 
avec une propagation agame indépendante. 

Toutefois, dans les Floridées supérieures, les spores 
agames disparaissent, et finalement, à partir des Léma- 
néacées, algues déjà très voisines des Hépatiques, il ne 
reste plus que les carpospores, développées dans un 
sporogone consécutif à une fécondation. Nous sommes 
donc autorisés à faire abstraction de toutes les généra- 
tions supplémentaires, et à ne voir, dans l'évolution in- 
dividuelle de tous les végétaux, que deux états succes- 
sifs, l'un sexué, représenté par un appareil végétatif ou 
prothalle, l'autre asexué, représenté par un sporogone. A 
la base du sporogone il y a toujours, théoriquement, une 
fécondation; cependant, il est juste de remarquer que, 
dans le groupe presque entier des Champignons, cette 
fécondation subit une régression évidemment provo- 
quée par la tendance au parasitisme, et qui fait que 
l'acte se réduit à une simple anastomose de filaments 
dont les granulations plasmiques ne sont point douées 



l'i: 



LE NATURALISTE 



tle propriétés sexuelles respectivement complémentaires 
les unes des autres. 

Entre le sporogone et le prothalle, unissant l'un à 
l'autre, il y a un organe particulier, instable et destiné à 
se transformer en évoluant, et qui représente à l'état 
latent toutes les aptitudes morphogéniques de l'individu ; 
cet organe, c'est la spore. Elle constitue, pour les pro- 
priétés héréditaires, une période de repos, de condensa- 
lion inactive qui est nécessaire dans presque tous les 
cas, puisqu'elle se trouve toujours normalement réalisée. 
Le rôle biologique de la spore est donc de servir de trait 
d'union mitre les deux conditions successives de Vêtrc vé- 
gétal. 

11 peut se faire d'ailleurs qu'à ce rôle, incontestable- 
ment réalisé au point de vue physiologique, ne corres- 
ponde aucune disposition organique spéciale; c'est ce 
qui arrive, par exemple, locsque le sporogone, avant sa 
maturité, se divise en fragments qui donnent chacun 
naissance à un individu sexué. Cette disparition acci- 
dentelle de la spore, démontre que la fonction ne ré- 
clame pas toujours, pour s'accomplir, la complète diffé- 
renciation de l'organe, eu égard soit au temps nécessaire 
par son développement, soit à la perfection relative du 
type qui le comprend dans ses caractères. 

Le produit initial de l'évolution de la spore est, en 
général, un filament plus ou moins développé (fig. 3), 
qui se ramifie et prolifère en donnant naissance à un 
prothalle sur lequel apparaissent les organes sexuels, 
soit directement (Algues et plantes vasculaires), soit 
grâce à la formation intermédiaire d'un appai'eil végé- 
tatif secondaire (Muscinées). La perfection de ce prothalle 
est, dans la série végétale, en raison inverse de la per- 
fection du sporogone. Chez les Algues inférieures, où 
le fruit est très peu évolué, l'appareil sexué repré- 
sente la presque totalité de l'individu. L'importance 
relative des deux conditions commence à se balancer 
chez les Muscinées; l'orientation de ce groupe vers les 
Félicinées, par le genre Anthoceros, inaugure la supé- 
riorité du sporogone, qui va s'affirmer définitivement, 
en même temps que le prothalle se réduit de plus en 
plus chez les Phanérogames gymnospernes et finale- 
ment chez les Angiospermes. 

Dans les groupes inférieurs, le prothalle est monoï- 
que (fig. 4), c'est-à-dire que le même individu porte les 
organes mâles et les organes femelles; dans ces condi- 
lions, la spore renferme en elle-même les deux proto- 
plasmes dont la fusion doit donner au fruit l'impulsion 
évolutive; elle est monoïque comme le prothalle, dont 
elle représente la première ébauche, et, par suite, toutes 
les spores issues d'un même individu ayant à remplir 
un rôle identique, elles ont toutes la même forme, et les 
végétaux à prothalle monoïque sont isosporés. En géné- 
ral , les prothalles monoïques sont assez développés et 
la réduction vraiment sensible de cet organe ne com- 
mence qu'au stade où apparaît la diœcie. 

Dans ce cas, les spores sont destinées, les unes à 
donner un prothalle mâle, les autres à donner un pro- 
thalle femelle; ayant un but différent, elles sontorgani- 
sées par la nature sur un plan différent, et les végétaux à 
prothalles dioïques deviennent hétérosporés ; les spores 
mâles, moins développées, constituent les microspores, 
les spores femelles, les macrospores. Les thalles auxquels 
l.'s unes et les autres donnent naissance, se réduisent de 
pins en plus, et finalement, chez les Phanérogames, 
après avoir passé pat Je stade intermédiaire d'une j 



formation paucicellulaire (fig. o), le thalle mâle n'est 
plus représenté que par un grain de pollen qui, au mo- 
ment de la fécondation, émet un boyau pollinique, et le 
thalle femelle par un sac embryonnaire contenu dans 
un sporange spécial (ovule), et germant sur place en 
produisant un tissu parenchymateux, dans lequel nais- 
sent des archégones inclus, qu'on nomme « corpus- 
puscules ». 

Quelle que soit la forme affectée par le produit immé- 
diat de son évolution, la spore se retrouve à tous les 
degrés de la série végétale. Et partout elle a, au point 
de vue biologique, la même signification, le même rôle, 
qui est de servir de trait d'union, de transition organique 
entre l'appareil sexué et le sporogone. Partout elle est 
produite par un sporogone à la base duquel est une fé- 
condation ; partout elle différencie, soit dans son sein 
(phanérogames), soit à la surface du prothalle qui en 
dérive (cryptogames), des organes mâles et des œufs qui 
se transforment en embryons. Seulement, elle est tantôt. 
monoïque et homomorphe, tantôt dioïque et dimorphe 
et, selon les réalisations, elle germe tantôt seulement 
après sa mise en liberté, tantôt sur le sporogone lui- 
même, l'œuf fécondé dans son sein produisant un embryon 
qui reste renfermé dans une graine. 

A. ACLOQUE. 



OBSERVATIONS SUR LA FLORE LACUSTRE D'AUVERGNE 



L'étude des lacs de France, assez négligée jusque-là, a 
été reprise en détail dans ces dernières années. Chaque 
région a eu ses explorateurs. MM. les professeurs Thou- 
let pour les Vosges et Magnin pour le Jura, M. Belloc 
pour les Pyrénées, M. l'ingénieur Delebecque et tant 
d'autres ont apporté nombre de données précieuses. 
L'Auvergne n'est point restée en arrière, et sur l'initia- 
tive de M. le D r Girod et de M. Berthoule, un laboratoire 
spécial vient d'être installé dans la petite ville histo- 
rique de Besse. Ouverte à tous les travailleurs, qui s'y 
trouveront au centre de larégion lacustre, cette « station 
biologique » ne tardera probablement pas à devenir, 
comme celle de Plœn dans le Holstein, un centre impor- 
tant de recherches. 

L'Auvergne renferme en effet un nombre assez consi- 
dérable de lacs, qui, par leur origine, leur nature, leurs 
productions, par tous leurs caractères enfin, méritent 
d'attirer l'attention du naturaliste. Quelques-uns de ces 
lacs, une vingtaine environ, forment un groupe fort natu- 
rel. A l'exception du « gour » de Tazanat isolé à une 
quarantaine de kilomètres au nord de Clermont, ils sont 
disposés tout autour du massif du Mont-Dore et lui for- 
ment une étroite ceinture, visible en grande partie du 
sommet du pic de Sancy, le point culminant de la France 
centrale. 

La plupart d'entre eux doivent leur formation aux 
phénomènes volcaniques qui ont bouleversé le relief de 
notre sol d'une façon si intense. Ils acquièrent ainsi une 
allure toute spéciale, qui en accentue l'intérêt tant au 
point de vue pittoresque qu'au point de vue scientifique. 

Le plus célèbre est sans contredit le Pavin. Ce lac a 
donné lieu à bien des discussions passionnées relatives 
à son mode de formation ; cependant la plupart des au- 
teurs s'accordent à le considérer comme un cratère 
d'explosion rempli d'eau (cratère-lac). Il existe d'ailleurs 



LE NATURALISTE 



143 



un certain nombre d'autres cuvettes lacustres qui, pré- 
sentant les mêmes caractères, se sont vu attribuer la 
même origine : la Godivelle (lac supe'rieur), Montci- 
neyre, Tazanat et snrtout Ghauvet, pour ne citer que les 
principaux. Tous ces lacs, d'une étendue moyenne (de- 
puis 15 jusqu'à 45 hectares), sont remarquables par leur 
profondeur qui atteint 60 mètres (Chauvet) et même 
95 mètres (Pavin), par leur forme circulaire, par leur 
profil enfin, car ce sont de véritables cuvettes à fond 
plat, à bords rapidement déclives. 

D'autres sont des lacs de barrage. Une coulée lavique 
ou basaltique venant à couper une vallée, les eaux se 
trouvent emprisonnées dans un réservoir plus ou moins 
spacieux; leur niveau atteignant la surface de l'obstacle, 
elles se frayent un nouveau passage et donnent un émis- 
saire dont le cours est très tourmenté. Les lacs ainsi 
formés ont une superficie assez considérable (60 hect. 
pour les plus grands), mais leur profondeur varie beau- 
coup (Aydat) et même est quelquefois très faible (Cham- 
bon). 

L'origine des autres lacs de cette région est assez 
obscure ; il est possible que les phénomènes glaciaires ne 
soient pas étrangers à la formation de certains d'entre 
eux; mais, en tout cas, de nouvelles recherches sont né- 
cessaires pour qu'il soit permis d'émettre à ce sujet une 
hypothèse au moins solide (Bourdouze, la Godivelle (lac 
inférieur), la Landie etc.). Quelques-uns (Chambedaze, 
les Esclauzes) envahis par les Sphaignes et plantes ana- 
logues, sont devenus de véritables tourbières dont la 
« narse » d'Espinasse nous présente le terme le plus 
complet. 

Le profil d'un lac normal, profond, à rives sujettes à 
l'érosion, est assez peu compliqué. « Sous l'action de 
l'eau et du mouvement des vagues, il se forme aux dé- 
pens du bord primitif : 1» une grève plus ou moins inon- 
dée ; 2°une6eme, ou blanc-fond, légèrement inclinée, à la 
profondeur moyenne de 3 à 5 mètres, se décomposant 
en deux parties, la beine d'érosion et la beine d'atterris- 
sement; 3° le mont plus ou moins rapide; 4 U le grand 
lalus à pente moins inclinée, et 5° enfin, le plafond ou la 
plaine du lac » (I). 

Mais il arrive rarement dans notre région qu'un lac 
présente, dans toutes ses parties, cette configuration ca- 
ractéristique. Ainsi que le remarque M. Magnin, il n'y a 
d'abord formation de beine ni dans les lacs de tourbière 
(Chambedaze, les Esclauzes), ni dans les lacs peu pro- 
fonds (la Godivelle, lac inférieur). Pour les autres, la 
nature éruptive des terrains s'oppose fortement à l'éro- 
sion ; mais sur tous les points où la rive se laisse enta- 
mer, ou constate très nettement l'existence d'une beine, 
de quelques mètres par exemple au Pavin, beaucoup plus 
large au Chauvet, etc. Les lacs de barrage sont de tous 
les plus accidentés : offrant l'aspect d'un étang dans la 
partie d'amont, où l'affluent dépose des alluvions sou- 
vent considérables, ils sont très irréguliers du côté du 
barrage où la lave forme un bord très inégal, inatta- 
quable à l'érosion (Aydat). 

La répartition de la flore est en relation étroite avec 
la structure de la rive. La végétation lacustre, la végéta- 
tion macrophytique, s'entend, ne comprend en effet que 
des espèces de faible profondeur (15 mètres au maxi- 
mum) qui se distribuent à la périphérie du lac, de ma- 



li D* A. Magnin. Recherches sur la végétation des lacs du 
Jura. In Revue générale de botanique, livr. du 15 juin 1893. 



nière à lui constituer une ceinture littorale, plus ou 
moins complète. 

Il est difficile de définir avec précision la flore lacustre. 
Les types qui appartiennent exclusivement à nos lacs 
sont au nombre de vingt-quatre; mais ils ne peuvent 
suffire à caractériser leur flore, puisqu'ils sont assez rares 
pour la plupart. Il faut donc admettre, à côté d'eux, un 
assez grand nombre d'espèces, que leur abondance ou di- 
verses particularités d'habitat rendent plus [caractéristi- 
ques, ce qui porte à quarante-huit le nombre des «espèces 
lacustres. » Enfin, pour être complet il y a lieu défaire 
intervenir les plantes aquatiques ou de marécages, qui 
se trouvent répandues un peu partoutmais qui n'en font 
pas moins partie du tapis végétal des bords de nos lacs 
(63 espèces). 

Il serait fastidieux de donner ici la liste de ces 111 es- 
pèces. Beaucoup d'entre elles sont très disséminées, par 
conséquent d'un intérêt secondaire, au point de vue où 
nous nous plaçons; il n'existe même aucun lac qui en 
possède seulement la moitié (le plus riche, le lac de 
Chambedaze, offre une proportion de 47 pour cent) ; 
quant aux plus fréquentes, celles qui forment le fonds 
de la végétation lacustre proprement dite (espèces ca- 
ractéristiques), le nombre en est assez restreint : 

Scirpus lacustris. — Litlorella lacustris. — Ranuuculus 
trichophyllus. — Arundo phragmites. — Equisetum limo- 
sum. — Ranunculus aquatilis. — Potamogeton lucens. — 
Scirpus acicularis. — Carex ampullacea. — Myriophyllum 
spicatum. — Potamogeton crispus etnatans. — Carex vesica- 
ria. — ■ Ceratophyllum demersum. — Nuphar lutum etpumilum . 
— Nymphœa alba. — Carex limosa etriparia. — Potamoge- 
ton gramineus. — Isoetes lacustris et echinospora. — Fonti- 
nalis antepyritica. 

Dans ses lignes générales, à part certaines exceptions 
relatives surtout aux lacs de grande altitude, la flore la- 
custre d'Auvergne est analogue à celles du Jura et des 
Pyrénées. Mais il y a lieu d'insister sur la fréquence 
dans nos lacs de Littorella lacustris, inconnue dans le 
Jura et les Pyrénées, puis d'Isoetes lacustris et echinos- 
pora, également inconnues dans le Jura et signalées 
comme rares par M. Belloc (i). 

Les végétaux d'un lac sont distribués d'une façon assez 
constante et forment une série de zones concentriques 
que M. le D r Magnin a caractérisées avec beaucoup de 
précision : 

1° Cariçaie. — Les abords du lac sont occupés par un 
grand nombre de plantes de marécage, dont les plus 
abondantes sont des Carex, d'où le nom de cette zone. 
Aux Carex (ampullacea, vesicaria, etc.) se joignent par- 
ticulièrement Comarum palustre, Menyanthes trifoliata, 
Veronica scutellata, Sparganium ramosum, Phalaris arun- 
dinacca, Equisetum limosum et palustre, de nombreux Hy- 
pnum tels que H. cuspidatum, etc. — La cariçaie, assez 
nettement accusée dans les lacs de tourbière (Chambe- 
daze, les Esclauzes), est très développée dans les lacs de 
dépression dont les rives sont plates (Bourdouze, la Go- 
develle (lac inférieur) etc. Dans les lacs de barrage 
comme Aydat elle est fréquemment interrompue et n'est 
représentée que sur quelques points; enfin elle est nulle 
ou à peu près dans les lacs-cratères où la déclivité des 
bords s'oppose à la constitution d'une plage. 

2° Phragmitaie et Soirpaie. — La deuxième zone ap- 

(1) Cf. A. Magnin, lor. cit., et E, Belloc, C. R. Association 
française pour l'avancement des sciences. Congrès de Pau. 



144 



LE NATURALISTE 



partient réellement au lac. Arundo phragmites et Scirpus 
lacustris en constituent les éléments essentiels auxquels 
s'ajoutent souvent Scirpus acicularis, Polygonum amphi- 
bium, Potamogeton natans, etc. Cette zone se dédouble par- 
fois (Aydat) en deux sous-zones distinctes, caractérisées 
par la prédominance l'une à.' Arundo phragmites, l'autre 
de Scirpus. 

3° Nupiiaraie. — Nuphar lutcum. 

4° Potamogetonaie. — Potamogeton lucens et P. crispus 
avec Myriophyllum spicatum, Ceratophyllum demersum et 
submersum. 

5° Charaie. — Char a fragilis, foitida, Ch. Braunii, Nitella 
flexilis, IV. tenuissima, Fonlinalis antipyretica, etc. 

En réalité, la distinction des zones n'est pas toujours 
très nette ; les différentes espèces empiètent plus ou 
moins sur leurs domaines respectifs, et l'absence de l'une 
d'entre elles dans un lac suffit pour modifier l'allure gé- 
nérale. D'autre part certaines formes très importantes 
ne peuvent entrer dans la caractéristique des zones. 
Telles sont les Isoetes et les Littorelles, que leur struc- 
ture est loin de confiner dans des limites aussi étroites 
et qui s'établissent souvent sur toute la ceinture litto- 
rale. 

^a Phragmitaie et la Scirpaie s'étendent sur la grève 
et la beine jusqu'à une profondeur maximale de 3 mètres 
environ; la Nupharaie occupe le reste de la beine alors 
que la Potamogetonaie descend la pente du mont jus- 
qu'à 8 mètres de profondeur. On comprend dès lors 
quelles modifications apporte dans la flore la constitu- 
tion anormale de la rive ou le manque de profondeur du 
lac. Il faudrait, pour être complet passer en revue tous 
les cas particuliculiers — énumération bien longue. 
Qu'il nous suffise ici de citer les termes extrêmes de la 
série. Le bord oriental du lac de la Landie, avec une 
beine très accentuée, offre un exemple remarquable de 
la distribution des végétaux en zones successives. Le 
Pavin, au contraire, dépourvu déjà de Cariçaie, ne 
montre que quelques vestiges des autres zones. Equi.se- 
tum Hmosum,E. palustre, Phalaris arundinacea d'une part, 
de l'autre Ranunculus aquatilis. Myriophyllum spicatum 
Ceratophyllum demersum, enfin Fontinalis autipyretica, 
croissant çà et là en touffes clairsemées, sont là les seuls 
représentants d'une flore ailleurs'riche en espèces aussi 
bien qu'en individus. 

Mais, quelles que soient les modifications que nous 
constations dans ces cas spéciaux, la flore lacustre n'en 
offre pas moins toujours la même allure, les mêmes 
grandes lignes, et l'étude à peine commencée des lacs 
d'Auvergne permet déjà d'étendre à une nouvelle ré- 
gion les conclusions que M. le D r Magnin a dégagées de 
ses consciencieuses recherches sur les lacs du Jura. 

C. Bruyant. 



LIVRES NOUVEAUX 



Les Ennemi* de la Vigne (1) et les moyens de les combattre, 
par Dussuc. 

La vigne est attaquée par une foule d'ennemis dont, plusieurs 
sont des plus redoutables. Ce sont ces ravageurs de la vigne et 

(1) 1 vol. in-16 de 368 p. avec 140 fig. Cart. 4 francs ; 
franco 4 fr. 40 (aux bureaux du journal). 



les moyens do les combattre que M. Dussuc, mettant à profit 
l'expérience qu'il avait acquise au Laboratoire de viticulture de 
l'Ecole d'agriculture de Montpellier, a exposés en un volume 
simple, précis et concis, que la Société des agriculteurs de 
France vient de couronner. 

M. Dussuc étudie successivement les insectes souterrains et 
aériens nuisibles à la vigne, les maladies cryptogamiques et les 
altérations organiques de la vigne. 

Parmi les insectes souterrains, le plus important est le Phyl- 
loxéra : M. Dussuc s'occupe longuement des moyens de des- 
truction, soit préventifs (plantation dans les sables, destruction 
de l'œuf d'hiver, désinfection des boutures), soit curatifs 
(traitement au sulfure de carbone et au sulfocarbonate, sub- 
mersion des vignes). 

Il passe successivement en revue tous les insectes nuisibles à 
la vigne, les plus répandus, Pyrale, Cochylis, etc., comme les 
moins connus, tels que le Tétranyquc tisserand qui produit 
la maladie rouge de la vigne. 

Parmi les maladies cryptogamiques de la vigne, le Mildiou 
occupe la première place, avec les procédés pour le combattre 
soit par les liquides, soit par les poudres. Viennent ensuite 
les moyens de combattre l'Oïdium, l'Anthracnose, le Black- 
Rot, le Rot-Blanc, la Brunissure, la maladie de Californie, le 
Pourridié, etc. 

L'ouvrage se termine par l'étude de la chloroso et des autres 
altérations organiques de la vigne et les moyens de remédier 
aux dégâts commis par la gelée et la grêle. 

C'est un livre essentiellement pratique donnant tous les 
moyens proposés pour combattre les ennemis de la vigne, leurs 
inconvénients et leurs avantages respectifs et leur prix de re- 
vient. 



L'Art de conserver la santé des animaux dans les campagnes (1), 
par .T. -M. Fontan, médecin-vétérinaire. Nouvelle médecine 
vétérinaire domestique à l'usage des agriculteurs, fermiers, 
éleveurs, propriétaires ruraux, etc, 

Cet ouvrage s'adresse à la grande famille des agricultenrs 
et des éleveurs, à tous les 'propriétaires d'animaux domes- 
tiques. 

Il comprend trois parties : 

Dans la première, qui a pour titre : Hygiène vétérinaire, 
M. Fontan a réuni les règles à suivre pour entretenir l'état de 
santé chez nos animaux. De longues années de pratique lui 
ont appris que ces précieux auxiliaires sont, par le fait d'i- 
gnorance ou de préjugés, victimes d'habitudes funestes, de 
négligences ou d'abus qui sont les principales causes de la 
plupart des maladies. Il les signale avec soin et offre des 
moyens pratiques d'éviter un grand nombre de maladies et 
d'accidents. 

La seconde partie, Médecine vétérinaire usuelle, donne une 
idée générale des maladies les plus faciles à reconnaître et du 
traitement à leur opposer en attendant la visite du vétérinaire. 
Le propriétaire n'a pas toujours un vétérinaire sous la main 
lorsqu'une bête tombe malade. Il peut arriver que le cas soit 
pressant. Que de fois le vétérinaire a dû renoncer à toute mé- 
dication parce que l'heure de la tenter était écoulée ! Dans ces 
circonstances, quelques soins élémentaires donnés dès le début 
du mal auraient suïli bien souvent pour éviter tout danger, 
ou tout au moins auraient permis d'attendre l'application de 
remèdes énergiques que l'homme de l'art peut seul prescrire. 

Le traitement indiqué à propos de chaque maladie se com- 
pose de moyens excessivement simples et inoffensifs, que le 
propriétaire peut employer lui-même impunément. Les ingré- 
dients qui en forment la base sont tirés en grande partie do 
plantes ou d'autres substances qu'il est toujours facile de se 
procurer. Tout ce qui concerne la préparation, l'application 
ou l'administration de ces moyens se trouve détaillé dans la 
troisième partie, intitulée : Pharmacie vétérinaire domestique. 

Ce livre, destiné à être pour les animaux le pendant de la 
Nouvelle Médecine des familles de Saint-Vincent, arrivé à sa 
11 e édition et aujourd'hui entre les mains de tous ceux qui 
vivent à la campagne, ne peut manquer d'avoir le même succès. 



(1) 1 vol in-16 de 350 pages avec fig. Cart. 4 francs, 
franco 4 fr. 40 (aux bureaux du journal). 



LE NATURALISTE 



145 



Flore de France, contenant la description de toutes les es- 
pèces indigènes disposées en tableaux [analytiques et illus- 
trée de 2,165 figures représentant les types caractéristiques 
des genres et des sous-genres, par A. Acloque. 

Extrait de la lettre-préface de M. Ed. Bureau, professeur 
de botanique au Muséum : « Les personnes qui commencent à 
herboriser sont très embarrassées pour déterminer les plantes 
qu'elles recueillent : une clef conduisant au nom des plantes 
françaises était donc véritablement utile. Une flore française 
complète manque sans doute; mais un Synopsis ne faisait pas 
moins défaut. Celui-ci permettra d'attendre l'achèvement 
d'ouvrages plus détaillés, et même, ceux-ci achevés, comme il 
en contiendra en quelque sorte la substance condensée, il 
pourra toujours être commode, étant plus maniable en raison 
de son format réduit. 

.< Dans un ouvrage n'ayant pas d'autre but que de conduire à 
la détermination des plantes, il n'y avait pas d'autre méthode 
à employer que la méthode dichotomique. 

« Il importe de remarquer, dans l'emploi de cette méthode, 
que le genre étant trouvé, on n'a presque jamais d'embarras 
sérieux pour arriver à l'espèce. C'est en cherchant la famille et 
le genre que le commençant peut faire fausse route. Plus le 
groupe est vaste, en effet, et plus il y a de chances pour qu'il 
s'y glisse des formes à caractères exceptionnels. L'auteur a com- 
pris cette difficulté et y a remédié dans la mesure du possible, 
en donnant, outre la clef pour arriver aux familles, un tableau 
synoptique de leurs caractères distinctifs. On aura donc, pour 
arriver à reconnaître la famille, deux procédés qui se contrôle- 
ront l'un par l'autre. 

« Le moyen le plus sûr de se rendre compte de l'utilité d'un 
ici livre, c'est d'en faire usage. J'ai donc pris quelques 
plantes au hasard, et, j'ai essayé de les déterminer en suivant 
les tableaux dichotomiques. J'y suis arrivé. 

« J'ai donc tout lieu de croire que d'autres y arriveront 
comme moi, et que, par conséquent, le but est atteint. 

« Cette entreprise témoigne d'un vif amour de la botanique, 
.l'un travail acharné et d'une rare persévérance ». 

Les figures, au nombre de 2.165, ont été toutes dessinées 
par l'auteur exprès pour cette Flore de France; elles repré- 
sentent au moins une espèce des principaux genres et sous- 
genres; elles donnent le faciès, le port de la plante, plutôt que 
des détails anatomiques ; il sera plus facile de rapporter les 
espèces étudiés aux groupes auxquels elles appartiennent à 
l'aide de leur physionomie générale que par l'examen d'un seul 
'organe. Les petites figures schématiques sont réservées pour le 
Tableau général des familles, qui, tenant compte de toutes les 
exceptions, détruit nécessairement les rapports naturels, et pour 
le vocabulaire des lormes techniques, dont elles faciliteront 
l'intelligence et l'usage. 

Ce livre s'adresse autant aux débutants, aux élèves, aux 
amateurs qui, voulant s'instruire, pensent que la meilleure 
préparation à l'étude de la botanique est d'apprendre d'abord 
a classer et à déterminer les plantes, qu'aux botanistes déjà 
instruits par leurs herborisations personnelles et l'étude des 
ouvrages classiques. 



La Flore de France, par Gaston Bonnier et G. de Layens, 

. sous lis auspices du Ministère de l'Instruction publique, 

avec 52S0 figures vient de paraître. Nous en rendrons compte 

dans le prochain numéro du journal (prix: broché 9 fr. franco 

9 fr. 45, relie 10 fr. franco 10 fr. S5). 



ACADÉMIE DES SCIENCES 



Séance du 30 avril. — . M. Dastre signale à l'Académie la 
possibilité de digestion sans ferments digestifs. Ce fait para- 
doxal aurait, suivant lui, pour conditions nécessaires et comme 
explications suffisantes cette seule règle : que les substances 
albuminoïdes fraîches (fibrine, albumine, caséine crues) 
peuvent éprouver, sans addition explicite de sucs digestifs, la 
série des mêmes transformations que sous l'influence du suc 
gastrique, qu'elles soient laissées en contact suffisamment pro- 
longé avec des solutions salines à dose antiseptique, telles que 
chlorure de sodium à 10 et 15 0/0, fluorure de sodium à I et 



(li 1 vol. in-16 de SiO p. Prix : 12 fr. 50, franco 13 fr. 35. 



2 0/0, chlorure d'ammonium à 10 ou 15 0/0. — M. Letellier 
pense pouvoir expliquer l'action perforante des cliones (Eponges 
qui creusent leurs galeries dans les valves des huîtres) par 
une action purement mécanique. Il base cette opinion sur 
quelques expériences, et cette remarque que la clione perce 
toujours la Nacre perpendiculairement à sa surface (direction 
de sa moindre résistance) et que jamais elle ne se creuse de 
galeries dans son épaisseur, tandis que dans le calcaire, ses 
galeries s'étendent, dans tous les sens. — M. Chartes Janet dé- 
crit le système glandulaire des Fourmis. — M. Lucien Daniel 
pense pouvoir conclure de ses études sur la possibilité de la 
création de variétés nouvelles au moyen de la greffe : 1° que 
l'hybridation ; par la greffe est possible pour certaines plantes 
herbacées auxquelles on peut faire acquérir des qualités ali- 
mentaires nouvelles en les plaçant sur des plantes qui leur 
sont supérieures sous ce rapport et en semant les graines pro- 
duites par le greffon. 2° Cette impression plus ou moins pro- 
fonde semble jusqu'ici plus particulièrement marquée dans les 
plantes de la famille des Crucifères. — M. Adolphe Carnol 
adresse une note sur la composition chimique des Wavcllites 
et des Turquoises. — Af. A. Cal/nette signale les propriétés du 
sérum des animaux immunisés contre les Venins de diverses 
espèces de serpents. 

Séance du 7 niai. — Af. Lacaze-Duthiers communique à 
l'Académie quelques observations qu'il a faites sur le Flabcllum 
Anthophyllumet le développement de ses cloisons. — M. Mare;/ 
étudie les mouvements articulaires, au moyen de la photogra- 
phie, il donne le résultat de cette étude pour les mouvements 
du maxillaire inférieur etpour l'articulation atloîdo-axoïdienne. 

— M. A. Miine-Edwards présente une note de M. II. Filhol sur 
quelques points de l'anatomie du Cryptoprocte de Madagascar. 
Il résulte de ces observations que, par l'ensemble de sa struc- 
ture anatomique, le Cryptoprocte doit être placé parmi les 
Félins. 11 se rattache probablement à un groupe de chats très 
anciens, comprenant les pseudolurus et les prailurus qui ont 
vécu en Europe durant l'Oligocène. — M. H. Deauregard, à la 
suite d'une étude qu'il a faite de la glande anale de la Genette 
de l'Inde, distingue trois types de glandes à parfum chez les 
Viverridés. Le type le plus simple appartenant aux Genettes, 
le plus composé aux Civettes et l'intermédiaire aux Viverricula. 

— Af. P. -A. Dangeard signale une véritable reproduction 
sexuelle chez les Ascomycètes. Peziza Vesiculosa (Bul.). — 
M. E. Ficheur communique le résultat des études qu'il a entre- 
prises pour le service de la carte géologique de l'Algérie sur 
le bassin lacustre de Constantine et les formations oligocènes 
en Algérie. — Af. Edmond Verrier présente à l'Académie une 
note de M. I. Kunckel d'Herculais sur les Diptères parasites 
des Acridiens; ces muscides vivipares à larves sarcophages pro- 
duisent sur les Acridiens l'apténie et la castration parasitaire. 

— AfAf. Costantin et L. Matruchel signalent la fixité de cer- 
taines variétés de champignons de couche (Psalliota campes- 
tris). La couleur du chapeau, son aspect écailleux ou fibril- 
leux, etc., semblent être des caractères héréditaires d'une sta- 
bilité que rien jusqu'ici ne laissait prévoir, -f M. Stanislas 
Meunier remarque, à propos d'une récente communication de 
M. Issel sur les tremblements de terre de l'île de Zante 
(C. R. t. CXVIII., p. 374), que les phénomènes observés sont 
parfaitement d'accord avec la théorie qu'il a lui-ïnème précé- 
demment exposée (C. R., t. XCII, p. 1230). 

Séance du SI mai 1894. — M. Charles Brongniart lii 

une note sur les insectes de l'époque carbonifère qu'il a pu 
étudier d'une manière toute spéciale, grâce à l'admirable col- 
lection recueillie par M. Fayol dan» les houillères de Com- 
mentry et mise par lui à la disposition de l'auteur. Dans cette 
collection, comprenant quinze cents échantillons appartenant à 
au moins quatre ordres : les Névroptères, les Orthoptères, les 
Thysanourcs et les Homoptôres. On trouve en dehors des 
Blattes, dont une étude détaillée sera faite ultérieurement, 
02 genres et 1C3 espèces sont nouveaux. Sur ces insectes car- 
bonifères dont le thorax est toujours divisé en trois segments, 
comme on le sait, on trouve souvent outre les trois paires de 
pattes, les trois paires d'ailes répondant à ces trois segments. 
En outre, plusieurs de ces anciens insectes ont conservé, à 
l'état adulte, des caractères qui ne se retrouvent do nos jours 
que chez des nymphes ou chez des larves. — M. A. Bechamp, 
au sujet de la note de M. Dastre, rappelle à l'Académie ses 
travaux sur les Microzymasde la Fibrine, les plus petits de tous 
les ferments. Suivant M. Béchamp, « il n'y a donc pas de 
transformations d'albuminoïdcs de l'ordre des phénomènes di- 
gestifs sans une cause physiologique ; et il n'est pas vain de 



1 16 



LE NATURALISTE 



prouver que les albuminoïdes sont réductibles en espèces défi- 
nies, stables». — M. S. Jourdain adresse une note sur l'Essai 
d'une théorie du temporal en s'appuyant sur les données em- 
bryologiques et physiologiques ; [il étudio les éléments du 
groupe ostéologique désigné sous ce nom, et esquisse ensuite 
dans la série des Vertébrés l'évolution des divers éléments 
qu'il reconnaît dans cet os. 

Séance du 28 mai. — M. E. Trouessart adresse à l'Aca- 
démie une note sur la parthénogenèse chez les Sarcoptides 
plumicolcs. Les faits qu'il a observés ont pour sujet le 
Syringobia Clielopus (Tr. et Neum.), sarcoptide plumicole qui 
vit d'une façon presque exclusive dans le tuyau des grandes 
plumes de l'aile du Chevalier gambette {Tolanus calidris) ; 
il a trouvé dans certaines colonies de ces Syringobia des fe- 
melles ne possédant pas de poches copulatrices. L'examen 
de la femelle de la nymphe et de .l'œuf montre qu'il s'agit là 
évidemment d'une forme parthénogénésique. M. Herbert Ha- 
viland Field a eu l'occasion d'étudier le développement de 
l'appareil excréteur de PAmphiuma. De ses observations, il 
résulte : 1° que la théorie selon laquelle le pronéphros repré- 
senterait un organe défini auccstral est très invraisemblable ; 
2° que la constitution du pronéphros des Amphiuma est 
toute différente de celle des autres Batraciens. 

A.-Eusr. Malard. 



OFFRES ET DEMANDES 



— Mme Bidault de l'Isle, 8 boul. Malesherbes, Paris, 
offre des cocons vivants de A. lunaen échange de cocons 
d'autres espèces séricigènes exotiques. 

— M. L. Perruchon, vicaire à Champfleur (Sarthe), 
offre en échange des œufs d'oiseaux. 

— On demande des Calosoma sycophanta (Les Fils d'Emile 
Deyrolle, naturalistes, 46, rue du Bac, Paris). 

— A vendre une collection de Chrysomélides europ. et 
exot. 2420 espèces. 2953 ex. en 49 cartons, prix 300 fr. 
(S'adresser aux bureaux du Journal.) 

— Envois à choix, sur demande, de papillons exotiques, 
provenant des derniers élevages (Les Fils d'Emile Dey- 
rolle, 46, rue du Bac, Paris). 



BIBLIOGRAPHIE 



219. 



Voigt, Alwin.Die schriftliche Darstellung von Vogels- 
timmen. 
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Zeitschr. fur Kryslall. 1894, pp. 114-117. 
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Zeitschr. fur Krystall. 1894, pp. 118-130. 
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248. Penfield, S.-L. Beitrage zur Krystallisation des Wil- 
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Quart. Journ. Geol. Soc. 1894, pp. 156-169. 
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Sphcrulitic Structures. PL I. 
Quart. Journ. Geol. Soc. 1894, pp. 10-14. 



Le Gérant: Paul GROULT. 



p ar ; s . _ Imprimerie F. Levé, rue Cassette, 17. 



16 e ANNÉE' 



2 e SÉRIK — M 1 * <» 



1" JUILLET 1894 



IMITATION EXPÉRIMENTALE 

tlos Epanchements Boueux 



A la suite de plusieurs accidents, dont le plus célèbre 
est la catastrophe de Saint-Gervais, l'attention a été rap- 
pelée, dans ces derniers temps, sur les epanchements 



boueux des pays de montagnes. Mais, s'il est rare, heu- 
reusement, que les conséquences des torrents de boue 
soient aussi désastreuses que le 12 juillet 1892, il ne 
faut pas oublier que le phénomène en lui-même est tout 
à fait normal et constitue comme un trait de la physio- 
logie des régions où il se produit. M. de Montzey en a, 
du reste, résumé l'économie dans un travail d'un haut 
intérêt (1). 




Fig. 2. — Autre appareil destiné à l'imitation expérimentale des épan- 
chements boueux. — C, réservoir pour la boue. F, corde passant sur 
une poulie et qui permet la bascule du réservoir. RR, table sur la- 
quelle se fait Pépanchemenl. B, éclimètre. B, bloc rocheux charrié 
par la boue. — Même échelle que la figure 1. 

Il suflit d'une excursion de quelques heures dans certaines val- 
lées de chaînes montagneuses, et spécialement dans celles des 
Alpes, pour constater la reproduction, sur des points déterminés 
et avec des intensités très variables du phénomène qui nous oc- 
cupe. C'est ainsi que la nappe boueuse du 12 juillet 1892 ne s'est 
pas étendue dans la vallée de l'Arve sur un terrain ayant la pente 
générale de cette vallée, mais sur une protubérance deltoïde cons- 



Fig. 1. — Appareil destiné à l'imitation artificielle des 
epanchements boueux. — C, réservoir de la boue. 
R, glissière inclinée à 64°. T, table inclinée à o de- 
grés — 1,10 de la grandeur naturelle. 

Le Naturaliste, 46, rue du Bac. Paris. 




tituée successivement par des epanchements antérieurs 
et qu'elle est venue augmenter. Une fois prévenu, on re- 

(1) Complet rendus, t. CXV, p. 30o, 8 août 1892. 



lis 



LE NATURALISTE 



trouve de ces delta* boueux, très différents des cônes de 
déjection proprement dils, dans un très grand nombre 
de localités. 

On peut môme s'e'tonner que les montagnards, malgré 

« 1&&" 

—n 



C représente une caisse qui renferme de la boue et dont 
le fond peut s'ouvrir. Elle est située à la partie supe'rieure 
d'une glissière H de 1 m. 70 de hauteur et qui fait, avec 
l'horizon, un angle de 64°. A la partie inférieure, cette 




Fig. 3. — Coupe suivant la ligne MN MN de l'épanchement boueux représente dans la figure 2. On y voit la masse médiane 
reposant sur un matelas bcumix qui se dispose à droite et à gauche sous la forme de plèvres immobiles. 

la notion très juste qu'ils ont du phénomène, per- 
sistent à s'établir dans des localités qui sont fatalement 
vouées à des retours successifs de la houe. Gomme 
exemple, je citerai, parce que je l'ai étudiée spéciale- 
ment, une région de la vallée de l'IU, dans le Vorarl- 
berg, située un peu au-dessus de Schruns et qui, en petit, 
mais dans des conditions éminemment favorables, m'a 
fourni une reproduction exacte du phénomène de Saint- 
Gervais. 

Dans le point dont il s'agit, à Gamprecht, sur le liane 
S.-W. du Hoch loch, un petit ruisseau descend sans 
méandre très sensible suivant la ligne de plus grand e 
pente dans une rainure qu'il a creusée, qui n'a pas plus 
de 3 mètres de largeur au fond. La pente est de 60 degrés 
en moyenne et l'eau qui y circule très rapidement n'y 
existe que d'une manière intermittente. Après les pluies, 
c'est une espèce de gouttière d'assèchement des prairies 
supérieures. A certains moments, l'eau est remplacée par 
de la boue qui, au pied de la grande pente, rencontre un 
terrain incliné à 30 degrés. A certains moments, il vomit 
de la boue au lieu d'eau, et celle-ci s'étale en un delta 
très surbaissé dont le sol très fertile est cultivé par des 
maraîchers. Lors de mon passage, une coulée de boue 
venait de recouvrir toutes les cultures sur 60 centimètres 
d'épaisseur. La boue avait contourné les maisons d'ha- 
bitation de façon à en condamner les portes d'entrée 
qu'il fallait dégager par un vrai travail de terrassement. 

L'étude du delta de Gamprecht m'a inspiré l'idée d'i- 
miter expérimentalement les épanchements boueux, afin 
de préciser leur condition et d'apprécier, si possible, 
leur rôle géologique. Les résultats de mes expériences, 
dont les premières remontent à près de deux ans, me 
semblent dès maintenant de nature à donner à ces épan- 
chements une signification plus large qu'on n'aurait pu le 
soupçonner tout d'abord. 

D'une manière générale, il y a lieu de distinguer, dans 
le cours d'un torrent boueux, deux régions nettement 
distinctes : 1° une région supérieure à forte pente où la 
boue se constitue et où elle acquiert, par le fait même de 
sa descente, une force vive considérable; 2° une région 
inférieure, à pente beaucoup plus douce, où la boue perd 
sa vitesse ets'arrête enfin sous la forme de délia boueux. 
C'est de cette seconde réfion que je m'occuperai exclu- 
sivement aujourd'hui, réservant l'autre pour une étude 
ultérieure. 

Appareils. — Les appareils dont je me suis servi sont 
des plus simples, et j'ai même trouvé un avantage pra- Fig- 4 . _ Résultat de l'écoulement d'une boue très fluide qui 
tique à simplifier encore le dispositif très peu compliqué se meut dans une rigole boueuse bordée de deux plèvres d 

que j'avais d'abord imaginé. offrant des parois abruptes visibles dans la figure 5. 

La figure 1 indique le dispositif de l'appareil que j'ap- glissière H aboutit à une table T bien plus large, et dont 
pellerai complet. l'angle n'est plus que de 5°. Bien entendu, les inclinai- 




LE NATURALISTE 



li'l 



sons peuvent être variées à volonté et sont mesurées par 
des éclimètres. 

Dans le plus grand nombre des expériences, j'ai em- 
ployé l'appareil de la figure 2, qui consiste en une table 
HR de 66 centimètres de largeur et de 4 mètres de lon- 
gueur, dont l'inclinaison, variable à volonté, est indiquée 
par un éclimètre E. A la partie supérieure est articulée, 
à l'aide d'une charnière, une caisse carrée C de 18 cen- 
timètres de côté, et de 80 centimètres de profondeur, 
qu'on peut faire basculer au moyen d'une corde pas- 
sant sur une poulie F de façon à en déverser sur la table 
le contenu consistant en 30 à 50 kilogrammes de boue. 

Roue employée. — La boue dont j'ai fait usage a été 
obtenue en mélangeant avec de l'eau une variété ocreuse 
de sable de Fontainebleau connue dans Paris sous le 
nom vulgaire de sablon. Avec 300 centimètres cubes d'eau 
par kilogramme de sable sec, on obtient une boue bien 
coulante qui, cependant, porte sans les engloutir des 
blocs de calcaire ou de granit. 

Mode d'écoulement de la boue. — La table étant inclinée 
convenablement sur l'horizon, on constate que la boue 
s'étale de façon à constituer une vrai coulée dont la forme 
^est tout à fait comparable à celle des nappes de lave 
vomie par les volcans. C'est ce qu'on voit bien sur les 
deux figures i et 2 où la forme des coulées est soigneu- 
sement indiquée. 

Pendant le déversement de 35 kilogrammes de boue, 
et pour une pente de 26°, celle-ci s'épanche d'abord 
latéralement à droite et à gauche des bords de la caisse 
de façon à occuper 40 centimètres environ en largeur. 
Elle progresse en même temps dans le sens de la pente 
en une traînée limitée en avant par un bourrelet semi- 
circulaire et s'arrête après avoir recouvert 1 m. 50 à 
1 m. 80 de longueur. 

Cette traînée reste toujours adhérente à la boue restée 
contre la paroi du réservoir; ce qui montre que sa pro- 
gression est due, avant tout, à la pression des parties 
supérieures. 

Le mécanisme de l'écoulement mérite d'être précisé : 
duns une coupe verticale passant sur l'axe de symétrie 
delà coulée on trouve que la vitesse maxima est à la sur- 
face. Mais il existe à l'avant une zone frontale où, à cause 
de la forme du bourrelet limite, les parties superficielles 
descendent vers le sol et viennent se jeter à la traverse 
des courants horizontaux plus profonds. Il en résulte que 
le bourrelet est aplati et comme écrasé par le torrent 
qui s'avance sur lui. 

La matière du fond, celle qui est en contact avec le sol, 
augmentée à la tête de la coulée par les éléments ve- 
nant d'en haut ne glisse pas du tout. Elle se constitue en 
une sorte de matelas, bien plus étalé vers l'amont que le 
torrent lui-même et reste sous la forme de larges plèvres 
à droite et à gauche du Ilot qui descend. La boue glisse 
donc exclusivement surdelabouequi, dès le commence- 
ment de l'écoulement, a comblé les inégalités du sol. 

On a marqué sur la figure 2 par les lettres PP les plèvres 
dont il s'agit et par MN, MN la direction d'une coupe, 
représentée ligure 3 et qui montre nettement la disposi- 
tion de ces plèvres. 

En employant une boue bien plus fluide que la précé- 
dente et contenant moitié plus d'eau, ces accidents 
si intéressants se révèlent encore plus nettement. II se 
constitue alors en effet, au milieu de la coulée, un chenal 
à parois verticales (fig. 4), dans lequel la boue glisse en 
masse sans s'y arrêter. La figure S donne la coupe trans- 



versale suivant la ligne AB de la rigole boueuse bordée 
de plèvres dont il s'agit. 




-0 45- 



Fig. o. — Coupe suivant la ligne AB de la rigole représentée 
ligure 4. On voit la forme abrupte des parois qui séparent la 
boue coulante de la bouc fixe constituant les plèvres. 

Principaux résultats d'expériences. — Je ne puis qu'in- 
diquer ici les différentes séries de résultats obtenus et dont 
la description nous entraînerait au delà des limites d'un 
simple article. L'influence de la charge supérieure et de 
la pente sur la vitesse de l'écoulement et sur la forme du 
delta épanché a été déterminée pour diverses compacités 
de pâtes. 

La vitesse d'écoulement a une influence très nette sur 
lalargeur des plèvres. 

Des séries d'expériences ont concerné l'influence 
d'obstacles placés devant la matière coulante : on produit 
ainsi des intumescences, des divisions de courant en plu- 
sieurs bras, et des confluences de plusieurs torrents en 
un seul. J'ai relevé une série de plans et de coupes de ces 
dispositions (fig. 6). 




Fig. 6. — Coupe transversale de deux courants boueux con- 
fluents et montrant les quatre plèvres P, P, P', P', et le sillon 
médian. 

C'est d'une manière spéciale qu'a été étudiée lapuissance 
de transport des épanchements boueux. Des blocs rocheux 
variés ont été charriés, sans aucun frottement, sur plus 
d'un mètre de longueur (voir la fig. 2). Il en est qui ont été 
rejetés soit sur le front soit sur les bords de la coulée de 
façon à imiter la disposition des moraines glaciaires. 

Quand un bloc préalablement placé en avant du réser- 
voir reçoit le choc du courant il est ordinairement roulé 
et recouvert de boue. Cependant nombre de dispositions 
permettent à la boue de le prendre par-dessous et de le 
soulever à la faveur d'une espèce de jaillissement hy- 
drostatique, pour l'emporter. 

C'est la reproduction du fait que j'ai vu àSaint-Gervais, 
où des meules de moulins ont été prises dans un cel- 
lier par le torrent et emportées à plusieurs kilomètres. 

Conclusions. — Parmi les conclusions nombreuses de 
recherches dont on ne peut ici qu'indiquer le sens géné- 
ral, je signalerai spécialement celles qui paraissent avoir 
des applications géologiques directes. 

Du nombre est évidemment le transport des blocs ro- 
cheux à des distances souvent très grandes et dans des 
conditions qui feraient nécessairement supposer l'inter- 
vention glaciaire. Il suffit que la pluie et les intempéries 
fassent plus tard disparaître la boue pour que les rocs 
charriés se présente exactement avec l'allure des blocs 
erratiques proprement dits. 

Une autre application plus fréquente encore concerne 
les accumulations de boue à pierrailles dont lant de val- 
lées sont encombrées et qu'on regarde aussi sans excep- 



m 



LE NATURALISTE 



tion comme du terrain franchement glaciaire. Une partie 
notable de ce terrain dans lequel se constituent si 
aisément les pilastres de terre, comme les cheminées des 
fées de Saint-Gervais et de Botzen. doit certainement son 
origine au phénomène boueux, et la considération de 
celui-ci devra provoquer, en certain cas, une restriction 
notable dans les dimensions généralement accordées aux 
anciens glaciers. 

Je rappelle qu'à l'inverse des glaciers et des cours 
d'eau, les épanchements boueux, au moins dans la partie 
inférieure de leur cours, ne produisent aucun affouille- 
ment du sol. 11 en résulte un critérium de nature à les 
faire fréquemment reconnaître. 

Stanislas Mrunier. 



LES PARFUMS 



COUP D'OKIL HISTORIQUE 



L'étude des parfums est. à l'ordre du jour à plus d'un 
titre. Tandis que les horticulteurs du Midi voient leurs 
bénéfices décroître de jour en jour, les chimistes s'ef- 
forcent de fabriquer artificiellement des parfums, à quoi 
ils arrivent d'ailleurs facilement. D'autre part les odeurs 
sont un sujet d'étude favori pour les physiologistes qui 
étudient leur action sur la muqueuse nasale et sur les 
cordes vocales. Enfin les botanistes s'efforcent d'étudier 
la localisation des parfums dans lesplantes et à mesurer 
leur intensité d'une manière précise. Ces divers points 
de vue nous ont engagé à publier une série d'articles sur 
les parfums, les matières premières qui les fournissent 
les moyens de les extraire, etc. Mais, avant d'entrer en 
plein dans notre sujet, nous croyons intéressant de jeter 
un coup d'œil sur l'historique des parfums. 

Les parfums, à leur origine, furent exclusivement em- 
ployés dans un but religieux. Par la facilité avec laquelle 
ils se répandent dans l'air, les prêtres anciens s'imagi- 
naient, sans doute, que ces matières avaient la propriété 
de se rendre jusqu'aux cieux et de venir ainsi chatouil- 
ler agréablement les narines des Maîtres du monde. 

C'est dans les contrées de l'Orient, au dire de Pline, 
que l'on se servit pour la première fois des parfums dans 
les cérémonies religieuses. Cela n'a rien qui puisse 
nous étonner, étant donnée la grande quantité de parfums, 
cannelle, santal, camphre, girofle, muscade, etc., que la 
nature y fournit à foison. Les Juifs attachaient aux par- 
fums une telle origine religieuse, que, pour empêcher 
les femmes de les faire servir à leur toilette, Moïse, qui 
ne plaisantait pas sous ce rapport, dut prendre des pres- 
criptions sévères contre ceux qui commettraient un tel 
sacrilège. Ils en employaient aussi de grandes quantités 
pour ensevelir les morts elles conserver. Mais ce respect 
pour les parfums ne dura pas longtemps : les hommes 
aussi bien que les femmes, séduits par leur odeur 
agréable, ne tardèrent pas à satisfaire leur coquetterie 
sous la forme de bains, de pommades ou d'extraits. 

Les Grecs connurent aussi les parfums de très bonne 
heure. Dans Homère on y trouve des allusions fréquentes. 
Ce sont les dieux de l'Olympe laissant après eux une 
odeur d'ambroisie, c'est Vénus arrosant d'un baume 
précieux les restes d'Hector, Ulysse enfermant ses habits 
dans des coffrets odorants. Les Athéniens parfumaient 



leurs vins avec des violettes et des roses. C'était, à ce 
moment un tel engouement pour les parfums que Solon 
et Lycurgue tentèrent, d'ailleurs vainement, d'y mettre 
un frein. Mais allez donc empêcher la coquetterie ! c'était 
une véritable débauche surtout pendant les repas où l'on 
s'oignait de parfums le corps ou la tête sous le fallacieux 
prétexte de dissiper l'ivresse. Souvent même, ils endui- 
saient de parfums différents quatre colombes et les lais- 
saient s'envoler dans la salle : de leurs ailes humides 
pleuvaient des parfums sur les robes et les vêtements 
des convives. Les boutiques des parfumeurs avaient 
d'ailleurs « l'entrée libre», et on y allait potiner tout à 
son aise. 

De la Grèce, comme il y a lieu de s'y attendre, les par- 
fums ne tardèrent pas à pénétrer à Rome. Ici, même his- 
toire : au début, interdiction, puis usage modéré, et 
enfin abus. Dans les maisons, on arrosait d'eau de rose 
la tête des convives ; au théâtre, on en faisait tomber en 
pluie sur les acteurs et les spectateurs; sur le champ de 
bataille même, les aigles étaient parfumées d'essences 
odorantes. 

Les Gaulois connaissaient, quelques parfums.; les Ro- 
mains en apportèrent d'autres. Mais c'est surtout depuis 
l'invasion des barbares que les odeurs se sont répandues 
en France. 

La connaissance des parfums par les Gaulois nous est 
connue par plusieurs écrits : c'est ainsi que Grégoire de 
Tours nous parle de l'art avec lequel Clotilde, Brunehaut 
et Frédégonde relevaient l'éclat de leurs attraits. Forest 
fait plusieurs allusions à l'eau de rose. Quant à Mathieu 
de Coucy, il déclare nettement que, dans un banquet 
donné par Philippe le Ron, on voyait une statue d'enfant 
« qui pissait de l'eau de rose »... 

Pendant la Renaissance, les parfums prirent une 
extension considérable « Cette époque, dit Piesse, peut 
être comparée à celle de Martial pour l'abus qu'on fit 
despâtes et despommades, des gants parfumés et de tous 
les raffinements de l'art. Les historiens attestent que 
Diane de Poitiers, grâce aux cosmétiques dont elle faisait 
usage, conserva tous ses charmes jusqu'à un âge où ses 
rivales avaient renoncé à plaire; on prétend qu'elle te- 
nait ses secrets de Paracelse. A côté de la châtelaine 
d'Anet brillaient la Marguerite des marguerites et les 
héroïnes célébrées par Rrantôme, qui demandaient à la 
cosmétique italienne toutes les ressources de son art. 
C'est à cette époque que furent publiés les ouvrages de 
Saigini, de Guet, de Dettazy, dTsabella Cortese, de Mari- 
nello sur les cosmétiques, et qui traitaient tous de cet 
art d'une manière remarquable. Sous les Valois, l'usage 
des parfums alla jusqu'àl'abus ; les pâtes.les pommades, 
le masque de Poppée, retrouvé pour Henri III et ses mi- 
gnons, amenèrent l'espèce de réaction qui se fit pendant 
le règne suivant contre les parfums et les cosmétiques; 
mais les pratiques de René le Florentin, les gants delà 
reine de Navarre et ceux de la belle Gabrielle contri- 
buèrent à cette répulsion, comme les vendeur de poudres 
épouvantèrent plus tard la cour de Louis XIV. 

Négligés sous Henri IV, qui avait bien autre chose à 
faire que de s'en occuper, les parfums redevinrent très 
en faveur sous le règne efféminé de Louis XIII. Par 
contre, Louis XIV qui les détestait les proscrivit, et ils ne 
purent revenir à la mode que sous la Régence. C'est grâce 
à eux, paraît-il, que Ninon de Lenclos garda sa célèbre 
beauté jusqu'à soixante ans. 

Le goût des parfums s'épura avec Marie-Antoinette. 



LE NATURALISTE 



loi 



qui préférait les odeurs douces comme celles de la 
violette et de la rose aux odeurs vives. 

La Révolution, comme en toute chose, se fit sentir dans 
l'industrie du parfumeur. «Chaque parfum, nous apprend 
Piesse, portait un nom bizarre : il y avait des habits à la 
guillotine, la pommade de Sanson, etc. Plusieurs composi- 
tions, devenues historiques, nous ont été transmises parle 
Directoire et l'Empire; c'est de cette époque que l'indus- 
trie du parfumeur se transforme en s'appuyant sur la 
science; c'est sous le Directoire queles belles dames firent 
renaître les bains parfumés de Rome et de la Grèce. 
Madame Tallien, au sortir d'un bain de fraises et de fram- 
boises, se faisait doucement frictionner avec des éponges 
imbibées de lait et de parfums. » 

C'est à l'époque de Napoléon I* que la consommation 
des parfums fut la plus considérable : l'empereur se la- 
vait tous les matins à l'eau de Cologne et Joséphinefaisait 
usage de nombreux cosmétiques. 

De nos jours, la parfumerie a pris une très grande ex- 
tension par suite dubas prix auquel ouest arrivé à livrer 
la plupart des produits : ces établissements à grand éta- 
lage, qui pullulent dans Paris depuis deux ou trois ans, 
sont une preuve de la vitalité de ce commerce. 

Henri Coupin. 



HYGIÈNE 

Moyen facile d'obtenir les pois, lentilles, fèves et 
haricots débarrassés des larves répugnantes qu'ils 
contiennent. 



Autrefois, lorsque nos ancêtres professaient le culte 
druidique mêlé au paganisme romain, il y a 1800 ans, 
le blé et les légumineuses étaient placés sous la protec- 
tion de trois divinités secondaires, dont la puissance 
s'exerçait sur leur conservation et leur bonne venue. 
Ces trois divinités champêtres étaient déesses. La pre- 
mière se nommait Seia et avait les récoltes sous sa garde 
tout le temps qu'elles étaient dans la. terre jusqu'à la 
pousse des feuilles. Les plantes étant levées, elle les cé- 
dait à la seconde appelé Segitia, qui en prenait soin 
durant leur croissance jusqu'à la moisson. Enfin la troi- 
sième, dont le nom était Tutelina, était chargée de la 
conservation du grain dans les greniers. 

On adressait des prières à ces divinités; on leur offrait 
des sacrifices, selon les cérémonies de la religion de ce 
temps et à chacune, au moment convenable, pour se les 
rendre propices et obtenir de bonnes récoltes. On rap- 
porte aussi que les disettes et les calamités leur étaient 
imputées et que le peuple, qui n'avait pu les fléchir par 
ses prières, s'irritait contre elles et les précipitait dans 
un lac avec des imprécations en terminant une proces- 
sion où leurs statues étaient portées. 

Dans ces temps reculés on connaissait peu les causes 
qui influent sur les mauvaises récoltes, au nombre 
desquelles on doit compter les insectes qui exercent de 
si grands ravages sur les céréales et les légumineuses 
pendant qu'elles croissent et pendant qu'elles séjournent 
dans le grenier ; on les croyait surnaturelles et l'on 
n'imaginait pas d'autre moyen de les combattre que 
d'adresser aux divinités prolectrices des prières et des 
sacrifices. 



Aujourd'hui les insectes nuisibles sont beaucoup plus 
nombreux. Par la culture, des espaces immenses sont 
couverts par une seule espèce de plante. L'insecte qui 
recherche cette plante peut y effectuer sa ponte sans 
craindre que sa progéniture périsse faute d'aliment. Si 
l'espèce se tient dans la terre, ou si elle doit s'y enfon- 
cer à l'époque de sa métamorphose, elle ne rencontre 
aucune difficulté; le terrain est meuble, il semble avoir 
été préparé pour lui rendre la vie facile. On peut dire 
que c'est l'agriculture perfectionnée qui a amené la pro- 
pagation prodigieuse d'une foule d'espèces nuisibles 
inconnues des Anciens. 

D'après la statistique officielleJaFrance consacre 15,000,000 
d'hectares à la culture des céréales : blés, orges, seigles, avoi- 
nes, maïs, etc.. qui produisent environ 27o, 000,000 d'hecto- 
litres de graines d'une valeur de plus de quatre milliards de 
francs. 

Les légumineuses: pois, fèves, lentilles, haricots, etc., re- 
couvrent environ un million d'hectares, qui produisent en 
moyenne 16 à {^millions d'hectolitres de graines, d'une va- 
leur d'environ 300,000,000 de francs. 

Jl est admis que la perte causée par les insectes à cette 
immense richesse agricole, soit en terre pendant la crois- 
sance de la plante, soit aux graines dans les greniers, dépasse 
un demi- milliard de francs. 

Comment expliquer qu'à la (in du xix ,; siècle, avec les 
immenses progrès de la science, l'homme soit resté aussi 
impuissant que les peuples primitifs d'il y a vingt sièles, 
pour conserver les céréales et les légumineuses qui font 
le fond de sa nourriture quotidienne ? 

Sans vouloir diminuer en rien le mérite des savants 
qui s'occupent de la classification systématique de tous 
les insectes du globe; des entomologistes qui consacrent 
tous leurs loisirs à recueillir des insectes pour les ali- 
gner ensuite méthodiquement dans des boîtes, en les 
décorant de noms plus ou moins grecs ou latins. A notre 
avis, l'entomologie, comme toute science véritable et 
sérieuse, doit avoir son côté utile et son côté philo- 
sophique. 

Si nous comparons, nous voyons qu'en horticulture les 
éleveurs de plantes et de ileurs sont nombreux, bien 
plus nombreux même que les botanistes; mais, en ento- 
mologie, les éleveurs d'insectes qui se livrent aux études 
biologiques sont en bien plus petit nombre que les 
entomologistes. Pourquoi? Nous n'en savons rien; ce- 
pendant les merveilleuses métamorphoses des insectes 
laissent bien loin derrière elles les changements assez 
monotones des plantes, feuilles, Heurs et fruits. 

En France, les Réaumur, les Léon Dufour, les E. Paris, 
les Emile Blanchard, les D r Laboulbène, etc., qui ont si 
brillamment ouvert la route dans laquelle nous vou- 
drions voir nos jeunes entomologistes les suivre, n'ont 
eu que de rares imitateurs ; le champ à explorer est 
bien vaste, et ceux qui voudront s'y hasarder se trouve- 
ront récompensés de leurs travaux par des jouissances 
inconnues aux purs classificateurs et d'une utilité incon- 
testable pour la défense de notre richesse agricole. 

Il n'est pas douteux qu'en faisant éclore et en élevant 
en captivité les insectes nuisibles, on découvrira: leurs 
moyens d'attaque, comment ils se transforment, com- 
ment ils passent l'hiver; leurs ennemis parasites, créés 
par la nature pour arrêter leur trop grande exten- 
sion, etc.. Il y a de grandes probabilités qu'avec tous 
ces renseignements, on trouvera facilement un moment 
de leur existence pour opérer leur destruction ; soit par 



I.V2 



LE NATURALISTE 



des moyens artificiels, soit en développant leurs parasites 

naturels. 

Il y a quelques jours, nous avons eu l'occasion d'en- 
tendre les récriminations d'une ménagère écossant des 
pois, qu'elle avait achetés de première qualité et qui 
étaient remplisde vers, le marchand l'avait, trompée, etc.. 

Nous nous sommes demandé: Est-il possible d'obtenir 
les pois, les fèves, les lentilles, les haricots complète- 
ment sains et débarrassés de ces vers répugnants, 
lorsqu'ils sont mangés verts, comme les petits pois et les 
haricots (dans le Midi) ou remplis d'insectes, lorsqu'ils 
sont consommés secs, pendant l'hiver? 

Nos observations, suivies d'un grand nombre d'expé- 
riences, nous permettent de répondre affirmativement 
oui, mille fois oui. Nous allons essayer de le démontrer. 

Les insectes qui vivent aux dépens des légumineuses 
sont des coléoptères de la famille des Bruchides qui, bien 
que d'espèces différentes pour chaque espèce de graine, 
ont tous la même manière de vivre. 

Pour faciliter notre démonstration, prenons comme 
exemple le vulgaire Bruchus pisorum Boh. (fig. 00), dont 
la larve, bien connue des ménagères, vit dans le pois 
pisum sativum L. des environs de Paris. 

('/est au commencement d'avril, lorsque les pois sont 
en tleurs, que le Bruchus pisorum femelle vient déposer 
un œuf dans la jeune gousse en formation. La larve, 
aussitôt éclose, choisit une graine, s'y enfonce et se 
nourrit de la partie interne, sans jamais s'attaquer au 
hile. Ce parasite, au lieu de nuire à la première végéta- 
lion de la graine, détermine une irritation qui a pour 
résultat une exubérance de sève qui permet au pois de 
se développer avantageusement et d'arriver à la maturité 
presque toujours plus gros que les autres graines saines 
contenues dans la même gousse. La larve arrive à son 
entier développement un peu avant la maturité de la 
graine ; avant de se métamorphoser en nymphe, elle 
creuse une galerie dans le pois jusqu'au péricarpe, 
qu'elle n'entame jamais, puis elle se forme une coque 
avec les débris provenant de son travail, qu'elle agglu- 
tine avec un mucus qu'elle dégorge par la bouche? L'in- 
secte parfait reste enfermé dans la graine et normale- 
ment ne doit sortir qu'au mois de mars de l'année 
suivante. Il est alors facile de comprendre comment le 
cultivateur emporte avec sa semence l'ennemi qui 
dévorera plus tard sa récolte. Le Bruchus, parfaitement à 
l'abri dans le pois, peut impunément, braver l'humidité 
de la légère couche de terre qui le recouvre, son instinct 
lui indiquera le moment précis où il doit percer sa pri- 
son et prendre son vol pour accomplir la mission qui lui 
est échue de perpétuer son espèce. 

Nous espérons avoir suffisamment démontré que l'in- 
secte est toujours enfermé dans la graine de pois, hari- 
cot, lentille, etc.... au moment de la récolte. Supposons 
un instant [qu'il soit possible de déterminer tous les 
cultivateurs d'un pays, ou seulement d'une contrée, 
u stériliser la petite quantité de (/raines réservées pour la 
semence, immédiatement après la récolte (comme il sera 
indiqué plus loin). Il est facile de prévoir que lesinsect.es 
qui doivent servir à la reproduction de l'espèce dans les 
champs, l'année suivante, seraient détruits d'un seul 
coup, et qu'il ne resterait plus, au mois de mars, que les 
Bruchus contenus dans les graines réservées dans les 
magasins, pour la consommation du printemps, c'est-à- 
dire très peu d'insectes susceptibles de prendre la 
liberté et de regagner les champs cultivés. 



DESTRUCTION 

Le produit à employer doit réunir plusieurs qualités 
indispensables. Pour les graines comestibles, il est 
essentiel de ne se servir que d'un produit ne laissant 
aucune mauvaise odeur et ne pouvant, en aucune façon 
nuire à la santé. Il faut encore que la faculté germina- 
tive de la graine ne soit en rien altérée, que ce produit 
soit bon marché et que son mode d'emploi soit simple 
et facile. 

Depuis l'année 1889', où nous avons continué nos 
recherches avec l'aide et le concours de M. le docteur 
Charles Decaux, nous avons fait de nombreuses expé- 
riences, en employant divers produits chimiques; le sul- 
fure de carbone nous a donné les meilleurs résultats. 

Emploi du sulfure de carbone. 
Ce procédé est basé sur la rapidité avec laquelle le 
sulfure de carbone se volatilise et dégage des vapeurs 
loxiques. Son mode d'emploi consiste à enfermer les 
graines à stériliser dans un tonneau cerclé en fer ou 
autre récipient susceptible d'une fermeture aussi com- 
plète que possible. Dans nos essais nous avons employé 
le sulfure de carbone à la dose d'un millième, c'est-à- 
dire un décilitre pour un hectolitre de graines. Nous 
avons laissé les graines en contact avec les vapeurs du 
sulfure de carbone pendant 15 à 24 heures; mais nous 
sommes certains que la quantité de liquide et le temps 
nécessaire pour tueries insectes peuvent être réduits. 

SOINS A PRENDRE 

Les manipulations devront être faites à l'air libre, 
sous un hangar couvert, pour éviter de respirer les 
vapeurs qui se dégagent pendant l'opération, surtout 
lorsqu'on aura à traiter de grandes quantités de graines 
àlafois. Il faut éviter de s'approcher avec du feu des 
récipients contenant les graines en traitement ; les 
vapeurs du sulfure de carbone comme celles de l'éther 
font explosion. Il n'est pas démontré qu'en opérant à 
l'air libre, cet te explosion soit à craindre; mais on ne sau- 
rait s'entourer de trop de précautions; on fera bien de 
prévenir l'ouvrier chargé des manipulations de ne pas 
fumer et d'opérer le jour. 

Nous nous sommes assurés que la faculté germinative 
de la graine reste intacte après le traitement. 

En réalité, rien de plus facile, de plus simple et de 
plus économique que ces manipulations : remplir un 
tonneau par la bonde avec un entonnoir (aux 9/1 e ) avec 
la graine à stériliser, y ajouter un décilitre de sulfure de 
carbone par hectolitre, bien boucher .le tonneau, le 
remuer une ou deux fois, pour bien mélanger la graine, 
et l'abandonner pendant 15 à 24 heures; ensuite renver- 
ser la semence, et c'est fini. La dépense est d'environ 5 à 
10 centimes par hectolitre. 

Nous formons le vœu que M. le Ministre de l'Agricul- 
ture engage toutes les écoles d'agriculture de France et 
de nos Colonies à stériliser leurs semences de légumi- 
neuses comme il a été indiqué; de préférence aussitôt 
après la récolle, surtout pour nos Colonies, pour préve- 
nir les éclosions anticipées, qui peuvent se produire, si 
les semailles sont retardées, c'est, un usage et une habi- 
tude à prendre: le traitement est moins difficile que 

1. Etude sur les insectes nuisibles, recueillis à l'Exposition 
universelle de 1889. Soc. des Agriculteurs de France, n° 20 et 
21 (1890). 



LE NATURALISTE 



1>3 



celui qu'on fait subir aux semences de cére'ales adopté 
par tous les agriculteurs ; il n'est pas douteux que, devant 
les bons résultats obtenus, les cultivateurs ne tarderont 
pas à suivre ce bon exemple. 

Dès lors, ces excellents légumes nous arriveront sains, 
avec toute leur saveur, débarrassés de ces insectes répu- 
gnants, au grand profit de l'hygiène et de l'économie. 

F. et Cn. Decaux. 



DESCRIPTIONS M COLEOPTERES NOUVEAUX 



Aiiisirjiïiim.s riifierns, AU. 

Long. 8 1/2 mill. 

Il est d'un noir bronzé brillant, sauf la base des antennes 
il les pattes, plus spécialement leurs cuisses qui sont d'un 
roux ferrugineux. Le corselet est couvert de points assez forts, 
peu serrés et confus. Les élytres ont huit lignes de points 
plus gros que ceux du corselet et assez distants. Dans les in- 
tervalles de ces lignes de points, il y a des points épars d'une 
extrême finesse. 

Comme forme, cet insecte rappelle l'Am. cupreofossics de 
Fairmaire, mais la ponctuation est très différente. 

11 vient de Madura, au sud de Pondichéry, et m'a été donné 
par M. Lefèvrc de Saint-Mandé. 

Cistelomorplia ealida, Ail. 

Long. 12 à 15 mill. 

D'après Fairmaire (Ann. soc. belge, 1893, p. 323), le genre 
Cistelomorplia Rest. ne se distingue guère des vraies Cistela 
que par ses mandibules non fendues à l'extrémité et par la 
saillie intercoxale large, triangulaire, aiguë, pénétrant dans le 
metasternum, tandis qu'il est étroit et souvent caché sous les 
hanches postérieures chez les vraies Cistéles. Or, j'ai sous les 
yeux plusieurs Cistèlcs de Madura qui possèdent ces carac- 
tères. Je propose de leur donner les noms suivants. 

Cistelomorplia calida, Ail. 

Elle est elliptique, convexe, ovale, d'un jaune-orange en dessus, 
mais nullement brillante parce qu'elle est couverte d'une pubes- 
cence extrêmement courte et fino ; les tibias, les tarses, les an- 
tennes (moins le premier article) et le dernier anneau anal sont 
noirs. Le corselet plus étroit que les élytres, rétréci cn avant, 
est. bissinué à la base. L'ôcusson est triangulaire mais non 
pointu au bout. Les élytres oblongues-ovales sont fortement 
striées et ponctuées au fond des stries dont les intervalles sont 
convexes. Le dessous du corps est très finement ponctué. 

Var. Nigropicta, AU. — Quelquefois, il y a sur les élytres 
après le milieu, une petite bande noire oblique qui n'atteint 
aucun des bords de l'élytre. 

Var. nigromaculata, Ail. 

D'autres fois, en outre de la bande noire postmédiane, il y 
en a une autre assez large qui part du calus humerai et vient 
obliqueraenT, à la suture qu'elle longe pour i-ejoindre la bande 
postmédiane. — Madura. 

Cistelomorplia nigrolineata, Ail. 

Long. 10 mill. (moins le museau). 

Elle est d'un jaune de paille, avec les élytres couvertes de 
huit stries ponctuées; les intervalles 2, 4, 6, 8, sont entière- 
ment noirs. Les antennes, moins les deux premiers articles 
les tibias, les tarses et le dernier anneau ventral sont noirs. 
Les intervalles des stries sont presque plans et très finement 
ponctués. Le noir des troisième et quatrième bandes atteint 
l'épaule, celui des première et deuxième bandes ne va pas 
jusqu'à la base des élytres. — Madura. 

Cistelomorplia humeralis, AH. 

Long. 9 mill. 

Elle est d'un brun rouge brillant, avec une tache noire ar- 
rondie qui occupe le premier quart de l'élytre sans atteindre 
ni les bords, ni la suture. Les antennes, moins le premier ar- 
ticle, les tibias, les tarses et le dernier anneau abdominal sont 
noirs. 

Cette espèce est fortement striée ponctuée sur les élytres et 
les intervalles des stries sont rugueusement ponctuées. L'ab- 
domen est d'un jaune de paille, bien plus pâle que le dessus. 

Madura. 

Allard. 



LE PHOTOCHROMOSCOPE 



La peinture des épreuves photographiques, telle que 
je vous l'indiquais dans une de mes chroniques, permet 
d'obtenir de nombreux effets de coloris, mais ce, moyen- 
nant un nouveau travail pour chaque épreuve ; je veux 
aujourd'hui vous signaler un petit appareil fort ingé- 
nieusement compris et grâce auquel, vous et vos amis, 
groupés autour d'une épreuve unique, vous la verrez se 
transformer suivant votre désir : tel paysage passera du 
soleil levant à la pleine lumière de midi ou aux rellets 
si curieux du soleil couchant; tel portrait sera, à vo- 
lonté, violemment éclairé ou enveloppé d'une lumière 
douce tamisée, blanche ou colorée. 

Figurez-vous un pupitre à retouche sur lequel vous 
placez votre épreuve préparée comme nous verrons tout 
à l'heure; la manœuvre de deux ficelles, placées à droite 
et à gauche de l'appareil, suffira à donner ces curieux 
résultats. 

Voici comment vous opérerez : 

Choisissez parmi vos épreuves sur papier albuminé 
d'une bonne tonalité, plutôt un peu poussées que trop 
claires; ces épreuves, non collées, devront avoir l'en- 
vers parfaitement propre et être rendues aussi plates que 
possible par un séjour un peu long entre des cartons 
sous pression; le satinage à la presse est d'un excellent 
effet. 

Il faut alors rendre l'épreuve transparente : l'appareil 
est accompagné d'une bouillotte plate fermée, montée 
sur quatre petits pieds; emplissez la bouillotte aux trois 
quarts et maintenez la température de l'eau à environ 
70 degrés au moyen du petit fourneau à alcool glissé 




Fig. 1. — Bouillotte du photochromoscope. 

entre les pieds. Sur le coin A de la bouillotte, vous 
remarquez une sorte de petit godet dans lequel vous 
placez le pain de transparentine, cire spéciale préparée, 
qui, sous l'action de la chaleur, se fond assez rapide- 
ment. Une fois la transparentine bien liquide, vous posez 
votre photographie sur la bouillotte, face en dessous; 
avec un petit tampon d'étoffe, vous étendez uniformé- 
ment au dos de l'épreuve, par frictions légères, une 
couche de transparentine. Lorsque la photographie est 
imbibée partout, enlevez l'excès avec un linge propre; 
puis, laissant toujours l'épreuve sur la bouillotte, vous 
frottez en tous sens avec la paume de la main pour éga- 
liser la couche et obtenir une surface parfaitement lisse: 
retournez votre épreuve face en l'air, et, avec le chiffon 
propre et la main, recommencez les mêmes frictions, 
mais sans appliquer une nouvelle couche de transpa- 
rentine. Les épreuves ainsi préparées seront laissées de 
douze à vingt-quatre heures en pression, entre des car- 
tons, pour leur redonner la planimétrie. 

Vous passez alors au coloris. L'appareil servira de 
pupitre; vous placez sous le verre supérieur une feuille 
de papier blanc, et sur ce verre, vous posez votre 
épreuve. 

Les couleurs doivent être étendues très légèrement, il 
faudra donc employer de très petites quantités de cou- 



134 



LE NATURALISTE 



leurs concentrées que vous trouvez dans les flacons; la 
solution n° 1 vous servira du reste à les diluer et à en 
faciliter les mélanges ; quant à la solution n° 2, ayez-la 
sons la main pour enlever les excès de couleur au 
moyen d'un linge un peu imbibé. 

Pour les grandes surfaces, appliquez vos couleurs à 
l'aide du doigt en teintes plates, soit au recto, soit au 
verso de l'épreuve; le pinceau ne sera utile que pour les 
contours délicats. Une instruction qui accompagne l'ap- 
pareil vous donnera quelques conseils pour le coloris, 
et vous pourrez aussi vous reporter à l'article spécial 
sur le coloris des épreuves photographiques publiées par 
le Naturaliste. 

Une fois votre photographie coloriée, avec un canif 
très tranchant, enlevez le ciel et les fonds ; à travers les 
feuillages ou certains détails d'architecture, enlevez à la 
pointe ; en un mot, ne conservez que la silhouette du 
sujet. 

Prenez quelques feuilles de papier calque ; elles vous 
serviront à faire les ciels et les terrains artificiels; ceux- 
ci seront utiles pour quelques épreuves où de grands 
premiers plans plats et dénudés demandent à être retra- 
vaillés. Ciels et terrains seront faits à grands traits, sans 
préoccupation de détails méticuleux ; il ne sera pas 
nécessaire qu'ils suivent exactement la silhouette du 
sujet. 

Les décors sont prêts : mettons-les en place, et bientôt 
nous pourrons frapper au rideau. 

Ouvrez l'appareil en forme de pupitre ; placez l'image 
entre le verre simple et le verre dépoli à charnière ; le 




Fig. 2. — Disposition pour éclairage brillant. 




Fig. 3. — Combinaison pour la retouche des clichés négatifs. 

ciel et le terrain, s'il y a lieu, contre le troisième verre; 
au moyen des volets latéraux, encadrez l'image de façon 
à ne pas laisser de parties vides autour. 



Derrière le pupitre, vous disposez les écrans colorés 
que font manœuvrer les deux ficelles ressortant sur le 
devant de l'appareil. 

Portez l'appareil ainsi monté devant une fenêtre, 




Fig. 4. — Disposition pour éclairage sombre. 

l'image naturellement tournée du côté de la pièce; le 
soir, mettez derrière une lampe un peu basse; si, dans 
la journée, l'éclairage de la pièce diminue un peu l'in- 
tensité des effets, entourez l'appareils des volets qui per- 
mettent de le transformer en pupitre à retouche. 

Vous voyez alors votre photographie complètement 
transformée ; le relief devient presque aussi saisissant 
que dans une épreuve stéréoscopique ; les objets ont 
leur couleur naturelle, la lumière du ciel les éclaire 
vivement; elle se joue au travers des feuillages, elle 
enveloppe les monuments; vous lirez un peu les ficelles 
et le ciel bleu si pur se couvre, se voile, devient sombre, 
ou du bleu passe au rouge des soleils couchants, tout le 
paysage en est modifié; c'est un véritable kaléidoscope 
de la lumière et de la couleur : dix écrans teintés 
servent de réflecteurs: blanc mat, argent brillant, noir, 
bleu clair, bleu foncé, jaune clair, jaune brillant, or 
mat, rouge orangé, cramoisi brillant ; vous pouvez les 
tourner horizonlalement ou verticalement, les assembler 
de toutes façons et modifier à l'infini l'aspect d'une même 
épreuve; essayez, et je suis certain que vous passerez 
des heures devant votre photochromoscope. 

CURIEUX CAS DE PHOTOGRAPHIE JUDICIAIRE 

Les journaux américains racontent le cas fort curieux 
d'un procès où la photographie fut appelée à jouer un 
rôle assez important et fut peut-être cause d'une erreur 
irréparable. 

Une propriété avait été transférée à un nouveau pro- 
priétaire, suivant un acte qui n'avait de valeur qu'autant 
que les cinq personnes intéressées à l'affaire avaient ap- 
posé leur signature au bas de l'acte. Or, la pièce pro- 
duite à la cour ne portaitque quatre signatures visibles; 
la place de la cinquième était réservée, mais sans traces 
apparentes d'écriture. M. Spencer, photographe à Wash- 
inglon, fut chargé de faire, en présence de la Cour, 
un cliché photographique de Pacte, et sur le cliché 
apparut une signature qui, le cliché ayant été grandi 
dix fois, devint parfaitement lisible. 

Tous ceux qui se sont occupés de photographie savent 
que l'image photographique révèle des détails absolu- 
ment invisibles pour l'œil humain : telles certaines 
étoiles que les télescopes ne découvrent pas et qui 
donnent une impression indéniable à la chambre noire. 



LE NATURALISTE 



io5 



On cite également ce fait : un photographe dut renoncer 
à faire le portrait d'une cliente qui s'était adressée à 
lui; plusieurs plaques, successivement impressionnées, 
présentaient des taches noires, qu'une retouche savante 
n'aurait certainement pu faire disparaître. Le photo- 
graphe pria la cliente de vouloir bien revenir ; il se pro- 
curerait de nouvelles plaques, mettant sur le compte de 
leur mauvaise qualité cet accident très désagréable. Le 
lendemain, la cliente s'alitait, atteinte de la petite 
vérole; les taches que présentaient les clichés étaient 
causées par les rougeurs de l'éruption, encore invisibles 
pour l'œil de l'opérateur. 

Or, comme le fait fort justement remarquer le corres- 
pondant du Moniteur de la Photographie, qui signale le 
procès en question, il se pourrait très bien que la signa- 
ture n'ait jamais été apposée ; pourquoi, seule, se serait- 
elle effacée, quand tout le reste du document avait, 
malgré le temps, conservé sa netteté. Il est dans les 
habitudes de beaucoup d'avocats d'indiquer les places où 
doivent signer leurs clients en y inscrivant au crayon le 
nom du client et la formule qui en accompagne la signa- 
ture, s'il y a lieu. Probablement, il fut ainsi pour cet 
acte de transfert, et le cliché fit simplement réappa- 
raître les mots au crayon, devenus illisibles à la suite 
du frottement répété et de l'usure de la surface du 
papier. 

Charles Jacob. 



NOTE SUR UN OPHIDIEN DE LA GUYANE 



APPARTENANT AU GENRE PSEUDERYX 

Genre Pseuderyx (1) (Fitzinger). 

Caractères. — Tête peu distincte du cou. Museau court et 
arrondi. Tronc subcylindrique. Queue relativement courte. 
Huit plaques suscéphaliques dont une seule internasale. Ros- 
trale à cinq pans et séparée de la précédente plaque par les 
nasales. Narines ouvertes sur le dessus du museau. Préfron- 
tales courtes, mais s'étendant latéralement entre la postnasale 
et la préoculaire. Frontale et pariétales assez bien dévelop- 
pées. Frênaie absente. Préoculaire large à sa base. Lamelles 
inter-sous-maxillaires de médiocre longueur. Squames gulaires 
assez nombreuses. Dents susmaxillaires lisses, petites et à 
peu prés de même longueur. 

Pseuderyx inagnitus (2). 

Cette espèce, originaire de la Guyane, a été confondue par 
les auteurs avec une autre du Brésil décrite et figurée en 1824 
par Wagler sous le nom de Elaps Martii (3) ; quoique ces deux 
espèces soient très voisines l'une de l'autre, il est encore facile 
de les distinguer par Ips traits suivants : 

Ps. inagnitus. Ecailles du tronc disposées en quinze séries 
longitudinales. — Tète en dessus d'un brun olivâtre. Museau 
court et arrondi. Gastrotègcs relativement larges. Corps tra- 
versé par une suite d'anneaux noirs plus ou moins complet, 
S'- détachant sur un fond jaunâtre. 

(1) Pseuderyx (Fitzinger), Neue Class. Rept. 1826, p. 5b, n° 3 
— Id. Cope Bull. Unit. States Nat. Mus. Washington, 1887, 
p. 52. (Type Coluber plicatilis, Lin). 

(2) Homalopsis Martii (Schlegcl), Ess. Physion. Serp., 1837, 
t, 1, p. 173, t. II, p. 356, fig. 19-20. — Hydrops Mardi (Du- 
méril et Bibron), Erpét. Génér.,t. VII, 1854, p. 484. — Calo- 
pisma Martii (Jan), Elenco sist. degli ofidi, 1863, p. 74. — Id., 
Jan, Icon. Génér. Ophid., 29 livr., p 1. IV, fig. 1. 

(3). Elaps Martii (Wagler), Novae, species Serp. Brasil, 1824, 
p. 3, tab. II, fig. 2. La collection herpétologique du Muséum 
renferme depuis 1879 un exemplaire de cette espèce, rapporté 
du Brésil par M. le D' Jobert. Nous donnerons des figures 
comparatives des deux espèces dans Miss. se. du Mexique, 14 
livr., pi. 60. 



Ps. Martii. Ecailles du tronc en dix-sept séries. Tète d'un 
brun olivâtre avec une bande transversale jaune sur le bout du 
museau. Celui-ci est faiblement comprimé en avant des yeux. 
Gastrotèges étroites. Une suite d'anneaux noirs se détachent 
sur un fond olivâtre entre-coupé de jaune. 

Chez le Pseuderyx inagnitus, on compte cent soixante et 
une à cent soixante dix-neuf gastrostèges. Queue ayant envi- 
ron le septième de la longueur totale et garnie en dessous par 
quarante-huit à soixante-neuf plaques doubles. 
Longueur totale d'un individu recueilli dans la 

Guyane par le D r Crevaux 0,690 

Longueur du bout du museau à l'anus 0,585 

Longueur de la queue 0,1 05 

Le Muséum possède plusieurs spécimens de cette espèce 
recueillis à Cayenne et à Surinam. 

F. Bocourt. 



L'ANGUILLE 



Tout le monde connaît assez l'anguille pour qu'il ne 
soit pas nécessaire d'en faire une longue description. Ce 
poisson appartient à la famille des Murénides, dont les 
représentants sont surtout caractérisés par l'absence de 
nageoires ventrales. Il se distingue facilement à son 
corps anguiforme, arrondi-cylindrique dans sa partie 
antérieure, comprimé dans toute la partie postérieure à 
partir de l'orifice anal, dépourvu d'écaillés visibles, à 
ses mâchoires minces, un peu molles, inégales, l'infé- 
rieure débordant en avant la supérieure, à ses narines 
placées très en avant des yeux, et écartées l'une de 
l'autre. 

On ne trouve pas sur ses flancs la ligne latérale qui 
s'accuse chez les autres poissons, et les pores destinés 
à l'écoulement du mucus, qui est d'ailleurs très abon- 
dant, ne sont visibles qu'à la tête. Sa couleur est très 
variable; les individus qui vivent dans les eaux claires, 
limpides, courantes, sont en général d'un vert foncé, 
avec les parties inférieures du corps argentées ou 
blanches ; ceux qui vivent dans les eaux dormantes et 
bourbeuses sont jaunâtres, bruns ou presque noirs; 
exceptionnellement, on rencontre dans les rivières des 
individus d'un beau bleu sombre. 

L'anguille ne se reproduit pas dans sa forme. Elle est 
absolument dépourvue d'organes sexuels, ou du moins 
ceux de ses organes qu'on pourrait regarder comme 
destinés à servir la fonction génératrice sont absolu- 
ment atrophiés, rudimentaires, et incapables par suite 
de s'acquitter de leur rôle. L'anguille n'est donc pas une 
condition définitive, apte à arriver sans modification à 
l'état adulte, mais une condition transitoire, et sa forme 
correspond à la période larvaire d'une évolution dont on 
ne connaît ni le point de départ ni le terme ;elle estàce 
terme, sur lequel l'incertitude plane encore, ce que la che- 
nille est au papillon. Que devient-elle, après avoir quitté 
la rivière ou l'étang et s'être perdue dans la mer? Se 
change-t-elle, ainsi qu'on l'a supposé, en congre? La 
question est encore à résoudre. 

On rencontre l'anguille dans toutes les eaux douces, 
dormantes ou courantes, dans les rivières les plus 
limpides comme dans les fossés les plus bourbeux; elle 
est commune presque partout en Europe, sauf dans 
quelques fleuves de la partie orientale, et notamment 
dans le Danube, où elle manque. La diversité des milieux 
qu'elle habite influe évidemment sur ses caractères, 
modifie sa couleur, sa forme, la saveur de sa chair : 



150 



LE NATURALISTE 



celle-ci, très délicate chez les individus qui vivent clans 
les rivières limpides, prend un goût de vase désagréable 
chez ceux qui habitent les étangs ou les mares stagnan- 
tes. 

L'anguille ne paraît pas avoir de pre'férences bien 
marquées pour sa station ; on la prend un peu partout, 
sur les fonds caillouteux dépourvus d'herbes et d'algues 
comme parmi les touffes aquatiques; elle est cependant 
plus abondante aux endroits d'une profondeur moyenne 
où croissent de longs roseaux ; ordinairement elle évite 
les courants rapides, qui l'entraînent sans qu'elle 
cherche à résister; elle est cependant assez vigoureuse 
pour les remonter quand il le faut. 

Pendant l'hiver, l'anguille se tient au fond, cachée 
dans la vase, engourdie, mangeant peu probablement, 
car à cette époque on n'en prend guère à la ligne. Vers le 
mois de mai, elle quitte son abri, et commence à 
chercher pâture; on la voit nager lentement à quelque 
distance du fond, horizontale, ondulant mollement, les 
nageoires vibrant par intervalles; quelquefois, quand la 
chaleur du soleil fait tiédir l'eau, elle vient respirer près 
de la surface, dans une anse abritée où le courant est 
peu rapide, où les roseaux décrivent, avec la pointe de 
leurs feuilles, des courbes lentes qui révèlent seules 
l'imperceptible agitation du liquide. Elle est craintive, 
comme la plupart des poissons, et le moindre ébranle- 
ment du sol, transmis par l'eau, la met en fuite; dans ce 
cas, elle se dérobe généralement à la vue en imprimant 
au fond, avec la queue, une brusque secousse qui fait 
monter un nuage de particules sableuses ; quand le nuage 
s'est dissipé, l'anguille a disparu. Ce procédé de fuite est 
également mis en pratique par le chabot de rivière. 

On assure que l'anguille peut, sans inconvénient, 
quitter son élément pour un temps plus ou moins long, 
et voyager dans les prés humides, à la recherche des vers 
et des limaces. Ce fait a été affirmé tant de fois qu'on 
peut le considérer comme démontré ; il s'explique 
d'ailleurs très facilement. En effet, ce qui fait périr si 
rapidement les poissons, lorsqu'on les retire de l'eau, ce 
n'est pas le contact de l'air avec les branchies, mais le 
dessèchement presque instantané de ces délicats or- 
ganes, qui les empêche d'accomplir leur fonction. Chez 
l'anguille, ce dessèchement ne se fait que très lentement, 
en raison de la faible ouverture des ouïes qui ne permet 
que difficilement à l'eau de s'écouler hors de la chambre 
branchiale. 

La montée des anguilles se fait en mars et en avril. A 
cette époque, des quantités immenses d'individus très 
ténus, gros comme des fils, remontent les fleuves, grou- 
pées vers les rives, et des llcuves se répandent dans les 
rivières, les fossés, les canaux, les étangs, partout où 
s'offre un passage. Un phénomène inverse se produit 
pendant l'été. Les anguilles ayant atteint un certain 
volume abandonnent leurs abris, et se livrent au courant 
des rivières, qui les entraînent vers la mer. Parvenues 
à l'embouchure, elles abandonnent les eaux douces, 
et il est probable qu'elles n'y rentrent plus, car 
il est notoire que les anguilles arrivées à une certaine 
taille descendent toujours, à l'inverse de la truite. Ce 
voyage vers la mer commence ordinairement à la fin de 
juillet; c'est au mois d'août que le phénomène atteint 
son maximum d'intensité. A celte époque, les anguilles 
suivent les courants par bandes nombreuses, et on peut 
en prendre des quantités considérables en disposant des 
paniers en travers des rivières, aux endroits où il y a 



une différence de niveau, aux barrages des moulins, par 
exemple. 

L'anguille est vorace. Elle se jette avec avidité sur 
toutes les proies animales qui s'offrent à elle : vers, 
limaces, œufs et têtards de grenouilles, frai et jeunes 
individus des autres espèces de poissons. Elle mord 
volontiers à l'hameçon garni soit d'un tronçon d'intestin 
de volaille, soit d'un morceau de sang caillé, provenant 
d'un abattoir. Elle refuse absolument toute nourriture 
végétale. Rien n'est curieux que de la voir s'attaquer à 
une proie vivante, à un ver, par exemple. Elle le saisit 
de préférence par la tête, l'enlève, l'agite violemment, 
le rejette sans le diviser, puis le saisit de nouveau, 
recommence le même manège plusieurs fois, et finale- 
ment l'avale, en l'attirant peu à peu avec ses dents 
obliques. 

Si l'on amorce un fort hameçon avec un ver, et que 
l'anguille à laquelle cet appât est offert ait la tête trop 
petite pour le saisir, elle le dévore peu à peu en tournant 
autour de l'hameçon, de telle manière que celui-ci finit 
par se retourner, et que le fil qui le retient s'enroule 
autour de lui en hélice, en vrille. Quand l'anguille tient 
une proie, il est rare, même si elle sent une résistance, 
qu'elle ouvre la gueule pour la lâcher. Les pêcheurs 
mettent à profit cette particularité pour s'en emparer 
facilement. Ils lui présentent une pelote de vers tous 
traversés longitudinalement par un fil, qui les rend 
plus résistants; l'anguille mord sur cette pelote et se 
laisse enlever avec elle hors de l'eau; elle ne lâche prise 
que lorsqu'elle arrive à terre ; mais il est trop tard. 

L'anguille paraît avoir assez peu d'intelligence. Si on la 
manque, il n'est pas rare qu'elle vienne une seconde fois 
mordre au même appât ; il m'est arrivé plusieurs fois d'en 
prendre qui avaient un hameçon dans le ventre. Lors- 
qu'elle se sent retenue par l'hameçon, au lieu de cher- 
cher à s'en débarrasser, comme font beaucoup d'autres 
poissons, elle commence par tirer sur la ligne de toutes 
ses forces; si le fil tient bon, elle recourbe la queue, se 
contourne en 8, et forme un premier nœud, puis un 
deuxième, et ainsi de suite, en passant chaque fois dans 
la boucle, la queue la première. Quelquefois le fil casse, 
et l'anguille reste cependant îetenue par les nœuds 
qu'elle a formés elle-même autour de son corps; d'autres 
fois elle s'enlace si étroitement aux souches, aux racines 
ou aux roseaux fixés au fond de l'eau qu'elle finit par 
y périr, sans pouvoir s'en détacher. 

Elle est douée d'une vitalité très résistante; il est 
presque impossible de la tuer. La tète coupée, la peau 
et les intestins enlevées, elle s'agite encore douze heures 
après cette mutilation, alors, bien entendu, que la 
volonté n'est plus pour rien dans les contractions de son 
corps. Elle guérit aisément des plus graves blessures, 
et survit à l'arrachement par l'hameçon d'une mâchoire, 
de la langue et même de la gorge. 

Toutes les anguilles ont entre elles, au point de vue 
morphologique, d'étroites affinités. Cependant les 
pêcheurs en distinguent plusieurs formes, dont certains 
naturalistes font autant d'espèces. Voici, avec leurs 
caractères distinctifs, celles qui se rencontrent en 
France : 

Anguilla latirostris lli&so ; tète très large, à peine atté- 
nuée en avant; museau très arrondi. 

Anguilla mediorostris Risso ; tête conique, aussi large 
que le corps à la hauteur des yeux, s'atténuant insensi- 
blement jusqu'à l'extrémité du museau. 



LE NATURALISTE 



157 



Anguilla acutirostris Risso ; corps effilé ; tête étroite à 
la hauteur des yeux, diminuant insensiblement jusqu'à 
l'extrémité. 

Ces différentes formes habitent indistinctement toutes 
les parties de l'Europe, et, par suite, il est vraisemblable 
que leurs caractères, qu'ils aient ou non une valeur 
spécifique, ne sont pas en rapport sensible avec le 
milieu. 

A. Acloque. 



CHRONIQUE 



Ecole d'agriculture de Beauchêne. — Les examens 
d'admission à l'Ecole pratique d'agriculture de Beauchêne 
(Mayenne) auront lieu le 3 août, à une heure de l'après-midi, 
au siège de l'école. L'école est située à trois kilomètres de 
Mayenne. 

Species des Hyménoptères. — Le 47 e fascicule du Spe- 
cies des Hyménoptères (V Europe et d'Algérie vient de paraître. 
Ces temps derniers, la publication de cet ouvrage avait subi 
une interruption, par suite de la mort de son regretté fondateur 
Edmond André : mais la direction de cette œuvre a été reprise 
par M. Ernest André, et on peut compter maintenant que cette 
publication va suivre, sans interruption, l'ordre régulier de ses 
apparitions. 

Rappelons qu'il y a actuellement quatre volumes de parus et 
que deux sont en cours de publication : les Braconides (2° vo- 
lume), par le Rév. T. -A. Marschall, et les Ch?ysides,j>3iV 
R. duBuyssox. 

Le prix total des volumes et fascicules parus depuis l'origine, 
est de 186 fr. 35, jusques et non comprise la souscription 
pour 1894. 

Afin de faciliter aux Naturalistes l'acquisition de cette 
œuvre considérable, la maison Deyrolle, 46, rue du Bac, Paris, 
livrera l'ouvrage complet aussitôt après avoir reçu l'engage- 
ment de souscription, et il en fera encaisser le montant à 
raison de 20 francs par mois, jusqu'à paiement complet. 

Après cette deuxième souscription, qui sera close avec le 
mois de juillet, il ne sera tiré que le nombre exact d'exem- 
plaires qui seront dus aux souscripteurs, de sorte qu'il de- 
viendra, par la suite, impossible de se procurer cet important 
ouvrage en librairie. Le prix de l'abonnement annuel est de 
15 francs pour la France, et de 16 francs pour l'Étranger. 

Conférences agricoles. — M. Georges Ville, professeur 
administrateur au Muséum d'histoire naturelle, a commencé 
cette année ses conférences agricoles au champ d'expériences 
de Vincennos, le 24 juin, à trois heures précises. 

Elles seront consacrées à l'exposition de la doctrine des 
Engrais chimiques étendue aux cultures arbustives (Vignes et 
arbres fruitiers) à la sidération et au rationnement du bétail 
réglé par la nature des engrais qui sont donnés à la prairie. 



ACADEMIE DES SCIENCES 



Séance dn 4 juin 1894. — M. C. Phisalix a étudié la 
matière pigmentaire rouge d'un hémiptère Pyrrhocoris apterus, 
il la considère comme une substance très voisine de la caro- 
tinc, sans action physiologique. — M. G. Saint-Remy adresse 
une note sur les relations de la corde dorsale et de l'hypophyse 
chez les oiseaux ; chez ces animaux la corde dorsale est sou- 
dée directement à l'hypophyse pendant un certain temps : cette 
union se produit secondairement par suite de l'accroissement 
de l'invagination hypophysaire. L'opinion de Romiti, que la 
corde lire à elle cette invagination, est absolument erronée. Le 
roi-don observé par Romiti et Bawden entre l'extrémité de la 
corde différenciée et l'hypophyse n'est autre chose que l'extré- 
mité de la corde en voie de régression. — M. Louis Léger si- 
gnale un genre nouveau de grégarinc de la famille des Dacty- 
lophorides parasite des Géophiles. Il propose pour ce genre le 
nom de (Rhopalonia Géophlli.) La famille des Dactylophorides 
comprendra donc maintenant cinq genres correspondants à 
chacun des types des chilopodes. — M. Stanislas Meunier 



adresse à l'Académie des Sciences une note sur des expériences 
qu'il poursuit pour expliquer la formation des géoclases 
conjuguées. 

Séance du 11 juin. — MM. H. Becquerel et Charles Bron- 
gniart, à la suite de recherches qu'ils ont entreprises sur la 
matière verte chez les Phyllies (orthoptères mimant des feuilles 
de la famille des Phasmides), pensent qu'on peut conclure 
d'une étude comparative que le spectre d'absorption observé 
au travers des Phyllies vivantes ne diffère pas de celui qu'on 
observe au travers des feuilles vivantes, et est dû à la chloro- 
phylle. — M. Beauregard communique à l'Académie le résultat 
des recherches qu'il a entreprises sur l'oreille interne de la 
Roussette de l'Inde. — M. A. Milne-Edwards présente une note 
de M. E. L. Le Bouvier sur les caractères et l'évolution des 
Lomisinés, nouveau groupe des Crustacés anomoures. Il pro- 
pose de créer pour les Lomis un groupe spécial dans la grande 
famille des paguridés et de diviser cette dernière en trois sous- 
familles; les pagurines, les lithodines et les lomisinés. — 
M. Joannes Châtia communique le résultat de ses études sur 
le développement et la formation des canaux excréteurs chez 
la cercaire hérissée. — M. Edmond Verrier communique à l'A- 
cadémie une note de M. S. Kunckel d'Herculais sur les Dip- 
tères parasites des Acridiens et les Muscides ovipares à larves 
oophages. — M. Georges Poirault signale chez les Lichens 
(Usnea barbata), les communications protoplasmiques inter- 
cellulaires déjà décrites par M. Kienitz Gerloff chez les plantes 
vasculaires, et par M. F. G. Kohi chez les Algues et les Mousses. 
— M. P. W. Stuart-Menteath représente au moyen d'une 
carte les principales lignes de la structure géologique des en- 
virons de l'observatoire d'Abbadia (Basses-Pyrénées). 

A. E. Malard. 



LITRES NOUVEAUX 



Atlas de poche des plantes des champs, des prairies et des 
bois, par R. Siélain, avec 121 planches coloriées et 23 plan- 
ches noires. 

Il vient de paraître un charmant livre de Botanique avec un 
très grand nombre de planches coloriées, et d'un prix très 
modique eu égard à l'ouvrage et à son exécution. Ce volume 
s'adresse à tout le monde, c'est un ouvrage type de vulgarisa- 
tion. Son but et son plan peuvent se résumer ainsi : Apprendre 
à tous le nom des principales plantes indigènes leurs pro- 
priétés et leurs usages, sans que le lecteur ait besoin de con- 
naître un mot de Botanique. Pour résoudre ce problème, très 
complexe en l'espèce, on a substitué d'abord des figures en 
couleurs aux descriptions usitées jusqu'à ce jour, et que le 
simple amateur trouve toujours trop savantes, même lorsqu'elles 
sont accompagnées de figures noires. Rien, en effet, ne vaut 
la couleur pour reconnaître les fleurs. De plus, au lieu d'un 
ordre botanique nécessitant des connaissances botaniques, on 
a adopté l'ordre de l'apparition des fleurs, approximativement 
du moins ; cette classification artificielle sera plus simple aux 
yeux du public. Les planches, d'une parfaite exécution, sont 
toujours placées en regard du texte, disposition qui sera autant 
appréciée de l'amateur ou du promeneur que le format portatif 
du livre. Les figures des arbres, où la forme seule suffit à les 
distinguer, sont en noir, toutes les 128 autres planches sont en 
couleur. Chaque planche contient en tête l'indication des prin- 
cipaux endroits où se trouve le plus souvent la plante, et, à 
côté, les époques de floraison et parfois de fructification, quand 
celle-ci offre de l'intérêt ; immédiatement sous la figure, le nom 
par lequel la plante est le plus fréquemment désignée et au- 
dessous de ce nom, les autres dénominations sous lesquelles 
elle est encore souvent connue. Puis viennent le nom latin, 
utile surtout à connaître pour ceux qui veulent poursuivre leurs 
études, le nom de la famille, etc. 

Tout le monde voudra posséder cet excellent Atlas de poche, 
qui s'adresse à ceux que les choses de la nature intéressent, 
c'est-à-dire à tous (1 volume avec 128 planches coloriées, et 
23 planches noires cartonnées toile anglaise, prix 6 fr. 50, 
franco 6 fr. 85. En vente chez les Fils d'Emile Deyrolle, li- 
braires-éditeurs, 46, rue du Bac, Paris. 

La Flore de la France, par Gaston Bonnier et G. de Laycns. 

Sous le titre général de Végétation de la France, il doit être 

publié, sous les auspices du Ministère de l'Instruction publique, 



158 



LE NATURALISTE 



an certain nombre de volumes. Le premier volume < | ni vient 
de paraître renferme des tableaux synoptiques qui ont pour 
but de donner une vue d'ensemble de la Flore de la France et 
de faciliter la détermination des espèces. C'est cet ouvrage 
nouveau, dont nous allons parler et qu'on peut appeler la 
Grande Flore de France de G. Bonnier et G. de Layens. Le 
succès qu'a obtenu la Nouvelle Flore, qui fait partie de l'His- 
toire naturelle de la France, cette série d'ouvrages édités par la 
Maison Deyrolle, a engagé les auteurs à appliquer leur mé- 
thode de tableaux synoptiques illustrés à la totalité de la Flore 
française. Malgré les dillictiltés que pouvait présenter un sem- 
blable travail, par cet immense quantité d'espèces qui consti- 
tuent la Flore de la France, on peut affirmer que le résultat 
obtenu atteint le plus haut degré de pratique et d'exactitude; 
il suffirait du reste de citer les noms des auteurs, et tout en 
tête M. Gaston Bonnier, le distingué professeur de la Sor- 
bonne. 

Comme dans la Nouvelle Flore, dont l'apparition a causé, on 
peut le dire, un changement considérable dans l'enseignement 
de la Botanique descriptive, les auteurs ont fait table rase de 
tous les termes techniques ; car l'emploi de ces termes pré- 
sente toujours de grandes difficultés pour celui qui n'est pas 
versé dans le langage spécial des Flores. 

Les descriptions illustrées des plantes sont disposées en ta- 
bleaux qui permettent d'apprécier d'un seul coup d'oeil, par la 
comparaison des figures ainsi que par le texte, les différences 
qui t'ont reconnaître les espèces. 

De plus, au-dessous de chaque espèce sont inscrits, en ca- 
ractères très apparents, les noms des régions de la France où 
se trouve la plante. 

Grâce à celte simple combinaison, lorsqu'on est dans une 
région déterminée, toutes les espèces étrangères à cette ré- 
gion sont par là même facilement éliminées , ei le lecteur 
transforme ainsi à son gré l'ouvrage général en une Flore 
locale. 

Ce nouveau volume, comme le précédent, contribuera pour 
une large part, nous n'en doutons pas, à développer en France 
le goût de l'étude des plantes, déjà si répandu aujourd'hui. 

En résumé c'est une œuvre considérable dont la France 
scientifique peut être fîère, et qui fait le plus grand honneur à 
leurs auteurs, MM. Gaston Bonnier et G. de Layens. 



OFFRES ET DEMANDES 



— M. W. H. Tugwvell, 6 Lewisham Road, Greenwich, 
Angleterre, offre en échange des Lépidoptères de sa ré- 
gion. 

— A vendre quelques exemplaires seulement du Cochlos- 
tyla [Phengus) Groulti, coquille nouvelle dont la descrip- 
tion a paru dans le dernier numéro du « Naturaliste » 
Prix : 6 lianes pièce. (Les fils d'Emile Deyrolle, natura- 
listes, 46, rue du Bac, Paris.) 



MBL10GRAPHLE 



853. Steinmann, G. Ueber Thecospira in rhâtischen Sand- 
stein von Niirtingen. 
N. Jahrb. fur Min. 1894, pp. 216-296. 
£54. Terme, C.-A. Ueber Gestcine der àthiopischen Vul- 
Uanrcilic. 
Zeitschr Deutsch. Geol. Gesells. 18911, pp. 451-477. 
2r»5. Traube, H. Ueber die Isomorphie von Nitraten, Chlo- 
raten, Bromaten (Jodatcn), zweiwerlhiger Elementc. 
Zeitschr. fur Krystall. 1894, pp. 131-138. 

(1) 1 volume avec 5289 figures, représentant les caractères 
de toutes les espèces qui sont décrites, sans mots techniques 
et une carte des régions de la France. Prix broché, 9 francs 
frftOCO, 9 fr. 85; cartonné, 10 francs; franco, 10 fr. 85. (En 
r«nle chez Les Fils d'Emile Deyrolle, libraires-éditeurs, 46, rue 
du Bac, Paria . 



256. Traube, H. Ueber die Dappelsalze des weinsauren 
Antimonoxyd-Bleis und-Baryums mit salpetersaurem 
Kalium. 

N. Jahrb. fur Min. 1894, pp. 245-261. 

257. Walford, Edw.-A. On Cheilostomatous Bryozoa from 
the Middle Lias. PI. V-V1I. 

Quart. Journ. Geol. Soc. 1894, p. 79-84. 
«58. Walford, Edw.-A. On Inferior Oolitc Bryozoa from 
Shipton Gorge, Dorset. PI. II-IV. 
Quart. Journ. Geol. Soc. 1894, pp. 72-78. 
25». Whittle, C.-L. General Structure of the Main Axis 
of the Green Mountains. 

'Americ. Journ. of Se. 1894, pp. 347-354. 

ZOOLOGIE 

260. Aplin, O.-V. On the Birds of Uruguay. PI. V. 

The Ibis. 1894. pp. 149-214. 
201 . Barrois, Th. Contribution à l'étude de quelques lacs 
Syrie, (suite.) 
Reo. Blol. du Nord. 1891, pp. 241-280. 

262. Bernard, Henry. On the Relations of the isotropous 
to the anisotropos Laycrs in striped Muscles. PI. XXIX. 

Zool. Jahrb. Anal. 1894, pp. 533-544. 

263. Bohrer, F. Zur Kasuistik des angeborenen « Colobma 

lobuli auriculœ. PI. VI. » 
Archiv. fur Anal. 1894, pp. 148-150. 

264. Brauer, A. Beilràge zur Kenntniss des Skorpions. 
PI. XIX, XX. 

Zeitschr. fur Wissensch. Zool. 57, 1894, pp. 402-432. 

265. Brooks, W.-E. A few Observations on some species 
of Phylloscopus. 

The Ibis. 1894, pp. 261-267. 

266. Bunting, Martha. The Origin of the Sex-Cello in 
Hydractinia and the Development. PL IX-X1. 

Journ. of Morphol. 1894, pp. 203-236. 

267. Collett, R. On the Occurrence of Colymbus adamsi 
in Norway. PI. VIII. 

The Ibis. 1894, pp. 269-282. 

268. Dixon-Nuttall, F.-R. Copeus pachyurus (Maie), 
PI XV. 

Journ. Quekelt Micr. Club. 1894, pp. 333-334. 

269. Dogiel, A. -S. Die Nervenendigungen in den Neben- 
nieren der Saiigethiere. PI. I-II. 

Archiv. fur Anat. 1891. pp. 90-104. 

270. Driiner, L. Bcitrage zur Kenntniss der Kern-und Zel- 
lendegeneration und ihrer Ursache. PL XX-XXI. 

.lenaische Zeitschr. 28, 1894, pp. 294-327. 

271. Escherich, K. Anatomische Studien liber das manu- 
liche Genitalsystem der Colcopteren. PL XXVI. 

Zeitschr. fur Wissensch. Zool. 57, 1894, pp. 620-641. 
2*82. Field, H. et Martin, J. Mikrotechnische Mitthei- 
lungen. 

I. Ein neues Parallin-Celloidin-Einbetlungsvcrfahren. 

II. Ueber die Rntfernung des Paraffins beim Gebrauck 
des Schàllibaum'schen Aufklcbemittel. 

III. Ueber die Einbettung und die Orientirung sehr 
kleiner Objecte. 

Zeitschr. Wissensch. Mikrosk. 1891, pp. 6-13. 

273. Fischer, Otto. Ueber die Drehungsmoincnte ein-und 
mehrgelenkiger Muskeln. PI. III- V. 

Archiv. fur Anat. 1894, pp. 105-147. 

274. Gahan, C.-J. Description of a new Longicorn Bcetlc 
of the Gcnus Diaxenes. which has been found injuring 
some imported Orchid». 

Ann. Mao. Nat. Ris t. 1894, pp. 520-521. 

275. Godwin-Austen, H. et Beddome, R. New Spécial 
of Cyclophorus and a Spiraculum from the Khasi and 
Naga Hills, Assam. 

Ann. Magaz. Nat. Ilisl. 1894, pp. 506-509. 

276. Grandidier et Filhol. Observations relatives aux 
ossements d'hippopotames trouvés dans le marais d'Ami 
bolisatra à Madagascar (suite). PI. Yll-XV. 

Ann. Se. Nul. (Zool.) 16, 1894, pp. 177-190. 



Le Gérant: Paul GROULT. 



Paris. — Imprimerie F. Levé, rue Cassette, 1" 



16 e ANNÉE 



2 e SERIE — M !>> 



15 JUILLET 1894 



LES PALAMÉDÉIDÉS 



Entre tous les Oiseaux de l'Amérique du Sud, les Pala- 
me'déidés constituent un groupe très caractéristique. On 
On y rattache le Kamichi cornu (Palamedea cornuta L.) 
qui habite le Brésil, les rives de l'Amazone et la Guyane; 
le Chauna chavaria (Chauna chavaria L.) répandu dans le 
Brésil méridional, le Paraguay et l'Argentine ; en dernier 
lieu, l'Ischyornis de Derby (Ischyornis derbyana G. R. 
Gray) plus particulier à la Colombie et à la République 



Plusieurs naturalistes, notamment d'Azara, Burmeister, 
le prince de Wied, ont étudié leurs mœurs en liberté que 
nous résumerons. Mais des observations récentes sur les 
instincts sociables et la vie des Palamédéidés captifs 
complètent leur histoire. 

Nos principaux musées possèdent les dépouilles des 
deux espèces les plus connues : Ch. chavaria et Pal. cor- 
nuta. Dans l'un des parcs du Jardin zoologique d'Accli- 
matation, on remarque actuellement un exemplaire 
vivant du Chauna chavaria. L'espèce se distingue du Ka- 
michi par sa tête qui est dépourvue de cornes; parle 




Fig. 1. Le KAMICHI cornu (Palamedea cornuta). 



du Venezuela. Classés d'abord avec certains Gallinacés, 
les Pénélopes, puis avec des Echassiers, les Râles et les 
Poules d'eau , ces Oiseaux prennent maintenant place 
après les Foulques et avant les Nageurs proprement dits 
[Anatidse). Ils terminent la série des Echassiers en for- 
mant une famille à part. 

Dans leur aspect extérieur, parleur corps massif, leur 
tète petite, leur bec court, enfin par leur plumage abon- 
dant, les Palamedeidx offrent quelque analogie avec les 
Gallinacés. En particulier, la sorte de cire, rappelant 
celle des Poules, qui recouvre le bec et les protubérances 
cornées qui apparaissent sur le vertex chez une espèce 
(P. cornuta) les rapprochent. On reconnaît pourtant que 
le doigt externe et le médian sont en partie réunis par 
une palmature ; en outre, l'appareil aérien est très déve- 
loppé. Ces caractères détermineraient plutôt leur adjonc- 
tion aux Palmipèdes voiliers. 

Le Naturalise, 46, rue du Bac. Paris. 



cercle de plumes, formant une huppe qui garnit l'occiput 
et que l'Oiseau peut relever à volonté; par la gorge et le 
haut du cou qui sont revêtus d'un duvet noir, sous la 
forme d'un collier. Le fouet de l'aile et la base de chaque 
grande rémige portent une tache blanche; tout le reste 
du plumage est d'un gris plombé, noirâtre. Sa taille 
atteint environ celle du Cygne. L'aile porte un ou deux 
éperons acérés et mesure près de oO centimètres. 

Le « Chaja » ou « Yaja » est surtout abondant, suivant 
M. Ricardo Napp (1), près des bords du Rio Primero. 
D'après MM. Sclater et Hudson (2), ses habitudes sont 
parfois aquatiques. Car il n'est pas rare dans les marais, 
où il marche dans l'eau et y nage même pour rechercher 
les feuilles ou les graines des plantes dont il se nourrit. 

(1) République Argentine, p. 130. 

(2) Argentine Ornillwlogt/, II, p. 119. 




1(30 



LE NATURALISTE 



Il prend encore des Vers et des petits Poissons. Ces 
auteurs ajoutent : 

« Lorsque les herbes douces d'Europe , comme la 
Luzerne et le Trèfle, eurent remplacés les herbages 
ge'ants des Pampas, les « Screamcrs »■ s'y habituèrent en 
menant bientôt une vie terrestre comme on l'observe 
chez certaines oies de montagnes. » Il y a quelques 
années, on en rencontrait par milliers, ils n'étaient pas 
farouches. 

Le Chavaria paraît choisir une femelle qu'il conserve 
toujours. En examinant attentivement une société de ces 



maison, mais devient hostile envers les étrangers. Les 
chiens et les chats ne lui plaisent pas. » 

MM. Sclater et Iludson nous donnent des renseigne- 
ments curieux sur le chant du Chavaria. « C'est le bruit 
animal le plus retentissant que l'on entende dans les 
Pampas. Son caractère triomphant et martial contraste 
avec la solitude mélancolique de ces régions et impres- 
sionne vivement les voyageurs. Les « Screamers » font 
entendre ce chant pendant toute l'année, même la nuit, 
lorsqu'ils sont à terre ou qu'ils planent dans les airs. 
Quand deux Oiseaux se trouvent ensemble, ils chantent 




Fig. 2. — Le CHAUNA Chavaria (C. Chavaria). 



Oiseaux, on reconnaît qu'ils se tiennent groupés deux 
à deux, même en dehors de l'époque des nichées. On sait 
qu'ils vivent ordinairement en bonne harmonie, malgré 
les armes formidables de leurs ailes. Les Gauchos en 
capturent quelquefois pour les faire combattre comme 
les coqs. 

A l'état captif, le Chavaria se montre docile et mani- 
feste de l'intelligence. Vieillot l'a désigné avec raison sous 
le nom de Chauna fidelis. Il s'attache à son parc et vit en 
bonne intelligence avec les animaux de basse-cour. Cuvier 
nous dit : « les Indiens de Carthagène en élèvent 
quelques individus dans leurs troupeaux d'oies et de 
poules, parce qu'on le dit fort courageux et capable de 
repousser même le vautour. Il reconnaît les gens de la 



(1) De l'Anglais « Scredm » qui signifie crier, vociférer. 



en duo; et, quand c'est une compagnie, elle chante en 
concert. » 

Malgré son apparence massive, cette espèce fait preuve 
de vigueur et d'agilité quand elle vole. C'est grâce à la 
disposition particulière de son système aérien, que nous 
retrouvons chez quelques oiseaux aquatiques. En effet, 
il existe sous la peau un véritable réseau de cellules et de 
lacunes qui peuvent se gonfler et se vider à volonté. On 
voit même que la peau des jambes est enflée par l'air 
interposé entre elle et les muscles de la chair; quand on 
la touche, elle craque sous les doigts. Le Palamédéidé 
s'élève dans l'air à une hauteur considérable. Par un 
temps très clair, il disparaît au zénith. Quelquefois, ces 
Oiseaux se livrent à de véritables exercices aériens pen- 
dant plusieurs heures. 

Le Chavaria établit son nid dans les marais en le fixant 
aux joncs ou aux nénufars ; rarement, il flotte sur l'eau 



LE NATURALISTE 



ICI 



sans amarres. L'espèce pond cinq œufs blancs, allongés, 
de la grosseur de ceux de notre oie domestique. Les 
poussins naissent revêtus d'un duvet jaune et suivent 
aussitôt les parents. 

Le Kamichi cornu (P. cornuta) est de taille plus forte 
que le Chavaria. La corne de couleur grisâtre qui orne sa 
tête et mesurant jusqu'à 15 centimètres, le fait aise'ment 
reconnaître. Cet appendice adhère seulement à la peau ; 
il est donc mobile. Toutes les plumes de la tête sont blan- 
châtres avec des extrémités noires; leur aspect est ve- 
louté. Le haut de la poitrine est gris clair. Les joues, la 
gorge, le cou, le dos et le bas de la poitrine sont d'un 
brun sombre. On remarque des reflets métalliques sur 
les ailes. L'abdomen est blanc pur. 

Brisson avait fondé pour cette espèce le genre Anhima, 
du nom « Aninma » adopté par les Brésiliens. Elle a les 
mêmes allures que le Chavaria. 

LTschyornis de Derby (isr/t ou Chama derbiana) est plus 
raie dans les collections. Son plumage est presque entiè- 
rement noir, la gorge et les joues sont blanches, le bec 
et les pattes d'un rouge brillant. 

Malgré l'utilité et l'intérêt qui se rattachent aux Pala- 
médéidés, il est à craindre qu'ils suivront le sort d'autres 
animaux là ou l'émigration européenne s'accentue. On a 
déjà constaté qu'ils diminuent. C'est plutôt l'œuvre des 
Colons, car les indigènes, de race espagnole, ne chassent 
jamais le Chavaria, et les Botocudes ne mangent pas le 
Kamichi. Leur chair, bien que grossière, est assezbonne, 
elle rappelle celle de l'oie sauvage. 

F. DE SCHAF.CK. 



LES TREMBLEMENTS DE TERRE 



M. Stanislas Meunier, le sympathique professeur du 
Muséum, vient de faire une conférence intéressante dans 
le grand amphithéâtre de cet établissement, au milieu 
d'un immense concours d'auditeurs. Il a exposé une ingé- 
nieuse théorie des tremblements de terre, qui a le mérite 
de rendre compte d'un grand nombre de particularités 
qui se produisent dans ces phénomènes sismiques. Cette 
théorie, très simple, a en même temps le grand mérite de 
pouvoirêtre vérifiée, pour ainsi dire expérimentalement, 
soitavecunballonde caoutchouc rempli d'air, dont la sur- 
face a été couverte d'une couche de stéarine, soit avec une 
simple bande de caoutchouc, enduite d'argile quand elle 
a été distendue. Si on laisse le ballon se vider peu à peu 
du gaz qui le remplit, si on laisse la bande de caoutchouc 
revenir lentement à ses dimensions primitives, on voit 
alors la couche d'argile revenir petit à petit sur elle- 
même, en se plissant de la façon la plus curieuse, de 
manière à reproduire les plissements que l'on observe 
dans les failles géologiques. On voit en même temps des 
masses d'argile plus ou moins volumineuses se détacher 
de l'ensemble et tomber en grumeaux plus ou moins 
épais. 

Or notre globe se refroidit constamment par le rayon- 
nement nocture et même diurne. Si la chaleur du soleil 
conserve, à la surface du globe terrestre, une tempéra- 
ture sensiblement uniforme, depuis les temps histo- 
riques, il est naturel d'admettre que le refroidissement 
s'exerce d'une façon plus sensible dans la profondeur de 
sa masse. Or, si la chaleur dilate les corps, en revanche 



le refroidissement les contracte; et, comme notre globe 
est recouvert d'une mince écorce solide, qui occupe une 
surface énorme relativement à son volume, ce refroidis- 
sement incessant a pour effet d'opérer une rétraction des 
couches solides, de plus en plus accentuée, qui est tout 
à fait comparable à la rétraction d'une couche d'argile, 
à la surface d'un ballon que l'on dégonfle ou d'une bande 
de caoutchouc qui revient à ses dimensions primitives. 
C'est ainsi que s'opèrent les failles, dans l'épaisseur de 
l'écorce terrestre; c'est ainsi que des blocs immenses 
de roches imprégnées d'humidité, d'eau de carrière, se 
détachent à l'intérieur de cette écorce, pour tomber au 
milieu de ces masses en fusion, qui forment pour ainsi 
dire la chair même de notre planète. On sait, en effet, 
qu'il n'est pas de roche au monde qui ne renferme une 
quantité considérable d'humidité, d'eau de carrière, pour 
employer l'expression consacrée, quelle que soit la pro- 
fondeur à laquelle elle ait été extraite. C'est cette eau, 
dont la masse est imprégnée, qui se dégage tout à coup à 
l'état de vapeur, en tombant dans un milien dont la tem- 
pérature est très considérable. Que l'on s'imagine, non 
plus des petites miettes d'argile, mais de gros blocs pou- 
vant avoir un kilomètre et plus de dimension, venant 
tomber au milieu de cette lave en fusion, et développant 
subitement 1800 fois leur volume de vapeur, sans comp- 
ter l'immense volume que prend elle-même cette vapeur 
à une température de 2000 degrés ! Et on comprendra 
l'intensité de l'ébranlement souterrain qui doit en être la 
conséquence , ébranlement qui se traduit par les trem- 
blements de terre qui sévissent actuellement en Grèce et 
en Amérique. Cette théorie explique bien la soudaineté 
des tremblements de terre et ces bruits souterrains qui 
en sont l'accompagnement, pour ainsi dire obligé : ces 
bruits de bouillonnement, de sifflement de vapeur, de 
chutes de corps, semblables à des détonations sourdes. 
On comprend que certains pays, comme le Japon et le 
Chili par exemple, aient le triste privilège des tremble- 
ments de terre, dans le voisinage des mers les plus pro- 
fondes, là où l'eau imbibe les roches dans une plus 
grande profondeur. 

Les failles expliquent la possibilité, pour l'eau, de 
pénétrer dans l'épaisseur de l'écorce terrestre, sans qu'il 
soit besoin, pour cela, que la mer soit très profonde, 
dans le voisinage des contrées qui sont sujettes aux 
tremblements de terre. C'est ainsi que de tout temps, la 
Grèce, l'Italie, la Sicile, ont été le siège de ces tremble- 
ments; bien qu'on ne rencontre pas, dans la Méditerra- 
née, des profondeurs comparables à celle de l'Océan. 
C'est par ces failles que l'eau pénètre profondément pour 
imbiber les roches jusque dans toute leur épaisseur. 
Quand elles tombent au milieu de la masse centrale com- 
posée de corps en fusion, on comprend qu'il se produise 
alors un phénomène comparable à celui qui se passe 
quand on débouche une bouteille de Champagne. Au lieu 
d'eau, c'est de la lave, au lieu de gaz en fusion, c'est de 
la vapeur d'eau qui se dégage en quantité considérable : 
de la vapeur portée à l'énorme température de 2 mille 
degrés, peut-être, c'est-à-dire à une température où l'eau 
elle-même subit le phénomène de la dissociation , en don- 
nant un prodigieux volume d'oxygène et d'hydrogène, 
susceptibles de se reconstituer ensuite à l'état de vapeur 
d'eau. 

D r Boucon. 



L62 



LE NATURALISTE 



DESCRIPTIONS DE COLÉOPTÈRES NOUVEAUX 



Lagria snlcicollis, AH. 

Long. 6 à 7 mill. 

Elle doit ressembler à Vanisocera cl à la crassicoi-nis, mais 
ces deux espèces ont le corselet touge, tandis que la sulcicollis 

ne l';i pas. 

Elle est du même brun que nos Lagrias hirta et depilis, avec 
la tète noire. Les pattes sont d'un brun clair avec l'extrémité 
des cuisses et les genoux noirs. Le corselet est brun avec les 
bords antérieur et postérieur d'un jaune testacé. La tête est 
fortement pouctuée ; le corselet carré, légèrement arrondi la- 
téralement, a un sillon longitudinal assez long dans son milieu, 
ne remontant pas jusqu'au .sommet; sa surface est densement, 
mais plus finement ponctuée que les élytres. Celles-ci sont très 
peu élargies en arrière, acûminées à leur extrémité, et forte- 
ment et densement ponctuées. Kllcs sont même un peu ru- 
gueuses. Les mâles sont plus petits que les femelles et ont le 
dernier article des antennes épaissi et moins long que les 
précédents. — Madura. 

Cljliis ■tmi'iiiiis AU. 

Long. 10 mill. Larg. 1 2/3 mill. 

Cette espèce a la forme allongée, cylindrique du Cl. massi- 
liensis. Le corselet est un peu plus long que large, très 
convexe et arrondi latéralement. Les élytres sont épineuses à 
l'extrémité. Les antennes, les pattes et le bord des segments 
abdominaux sont noirs. Tout le reste du corps en dessus comme 
en dessous est couvert d'une pubescence courte et serrée d'un 
gris de souris. Il y a souvent, à cheval sur la suture et espacés, 
trois ou quatre petits losanges noirs, mais ces petits losanges 
varient de grosseur suivant les individus et souvent sont tout à 
fait, absents. 

Cette espèce paraît commune à Madura et, suivant M. René 
Oberthur, à Trichinopoli, à 25 lieues au nord de Madura. 

Clytus albouiarnlatiis, AU. 

Long. 10 mill. Larg. 1 2/3 mill. 

Voici encore une espèce qui a la forme allongée du Clyt. 
massilierisis. Vue de dessus, elle est d'un noir brillant, avec 
deux taches blanches, rondes, placées chacune au milieu du 
disque de chaque élytre et un peu au-dessus de leur milieu. Si 
l'on regarde le dessous, on voit des taches blanches triangu- 
laires à la base et sur les côtés du mesosternum et à chaque 
extrémité des quatre premiers arceaux abdominaux. Les pattes 
el les antennes sont noires et le corselet est très densement, 
finement et rugueusement ponctué. Les élytres sont très fine- 
ment pointillées et sont tronquées au bout. Elles ont une très 
fine et très superficielle pubescence grisâtre. 

Madura. 

Allakd. 



RECHERCHE ET PREPARATION DES 
MAMMIFÈRES 



Montage des Mammifères. — Supposons un 
Renard fraîchement dépouillé, dont la peau a été 
enduite antérieurement d'une couche de préservatif et 
toutes les cavités osseuses remplies de filasse hachée ; on 
prend alors de fortes brucelles et on bourre le cou avec 
de I'étou.pe, en ayant soin de ne pas le distendre dans 
cette opération, car il importe que le bourrage conserve 
une certaine souplesse, d'abord pour faciliter le passage 
du lil de fer qui doit le traverser, ensuite pour qu'on 
puisse le manier en fous sens sans que la peau se 
déchire. On prend du fil de fer d'un numéro propor- 
tionné à la grosseur du sujet, on en coupe six morceaux, 
dont quatre dépassant d'un tiers la longueur des 
jambes, le cinquième ayant un tiers en plus de la lon- 
gueur du corps île L'animal calculée du front à la nais- 
sance de la queue; enfin le sixième, d'un numéro infé- 
rieur, destiné à la queue. Les quatre fils de fer qui 



doivent servir pour les membres et le cinquième, appelé 
à former l'arête centrale, seront aiguisés en pointe à 
leurs extrémités; on pourra se dispenser d'aiguiser celui 
de la queue. On prend successivement les fils de fer 
destinés aux membres, en commençant par lesantérieurs ; 
on les introduit par la plante des pieds et on les fait 
glisser le long des os, de manière qu'ils dépassent de 
quelques centimètres d'un côté la tète des humérus et 
de l'autre leur point d'introduction dans le membre ; 
ensuite avec de la filasse longue on enveloppe les os et 
les fils de fer, en commençant par le bas et en tortil- 
lant la filasse de manière à simuler le volume que 
présentait le membre de l'animal et à lui rendre sa 
forme naturelle. On traite de la même manière les 
membres postérieurs. C'est à ce moment qu'il est néces- 
saire d'accuser exactement la forme du tendon d'Achille. 
On sait que la plupart des grands mammifères présentent 
dans la conformation de leurs jambes un caractère par- 
ticulier : celui d'avoir ce tendon extrêmement saillant. 
Comme ce caractère donne beaucoup de grâce à l'ani- 
mal, il est important de le conserver. A cet effet, on 
passe une ficelle dans un carrelet, on l'arrête par un 
nœud et on perce la peau de part en part vers la nais- 
sance des deux cavités qui, dans l'animal vivant, exis- 
tent entre la jambe et le tendon ; on fait une coulure 
d'abord le long de l'os, puis du tendon, en arrêtant son 
fil de distance en distance; arrivé au point final, on 
fait un dernier nœud et on abandonne les parties à 
elles-mêmes. Lorsque l'animal est parfaitement sec, 
on retire les ficelles et la peau conserve ses formes. 

On prépare ensuite le fil de fer de la queue en l'en- 
roulant d'étoupe longue que Ton t\xe en la serrant avec 
du fil; puis, l'ayant enduit de préservatif, on introduil 
ce noyau factice dans le fourreau de la queue. On prend 
alors le fil de fer de l'arête centrale et on y fait un cercle 
ou anneau en le tournant sur lui-même, après avoir cal- 
culé, en le posant à la place fictive des omoplates, 
l'endroit précis où il faudra l'arrêter, puis on pratique 
de la même manière un second anneau calculé à la hau- 
teur qu'occupait le bassin; on enfonce dans le cou l'ex 
trémité aiguë de l'arête et on la fait saillir par le milieu 
du crâne percé d'avance à cet effet; on passe dans le 
premier anneau les fers des membres antérieurs et on 



. — ■— ? / 



. • -- • ' _ 




Fie. 1. 



Mammifère monté montrant l'armature. 



les tord autour de l'anneau au moyen d'une pince, de 
manière qu'ils soient liés solidement; on en fait autant 
sur le deuxième anneau avec les fers des membres pos- 
térieurs en y raccordant celui de la queue que l'on réu- 
nit aux autres en les tordant ensemble. 

La charpente artificielle ainsi établie, on complète le 
bourrage du cou; on bourre surtout solidement la région 
dorsale, c'est-à-dire les omoplates, l'échiné, les reins, le 
haut des cuisses, en s'efforçant d'imprimer à chaque 
partie les contours musculaires qui lui sont propres. 
Enfin, quand on croit avoir suffisamment renforcé les 



LE NATURALISTE 



163 



parties supérieures, on s'occupe de rapprocher les bords 
de la peau et de les coudre au moyen d'un fil de lin fort 
et ciré, en dirigeant ce travail du sternum à l'anus et en 
bourrant à mesure qu'il avance vers les parties abdomi- 
nales. Si, dans le cours de cette opération, des poils se 
trouvaient saisis par la couture, on les dégagerait, soit 
avec une bruxelle, soit avec une aiguille, puis, après 
avoir arrêté le point de suture, on les ramènerait dessus 
pour le dissimuler et avec un peigne on leur imposerait 
une bonne direction. 

On peut employer pour le bourrage les diverses ma- 
tières que nous avons indiquées dans un article sur les 
Oiseaux (Matières employées pour le bourrage des peaux) ; 
il est évident que l'emploi de ces matières dépend delà 
grosseur du sujet préparé. 

Le bourrage terminé, on couche l'animal sur le côté, 
on l'aplatit en le frappant avec la main aux endroits op- 
portuns, puis on le retourne et on opère de la même 
façon de l'autre côté; on s'occupe alors des jambes qu'il 
faut ajuster convenablement et placer au même plan ; 
ensuite on prend une longue broche très pointue, on 
l'enfonce dans la peau et, la faisant pénétrer dans le 
bourrage, on s'en sert pour faire bouffer les matières 
dont il est composé. 

Il ne reste plus qu'à dresser l'animal et à lui donner 
l'attitude qui convient à son espèce ; dans ce but on 
choisit une planche de force et de dimensions suffisantes 
pour le porter; on y perce quatre trous au moyen d'une 
vrille et on y passe les fers des pattes, on plie l'extré- 
mité de ces fers à leur sortie du plateau, on les couche 
sur la planche et avec des pointes qu'on cloue à l'en- 
tour et qu'on rabat par-dessus on les maintient solide- 
ment. 

On retourne ensuite l'animal et on le place devant soi ; 
on lui prend la tête, on la relève et on la tourne légère- 







Fig. 2. Mammifère fixé sur plateau. 

ment de côté, les oreilles rapprochées pointant en avant; 
on les maintient droites en plaçant à l'intérieur des cônes 
en liège sur lesquels on les fixe avec de petits clous à 
large tète ou avec des cartons légers cousus à grands 
points dans l'intérieur; on passe les mains autour du 
corps pour reconnaître si le bourrage est également ré- 
parti et on y remédie avec le poinçon s'il forme des bos- 
ses en quelques endroits. On voit si la croupe est natu- 
relle et au besoin on la renforce en introduisant de 
l'étoupe par l'anus; on comprime les flancs entre les 
mains; enfin on indique les cavités et les parties sail- 
lantes par un jeu de ficelles alternativement passées des 
deux côtés du corps au moyen d'un long carrelet re- 
courbé. 

On revient à la tète du sujet; on ouvre la gueule, on 
remplace les chairs enlevées par du mastic de doreur et 
on la referme au moyen d'une pointe qu'on enfonce au- 



dessous du maxillaire inférieur et qu'on fait pénétrer 
dans le palais ; enfin on s'occupe des yeux, on retire avec 
des bruxelles la filasse dont on a rempli les orbites, on 
la remplace par du mastic, on en glisse dans les joues, 
on arrondit bien les paupières et on place les yeux en 
ayant soin de leur donner une pose naturelle. 

Il ne reste plus qu'à lisser le poil de l'animal et à le 
laisser sécher. Quand il est parfaitement sec, on peint 
les paupières, le tour des yeux, les narines, les lèvres et 
on laisse encore sécher; puis on passe du vernis sur 
toutes ces parties, ainsi que sur les ongles. On débar- 
rasse les oreilles des cônes de liège ou des cartons qui 
les maintenaient ; on coupe la traverse centrale au ras 
du front et l'on enlève les fils piqués autour des tendons. 

Difficultés accidentelles. — 1° Quand on aura 
à monter quelque grand quadrupède de la taille du Tigre 
ou du Lion, on se trouvera dans l'impossibilité de 
tordre les fers nécessaires à leur charpente; dans ce cas, 
on aura une traverse de bois solide préparée à cet effet 
et de la longueur environ du corps de l'animal, sur 
laquelle au moyen de conduites et de clous, on fixera les 
tringles destinées à soutenir les membres Ces grandes 
pièces ne peuvent être montées en la manière ordi- 
naire : il faut, après avoir établi leur charpente, édifier 
ensuite leur corps en mousse et en foin, le recouvrir 
de la peau qu'on ajuste sur ce mannequin, marquer les 
enfoncements de la structure, soigner les détails; c'est 
une opération difficile pour les débutants et que les pré- 
parateurs habiles peuvent seuls bien réussir. 

2° Certains mammifères, notamment les Carnassiers, 
sont d'un effet saisissant si on les représente la gueule 
ouverte et menaçante ; dans ce cas il, faut d'abord empê- 
cher le rapprochement des mâchoires au moyen d'une 
attache en fil de fer qui les tient écartées; on bourre 
ensuite jusqu'à distance convenable, puis avec du mastic 
de doreur on refait les joues, les gencives, la langue et, 
quand ces parties sont sèches, on leur donne leur couleur 
naturelle ; on laisse encore sécher et on passe le vernis. 

3° Divers mammifères, tels que les Chauve-souris, volent 
au moyen de membranes nues ou peu velues; on garan- 
tira ces sortes d'ailes des attaques des insectes en les 
recouvrant d'un vernis très transparent à l'alcool dans 
lequel on aura fait dissoudre une petite quantité de 
sublimé corrosif. Quand on procède au montage, on les 
étale ordinairement sur le dos, les ailes étendues et 
maintenues par de petites pointes sur une planchette 
ou un carton. 




Fig. 1. 



Chauve- Souris montée. 



Une autre méthode plus avantageuse pour étudier ces 
animaux sur les deux faces consiste à prolonger la tra- 
verse de manière que, dépassant la queue, elle aille s'en- 
gager dans un petit socle, ce qui permet de retourner le 
sujet en tous sens. 

[A suivre.) A. Changer. 



16 



LE NATURALISTE 



SUR QUELQUES ŒUFS D'INSECTES 
TROUVÉS DANS LES RACINES DE LÉPIDENDRONS DU CULM 

(Suite et fin). 



Dans une noie précédente (!), nous avons fait connaître 
la structure générale des racines de Lépidendrons et 
l'existence constatée pour la première fois, d'œufs d'in- 
sectes placés dans l'assise libérienne et dans le paren- 
chyme cortical. Les insectes vivaient donc déjà en grand 
nombre à l'époque du Culm puisqu'ils ont laissé des 
traces multiples de leur passage dans différentes ré- 
gions. 

Aussi croyons-nous utile d'ajouter quelques lignes, pour 
compléter ce que nous avons écrit sur ce sujet qui est 
intéressant au point de l'évolution des êtres sur le globe; 
la conservation des tissus par la silice, permettant de 
pénétrer dans des détails précieux pour l'observation, et 
la vérifiication des théories transformistes. 

Dans les œufs en questions, la coque est brune, épaisse, 
résistante puisqu'ils ne sont pas déformés, quoique pres- 
sés les uns contre les autres, et malgré l'écrasement 
des tissus environnant qui ont cédé à une compression 
extérieure. 

La surface est creusée tantôt irrégulièrement de petites 
cavités, tantôt elle présente l'aspect réticulé fig. (2) b (2) 
assez régulier, que l'on rencontre fréquemment sur les 
œufs de beaucoup d'insectes vivants. Il est vraisemblable 
que dans le premier cas l'irrégularité provient de l'action 
des nombreuses bactéries qui pullullaient comme nous 
le dirons bientôt, dans les eaux peu profondes et chargés 
d'une multitude de débris organiques. 

A l'intérieur du Chorion on remarque une membrane 
continue, mince, lisse ou plissée, placée à une petite 
distance de ce dernier, cette enveloppe, de couleur 
claire et sans trace d'organisation, peut être considérée 
comme la membrane vitelline, elle est munie du côté du 
pôle portant le pédoncule d'un petit prolongement co- 
nique placé en face de l'orifice micropylaire du cho- 
rion. 

A l'intérieur de la membrane vitelline on voit dans 
quelques exemplaires une autre enveloppe contenant des 
traces évidentes de métamérisationpériphériquee(fig. 2.) 
(2) Parfois l'ensemble affecte la forme d'un tégument pré- 
sentant quatre plis disposés par paires, comme s'il s'a- 
gissait d'une dépouille dont le contenu aurait été dissous 
par la macération. 

La plupart du temps la membrane vitelline est vide, 
mais quelquefois elle contient un certain nombre de 
petites sphères inégales, de couleur foncée qui repré- 
sentent des goutelettes de matières grasses du vitel- 
lus. 

Ces œufs ont été amenés accidentellement ou bien ils 
ont été déposés intentionnellement, à la place qu'ils oc- 
cupent. La piemière hypothèse ne peut être admise à 
cause de leur place même, et de leur nombre; en dehors 
des radicelles on ne voit aucun œuf, sauf quand elles ont 
été écrasées. Il ne reste que la deuxième, qui suppose 
un animal muni de mandibules, de tarière ou d'ovis- 
capte ayant pu ronger ou percer les tissus de façon à ar- 
river jusqu'à la couche libérienne de la racine pour y dé- 
poser ses œufs, opération relativement facile d'après la 

(1) Le Naturaliste, 15 juin 1894. 

(2) Voir la note précédente. 



structure que nous avons indiquée plus haut avec inten- 
tion. 




Fig. 3. — Fragment de racine de liorii'm, 
présentant des galeries creusées par des larve d'insectes 

Cette dernière hypothèse se trouve confirmée par l'ob- 
servation de conduits, de galeries, creusés, non seule- 
ment dans le parenchyme de la racine mais dans les tis- 
sus de plantes voisines, pétioles de Fougères, racines de 
Bornia (fig. 3), comme si,aprèsi'éclosion, la larve avait été 
obligée de creuser un chemin pour sortir, et s'était atta- 
quée ensuite aux fragments de végétaux voisins. L'épais- 
seur de la coque, la place des œufs dans l'intérieur d'un 
tissu, les galeries observées nous font pencher à voir là 
des œufs d'Hydrachnides ou d'Insectes aquatiques. Quant 
à la famille à laquelle on doit les rapporter, nous devons 
attendre qu'une circonstance heureuse nous fournisse 
des renseignements plus complets. Nous les désignerons 
sous le nom d'Arthroon Rochei. 

Quelques remarques intéressantes peuvent être faites 
au sujet des faits que nous venons d'exposer. Les plantes 
si anciennes du Culm notaient pas plus à l'abri que 
celles de nos jours des attaques de nombreux ennemis, 
les dégâts que l'on peut constater, depuis les racines 
jusque dans les fructifications des Lepidodendrons, comme 
nous l'indiquerons bientôt, prouvent que, de leurvivant, 
ils ont eu bien des luttes àsoutenir, et cesluttes n'étaient 
pas localisées dans une seule région, puisque nous trou- 
vons les œufs des mêmes insectes occupant les radicelles 
de végétaux croissant lesunsdanslesenvirons de Roanne, 
les autres autour d'Autun. 

Nous ne doutons pas que si des recherches semblables 
étaient entreprises sur les radicelles des Lepidodendrons 
minéralisés de la Thuringe ou d'Angleterre on n'ar- 
rivât aux mêmes conclusions. 

B. Renault. 



LE NATURALISTE 



163 



Chasses Lépidoptériques en Algérie 

Suite (1) 



SATIRID.I-: 
Je n'ai rencontre aucun Arge, ni aucun Erebia. 

SATYRUS 

27. Alcyone Schifl* J'ai pris sur le mont Edough une très 
grande et très remarquable variété de cette espèce, déjà 
signalée par mon ami M. Olivier. Ce beau Satyre a été examiné 
par M. Oberthur, qui a reconnu en lui une forme nouvelle et 
doit le publier prochainement. Il paraît néanmoins se rappro- 
cher d'une l'orme de la Sierra-Nevada, qui constituerait la 
transition entre le type habituel du midi de l'Europe et le type 
de l'Edough. Quoi qu'il en soit, le papillon paraît vers la mi- 
juin et se prolonge jusqu'en septembre. Il fréquente les bois 
de chénes-lièges à partir de l'altitude de 500 mètres, et a tout 
à fait les allures d'Hermione ou de Circe. 

C'est le seul Satyrus vrai que j'aie rencontré dans cette 
région de l'Algérie. D'autres espèces bien intéressantes ont 
été signalées sur plusieurs autres points. 

PARARGE 

28. MegœPa L. Pas rare sur le bord des chemins, les rocailles, 
presque toute l'année. 

29. Egeria, L. (Meone, Esp.). Très commun pendant toute 
l'année. Le type est sensiblement le même que celui de la 
France sud-occidentale. A propos de la répartition des formes 
de cette espèce, j'ai à signaler l'existence constatée par moi de 
la forme septentrionale Egerides, à Montpellier et à Hyères, 
tandis- que dans la Charente, la forme méridionale Egeria 
existe seule. 

EP1NKPHELE 

30. Janira, v. Hispulla Hb. Type très grand et très forte- 
ment accentué. Très commun depuis la fin d'avril jusqu'en 
août. 

31. Janii'oides H. S. J'en ai pris quelques exemplaires en 
juillet sur le mont Edough, à l'altitude d'environ 600 mètres ; 
contrairement à son congénère Janira, ce papillon semble 
vivre assez isolé. Au premier individu que je pris, je m'atten- 
dais à en rencontrer un grand nombre d'autres dans la loca- 
lité. Il n'en fut rien, et c'est à grand'peine que je pus réunir, 
en deux ou